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LES ENFANTS

La naissance.

Gestation et accouchement . — Quand une femme apparaît enceinte, elle continue d'avoir des relations sexuelles avec son mari jusque vers le cinquième mois; puis elle cesse ces relations jusqu'au troisième mois de l'allaitement, lequel se poursuit pendant trois ans environ.

Nombreuses sont les femmes enceintes qui mangent une terre ocreuse nommée kukhu-mahhan' , c'est-à-dire « pierre friable » et que l'on trouve sur les marchés, au même titre que les substances alimentaires.

Il est d'usage que, pendant tout le temps de la grossesse, la femme se nourrisse abondamment et, surtout, mange beaucoup de viande ; il est du devoir du mari de \eillerà ce que les désirs alimentaires de sa femme enceinte soient toujours satisfaits.

Le cœur et le foie des animaux, réputés morceaux de choix, lui sont réservés. Lorsqu'un lion est tue dans le

(i) Voir un intéressant article sur « La géophagie dans l'Afrique occiden taie > dans la Géof^rapfiic, iqm, page 45i. Consulter également le compte rendu de l'Académie des sciences dans le .J mimai officiel <iu 1:9 janvier lyia.

2l0 MONOGRAPHIE DES KHASSONKÉ

voisinage, d'elle-même ou contrainte, la femme enceinte doit manger un morceau de la chair de ce fauve ; avec la peau, les gritfes, les dents, l'on confectionne des talismans que la femme doit porter sur ses flancs, afin que le garçon qui naîtra d'elle soit fort et courageux.

La croyance que le fœtus est extrêmement sensible aux influences extérieures est la cause de maintes pratiques qui, sous forme d'interdits, régissent la vie de la femme durant le temps de la gestation. Ainsi, il lui est interdit de prendre le deuil, d'assister à des funérailles, de prendre part, en quoi que ce soit, à tout ce qui concerne la mort; il lui est interdit de se mêler aux attroupements, afin d'éviter l'influence maléfique de talismans portés par les gens et qui pourraient nuire à son enfant.

La durée de la gestation est, pour l'indigène, absolument indéterminée; d'aucuns affirment gravement qu'elle peut être de plusieurs années ; la preuve, disent-ils, est que des enfants naissent avec des dents et une conformation très avancée.

D'autre part, il est admis que la fécondation peut ne pas être l'œuvre de l'homme ; l'on en donne pour preuve les enfants mal conformés ou diff"ormes, ils ne sont ainsi, afiirme-t-on, que par le fait des esprits.

Qu'une femme commette l'imprudence de passer la nuit à la belle étoile, pour éviter la chaleur intolérable de la case, et elle risque d'être victime des esprits qui, toujours, errent la nuit : fun d'eux, se transformant en un vent subtil, s'introduira dans son corps et, dès lors, il la possède, elle est sa femme, c'est désormais une incube. C'est par ce raisonnement que l'on explique comment il arrive que les enfants de certaines femmes viennent au monde sous forme animale ; comment certaines femmes causent la mort de tous les hommes qui les épousent: l'esprit qui les possède n'admettant pas le partage avec un humain ; comment, encore, certaines femmes, poursui\ies par un

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esprit jaloux, accouchent seulement d'enfants m<;rt-nés ou non \iables.

Jusqu'au dernier moment, la lemme enceinte doit vaquer à ses occupations ordinaires. On lui recommande de se livreraux besognes un peu rudes du ménage et, notamment, de piler les grains. Ces exercices ont pour but, au moins chez les primipares, de faciliter le travail des couches que toutes redoutent beaucoup, non sans raison.

Lorsque le moment est proche, la parturiente se retire dans sa case a\ec les vieilles femmes chargées de l'assister. 11 n'v a point d'accoucheuses de profession : en tiennent lieu des matrones qui ont eu plusieurs enfants et sont réputées connaître quelques remèdes ou pratiques propres à faciliter ou activer le travail ; elles seules ont accès auprès de la femme; les hommes, surtout, ne doivent pas l'approcher et le mari lui-même n'est pas admis.

Si l'enfant se présente mal, ou si toute autre complication met la vie de la femme en danger, Ion a recours au magicien ou au marabout, mais il doit accomplir ses pratiques à l'extérieur, sa seule présence à l'intérieur est tenue pour pernicieuse aussi bien pour la mère que pour l'entant.

« L'accouchement se fait donc dans la position assise, le siège reposant sur une pierre, les cuisses largement écartées et le dos, porté en arrière, soutenu par une amie. » (Docteur Lasnel.)

Quand Tenfant est né, l'on sectionne le cordon ombilical, Ton fait boire à la mère une décoction de feuilles de dyambakhalan' <Combretum glutinosiim), connue pour ses vertus hémostatiques, et on lui met sur la tète une calebasse.

Une des assistantes prend l'enfant entre ses mains, l'élève à hauteur de son visage et lui dit, bien en face, les noms de ses père et mère puis le place, pour le laver, dans la calebasse qui coitVait la mère. Pendant ce temps, Ton a fait annoncer au père la naissance et le sexe de l'enfant.

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On allume du icu dans la case: on renireiienl pendant une semaine, sans qu'il soit permis d'y venir enflammer quoi que ce soit, ni den distraire une parcelle. Durant cette pér>iiode, la mère s'alimente en évitant certains mets et boit, de temps à autre, une infusion de feuille de dyuti' réputée antiliévreuse et régénératrice du sang.

L'enfant n'est mis au sein que vingt-quatre heures après sa naissance, jusqu'alors on ne lui donne que quelques gouttes de lait de chèvre. Seules les femmes peuvent entrer dans la case où il se trouve ; parmi elles, les plus âgées le pressent sur leur poitrine et lui disent invariablement : ku dyugu ! vilain ! car des compliments lui seraient funestes.

Le matin du huitième jour, un peu avant l'aube, l'accouchée se rend à un carrefour et, là, procède à une manière de purification avec une décoction de plantes; elle prie également les esprits, qui toujours fréquentent ces lieux, de la protéger ainsi que son enfant. A son retour on laisse éteindre le feu.

C'est le jour choisi pour l'imposition du nom.

Imposition du nom.

Le mari ayant convoqué ses sœurs, celles-ci arrivent avec divers cadeaux consistant en victuailles, coton, pagnes.

D'autre part, une femme de la caste des forgerons et une femme de la caste des griots sont également mandées.

D'habitude, la femme-forgeron lave l'enfant et lui rase la tète en présence des assistants, après quoi le père, d'accord avec sa sœur aînée, déclare le nom [Lohho] qu'il donne à l'enfant. Ce nom est proclamé par la femme-griot qui, prenant l'enfant, lui fait faire le tour de l'assistance.

Les sœurs du père remettent aux deux femmes de caste les cadeaux qu'elles ont apportés.

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