LE MENAGE
La polygamie.
Quel que soit le mode suivant lequel il s'est marié, rhomme ne se borne pas toujours à une seule épouse ; il est polygame pour des raisons diverses.
Peut-être faut-il placer, à l'origine de la polvgamie, une cause économique. La monogamie apparaît, en elTet, à l'observateur attentif, comme de pratique diflicile dans ces régions, chaque famille étant obligée, par l'état de civilisation rudimcntaire, à pourvoir seule à tous ses besoins (alimentation, vêtement, habitation...); si donc le ménage est réduit à ses propres ressources, la vie est pénible pour les époux.
Le temps de la femme se trouve absorbé en grande partie par les soins culinaires, car il faut aller chercher le bois et l'eau, parfois fort loin, dépiquer et piler le grain, bluter la farine, la faire cuire, préparer les condiments dont il faut de même recueillir et apprêter les divers ingrédients : au total, plusieurs heures sont nécessaires pour préparer convenablement les deux principaux repas. Entre temps, \eiller à l'entretien de la maison, laver le linge, cueillir,
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trier et filer le coton ; prendre soin des enfants et, par-dessus tout, participer dans une large mesure aux travaux des champs.
De son côté, le mari s'emploie aux travaux agricoles, fabrique tout ce qu'il peut pour les besoins de la maison, échange une partie de la récolte pour obtenir ce qui manque... Bref, en travaillant bien Tun et Tautre, les deux époux, réduits à leurs seules ressources, ne peuvent avoir qu'une vie difficile, qui tourne à la misère dès que quelque calamité survient ; simplement même, quand la situation se complique d'enfants en bas âge, la femme ne peut plus suffire.
La venue d'une nouvelle épouse est donc désirée au moins autant par la femme que parle mari. La première épouse, miiso-folo, joue alors un rôle prépondérant ; même si le mari accorde plus volontiers ses faveurs à la seconde femme, la ;nuso-/o/o demeure la directrice du ménage et sa compagne lui est subordonnée pour toutes les questions domestiques : elle l'emploie, d'accord avec le mari, à diverses besognes, ce qui l'allège d'autant. La polygamie permet donc la division et, par suite, un plus grand rendement du travail, d'où une certaine aisance.
Mais, cette raison économique, peut-être fondamentale, n'est pas la seule: la polygamie satisfait non seulement à cette loi du moindre effort, dont nous sommes tous tributaires, maisencore autres grand besoin d'ostentation du Noir.
On comprend, en effet, que la monogamie n'aboutissant, en principe, qu'à la gêne ou à la misère, le fait d'avoir plusieurs femmes affirme aux yeux de tous un état de richesse et de prospérité qui flatte l'orgueil du mari. Aussi, malgré ce sage précepte indigène qui veut que l'homme ne prenne pas plus de femmes qu'il ne peut en entretenir convenablement, l'on voit, dans les grands centres surtout, certains indigènes tirer personnellement profit de leur gynécée.
11 n'est pas sans intérêt de remarquer que, dans une s(^ciélé, où le célibat des mâles est inexistant — comme c'est le cas pour les Khassonké — la polygamie ne saurait être et se maintenir que par la prédominance du nombre des femmes sur le nombre des hommes. C'est, en elî'et, ce qui apparaît: chez les Khassonké, non moins que chez leurs voisins, il y a, peut-être, deux fois plus de femmes que d'hommes. C'est, sans doute, un résultat des guerres, qui, pendant des siècles, ont dévasté l'Afrique occidentale et décimé principalement la pt)pulation masculine; toutefois, il est aussi de constatation facile que, parmi les nouveau-nés, les lilles sont en majorité et qu'enfin diverses causes assurent la persistance des tilles sur les garçons.
La polygamie est donc révélatrice d'un problème très grave si, comme l'affirment les sociologues, l'accroissement disproportionné du nombre des naissances féminines est un signe de dégénérescence ethnique.
A quoi, dans le cas présent, faut-il attribuer ce phénomène ? D'aucuns ont présenté la polygamie comme le cadre d'une concupiscence charnelle naturelle à l'indigène: l'observation attentive ne corrobore pas cette assertion, en tant que règle générale.
Il apparaît, par contre, que la polygamie conduit à la luxure, qui provoque un alVaiblissement de la virilité. Le mari est tenu de se comporter — sexuellement parlant — d'une manière identique à l'égard de chacune de ses épouses; à tour de rôle elles partagent sa couche et, comme chacune ne manque pas de tirer vanité de la moindre faveur qu'elle peut croire spéciale, il s'etïorce de les traiter pareillement, s'il est soucieux de la paix conjugale 1 Par là s'expliquent facilement les demandes d'aphrodisiaques que les indigènes adressent fréquemment aux Européens; peutêtre, l'usage immodéré du piment dans l'alimentation provient-il de cette même cause ; en tout cas, il est courant que l'épouse s'ingénie à exciter les désirs de l'homme,
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elle prépare dans ce but des mixtures, des philtres et surtout des parfums violents dans lesquels entrent la f^irofle, le poivre et le musc.
Est-ce par lubricité? Il est plus probable que c'est par la nécessité d'obvier à la quasi-impuissance du mari : l'argument ordinaire de la femme instante en divorce c'est que le mari est. ou est devenu, inapte au coït.
D'ailleurs, les unions mal assorties ne se comptent pas, celles surtout où la disproportion d'âge est considérable, or que peut-il sortir de pareilles unions ? Souvent elles sont infécondes, souvent la femme, toujours plus jeune que le mari et de beaucoup, cherche au dehors un amant, et, pour éviter une grossesse scandaleuse, ou simplement gênante, a recours à des manœuxres abortives.
C'est de tout cela au moins qu'est tributaire la faible natalité que double une mortalité infantile très grande : d'où ce fait, qu'il n'v a guère plus d'un enfant pour deux femmes.
La polvgamie étant, vovons comment se comportent les épouses et l'époux.
Les épouses.
Le gynécée global. — D'ordinaire les épouses sont réunies en une même lu avec l'époux, c'est ce que nous appellerons le gynécée global.
Alors, la ;?iuso-/o/o, c'est-à-dire la femme épousée la première, a souvent une situation privilégiée : elle est la conlîdente et l'amie expérimentée du mari qui, \olontiers, prend ses conseils et, malade, doit se retirer auprès d'elle; ses compagnes la considèrent un peu comme une mère et elle a charge de la répartition des choses consomptibles affectées, par l'époux, à l'entretien de son gynécée. Dans ces conditions, la muso-folo a une influence réelle et souvent étendue dans la maisonnée.
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Mais s'il arrive qu'elle perde la conliance du mari ou qu'elle ne sache pas faire accepter son autorilé par ses compagnes, la muso-folo cède la place à la favorite [musobata)c\. si, alors, elle ne sait pas se résigner, elle devient un sujet de discorde dont le mari aime à se débarrasser.
En somme, la muso-folo n'est pas nécessairement pri\ilégiée, chaque sina est, dans le ménage, à la merci du mari : il est le centre dont elles ne sont que les ra\'ons.
La situation de Tépouse dépend beaucoup de la façon dont l'union conjugale s'est établie pour elle : différent est le traitement de l'épouse richement dotée et de la tara, par exemple, car la première est susceptible de causer au mari dommages et ennuis, puisqu'en cas de dis'orce elle peut emporter sa dot et, en tout cas, ses biens propres ; amener une rupture entre familles; bouleverser toute la vie de la maison. La /ara, au contraire, est dans la main du mari, son sort dépend uniquement de lui, dès lorsque peut-elle contre sa volonté ?
Ainsi dans le ménage, le mari, omnipotent en principe, est tenu à des compositions dans la réalité ; la tranquillité et la prospérité de sa maison sont en fonction de sa diplomatie conjugale: s'il est ferme, bon et généreux, les sina se sur\'eillent l'une l'autre, épient les moindres actes de l'époux commun et cherchent à prévenir et à combler ses désirs pour s'attirer ses faveurs; d'où, entre elles, une perpétuelle émulation qui tourne à la jalousie, s'il ne sait être rigoureusement impartial. S'il est brutal, avare, vieux, grognon elles le craignent, l'exploitent et le trompent de concert. En tout cas, chacune s'évertue à tirer de lui le plus de cadeaux possible, car le don qu'il leur fait, expressément et devant témoms, est l'héritage de leurs enfants respectifs.
C'est d'ordinaire pourses enfants quelasnia supporte les ennuis du mjnage polygamique. Avoir un fils est souvent pour elle le moyen de s'assurer une double source de profits : dans le présent, elle s'attire les faveurs du maître dans
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le ùitur, elle se réserve une vieillesse choyée et honorée, auprès d'un lils puissant et riche.
Mais toutes les sina ne peuvent pas espérer de tels résultats et beaucoup évitent au contraire la maternité. Tant qu'elle n'est pas mère, en elTet, la si}ia peut divorcer sans regret: certaines aiment évidemment à se réserver cette facilité. Quand elle a des enfants, la sina ne se résout que très difficilement à rompre le lien conjugal parce que. dans tous les cas, celte rupture comporte pour elle abandon des enfants au mari ou à la famille du mari.
Pourtant, il est des sina pour lesquelles la maternité est une quasi-obligation, ce sont les taj-a : pour elles, en effet, la maternité, c'est la liberté. L'esclavage remédie ainsi, dans quelque mesure, à un mal engendré par la liberté.
C'est grâce aux iai'a, souvent, que les familles comptent beaucoup d'enfants ; la (ara qui est, parfois, l'épouse méprisée, est donc l'épouse qui assure !a pérennité des familles. Dans le ménage elle est, en outre, l'épouse utile, par nécessité d'ailleurs, puisque n'ayant pas de serviteur elle est contrainte à tout faire elle-même, grosses et petites besognes. Ce travail, qui la rabaisse aux yeux de tous, lui garantit une certaine indépendance, que ne connaissent point ses compagnes.
Les sina plus ou moins dotées tiennent à honneur de ne rien faire, oisives et coquettes elles passent le temps en bavardages et en intrigues, se confiant aux soins de leurs serviteurs qui, généralement, ne sont fidèles et dévoués que dans la mesure du profit qu'ils escomptent.
D'ailleurs, il est bien entendu que ce n'est pas parce qu'elle est lava ou légitime que l'épouse est vaillante ou paresseuse, mais la première a des stimulants qui l'obligent à l'être et la seconde a des raisons de ne l'être pas et, cependant, les sina légitimes, bonnes épouses, bonnes mères, travailleuses et entreprenantes ne sont pas rares, quand l'union conjugale est bien assortie, car tout est là.
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Le gMiécéc fraclidiDic. — Les foninies léunies en une même lu, en un gynécée global, avec, par conséquent, la présence constante du mari, c'est la forme peut-être la plus répandue du gynécée, mais non point la seule.
11 arrive assez fréquemment que les femmes sont établies hors de la présence constante du mari, disséminées par groupes ou séparément: le gvnécée se trouve fractionné.
Le ménage polygamique, enfermé dans un même enclos, n'est et ne peut être, quand il v a plusieurs épouses oisives surtout, qu'une assijciation entièrement à la merci des plus forts ou des plus malins, dont tous les autres ont à subir la tyrannie : il \ a, par suite, un déchet formidable d'énergie inutilisée ou mal utilisée.
Lorsque, au contraire, le gynécée est fractionné, chaque épouse isolée devient une manière de chef de service, qui s'efforce, tant sous la direction du maître que par émulation, de faire œu\re utile; elle \' est encore incitée par ce fait qu'elle est la première bénéficiaire de son labeur.
Ce régime s'impose lorsque l'épouse possède, en entrant en ménage, des paraphernaux importants, c'est aussi une faveur que le mari accorde à certaine épouse privilégiée. Il est surtout pratiqué par les gens riches ou puissants.
La femme ainsi isolée est, alors, entourée d'un personnel assez nombreux, préposé à son service, à sa garde et aussi à la garde des intérêts du mari. Les esclaves ont là pour mission d'exploiter et de sauvegarder les biens de leur maître en même temps que de veiller à la sécurité et à la bonne conduite de son épouse.
Mais ce régime n'est pas l'apanage exclusif des riches, il est, au contraire, assez répandu, avec les modifications que comportent les circonstances.
Le Noir, où qu'il aille, n aime pasdemeurer dans le célibat et son intérêt personnel est, ici, d'accord a\ec 1 intérêt général qui, pour la paix des familles, exige qu'il n'y ait
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pas de coureur de femmes ; d'ailleurs, il \- a, nous l'avons dit, plus de femmes que d'hommes.
Partout, le commergant indigène, par exemple, appelé à résider pour quelque temps, tantôt dans une localité et tantôt dans une autre, a, dans les deux, un ménage. Est-il riche? Chacun de ces ménages forme une lu distincte, dont l'administration séparée fonctionne cependant sous son unique direction. Est-il pauvre?'' Il s'entend avec la famille de sa femme, un coin de la lu familiale lui suffit, il n'a qu'à pourvoir à l'entretien de sa femme et, s'il y a lieu, des enfants. Ces unions ne sont pas toujours régulières, mais il est rare qu'elles ne finissent pas par le devenir.
Dans les grandes villes, plus ou moins européanisées où le sol a une valeur marchande, le Noir polygame ne peut pas toujours réunir toutes ses femmes en une seule et même lu, il a alors recours au g\'nécée fractionné.
Ce régime est donc appelé à prendre de plus en plus d'extension, au fur et à mesure que la propriété foncière aggravera les dépenses nécessitées par l'installation d'une lu assez étendue pour contenir un gynécée unique avec toutes les dépendances qu'il comporte.
Le mari.
Aux détails qui précèdent et font ressortir bien des côtés de la conduite que doit tenir lemari, nous ajoutons ces détails complémentaires.
Si le mari est peu fortuné et dépour\u de serviteurs, il s'occupe le plus généralement d'agriculture. Avec sa ou ses femmes et leurs enfants, il s'efTorce à réaliser la plus importante récolte possible, car toutes les ressources du ménage viendront de là. Habituellement, il fait deux parts de cette récolte: l'une, destinée à l'alimentation de la famille, est soigneusement rangée dans les greniers; l'autre
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sert de marchandise d'échange et permet d'acquérir : vêlements, ustensiles de ménage, armes, outils, bétail.
Souvent cetie seconde part est de beaucoup supérieure à l'autre et dépasse la quotité laissée disponible par la consommation alimentaire du ménage. Le mari aime, en elTel, se donner quelques douceurs, réaliser quelques-uns de ses désirs, faire des cadeaux à sesfemmes... il achète un cheval et souvent des bijoux. Ce supertlu étant incompatible avec sa situation de fortune, il vient un moment de l'année où l'homme doit, de nou\eau, troquer ces biens, qui ne flattaient que sa vanité, contre des grains indispensables à la subsistance de la maisonnée.
Mais il arri\e aussi qu'il agisse sagement et qu'il ne troque de sa récolte que la quotité réellement disponible : il se forme, alors, un fonds de réserve en bijoux, bétail... et autres richesses. Si les circonstances favorables se maintiennent et qu'il soit avisé, il tire parti de ce modeste pécule, l'accroît par le commerce et, peu à peu, grâce à une sage et tenace économie, arrive à l'aisance et même à la richesse.
Lorsque, au contraire, l'homme peu fortuné, dissipe ses modiques ressources, ou bien que, malgré sa sagesse, il se trouve accablé par l'adversité, c'est très vite la misère, qui le pousse aux expédients extrêmes.
Naturellement, il réalise d'abord les bijoux ou le bétail puis il fait appel à ses parents plus favorisés; poursuit ses débiteurs ; emprunte sur la future récolte: tâche de découvrir des prétendants pour ses lilles et en tire tout ce qu'il peut sous forme d'avance sur la dot ; enfin il met ses enfants en gage, voire même ses femmes.
Autrefois, surtout, la misère provoquait des déterminations plus graves encore : il n'est pas douteux que certains vendaient leurs enfants et même leurs femmes; d'autres émigraient ; d'autres s'adressaient à un homme riche et puissant, soit de leur pays, soit d'un pays voisin,
se donnaient à lui avec tout ce qui dépendait d'eux, ils tombaient ainsi dans une quasi-ser\ itudc : ils étaient désormais tenus de rendre certains services à leur protecteur, qui, en retour, avait l'obligation de leur venir en aide ; cette déchéance ne frappait pas seulement ceux qui la négociaient, mais atteignait tous leurs descendants.
Quant à l'homme riche, qui sait gérer, ou mieux, faire gérer sa fortune, il s'adonne volontiers à ses plaisirs favoris. Surtout, il ne se livre personnellement à aucun travail manuel réputé avilissant ; entouré de quelques familiers, ordinairement des parasites, qui lui servent d'hommes d'alTaires, il aime parader à cheval ou passer ses journées à bavarder. Avant établi ses femmes de-ci de-là, dans la campagne, il va de chez l'une chez l'autre, accompagné d'une suite plus ou moins nombreuse, demeure quelque temps et s'en va. Autrefois, la guerre et les razzias, occupations essentiellement nobles, lui permettaient de réparer les accrocs apportés à sa fortune par les jours de bombance et de débauche.
Droits et devoirs des époux.
Le secours et l'assistance sont, ici également, de l'essence du mariage : les familles sont souvent engagées dans des dépenses considérables pour arriver à la guérison d'un de leurs membres, homme ou femme; cependant, il n'est pas rare que le mari se désintéresse du mauvais état de santé de sa femme et que celle-ci se soucie peu de soigner un mari beaucoup plus âgé qu'elle. Mais il n'est pas douteux que semblable conduite puisse être invoquée pour obtenir, dans certain cas, la rupture du lien conjugal.
Hors le cas de maladie, on constate fréquemment que l'homme ne traite pas ses épouses avec égards et que, s'appropriant toutes les ressources du ménage pour sa seule satisfaction personnelle, il les oblige aux plus durs tra
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vaux, sans même leur assurer une tenue décente et une alimentation conNenable.
1! est difficile que le mari soit ainsi maltraité ; même vieux, il est et demeure le maître auquel il faut obéir, car il saura certainement trouver une aide, auprès de ses congénères ou du chef de village, pour juguler l'insubordination ou la révolte de son gvnécée.
La femme doit obéissance à son mari, tel est surtout le principe de l'union conjugale qu'il est toujours facile de faire respecter ; quant à la protection que le mari doit à sa femme, elle n'est mise en pratique que dans la mesure de l'arbitraire du mari ; sans doute, celui-ci s'expose toujours à une rupture possible, mais il est si rare qu'elle soit prononcée en faveur de la femme.
L'obéissance due par la femme se voit à l'impossibilité où la femme se trouve de rien pouvoir faire d'important sans l'autorisation de son mari : d'ailleurs, il n'y a pas là une formalité pareille mais seulement analogue à celle de notre droit. L'obéissance de la femme se trouve sanctionnée par le droit de correction du mari qui peut par ce moyen se venger des actes accomplis en dehors de son consentement ou contre sa volonté ; le mari peut, aussi, faire constater le dommage que lui causent les dilapidations ou les écarts de conduiiede sa femme et, en obtenant la rupture du lien conjugal, se faire indemniser.
La femme doit habiter là où le veut son mari; cependant, elle peut s'v refuser si elle se sent soutenue par sa famille et, d'ailleurs, c'est un droit, pour elle, de ne pas vouloir suivre son mari en pays étranger.
Le mari doit recevoir sa femme, mais il n'est point tenu de la loger au même lieu que lui-même; il peut l'établir là où il le juge convenable et elle ne saurait être admise à se plaindre s'il la traite dignement.
Notamment, le mari éloigné ou absent doit assurer la subsistance et l'entretien de sa femme et de leurs enfants;
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s'il ne le fait pas, la femme est admise à se retirer dans sa famille. 11 n'v a jamais lieu à pension alimentaire entre époux séparés ou divorcés ni, à plus forte raison, entre alliés; entre parents, elle n'est qu'une oblii^^aiion naturelle.
La femme doit être Hdèle à son mari et celui-ci est bien armé contre Tinconduite de sa femme : il peut la corriger, la mettre aux fers, voire môme la séquestrer. Pourtant, malgré tant de sujets de craindre, les femmes infidèles ne sont pas rares, et les moyens dont dispose le mari pour assurer l'intégrité de sa lignée n'empêchent pas qu'il abrite sous son toit des enfants qu'il n'a point procréés.
En droit, le mari est, lui aussi, tenu de se réserver pour ses femmes seules ; en fait, l'épouse préfère supporter l'inconstance de répoux, plutôt que de subir la présence de la nouvelle compagne qu'il ne manquerait pas de lui donner, afin de régulariser sa conduite ; plus même, il n'est pas rare que l'épouse se fasse la pourvoveuse du mari qu'elle gouverne ainsi avec ses vices.
De son côté, le mari n'est pas très regardant et", quand le nombre de ses enfants s'est accru pendant sa trop longue absence, il se venge par une bonne correction : il est admis, d'ailleurs, qu'il se serve de l'aveu de la femme pour obtenir de l'amant une compensation pour le dommage quecelui-ci lui a causé. 11 est d'usage que le mari exige une compensation pécuniaire ^ce qui ne veut pas dire nécessairement en argent monnayé) et l'on comprend sans peine comment l'union conjugale arrive, de cette façon, à se transformer, par l'abus, en une prostitution légale.
Dans les grands centres, où la population llottante est nombreuse, il est assez fréquent que le mari se fasse l'instigateur de rinconduite de sa femme, pour en profiter.