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hors du \ illa^e, en présence de tous les jeunes /^ens qui doivent la subir et des hommes leurs parents ou amis. L'opéré ne doit montrer aucune défaillance, ni avant, ni pendant, ni après, sous peine d'une honte ineiTaçable. L'opérateur est forgeron de caste et officie en vertu d'un privilège de famiUtî, le plus sou\ent : un aide l'assiste.
Le sujet, vèiu d'un simple pagne, s'étant placé debout face à l'opérateur, celui-ci C(Mnmence par déterminer, par tâtonnement, le ptMnt exact où il devra pratiquer la section : pour cela, il tire le prépuce en avant et le laisse se rétracter après avoir indiqué, avec un trait de salive, l'endroit présumé convenable; lorsque par ce moyen, renouvelé autant qu'il est nécessaire, il a bien repéré cet endroit, il tire une dernière fois le prépuce et le sectionne à la place voulue.
Un couteau indigène et de mauvais ciseaux constituent tous ses instruments. Une ligature sommaire contient l'hémorragie, d'ailleurs peu abondante, et le jeune circoncis s'en va, sur-le-champ, rendre visite aux notabilités.
Au retour, la ligature est enlevée, la plaie lavée avec une décoction de liyambakhaian' puis saupoudrée avec des graines de bagana réduites en hne poussière. Ce même traitement sera renouvelé tous les huit jours jusqu'à complète guérison.
Le jour même de l'opération, les circoncis sont conduits au bire. Leur vêtement est formé d'un seul pagne de couleur jaunâtre dont la bande du haut, prolongée à dessein, renferme un morceau de bois de sunkun' , précieux talisman contre les esprits malins: autour de la tête, ils portent souvent une bande de cuir, analogue à celle qui protège le bord interne de nos chapeaux européens, et présentant sur son pourtour quatre petites pièces perpendiculaires, de cuir également, et deux à deux diamétralement opposées.
Dans le bire, au pied du birimakho, ils enterrent le morceau de prépuce coupé.
Il est de principe que, dans le birc, ils dorment Ci')te à
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côte, la tète vers le birimakho, de sorte que leurs corps forment, autour de ce pieu, comme les ra\"ons d'une roue. Quand il survient entre eux quelque différend, il est tranché par un serment prêté sur le birimakho.
Il est admis que durant tout le temps que dure leur séjour dans le bire, ils peuvent piller tout ce qui est à leur portée, mais ils ne doivent pas pénétrer dans le village.
Le sema leur donne les soins nécessaires à leur guérison qui est, en général, obtenue en trois semaines.
La fin de cette manière d'isolement est marquée par une fête, organisée par les circoncis des années précédentes et qui porte la désignation vague et précise de khe-fengo = la chose du mâle.
Plusieurs jours sont nécessaires à la mise en scène qui exige quantité de trucs. C'est un bosquet des environs qui sert de théâtre : là, des jeunes gens habilement dissimulés dans la nuit, soit à terre, soit dans les arbres, transforment le petit bois en un lieu enchanté. On y entend des bruits, des sifflements, des crépitements insolites : des étincelles percent l'obscurité, des chaînes grincent; l'on perçoit que des formes, qui demeurent invisibles, glissent, rampent, se déplacent.
L'on persuade aux jeunes circoncis que tout cela est leur faute, que le génie du lieu est en colère contre eux, que ces étincelles partent de ses yeux, ces bruits divers de son corps et qu'il se prépare à se venger sur eux des méfaits commis à son égard, mais que seuls quelquesuns d'entre eux sont coupables et que c'est sur ceux-là seulement que le monstre se vengera. Tous vont donc traverser le bois, un ancien escortera chacun d'eux pour s'assurer qu'il ne tremble pas, car celui-là qui montrera une défaillance témoignera, par là, qu'il n'a pas la conscience tranquille et sera abandonné au génie.
On s'amuse ainsi de leur terreur pendant de longs instants et, enfin, lorsque l'on juge l'épreuve suffisante, on les laisse
libres après leur avoir fait prêter serment de ne rien rc'\éler, surtout aux femmes, de ce qui s'est passé.
En réalité, ils ne manquent pas de se vanter du courage qu'ils ont ou et, par manière de bra\ade, s'ingénient à exagérer les dangers qu'ils ont couru. Aussi, le khe-fengo jouit-il d'une sinistre renommée auprès du sexe faible.
Pendant que les jeunes circoncis vivent à l'écart dans le bire, leurs aînés mènent joyeuse vie, toutes les nuits, dans les villages, et les maris ont grand soin de garantir leur gynécée contre les entreprises de ces noctambules. Car ils imaginent toutes sortes de farces pour inquiéter les gens mariés et, pour les femmes, tout cela c'est l'œuvre du khefengo.
Après la nuit du khe-fengo, les circoncis démolissent le bire, arrachent le biri-makho qu'ils vont jeter dans un coin éloigné de la brousse.
Rentrés dans leurs familles, ils gardent soigneusement le pagne qu'ils ont porté durant le temps de leur convalescence; il est supposé doué de très grandes vertus bénéfiques, on l'utilise pour la confection de certains talismans et amulettes, surtout on le transforme en une blouse, qui est réputée être une armure excellente pour parer les coups dans les combats.
Les jeunes gens qui ont été circoncis ensemble sont réputés « pairs » {fulanin').
hcsfulanin' forment une sorte de société itun') que l'on appelle, à cause d'eux, fulan'-tun' et qui comprend d'ordinaire \QsJulanin' dQ trois circoncisions successives. Ces /"ulantun' élisent parmi leurs membres un chef, lun'-ligi, qu'assistent des assesseurs nommés dyalatigi, lun'-dvali ; les membres sont les tun'-din'.
Les tun'-din' se procurent par tous les moyens possibles, même les moins honnêtes, des" victuailles, qu'ils mettent en commun, et organisent de cette façon des repas de corps, qui sont parfois de véritables orgies. Une sorte de règle-
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ment frappe d'amende les tun'-din' qui, lors des réunions, ne se conforment pas à certaines prescriptions et ces ressources accroissent d'autant le fonds commun.
C'est au tun'-tigi qu'incombe la charge d'appliquer le règlement ; le dyalaiigi a pour fonctions de faire les parts dans les repas; quant au iun'-dyali, c'est le factotum qui convoque les tun'-din' sur l'ordre du tun'-tigi.
Ces sortes d'associations existent aussi bien entre jeunes gens qu'entre jeunes tilles, elles sont plus ou moins actives, elles visent à procurer à leurs membres quelques réjouissances et. surtout, elles entretiennent entre les/i//a?2/n' une sorte de fraternité qui les porte à s'aider mutuellement dans la vie. Les fulanin' circoncis le même jour sont extrêmement unis entre eux pour la vie et sans distinction de caste.
L'isolement dans le bire est le point de départ d'une fraternité très forte. Le fulanin' veille sur la famille de son fulanin' absent comme sur la sienne propre et, le cas échéant, devient volontiers le tuteur de ses enfants. En tout cas, les conseils d'un fulanin' sont souvent requis et presque toujours suivis ; ses reproches et même ses injures sont tolérés ou subis sans qu'une brouille sérieuse en résulte. Il faut des faits d'une gravité exceptionnelle pour que des fulanin' se gardent rancune et une pareille brouille est considérée comme un malheur.
A la guerre, les fulanin' étaient d'inséparables compagnons et les survivants faisaient en sorte de toujours assurer la sépulture des morts.
La circoncision marque pour le jeune homme une ère nouvelle ; on ne le considère plus comme un enfant : désormais son serment est accepté et, de plus, on le charge de missions parfoisassez importantes; toutefois, il n'est point admis dans les assemblées autrement qu'à titre d'auditeur et lorsque le débat est sans importance. 11 ne se trouve pas émancipé de la puissance familiale, mais le chef de
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famille, en vue de le préparer à son rôle futur, le charge peu à peu de fonctions, quand il s'en montre digne.
En tous cas, il fait partie de cette fraction de turbulents que l'on nomme : les « jeunes maîtres » (Khamarin'), toujours en lutte plus ou moins ouverte avec les « vieux » qui détiennent la puissance. C'est la fraction qui, d'ordinaire, organise et mène tous les troubles, pousse au.x mesures extrêmes (guerre, rébellion...) ; elle est souvent constituée par une manière de confédération des /u/an/un' des jeunes, avec pour chef le plus malin, réputé aussi le plus veinard : car, ici aussi, la fin justilie les moyens et réussir est indispensable pour s'assurer le pouvoir.
C'est souvent avec l'aide de ses fiilanin' que le jeune homme prend femme; en tout cas, les fulanin' dirigent les cérémonies du mariage et concourent à l'établissement du jeune ménage. Ils influent grandement sur celui-ci, car le jeune mari ne se sépare pas de ses fulanin' qui sont et demeurent les conseillers dont il aime à suivre les avis.
Même lorsqu'il est devenu polvgame et chef d'un groupe familial important (/i/n'-^z'g'i), l'homme demeure toujours en relation avec certains, au moins, de ses fui anin\ C'est parce qu'il se sent soutenu par eux, qu'il tient tête à son chef de famille et au sénat familial et arrive à s'affranchir, dans une certaine mesure, d'une tutelle rigoriste au point de décourager, en lui, toute initiative heureuse. Dans les querelles de famille, que la conciliation seule apaise, ils sont ses intermédiaires : ils sont avec lui, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune.