‹ Les KhassonkéChapitre 35 sur 74 · I.A FAMll.Lt: 2 M · texte numérisé non relu

I.A FAMll.Lt: 2 M

Souvent un repas, plus ou moins copieux, est donné en manière de réjouissance et aussi de sacrifice, car une partie importante en est elistraite pour être distribuée aux pauvres.

En principe, le nom [loklw] d'une personne rappelle la circonstance plus ou moins caractéristique de la \enue au monde de cette personne. Ainsi, l'enfant posthume reçoit le nom de son père ; celui auquel on reconnaît une ressemblance avec tel ou tel défunt est nommé comme celui-ci ; la femme, longtemps inféconde, donne à scm enfant le nom qui rappelle l'agent auquel elle attribue la cessation de sa stérilité: y?-/-i'rt (grand arbre) ; Mori-ba (grand marabout).

La mère, qui a perdu un ou plusieurs petits en bas âge, se croit poursuivie par un esprit malfaisant aux atteintes duquel elle s'elïorce de se soustraire : tantôt elle recourt à un protecteur puissant, dont elle impose le nom à l'enfant {Iri-ba, Mori-ba.): tantôt elle espère confondre l'esprit malin en lui témoignant qu'il est démasqué, l'enfant se nomme pour cela Mahi-bali éhonté : tantôt, enlin, elle cherche à égarer son ennemi et, dans ce but, accouche hors de chez elle, dans le premier endroit venu : alors l'enfant peut toujours être appelé Fili (abandonné), à moins que l'on ne préfère dire où il a été abandonné, Gabugu (cuisine), Sisi-kholo (vieux panier), Vasa (paille)... ou par qu'il a été recueilli: Numii (forgeron), Dra/i' (griot)..., car il se trouve là, une femme pour le recueillir comme si c'était le sien.

L'enfant s'appelle encore d'après le moment, ou l'époque, où il est né : d'où des noms de jours, Tenen' lundi), Aldjuma i vendredi) ; de mois, Dyonkharu ( r ■■ mois de l'année), Bana (dernier mois), Suuhharii rhamadan) ; de saison, Sama (hivernage).

L'événement sensationnel fait encore impression sur la dénomination de l'enfant : on l'appelle ainsi l'iibabu (l'Européen,; Sihliii le cheikh \ Sirifu le chérii): Kunli-

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giba (le grand chef) pour marquer qu'il a vu le jour lors du passage d'un de ces personnages importants.

Certains noms indiquent, en quelque sorte, l'ordre de la naissance : habituellement, Sainba est le nom du fils aîné et Demba celui du cadet. Dans la tainille des Dvallo, chefs du Khasso, Sambala a été longtemps le nom de tous les Hls aînés; il ne semble pas v avoir une nomenclature fixe applicable au.K enfants pour marquer invariablement leur rang de naissance, chaque famille adopte, en principe, ce qui lui plaît à cet égard.

Les jumeaux sont également appelés Fune (jumeau) ; les indigènes islamisés appellent l'un Alfuséni et l'autre Alasa}ia et couramment Lasana. L'enfant qui naît après les jumeaux, est, d'ordinaire, nommé Sadvo.

Il est de pratique habituelle de donner à l'enfant le nom d'un parent ou d'un ami, mort ou vivant, le tokho n'indique donc pas toujours une caractéristique personnelle.

Il n'est pas toujours possible d'appeler un individu par son nom. Ainsi, les époux ne doivent pas prononcer le nom de leurs beaux-parents respectifs; il n'est pas bienséant que la femme prononce le nom de son mari, les sujets le nom du chef.

Or, il advient fréquemment que ce nom est précisément celui donné à l'enfant. D'où l'emploi de périphrases ou d'antiphrases : Khe-ba, Khe-khoto (le vieux), Musu-ba, Musu-khoio (la vieille], appliqués à des tout petits.

Le plus souvent l'on a recours à des svnon\'mes: Gaku pour Sa?7ibala; Kibili pour Demba; Gafure pour A wa (Eve); et les noms musulmans sont traités pareillement: l'on dit Bakari ou Basavo pour Abou Bekr ; Sadya pour Ali; Demba pour Omar; Sambala ou Gaku pour Ahmadou ; Binli ou Dyaii pour Fathma.

Ce n'est pas tout, le père et la mère appartiennent souvent à une tribu dilïérente et chacun tient à donner à l'enfant un nom qui lui plaît : par exemple, le frère l'appel-

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lera Si)'}nan, avec pour synonymes Alhait, Nege, Fara, et au lieu de Sirman, la mère empl')icra Di^idyan\ avec pour. synon\ mes Kanyalin, Kéléfula- Kummahhmï .

Cet exposé montre combien l'individu est difllcile à identifier par son nom. Dans la famille, on le désigne par celui de ses noms que l'on emploie de préférence, précédé de celui de sa mère: nous avons vu Awa-Demba, Kombose- Saféré, tous les Sambala des Dyallo sont ainsi différenciés : Kinti-Sambala, Dvuka-S. MakJxasé-S.

Hors de la famille, on fait suivre le nom sous lequel on connaît le plus ordinairement l'individu, de son nom de famille dyamu) : on dit, par exemple, Samba Dyallo; s'il \' a lieu de préciser l'on donne le loklio du père ou celui de la mère, voire même celui du village.

Parfois, l'on emploie couramment accolés le lukho et son s\ non\me : Musa-Dvigi, Gafure-Awa.

Entre camarades, le surnom est fréquent, mais il est bienséant de le réserver pour l'intimité.

Filiation.

Les enfants nés durant le mariage sont considérés comme avant pour père le mari : ce sont les enfants légitimes.

En se basant sur cette seule présomption, la famille compte comme siens des enfants qui lui sont étrangers et repousse, au contraire, des enfants qui lui appartiennent.

Bien que né durant le mariage, l'enfant n'est, toutefois, légitime qu'après avoir été reconnu par le mari : c'est pourquoi le mari est prévenu dès l'accouchement ou, s'il est absent, dès son retour; du fait qu'il ne proteste pas, il confère la légitimité à l'enfant; il est d'ailleurs de l'intérêt de celui-ci que l'annonce de sa naissance ne soit point dilTérée parce qu'en raison de la polygamie, le mari pou-

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vant être pore de plusieurs enfants dans un délai rapproché, c'est 1 enfant qui lui est déclaré le premier qui est l'aîné.

C'est au mari et à lui seul qu'appartient le droit de désavouer l'enfant et point n'est besoin pour cela de grandes formalités, son opinion fait loi.

Mais il est inliniment rare que le mari désavoue les enl"ants nés de sa femme, même s'il peut invoquer une impossibilité ph\sique, même en cas d'adultère ou de naissance précoce. Cela explique et justifie dans une certaine mesure que la léi;itimité soit parfois contestée. Le maître mort, les enfants sont facilement portés à exclure ceux dont la légitimité est contestable.

D'ailleurs, d'une façon générale, la contestation d'état ne peut être que fréquente: l'homme fonde souvent plusieurs familles, également légitimes, très éloignées et s'ignorant plus ou moins entre elles. La femme, traînée comme esclave d'un bout à l'autre du Soudan, procrée des frères qui s'ignorent et même se trouvent être ennemis, sans le savoir.

Il y a des enchevêtrements dont il est impossible de préciser les modalités. A l'homme, à la femme de reconnaître leurs enfants respectifs ou communs, mais cette reconnaissance qu'ils imposent dans une certaine mesure n'est pas toujours respectée après leur mort: l'histoire du Khasso nous l'a prouvé.

Il convient de signaler une coutume qui a été, sinon exclusivement, du moins bien souvent, engendrée par l'esclavage.

La mère, toujours sujette à se voir enlever son enfant, lui faisait une marque {no) pour le reconnaître; le maître agissait de même envers son esclave. Pour le but poursuivi — qui était de reconnaître facilement le sujet marqué — il fallait que la marque persistât, quelles que fussent les vicissitudes de la vie de l'individu : c'est pourquoi on la faisait sur le corps lui-même; d'ordinaire elle consistait en inci-

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sions plus OU inoins longues, profondes et nombreuses faites dans la peau et disposées arbitrairementen un ou plusieurs endroits du corps.

Il nest pas dcuiteux que certains tatouages ont été, parfois, la caractéristique de telle ou telle famille, mais il n'est pas douteux non plus que cette caractéristique a perdu, la plupart du temps, toute sa valeur sous des influences diverses, parmi lesquelles l'on doit citer l'abus et l'imitation.

En f^énéral, Tindigène donne comme preuve de sa qualité d'homme libre, le fait qu'il ne porte pas de tatouages ; mais quelquefois, aussi, il s'enorgueillit d'une marque qui affirme aux yeux de tous qu'il appartient à une grande famille.

Dans le Khasso, on trouve des Dyallo et des Sidibé marqués de trois petites entailles au front et aux tempes; des Soussokho portant trois incisions pariétales et parallèles, qui leur balafrent la joue depuis la tempe jusqu'au maxillaire inférieur et trois petites encoches à la base du nez, verticales, parallèles, surmontant un petit carré; il en est des Khanouté comme des Soussokho, mais les trois entailles pariétales s'arrêtent au maxillaire supérieur et il n'y a point de petit carré frontal.

Le tatouage qui, normalement, est appliqué peu après la naissance, non seulement aux enfants de la famille, mais aussi à ceux des captifs de case, ne peut donc donner la certitude que celui qui le porte est un enfant de la famille, d'autant plus qu'il peut être — et qu'il est souvent — imité: sa valeur est donc sinon absolument nulle, du moins fort sujette à caution, en tant que commencement de preuve de légitimité.

L'enfant légitime prend la condition et le nom defamille de son père ; il appartient à son père et hérite, le cas échéant, de ses père et mère, comme nous le verrons.

L'enfant né hors mariage ( A!" /2o;k) ndi)}\ enfant du ventre) se rattache exclusivement à la famille de sa mère: l'aîné

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de ses oncles inaiernels lui lient lieu de père, il prend sa condition et son nom, mais il n'hérite de personne. 11 peut être légitimé, comme nous l'avons déjà dit, il suftit que celui qui épousera sa mère le prenne comme son lils moyennant le consentement de la lamille de la mère à laquelle il donne une vache, et celui de sa propre famille. Bien entendu si cette légitimation lèse des intérêts, ce qui est fréquent, la légitimité ne manquera pas d'être contestée à la mort de l'adoptant.

L'enfant né durant le mariage et que le mari désavoue est qualifié dyanga-din' {\), il suit le sort de sa mère et se rattache à son oncle maternel comme Tenfant naturel.

L'adoption n'est pas inconnue, mais elle dilfère profondément, d'ordinaire, de ce qu'elle est dans notre droit. Souvent, en etTet, l'adoptant a déjà des enfants et ceux-ci que, de son vivant, il dépouille des biens dont ils auraient hérité à sa mort, font tout ce qu'ils peuvent pour nuire à l'adopté.

Ainsi comprise, l'adoption est le fait de l'homme puissant, qui a trouvé dans l'adopté celui qu'il estime le plus digne d'être son continuateur.

11 advient aussi que l'adoptant n'a pas d'enfant et qu'il choisit l'adopté précisément pour lui en tenir lieu. Cette forme a été assez pratiquée autrefois où le maître pouvait ainsi se donner un continuateur dans la personne d'un captif de case, dont il avait éprouvé l'afifection et le dévouement.

Enfance.

L'enfant en bas âge vit surtout dans l'intimité de sa mère, parfois il voit peu son père et, même, si celui-ci est un de ces commerçants dont le gynécée est dispersé, il ne le connaît guère plus qu'un étranger : ses premiers ans se passent donc quasi exclusivement sous l'égide maternelle.

(i) Ce terme nous paraît signifier « entant de l'ordure ».

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En général, la mère allaite elle-même son enfant et cela durant deux à trois ans; elle le porte à califourchon dans le dos ou, si elle en a le moyen, le fait porter de même par une esclave : le pagne qui le retient dans cette position lui laisse la tête ballante tandis que, d'autre part, il aplatit les seins de la porteuse.

Dès qu'il commence à marcher il prend ses ébats dans la lu; un peu plus tard, il va polissonner au dehors.

Vers sept ou huit ans, une transition se produit; d'ordinaire, la tillette se confine désormais, de plus en plus, dans la lu; le gargonnet, au contraire, quitte la tutelle maternelle, il n'est plus admis à coucher dans la case de sa mère; il va partager le logis de ses congénères de tous âges, ou même celui des captifs de case des deux sexes; on l'emploie aux travaux des champs, selon ses dispositions, et il se conduit instinctivement selon l'exemple de ses aînés.

Puberté.

De la sorte tille et garçon atteignent Tépoque de la puberté. Il y a, à cet égard, deux choses distinctes qu'il est essentiel de ne pas confondre: d'une part la puberté naturelle, qui ne présente rien de spécial à signaler, sinon qu'elle paraît survenir, chez l'un et l'autre sexe, peut-être un peu plus tôt que dans nos pavs ; d'autre part, ce que l'on pourrait appeler la puberté civile, c'est-à-dire l'époque où. publiquement, le garçon et la fille sont reconnus sexuellement aptes à contracter mariage.

La puberté civile est marquée par la circoncision pour les garçons, par l'excision pour les filles.

Ces cérémonies n'ont pas lieu tous les ans, car elles occasionnent aux familles d'importantes dépenses. L'on attend une année d'abondance moyenne et, de plus, l'on opère en saison froide pour assurer le succès de l'opération chirur-

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^^icale ; les indigènes islamisés retardent jusqu'après le rhamadan et les païens les imitent.

Lorsque les circonstances sont jugées favorables, le chef de village, à l'instigation de quelques personnes intéressées, donne ce que l'on nomme lasigi-sinyalo : la « veillée d'assise », c'est-à-dire qu'il réunit les familles sur la place du village pour décider s'il y a lieu ou non de procéder à la cérémonie et, dans l'affirmative, en fixer la date.

Si l'on a décidé de procéder à la cérémonie, chacun prévient parents et amis et s'apprête en conséquence ; dès ce moment, il y a tous les soirs une « veillée » sur le béra, on l'annonce par des batteries spéciales de baringo (sorte de tambour), les jeunes gens surtout, garçons et filles, ne manquent pas de venir pour se divertir.

Quelque temps avant le terme choisi a lieu un deuxième ^inyalo, dans lequel l'on procède à l'élection du hhamarin'-kunligo : chef des jeunes maîtres. C'est, pour l'ordinaire, un captif de case, qui a pour mission d'organiser la fête : pour un temps, ses décisions vont révolutionner les villages car, dans ces circonstances, ce sont les « jeunes maîtres » ikhamarin'), comme l'on appelle les jeunes gens non encore mariés, qui dominent. Aussi, les maris et les pères ont-ils soin de faire bonne garde contre ces noctambules, qui ont toutes les audaces et prennent tous les droits.

Le hhamarin' -kuntigo a charge d'organiser les divertissements et, à cet effet, il convoque, à tour de rôle ou simultanément, les jeunes garçons et les jeunes filles; il est de droit le médecin, sema, des circoncis ; sa fonction la plus délicate est de rechercher et d'engager les deux personnages importants nommés mama-dyombo et gankurango.

Excision des fillcltes. — Les familles s'entendent pour faire pratiquer cette opération le même jour.

La fillette âgée de lo à i3 ans est assise sur une pierre; l'opératrice, une femme de forgeron, se place derrière elle

ll(.

FiG. tj. — Un !ran/iii)-anLnj.

€t lui tranche le clitoris avec un mauvais couteau. Cela se passe à Tintérieur de la lu, en présence des femmes seules. L'hémorragie, peu abondante, d'ordinaire, est arrêtée à l'aide d'une application locale de cendres végétales.

Les opérées sont réunies dans une seule et même case où elles reçoivent les soins d'une vieille captive de case réputée pour ses connaissances médicales et, pour cela, qualifiées sema-muso : « savante », « doctoresse ».

Pour le temps de réclusion qui leur est imposé, les excisées ont la chevelure enveloppée dans un morceau d'étoffe, enroulé en l'orme de calotte ; elles portent pour tout vêtement un pagne étroit qui cache à peine le milieu du corps; les ablutions leur sont interdites.

Durant les sept premiers jours, elles ne sortent que par nécessité absolue ; ultérieurement, quand elles vont au dehors, elles agitent une sorte d'appareil composé d'un bâton sur lequel sont entilés des morceaux de calebasses: au bruit que font ces débris en s'entre-choquant, les passants doivent sécarter.

Le huitième jour, le mama-dyombo entre en scène. Ce personnage est un magicien qui a pour mission d'éloigner les esprits malins, de les découvrir et de les châtier. Ses pouvoirs sont exorbitants, car la personne qu'il accuse et convainc de sorcellerie est vouée à la mort la plus horrible, par les supplices.

Nul n'est à l'abri de ses accusations, mais il les dirige le plus souvent, sinon exclusi\ement, contre les femmes, surtout les vieilles, lesquelles sont facilement considérées comme les causes des malheurs dont elles sont cependant les premières à souffrir : mort, prématurée ou non, du mari ou des enfants, maladies incurables.

Le mama-dyombo est souvent un individu de la caste des forgerons, parfois aussi un captif de case. La science de ce métier s'acquiert peu à peu, par l'enseignement pratique, que l'élève soit le lils ou seulement l'ami de

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linitiateur. Des danses, des chants, des in()\ens divinatoires, un costume spécial forment tout le bagage du ma77ia-dyombo.

Les chants ont pour sujet, tantôt les méfaits des esprits du mal. tantôt des événements épiques ; ils comportent des refrains que des femmes de griots reprennent en chœur. Vn orchestre accompagne et soutient le chanteur et rythme, en même temps, ses exercices chorégraphiques.

Le marna- dyombo fait volontiers emploi d'une langue un peu différente du langage courant: soit que les vieilles traditions renferment des mots ou des tournures désuets, soit qu'il emprunte à d'autres dialectes, soit qu'il crée spontanément des expressions destinées à étonner son auditoire : c'est pourquoi il arrive que celui-ci ne comprend qu'imparfaitement ce que dit le magicien, et ces passages incompréhensibles, au moins pour le vulgaire, ajoutent beaucoup à la renommée du iiiama-dvombo.

Les danses sont la mimique plus ou moins expressive des chants et surexcitent l'attention des spectateurs.

Chants et danses convenablement combinés permettent au mama-dyojnbo d'accéder à l'extra-lucidité — du moins on l'affirme — qui lui permet de découvrir les esprits malins; sans doute le sens divinatoire de ce magicien se soutient par bien d'autres pratiques, mais celles-là lui servent de fondement.

Le costume du mama-dyombo est différent pour la nuit et pour le jour. Pour la nuit, il est constitué par des lanières étroites d'écorce de hunye {Guiera senegalensis) et de faroiBauhinia rcticulata]\ l'homme disparaît entièrement sous cette enveloppe qui se termine au-dessus de la tète par une manière de pompon : c'est de ce détail que vient l'appellation mama-dyombo qui signifie 1' « ancêtre au pompon ».

Durant le jour, l'artiste disparaît sous un cône d'étoffe marron ; au-dessus de la tète les plis de l'étoffe sont liés au-

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lour d'un bâtonnet qui porte un pompon et de menus objets (grelots, amulettes musulmanes) ; les bords de l'étoffe n'étant pas cousus sur une petite longueur à hauteur du visage, l'homme peut suffisamment voir par cette fente, tout comme il le peut entre les lanières de son costume nocturne.

Ce costume, diurne ou nocturne, n'est pas un travestissement burlesque destiné à amuser les badauds : il transforme l'individu au point que, par ce seul artifice, il se trouve comme retranché de l'humanité ambiante.

Le mama-dyombo est comme le jouet d'une puissance supérieure en lutte avec les esprits du mal, pour le bien de l'humanité; tout ce qu'il fait, tout ce qu'il dit traduit en quelque manière les phases de ce combat. Les femmes, qui reprennent en chœur les refrains de ses chansons, se prétendent en butte aux tourmentsque leur infligent lesesprits malmenés par le mama-dyombo et, pour cette raison, celuici a beaucoup de peine à recruter ces auxiliaires.

Le mama-dyombo n'est pas recherché seulement pour les fêtes de l'excision, il est appelé chaque fois qu'un malheur ou une calamité nécessitent sa présence. Il est la terreur des femmes, car elles sont ses ordinaires victimes.

Dans les fêtes de l'excision, il apparaît comme le gardien vigilant et indispensable, car, aflirme-t-on, les esprits malins sont très friands de la chair des jeunes fillettes.

Tous les soirs, au coucher du soleil, les jeunes opérées s'asseoient à terre devant la porte de leur case, l'une contre l'autre, les jambes allongées ; leurs amies viennent se placer en face d'elles et les jeunes gens se mettent aussi de la partie, accentuant par leurs taquineries et leurs facéties, la gaîtê qui règne bientôt.

Les jeunes amies des opérées chantent en battant des mains, quelques-unes dansent et les fillettes, qui ne quittent pas leur position, battent aussi des mains, et, d'autre part, comme elles agitent les jambes selon le rythme, la place de leurs talons se trouve marquée par deux sillons.

Le 7nama-dyo)nbo vient là réconforter ses protégées, il préside quelques moments à leurs ébats, puis donne le signal du départ et, ouvrant la marche, il entonne le refrain :

Voici notre mère, nous n'avons plus rien à craindre, Voici notre mère qui est venue protéger ses enfants.

que tous les assistants reprennent en chœur. Arrivé sur le bera, il chante :

Faisons un petit tour de termitière, Pour notre mère.

Et il danse en lançant des couplets où lui-même est mis en scène sous des pseudonymes divers, par exemple :

Fa Moussa habite une case tout en paille, De la base au sommet.

Suffisamment excité par ces préambules, qui ont attiré la foule des spectateurs et avancé la soirée, il s'écrie :

Tu me chasses quand je me secoue.

C'est le signal attendu, par lequel il annonce qu'il va commencer ses récits : exploits légendaires, faits de guerre^ traditions historiques et surtout, surtout, descriptions horfiantes de scènes de sorcellerie.

A la lueur d'un feu de paille, à la clarté de la lune, le spectacle ne manque pas d'originalité ; il se prolonge souvent assez avant dans la nuit.

Lorsque la guérison des fillettes est assurée, le comité des fêtes fixe le jour de la purification. Ce jour-là, dans la matinée, le mama-dyombo va chercher ses jeunes protégées. Elles quittent leur case à la suite de la vieille sema et aussitôt, la foule des parents et des amis les entoure.

Le mama-dyombo, qu'escortent des musiciens, domine la foule qui dévale par les rues, comme une procession allant

LA l-AiMILLK

au tleuvc(i). L'on arri\o ainsi sur la grève, au lieu Jii Gadvola fréquenté par les lavandières à cause de l'eau claire et peu profonde non moins que pour les nombreux ei gros cailloux sur lesquels le linge peut sécher sans se salir.

Les parentes, les amies entrent dans l'eau, à la suite des lillettes, chacune de celles-ci s'asseoit sur une pierre émergeante et l'on procède à sa toilette. Tout d'abord, on la débarrasse de l'infect haillon qui emprisonne sa chevelure et l'on défait les nattes crasseuses ; puis l'on nettoie tout le corps, en commençant par les pieds. Le milieu du corps est toutefois réservé, le pagne sale continue à le dérober aux regards.

Pendant ce temps, le m am a-dyombo diverxh les badauds. Installé au milieu d'une place de sable fin, il se livre à des exercices d'acrobatie qui témoignent d'une rare souplesse.

Tout à coup, il s'interrompt et interpelle une fillette de l'assistance ; troublée, elle s'étend tout de son long devant lui, le haut du corps relevé sur les coudes. Il l'interroge pour savoir quel est son « bon ami», mais la fillette ne répond pas, elle joue avec les grains de sable, tandis qu'autour d'elle on se gausse de son attitude gênée et plus encore de son silence. Elle n'a donc pas de « bon ami » : vrai, en voilà une petite sotte ! Une amie vient à son aide, elle donne un de ses pagnes en gage au mama-dvombo et obtient ainsi de relever la fillette, qui s'en va toute confuse.

Depuis la veille, le mama-dyombo interroge airrsi les fillettes déjà excisées et chacune lui nomme bien vite « un bon ami » qui, s'il est présent, doit \erser un laiiima au niama-d^-ombo pour obtenir qu'il laisse la jeune fille en paix ; CQ l'absence du « bon ami », un camarade, ou une personne quelconque, peut agir de même, sinon le niama-

(i) Nous allons raconter la scène à laquelle nous avons assisté à Médine.

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ih-ombo ne lâche pas sa proie; ce sont les menus proHts du métier.

La toilette des Hllettes terminée, on reprend le chemin du village, chacun rentre chez soi.

L'après-midi est employée, dans la famille, à parer la jeune opérée : on lui met les bijoux les plus précieux dont les parentes et les amies se dépouillent pour elle, on la couvre même des vêtements les plus riches dont on dispose ou que l'on emprunte, on lui passe aussi un pantalon souvent en soie rouge pour une jambe et verte pour l'autre.

Vers le soir l'on réunit toutes les fillettes ainsi parées pour les promener processionnellement à travers la ville. A cet effet, chacune d'elles est placée à califourchon sur les épaules d'un grand gaillard; les parents, les amis et de nombreux musiciens font escorte. Au rvthme des batteries de tambours, elles virevoltent au-dessus de la foule en agitant des mouchoirs (genre madras) ou des écharpes de mousseline, telles de petites marionnettes.

Des toutes petites filles — de quatre ou cinq ans — ont, elles aussi, été costumées et paradent de même. C'est une joie délirante qui coule à pleine rue.

De-ci, de-là, on fait halte, une place est dégagée, les fillettes sont mises sur leurs pieds et font montre de leurs talents chorégraphiques; les toutes petites figurantes ne sont pas les moins applaudies pour leurs manières prétentieuses et guindées. L'on parcourt ainsi la ville et les villages les plus proches, qui comptent quelques filles parmi les opérées. Et l'on rentre à la nuit tombante exténué, mais si content !

Enfin, a lieu la cérémonie finale, quelques jours après la purification, un vendredi de préférence.

Dès le matin, les batteries de baringo convoquent les intéressés sur le bera : les notabilités sont présentes et une foule forme un cercle étendu dont les fillettes excisées occupent l'un des points.

Des griots s'agitent au centre; le plus qualifié d'entre eux

dirige la cérémonie. A son ordre, les fillettes sont amenées, elles se présentent en file indienne ; chacune, enveloppée d'un long voile de mousseline blanche, marche le corps penché en avant, les mains appuvées sur lesépaules de celle qui la précède; cette manière de monôme — auquel, on donne, s'il >' a lieu, plus d'ampleur par l'adjonction de filles 'déjà excisées — défile à l'intérieur du cercle, ayant à ses côtés la vieille se??2a armée d'une baguette en chaumede mil ; la femme-forgeron, qui a exécuté l'opération, ferme la marche, portant à la main un sabre nu à lame effilée, emblème de sa fonction.

Après ce défilé, les fillettes se placent sur un rang à l'endroit du cercle que leur indique le griot.

Le griot fait alors avancer la vieille sema et d'une voix retentissante : « Voici, dit-il, la bonne mère qui a soigné nos enfants, elle ne les a laissé manquer de rien, ainsi qu'en témoignent ces deux fagots (i)», et l'on fait une ovation à la vieille, laquelle reprend sa place.

Le griot fait avancer une des fillettes, elle disparaît entièrement sous de la mousseline blanche et s'approche des notabilités! Alors le griot crie à pleins poumons : « Voici une telle, fille d'un tel. » La fillette s'incline devant les notabilités en plovant légèrement les genoux et, en même temps, le griot lui découvre la figure ; elle regagne sa place, pendant que le griot, revenu au centre, clame de toutes ses forces les cadeaux faits à la fillette à l'occasion de cette cérémonie.

Il exagère si bien les choses, qu'il en résulte une sorte de surenchère entre les donateurs, celui-ci voulant paraître plus riche ou plus généreux que celui-là, et chacun s'approche du griot et lui confie son offrande qu'il présente

(i) Tant que dure la réclusion des fillettes, il est d'usage que parents et amis envoient chaque jour des plats copieux de nourriture. A chaque plat reçu la xieiWe sema met de côté une tige sèche de mil. Toutes ces tiges réunies forment à la fin de la période de réclusion un tas plus ou moins gros; plus il est gros plus il a été donné de nourriture et plus les fillettes ont fait ripaille. C'est à quoi fait allusion le griot.

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solennellement. « Devant toute cette nombreuse assistance, en présence de tel et tel (noms des notabilités), un tel i parent ou ami) donne à une telle fille d'un tel, telle chose (nature, qualité, valeur). » Tous ces cadeaux seront donnés à la jeune fille lors de son mariage.

Les présentations finies, Ton se sépare et c'est alors que commencent de véritables orgies {7iyara), chaque famille se faisant un point d'honneur d'héberger largement les parents et amis venus pour la cérémonie, et c'est pourquoi il n'est pas possible de procéder tous les ans à cette cérémonie, les movens du plus grand nombre n'y suffiraient pas. 11 est bien de tradition que les invités contribuent dans la mesure du possible, mais ce n'est là qu'un appoint insuffisant.

Aussi, advient-il souvent que, incapables de faire face aux dépenses considérables de la nyara, les familles procèdent à l'excision dans l'intimité, mais c'est là, à n'en pas douter, un accroc à la coutume, l'on ne s'y résout qu'à contrecœur et les jeunes gens ne s'y résignent pas volontiers.

A bien saisir les détails, il semble que cette fête est, au moins par origine, un rite de passage, destiné à marquer l'époque de la puberté civile : le régime auquel les fillettes sont soumises en est une preuve et la présentation qui marque la fin de la cérémonie évoque comme une manière de renaissance.

En tout cas, désormais, chacun peut savoir qu'il y a. dans telle famille, une fille à marier et se faire, par l'importance des cadeaux qui lui ont été donnés et qui lui appartiennent, une idée de sa qualité.

La fillette se trouve grandie aux yeux de tous, c'est, malgré sa jeunesse, une petite femme et c'est pourquoi les fillettes sont si impatientes d'être excisées et, plus encore, désireuses que ce soitengrande pompe. De là une coutume touchante. Il arrive que de pauvres gens n'ont pas le moyen de faire face aux frais qu'occasionnent de pareilles fêtes, alors leur

petite lille est prise, ou se place, sous la tutelle d'une famille plus à l'aise qui se charge de tout. Lorsque la cérémonie est accomplie, l'enfant ainsi assistée a, le plus souvent, à cœur de remercier ses protecteurs et, chaque jour, elle va mendier de porte en porte et leur verse le produit de ses collectes, jusqu'à ce qu'ils se déclarent satisfaits.

11 est d'ailleurs bienséant que le maître prenne à sa charge les frais de l'excision des tilleltes de ses serviteurs ou de ses clients pauvres.

Pour cette cérémonie, les classes sociales disparaissent; bien plus, entre les fillettes qui y ont pris part naît une sorte de fraternité qui se manifeste par le secours et l'assistance mutuels au cours de la vie. Nous donnerons à ce sujet des détails en parlant de la circoncision.

Circo)icision. — Tout ce qui concerne la circoncision est décidé et organisé comme il a été dit plus haut pour l'excision. Le kha niariii-kiuiti go doil surtout engager un gankurango, lequel joue un rôle important.

Le gankurango est une manière de magicien qui a, comme le maina-dvombo, ses chants, ses danses et son costume spécial.

Il chante les hauts faits des anciens, mais surtout dévoile les pratiques de sorcellerie en racontant les crimes des esprits du mal et de leurs disciples.

Ses danses sont des mimiques de ses récits, d'aucunes ont un caractère rituel marqué.

Son costume consiste en un filet qui couvre le haut du corps, la tête comprise, jusqu'à la ceinture à partir de laquelle pendent, jusqu'à mi-cuisse, des ficelles terminées par des pompons; une ceinture en cuir et un bandeau frontal maintiennent cette résille en place. Au sommet de la tête sont lixés quelques piquants de porc-épic destinés, paraît-il, à rappeler quele premier ^an/iurang-o simulait le porc-épic ; aux bras, aux jambes sont attachés des amulettes et les poignets portent invariablement des queues

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de vaches, insigne habituel des individus qui s'occupent d'occuhisme.

Au cours de ses exercices chorégraphiques, le gankurango fait toujours usage d'une sorte d'épée courte à lame droite.

Le gankurango est forgeron de caste, il s'instruit par la pratique, à l'école de son père le plus souvent.

Pour les veillées où doit paraître le gankurango, une batterie spéciale de tambour convoque d'abord l'assemblée: lorsque celle-ci est suffisamment compacte, tous les musiciens s'en vont en corps chercher le gankiwango qui est dans une case proche du bera. Il s'annonce en criant : «Quel est l'homme assez intrépide pour enlever le tamtam d'or de Kolibantan dans le Nyani?^ (i) » L'un des griots répond : « Avance un peu et tu le verras ?»

Le gankurango fait quelques pas et répète sa question, qui reçoit la même réponse ; à ce jeu répété, il arrive peu à peu au centre de l'assemblée. Là, il entonne un refrain que les femmes griotes reprennent en chœur et il se met à danser au rythme de sa propre chanson.

Tout à coup, il s'arrête, face à l'orchestre, et, de sa voix nasillarde et aiguë, il lance un nouveau refrain, aussitôt répété par les femmes, tandis que, d'une allure souple, il repart en faisant tournoyer son sabre et débitant une nouvelle histoire.

De temps à autre il s'arrête, fatigué, et cet entr'acte est mis à profit par les jeunes gens, impatients de s'agiter. Mais, le gankurango reparaît et chacun reprend sa place, pendant qu'il commence une nouvelle histoire.

Vraiment, à la lueur blafarde de la lune ou à la clarté falotte d'un feu de tiges sèches de mil, ces récits ont un charme attirant, et le silence quasi-religieux decette assemblée, qui regarde et écoute, impressionne.

(i) Allusion probable à l'expédition que Dyouka Sambala tenta contre le Nyari, sans succès.

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Certaines de ces chansons sont analogues à nos chansons de gestes, le plus grand nombre sont des récits de sorcellerie. De ces dernières, voici deux échantillons :

La boite de paille.

Que ceux qui sont protégés contre les sorciers me viennent en aide 1

11 était une vieille femme qui avait eu beaucoup d'enfants, mais à laquelle un seul restait : c'était un garçon.

Un ami dit un jour à ce jeune homme : «Tu ne sais sans doute pas que ta mère est sorcière, que c'est elle qui a « mangé »(i) tous tes frères et que tu auras le même sort?» Le jeune homme avoua son ignorance de ces choses et affirma, bien haut, que sa mère n'était pas sorcière.

— « Eh bien, dit l'ami, cette nuit même, les sorcières viendront danser sur le bera et il ne tient qu'à toi de voir ta mère parmi elles. »

— « Comment, demanda le jeune homme.

— « Voici : je vais mettre une grosse botte de paille sur le bera, tu te cacheras dedans, nul ne soupçonnera ta présence et tu pourras voir tout à ton aise. »

Ainsi fut fait.

Or, le compagnon du jeune homme — et à l'insu de ce dernier — était un sorcier, qui voulait du mal à sa mère. La nuit venue, à la sarabande des sorciers sur le bera, le jeune homme vit sa mère et il entendit un sorcier crier :

— « Que la botte de paille regarde et elle verra sa mère. » Le lendemain le jeune homme tua sa mère.

La sorcière.

Deux femmes avaient le même mari ; l'une était sorcière

(1) 11 f;iiit enlcndre pur là « faire disparaître ».

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et sans enfant ; lautre avait ou plusieurs enfants qui tous avaient été «mangés», à son insu, par sa compagne ; un seul restait qui marchait à peine.

Un jour, la mère alla chercher de l'eau et laissa son enfant à sa compagne. Celle-ci saisit l'enfant par une jambe, le jeta dans un mortier et, brandissant un pilon, se préparait à brover l'enfant, pour le manger plus facilement, quand, tout à coup, le petit sourit et lui tendant les bras lui dit : « Petite mère, laisse-moi vivre et je rirai pour toi. » Et la sorcière émue le laissa vivre.

Par cela même qu'il a pour mission de découvrir les esprits du mal, le gankurauf^o doit être versé dans la connaissance des pratiques divinatoires. Chacun, à cet égard, a des movens multiples, mais les chants et les danses sont combinés, le cas échéant, pour amener l'extra-lucidité. Le i];ankurango sait donc acquérir à son gré — à ce que l'on affirme, du moins — une seconde vue.

Son rôle, dans la circoncision, nous le montre agissant comme doué d'un pouvoir mystérieux et investi d'une manière de sacerdoce.

Le huitième jour avant l'opération, de grand matin, le gankurango réunit tous les jeunes gens : ceux circoncis au cours des années précédentes et ceux qui vont l'être ; à la tête de cette bande il va à la recherche de l'arbre qui formera le pilier central de la case des circoncis {pire), ce pilier est appelé birimakho: le maître du bire.

Le birimakho est le tronc d'un gèno Pterocarpus rinaceus de movenne grosseur, présentant cette particularité de se bifurquer à i m. 5o environ du sol et de telle façon que le soleil, dans sa course, passe sur le milieu de la fourche, dont une branche est ainsi dirigée vers le nord et l'autre vers le sud : cette orientation assure à l'arbre des vertus spéciales.

Pour arriver jusqu'à ce gèno. le gankurango agit comme

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un inspiré: à peine a-l-il pris la tète de la bande qui raccompagne, qu'il marche à une vive allure, laquelle s'accélère au point de devenir une course éperdue ; les plus agiles le rejoij^nent alors et le frappent avec des branches pour l'obliger à se modérer.

Lorsque l'arbre est découvert, on le coupe en réservant la fourche; puis, le ganliiirango saisissant un coq roux, qu'il a apporté à cet elVet, lui tranche le cou et du san^j;, qui jaillit, asperge l'arbre en prononçant des paroles qu'il accompagne de gestes rituels.

On enveloppe dans un pagne blanc le gèno, ainsi consacré birimakho (i), et deux des jeunes gens le chargent sur leur tèie et le portent jusqu'à proximité du village.

Là, s'organise un cortège : les jeunes gens entourent le birimakho porté comme il vient d'être dit et sur lequel un griot, monté à califourchon, bat du tambour; en avant marche le f^aiikurango qui chante une mélopée nasillarde entrecoupée du refrain Fa Tainba 2 :, sorte de pseudon} me du gankuraiifço, que tous répètent en choeur et l'on dirait d'une sorte de litanie dont voici une traduction libre:

Ni voire père. Fa Tainba — ni votre mère, Fa Tainba

Ne peuvent faire, Fa Tamba — ce que je fais, Fa Tamba

Pour mon métier, Fa Tamba — il faut un homme, Fa Tamba De qualité, Fa Tamba.

Arrivé sur le béra, le gankurangu fait déposer à terre le birimakho.

Le sema vient l'v prendre et le porte à l'endroit — généralement hors du village — choisi pour le séjour des circoncis ; il le fiche en terre, en orientant les branches de la fourche nord-sud et tout autour faitélever. parles jeunes gens, les murs du bire

[\) Birimakho, est un compose sonniké signitiani « le maître du bire (2) Littéralement, tamba =^ lance.

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Le soir a lieu Virisege--sîn}'alo -~r- la veillée de l'arbre coupé.

Le mercredi suivant, a lieu le yamu-salo, sorte de mascarade au cours de laquelle les jeunes gens à circoncire sont grotesquemcnt costumés en femmes à l'aide de pagnes qualifiés pour la circonstance nenelin-fanu ; ils portent un van emmanché, qu'ils tiennent de la main gauche et une baguette fourchue, qu'ils gardent dans la main droite. Dans cet accoutrement, ils vont mendier en chantant. La fourche, qui rappelle le birimakho, leur sert et leur servira désormais à dérober ou à prendre la viande que l'on laissera, ou mettra, à leur portée.

Le jeudi a lieu une autre fêle, dans laquelle les postulants figurent cette fois vêtus de khebaya-fanu = habits d'hommes adultes : ils portent un pantalon , trois ou quatre blouses superposées, un turban, deux ou trois cordons de soie passés en sautoir et formant croix sur la poitrine, enfin un sabre suspendu à l'épaule.

On les présente dans cet appareil à la nombreuse assistance de parents et d'amis convoqués pour cette circonstance, comme nous l'avons indiqué pour les fillettes excisées.

Assis côte à côte sur une sorte de banc, chacun a derrière soi sa « bonne amie » (ou, à défaut, une de ses sœurs) qui reste debout et tient à la main une calebasse recouverte d'un \an sur lequel sont posés une de ces minces cordelettes qui servent à attacher les veaux et, aussi, l'éventail et la fourche de la yamu-salo.

Les griots rendent compte des incidents notables survenus au cours des fêtes et présentent l'un après l'autre les jeunes gens, en énumérant les présents qui leur sont faits et dont une partie servira à défrayer les parents et une autre partie à acheter des vêtements d'hommes pour le jeune circoncis.

Le lendemain vendredi a lieu l'opération. Elle est faite

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