I.K KHASSO ET l/lSLAM
font de temps à autre un cadeau. En lîn d'études, il est bienséant de faire un cadeau important.
D'une manière générale, la masse des fidèles ne connaît rien d'autre que la prière, débitée sans la comprendre et en l'accompagnant des gestes rituels.
Cette prière répétée cinq fois par j<jur, aux heures prescrites, est précédée d'ablutions plus souvent simulées que réelles; elle comprend, en outre de la Fatiha, un nombre de sourates en rapport avec les connaissances et la piété de celui qui prie.
Le fidèle prie où il se trouve, il lui est cependant recommandé de se joindre à d'autres autant que faire se peut, et d'assister, le vendredi, à la prière en commun à la mosquée; ces prescriptions sont assez rarement observées. Les plus fervents font cependant un assez long déplacement pour assister à la prière du vendredi dans une mosquée. A cet effet, d'aucuns effectuent tout exprès le voyage nécessité par leurs atlaires à Kayes, à Médine ou autre grand centre.
Là, la prière du vendredi est dirigée par le marabout le plus réputé auquel ses congénères ont décerné le titre d'almami ; ailleurs cette direction échoit au musulman le mieux qualiiié.
D'ordinaire, la prière du vendredi, à Médine, comporte, outre la Fatiha, les sourates LXII (l'Assemblée > et LXXXVIII (le jour qui enveloppe;.
Pour l'Aïd el Kebir, l'Aïd ez Zerir, l'Achoura, le Mouloud, la prière est faite en commun et comprend outre la Fatiha, les sourates LXXXVII (le Très-Haut) et LXXXIX (le Point du Jour'). Cette même prière est dite dans les circonstances graves, famine, sécheresse persistante, in\asion de sauterelles.
Pour les Khassonké, les Confréries religieuses musulmanes ne comptent guère, autant dire même qu'elles ne
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comptent pas; sans doute il y a parmi eux des Khadria et des Tidjania, mais ils ne se distinguent de leurs coreligionnaires que par quelques pratiques qui n'en font aucunement des Khouans. Le plus souvent, ils se bornent à porter bien en évidence, roulé autour du poignet, un chapelet, qu'ils égrènent à la fin de la prière en marmottant un dikr auquel ils ne coniprennent rien.
Nous avons montré comment, pour le païen, le monde visible se double d'un monde invisible qui en est l'exacte réplique. Les morts appartiennent à ce monde invisible, dans lequel ils occupent une situation pareille à celle qu'ils avaient dans le nôtre, et, par là, s'explique qu'aux morts qui ont ici-bas exercé la puissance et l'autorité, le païen rend un culte pour qu'ils daignent s'occuper des affaires des vivants et puissent leur servir d'intermédiaires auprès des esprits tout-puissanis.
Ces esprits, avons-nous dit, sont eux-mêmes hiérarchisés en quelque sorte et paraissent être les subordonnés d'un être supérieur dont tout l'Univers ne serait qu'une émanation. Mais cet esprit éminent, supérieur à tout et à tous, le païen ne le définit pas, il n'en parle pas et ne lui donne aucun nom.
Il est particulièrement intéressant pour l'étude que nous poursuivons ici de remarquer que cet au-delà mystérieux, auquel tout indigène croit sans aucun doute, se trouve par lui défini, en quelque sorte, à l'aide de vocables indubitablement empruntés à l'arabe.
Il n'est pas de K.hassonké qui ne connaisse des êtres surnaturels qu'il appelle méléké et plus souvent dyina; qui ne sache qu'il existe un lieu de délices pour les bons, ardyana, et un autre de châtiment pour les mauvais, dyalianama, et qu'au-dessus de tout et de tous il y a Ngalla ou Allah.
LE KMASSO F.T l.'iSLAM 385
D'aucuns allirment que la création comprend 7 cieux €t 7 terres et d'autres savent que notre corps est l'enveloppe périssable d'une âme double, car elle comporte une partie, elle aussi périssable, laquelle se confond pour nous avec la respiration, et une autre partie, qui ne meurt pas, et c'est cette dernière qui, au décès de l'individu, s'en va dans le monde invisible.
Ces conceptions qui, au premier abord, paraissent indubitablement islamiques, sont pour la plupart d'origine parfaitement indigène, seule l'étiquette qui les recouvre est musulmane pour certains. 11 n'est pas douteux que, en dehors de toute contingence islamique, l'indigène a de la création une idée qu'il traduit bien plus en actes qu'en paroles, et, en tout cas dont il n'aime pas entretenir les étrangers: cette idée ne diffère guère, dans le fond, des concepts des religions révélées.
Il croit à un être suprême, mais, le considérant C(jmme trop éloigné de lui, il s'arrête bien davantage au monde des esprits, des génies dont il voit partout les manifestations et qui lui apparaissent comme hiérarchisés à la manière de la société humaine, les plus humbles étant ceux qui, après avoir été incarnés, sont retournés à ce monde des Invisibles.
Le travail d'islamisation qui se poursuit depuis des siècles sous tant de formes, brutales ou insinuantes, a donc abouti à ce fait que le paganisme s'est enveloppé d'un voile musulman, à l'abri duquel le païen continue les pratiques ancestrales, alors qu'à l'entendre parler il semble pétri d'islamisme.
11 n'est pas de Khassonké païen endurci qui ne jure par Allah : wallahi ! ou qui ne s'exclame par Allah! billahi, ou qui pour vous recevoir poliment ne vous salue au nom d'Allah : bismillahi .' ou ne vous remercie par Allah : barkallah... mais ces expressions n'ont rien à voir avec la foi islamique, il les a adoptées machinalement en les enten-
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dant répéter autour de lui, tout comme il redit les mots du vocabulaire poissard français répandu par les tirailleurs, avec cependant cette nuance importante qu'ayant eu longtemps à subir des sectateurs de Mahomet ombrageux et intolérants, il a adopté un vocabulaire propre à les contenter.
C'est par les marabouts que le travail le plus vaste et le plus profond d'islamisation a été accompli. En cela, les marabouts ont-ils agi de parti pris? Peut-être quelquefois, plus généralement ils ont fait fléchir la règle islamique pour la faire cadrer avec leurs habitudes : emprisonnés dans le milieu indigène, ils ont modifié les prescriptions orthodoxes dans la mesure où elles étaient inacceptables pour leur mentalité et ont à la longue créé une sorte d'orthodoxie musulmane indigène, si l'on peut dire.
Ainsi, tous les païens ont pour coutume de ne rien boire ou manger, boire surtout, sans au préalable faire une légère offrande aux esprits qui les protègent: à cet effet, ils versent sur le sol quelques gouttes du liquide en invoquant les invisibles.
Eh bien, il est de coutume, chez les plus stricts musulmans du Gadyaga de ne pas commencer le repas sans prélever quelques boulettes en l'honneur de Mahomet, d'Adam, d'Eve et de ceux des parents défunts que l'on veut particulièrement honorer; ces boulettes sont données, avec intention, aux pauvres, aux élèves qui mendient, ou tout simplement aux enfants de la maison.
Tout païen aime rester en communication avec ses morts et, pour invoquer le plus puissant d'entre eux — soit le fondateur de la famille, soit, plus ordinairement, celui qui a établi et commandé la lu (maison) — il lui fait une offrande qu'il répand, autant que faire se peut, le long du montant de la porte d'entrée de la lu ou en toute place qu'il juge convenable.
Le musulman indigène remet intentionnellement son offre au premier mendiant qui se présente ou bien l'envoie
LE KHASSO ET l'iSLAM SSy
à un marabout en lui demandant de prier pour ses défunts, auxquels, de son côté, il soumet ses'désirs en s'efTorçant de de\iner quelle peut être leur opinion à cet é\i;ard.
Nous l'avons vu, la maladie et la mort ne sont point choses naturelles pour le païen et, quand elles surviennent, il n'a d'autre préoccupation que de savoir sous quelles inlluences invisibles elles lYappent, parfois même il les tient pour des esprits et, en tout cas, se sentant incapable de pénétrer ces manifestations de l'occulte, il s'adresse au magicien.
Les indigènes, païens ou musulmans, consultent le marabout qui est un magicien à peine déguisé. Quel est l'indigène qui ne porte ce que nous appelons des gris-gris ? Le plus souvent le gris-gris est l'œuvre du marabout, c'est un écrit qui, en raison des formules qu'il contient, a un pouvoir magique. Or, pour tout indigène le magique n'a de vertu qu'autant qu'il est caché aux yeux des profanes, c'est pourquoi le marabout ne manque jamais de prescrire que le gris-gris devra être revêtu de cuir ou enfermé dans une boîte de métal ou introduit dans une corne.
Pour le païen ce qui est indispensable, c'est le rite : il ne suffit pas de prendre de l'écorce de tel arbre, de la faire bouillir et de boire de cette décoction ; il faut surtout que l'écorce soit prise de manière très spéciale (sur telle face de l'arbre, en prononçant telles paroles...), bouillie de même et que, l'ingestion de la décoction soit ellectuée elle aussi en s'accompagnant de certaines observances.
Les marabouts n'ont garde de trahir ces sentiments, qui sont au fond les leurs; en remettant un gris-gris, ils prononcent des invocations, tracent des signes mystérieux, envoient des petits jets de salive et, en donnant l'amulette ainsi consacrée, indiquent qu'elle devra être portée de telle façon, à tel endroit du corps et que, de plus, le bénéficiaire devra s'abstenir d'accomplir tel acte ou d'user de telle chose.
Ce que l'on demande peut être le plus au marabout, c'est
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d'être devin ; il s'y emploie de son mieux en usant de procédés divers, don'tle plus courant est une sortede géomancie.
Mais le marabout qui exerce sur la foule la plus grande influence, est celui qui se prétend thaumaturge et est assez habile pour convaincre ses clients de ses vertus miraculeuses. El Hadj'Omar aussi bien que Mahmadou Lamine ont été, pour leurs fidèles, remarquablement doués pour faire des miracles et Ton ne manque pas de raconter nombre de ceux qu'ils ont accomplis.
Nous avons vu que lorsque Mahmadou Lamine revint dans le Gadyaga en i885, il était précédé d'une grande renommée et ses émissaires ne manquaient pas de répandre les bruits de ses miracles.
La puissance surnaturelle de Mahmadou Lamine s'était surtout exercée à Ségou, pour triompher des embûches qu'Ahmadou dressait en vue de se débarrasser d'un coreligionnaire d'autant plus gênant qu'il se posait ouvertement comme le successeur spirituel d'El Hadj Omar et dénonçait la conduite privée d'Ahmadou comme un scandale pour les vrais musulmans.
Ahmadou avait donc décidé de se débarrasser de Mahmadou Lamine, qu'il avait mis à l'écart en lui assignant pour demeure un village en ruines, à quelque distance de la ville. Ce lieu fut appelé Salam et devint, du fait de la présence de Mahmadou Lamine, un lieu de prosélytisme d'où les récits des miracles se répandirent dans tout le Soudan, colportés par les dyula.
Au moyen de cadeaux et de promesses, Ahmadou parvint à décider quelques-uns de ses talibés à s'emparer de Lamine et à le lui amener. La petite troupe partit donc pour Salam. Les talibés cernèrent le village : le silence et la solitude y régnaient; effrayés ils s'approchèrent de la palissade, mais au moment où ils allaient y pénétrer, huit poissons monstrueux se dressèrent devant eux la gueule béante. Les talibés épouvantés s'enfuirent.
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AhmadoLi ne voulut pas ajouter foi à leur récit, il vint lui-même à Salam et, ayant laissé son escorte à l'entrée du village, il s'avança vers la demeure du marabout; comme il se préparait à en franchir l'enceinte, les huit monstres se dressèrent devant lui. Les talibés prirent la fuite et il les suivit.
Mais Ahmadou n'abandonnait pas son projet. Il chargea un de ses griots de poner à Mahmadou Lamine des colas parmi lesquels il en glissa un d'empoisonné. Le griot s'acquitta de sa commission, mais au retour, quand il vint rendre compte à Ahmadou, il sentit dans la poche de son vêtement quelque chose de pesant, il le retira : c'était le cola empoisonné. Ahmadou furieux l'obligea à revenir auprès de Mahmadou Lamine, mais le même fait se reproduisit et Ahmadou dut abandonner son projet homicide.
Les récits de ces miracles avaient beaucoup facilité le succès de Mahmadou Lamine qui, au Gadyaga même, s'efforça de convaincre ses fidèles de la réalité de ses pouvoirs surnaturels.
Lorsqu'il fut sur le point d'entrer en conflit avec nous, il ne manqua pas d'affirmer que nos troupes ne pourraient demeurer en sa présence et l'on raconte que, s'étant procuré des images représentant des soldats français, il les fit mettre au fond d'un vase rempli d'eau : en soufflant fortement à la surface de l'eau des rides se produisirent et l'image parut brouillée de plus en plus, jusqu'à disparaître : « 'Voilà, dit-il alors, comment disparaîtront les troupes des blancs. »
Il proclamait naturellement que le canon des blancs ne fonctionnerait pas et, pour le démontrer à ses auditeurs, il opéra comme suit : un soir, il se rendit à la mosquée et y fit sa prière dans le plus grand recueillement ; après une dernière prosternation, il se retourna vers la foule et montra un baril de poudre qu'il avait tait apporter. Levant
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alors une torche enflammée, qu'il tenait à la main droite, il demanda : *. Qui veut monter au ciel ? » Un guerrier s'avança, saisit la torche et la plongea dans le baril ouvert devant lui, mais la poudre ne prit pas feu !
Il n'en fallut pas davantage : le bruit de ce prodige se répandit dans le pays ; on proclama partout que par la puissance de Lamine la poudre des blancs ne parlerait pas.
L'on croit rêver en lisant que des procédés aussi grossiers ont eu tant de succès, cependant ils sont couramment employés. Lors de notre séjour à Médine nous avons vu plusieurs fois sidi El Kheir, qui était tenu en grande vénération par toute la population; l'on imaginerait difficilement la quantité et l'importance des cadeaux qui lui étaient faits, mais il savait provoquer les dons.
Il se rendait d'ordinaire à la petite mosquée sur la place du marché et, là, familièrement assis au milieu de tous, il exécutait de petits tours de prestidigitation ou des cures merveilleuses que ses crédules admirateurs considéraient comme autant de prodiges. Tantôt c'étaient des colas qu'il sortait on ne sait d'où, car nul ne l'avait vu en acheter depuis longtemps, une autre fois c'était un enfant qu'il avait guéri, là, séance tenante.
Le plus clair était que les aumônes affluaient dès que, surexcités par ces prodiges, les croyants se dépouillaient de leurs biens pour obtenir la bénédiction du saint homme. Nous avons vu des traitants donner, d'un seul coup, l'un une balle de guinée, un autre un cheval de prix, un autre un esclave... Et cheikh Sidi el Kheir ne semblait pas prêter attention à ces offrandes, toujours un bienveillant sourire éclairait sa physionomie fine et intelligente, il parlait peu et s'agitait moins encore ; ses séjours étaient de courte durée, quelques heures seulement, il disparaissait... et reparaissait quelques mois après.
Et il en sera longtemps ainsi : l'amour du noir pour le
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merveilleux est inépuisable, avec un peu de savoir-faire l'on peut lui extorquer tout ce que l'on veut. Aussi cette voie est-elle celle préférée des marabouts qui ont, par leurs récits, grandement influencé la littérature indigène.
Nous avons été en très bonnes relations avec un marabout khassonké, Boubakar K.onté (i), qui nous a donné nombre de renseignements et auquel nous avons emprunté un aperçu des récits qu'il fait aux indigènes ; en voici quelques échantillons.
A dama et Awa.
Quand la terre fut faite, Dieu en pétrit une certaine quantité qu'il inonda de lumière. Les anges regardaient cette glaise, informe et lumineuse, avec stupéfaction. A cette masse. Dieu fit des bras et des jambes, une tète et, enfin, donna la vie. Ce fut Adama (Adam).
Adama resta aveugle pendant cent ans, après lesquels Dieu créa A\va (ÈvC;, avec la dernière fausse côte d'Adama endormi.
Adama et Awa furent placés tout en haut du paradis, en un lieu où poussait l'arbre va kliiiba dont Dieu leur défendit de manger les fruits sous peine de mort.
L'n jour, Awa se promenait seule. Le démon s'approcha d'elle et lui dit : « Te voilà seule maintenant. Adama est sans doute avec sa nouvelle compagne? — Quelle compagne, s'exclama Awa surprise ? — Comment tu ne sais pas qu'Adama a une nouvelle compagne? — Xon », ditelle, troublée.
Alors, Satan urina et, désignant le miroir ainsi improvisé :
(i) Boubakar Konté qui habitait près de Médine avait fait ses études au Fouta Dyallon et était, en 1898, le professeur musulman des enfants de Mamadou Racine.
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« Tiens, dit-il à Awa, regarde là et tu verras le visage de ta rivale. »
Awa contempla curieusement celle qu'elle crut être sa rivale etqui n'était que sa propre image.
Satan, peu à peu excitait sa jalousie : «Ah ! disait-il, comment soutTres-tu qu'il te délaisse ainsi, pourquoi ne pas te venger? — Et comment? fit-elle rêveuse. — Mais, n'est-ce pas, là, l'arbredont Dieu vous a interdit de manger les fruits? — Si, dit-elle. — Alors, transgresse cet ordre et Adama et ta rivale sont perdus. »
Ainsi fit-elle, mais à peine eut-elle goûté du fruit défendu que, subitement, elle eut ses premières menstrues, qui vinrent souiller le paradis. Adama survint et, la voyant boudeuse, lui demanda ce qui la chagrinait. Sûre de son effet, elle se répandit en amers reproches sur son infidélité et ajouta que, pour le punir elle n'avait pas hésité à transgresser l'ordre de Dieu.
Adama, toufen se défendant d'avoir une autre femme, fut pris de l'irrésistible désir de goûter au fruit défendu, mais à peine l'eût-il avalé que la main de l'Ange Djibril (Gabriel) l'arrêta dans sa gorge.
Pour avoir désobéi, Adama et Awa furent jetés sur l'aile des vents. Adama tomba dans l'indi (Inde?) au nord de Maka (la Mecque) et Awa vers Babila (Babylone), pays du païen Nabuchodonosor.
Le sang d'Awa qui avait souillé le paradis, devint, sur la terre, la semence du colatier et c'est pourquoi les colas sont réputés avoir des vertus aphrodisiaques et sont, pour cela, si recherchés des noirs.
Quant au fruit défendu qui fut arrêté dans la gorge d'Adama, les Khassonké musulmans prétendent que c'est celui du menkono (spondias liiiea) : ils prétendent également, qu'ingéré, ce fruit demeure quarante jours dans l'intestin et que, lorsqu'on meurt dans cet état, l'on va sûrement en enfer.
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Origine de la circoncision et d'autres coutumes masculines.
Un jour Djibril iGabriel) dit à Abraham : « Dieu t'ordonne de te purifier. »
Aussitôt Abraham fit les ablutions prescrites pour la prière, mais Djibril lui dit : « Ce n'est pas là ce que Dieu t'ordonne. » Alors, Abraham s'avisant que ses ongles étaient malpropres, se mit à les nettoyer; mais, quand il eut fini, Djibril dit encore : « Ce n'est point là ce que Dieu t'ordonne. » Alors Abraham s'épila sous les aisselles : mais Djibril dit encore que tel n'était pas l'ordre de Dieu. Abraham s'épila le pubis, puis se rasa les moustaches, sans plus de succès.
Djibril partit alors pour aller rendre compte à Dieu ; pendant cette courte absence, Abraham soudainement inspiré, saisit une hache et se circoncit. Mais, tant par la perte du sang que par la douleur qu'il éprouva, il perdit connaissance. Djibril le rappela à la vie et lui dit : « Tu as bien exécuté l'ordre de Dieu, mais tu as agi trop brutalement ; à l'avenir, voici les instruments dont tu te serviras », et il lui présenta un couteau et des ciseaux.
Origine de Vexcision et d'autres mutilations féminines.
C'est aussi au temps d'Abraham que remontent l'excision et certaines mutilations féniinines.
Entre autres concubines Abraham avait une négresse qu'il affectionnait beaucoup. 11 n'en fallut pas davantage pour éveiller la jalousie de l'une des épouses d'Abraham. Un jour, cette femme saisit la négresse et : i" l'excisa, c'est-à-dire lui supprima le clitoris ; 2" lui lit des entailles
au front, aux joues, aux pommettes ; 3" lui perfora le lobe de l'oreille ; 4" lui tatoua en noir la lippe et les gencives.
11 convient de remarquer que toutes ces coutumes relatives au corps humain et que les marabouts font apparaître comme autant de prescriptions ordonnées par Dieu lui-même pour lui être agréable, sont pratiquées par la plupart des populations de l'Ouest africain alors même qu'elles ignorent l'islamisme et il n'est pas douteux, d'autre part, que ce n'est pas sous l'influence médiate de cette religion qu'elles les ont adoptées.
Nous avons donc là un exemple très net de l'islamisation des coutumes autochtones par les marabouts : les jeunes élèves auxquels ils inculquent qu'il faut être circoncis et avoir le corps épilé parce que Dieu l'a ordonné, ne pratiquent plus ces coutumes parce que leurs ancêtres les pratiquaient, mais bien parce que la religion le prescrit : la coutume païenne se trouve ainsi transformée en un rite de puriiication islamique.
Il n'est pas moins intéressant d'observer qu'alors que la mutilation de l'homme est un rite qui le rend agréable à Dieu, la mutilation pareille de la femme n'est que le stigmate indélébile de la jaFousie : l'islam, tout naturellement d'ailleurs, consacre l'abaissement de la femme exactement comme la coutume indigène.
\'oici encore un conte qui montre comment les marabouts savent donner à leur propagande un tour parfaitement conforme à la mentalité indigène ; ce conte n'est, pour ainsi dire, que la parapiirasede cet aphorisme cité plus haut : inutile de te presser, tu auras ta part.
L'on ne manquera pas de remarquer que contrairement aux contes d'origine indigène, qui eux ne formulent pas d'ordinaire de moralité, celui-ci — et ses pareils — porte une conclusion explicite.
LK K,HASSO ET L'ISLAM SqS
Modi-le- Donneur.
Il était un homme, nommé Modi, qui jamais ne travaillait.
Le matin, quand ses amis passaient devant sa case et lui disaient : « Eii bien ! Modi, viens-tu aux champs ? — Non pas, répondait-il, invariablement, je vais dormir. — Mais tu n'auras bientôt plus de mil et tu mourras de faim. — Dieu est grand, disait Modi, et Dieu enrichit qui lui plaît. »
Ironiquement on l'appelait Modi-le-Dormeur et c'était toujours ainsi, Modi dormait sans se préoccuper de rien, dans la certitude que Dieu pourvoit à tout.
Un matin, Modi sortit pour satisfaire un besoin naturel. Il alla derrière sa case et, à l'aide d'une houe, fit un trou dans la terre ; mais, soudain, la houe rencontra, sous terre, un vieux pot qui vola en éclats et laissa entrevoir sa panse remplie de pépites d'or.
Modi ne fut pas étonné de sa trouvaille, il la recouvrit d'un peu de terre et s'en alla un peu plus loin, pour ce qu'il avait à faire. Ensuite il rentra se coucher comme d'habitude.
Le lendemain un ami, en passant, interpella Modi : « Eh bien! est-ce ce matin que tu viens aux champs? — Moins que jamais! — Mais, malheureux! tu seras avant peu dans la misère la plus absolue. — Certes non , dit Modi, car je suis dès à présent le plus riche du pays. — Je serais curieux de voir les richesses que Dieu, sans doute, t'a envoyées, dit l'ami, en éclatant de rire. — Rien de plus facile, fit tranquillement Modi. Derrière la case est un endroit où la terre est fraîchement remuée, creuse un peu et tu trouveras un pot plein de pépites d'or : apporte-lemoi et nous partagerons son contenu. »
L'incrédule ami fit, par curiosité, ce que lui demandait Modi et trouva bien en efiet, un pot, mais plein dimmondices.
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Furieux, car il pensait que Modi s'était joué de lui, iï exhuma le pot et se dit : «Attends un peu, espèce de brute, je vais le porter tout le contenu, car je n'ai nulle envie de partager avec toi. »
Il vint jusqu'au seuil de la porte et de là, lança le pot sur le lit de Modi, puis se sauva en riant.
Avant d'avoir touché le lit, la matière immonde s'était changée en splendides pépites d'or que Modi et sa femme, stupéfaits du procédé de leur ami, s'empressèrent de recueillir.
A quelque temps de là. une caravane d'esclaves fit halte dans le village de Modi.
Celui-ci dit à sa femme : « Va faire choix des captifs qui te plairont et achète-les. » La jeune femme choisit cent garçonnets et cent fillettes et les femmes, ses voisines du village, en la voyant faire se mirent à rire. Elles se disaient entre elles : « Vois donc ! cette femme de Modi qui voudrait faire croire qu'elle va acheter toute la caravane; alors qu'elle n'a même pas de quoi payer une mesure de mil. » Et, par dérision, elles se tenaient à l'écart, comme pour laisser à l'épouse de Modi toutes facilités de choisir, tant elles étaient convaincues qu'elle était dans l'impossibilité de rien payer. Aussi, qu'elle ne fut pas leur stupéfaction en apprenant, par les marchands d'esclaves, que Modi avait payé, comptant et en or, tous les achats faits par sa femme.
Voilà comment Dieu prouva que Modi avait raison d'affirmer que Dieu est grand et enrichit qui lui plaît.
Ce travail d'islamisation emprunte tout aussi bien la voie de la fable ou de la légende que celle du conte.
Tous les actes de la vie, domestique ou sociale, sont ainsi habilement enveloppés d'une atmosphère musulmane et le noir, iiiême païen, se laisse volontiers aller à écouter puis à répéter ces récits, dont le merveilleux le séduit.
LE KMASSO ET l'iSLAM 897
Et des aphorismes en cours font apparaître eux aussi cette islamisation, tels ceux-ci :
Aujourdhui nesi pas di/Jicile, demain apparlicnl à Dieu. — Celui qui inel sa confiance en Dieu, n'a -rien à craindre. — L'homme ne sait rien, Dieu sait tout. — L'esclave ne peut rien, Dieu peut tout. — Le maître de pitié, c'est Dieu.
D'autre part, ainsi que nous l'avons dit précédemment, en dehors de ces récits tendancieux, nous trouvons des récits dont le thème est le même que celui de certains contes que l'on retrouve dans d'autres pavs et qui semblent axoir été introduits par des Arabes ou des Berbères.
Ainsi, d'après M. René Basset, dans notre recueil de « Contes soudanais », le Village des Fous n'est qu'une variante de la Querelle des Sourds, dont l'Inde nous fournit le plus ancien type. — Les sandales du Roi, dont le texte est donné ci-après, n'est qu'un remaniement du conte bien connu la Trace du Lion, qui fait partie du recueil des Sept Vis^irs. — Le vieillard et ses enfants est une version d'un conte arabe de Tunisie, dont la plus ancienne forme met en scène les ancêtres des tribus arabes, les quatre lils de Nizar.
Les Berbères semblent avoir, dans quelques cas, servi d'intermédiaires pour des contes d'origine arabe : le Recueil des aventures de Si Dyobia a fourni les deux contes la Marmite et le Fils du voleur, dans lesquels on retrouve le Lièvre de Si Dyobia et le Couteau qui tue et ressuscite.
Ces influences étrangères, plus ou moins lointaines, sont faciles à expliquer. Les grandes villes sont, au Soudan comme ailleurs, des centres d'attraction pour les savants, les lettrés, les artistes, tous gens qui, pour se perfectionner ou pour vivre, se trouvent contraints à de fréquents déplacements : c'est par ces éternels vovageurs que les productions littéraires sont dispersées au loin et que l'on retrouve en Afrique occidentale des récits parfois originaires des régions très éloignées de cette partie de l'Afrique.
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Parmi ces voyageurs, ceux que nous nommons les marabouts ont été, et sont encore, non seulement les propagateurs de la religion musulmane mais aussi de la littérature arabe.
L'influence musulmane se manifeste à bien d'autres égards que ceux envisagés ci-dessus, en voici des exemples intéressants.
L'imposition du nom a lieu le septième jour après la naissance.
Le nom est toujours donné par le père — dans la coutume c'est la sœur du père. S'il ne veut donner ni le nom d'un parent ni le nom d'un ami — comme le veut la coutume — le marabout dispose d'un recueil indiquant le nom à donner à l'enfant d'après le jour de sa naissance.
Le marabout s'approche de l'oreille droite de l'enfant et crie troisfois : « Dieu est grand ! » puis de l'oreille gauche et crie de même : « Mahomet est le prophète de Dieu ! » enfin, il crie dans l'une et l'autre oreille : « Ton nom est Tel fils de Tel ».
Si le père en a le moven un bœuf (ou un mouton) est égorgé, le couteau doit trancher le cou de la bête au moment même où le marabout prononce le nom de l'enfant. De la viande l'on fait trois parts : une pour l'accouchée, une autre pour les parents, la troisième pour les invités; ces derniers ont d'ailleurs porté des victuailles pour alléger les dépenses de leur hôte.
Comme rémunération le marabout a le droit de khandyapo, c'est-à-dire de prendre le devant du cou et les quatre côtes supérieures de chaque côté.
Si le père est peu fortuné, il donne au seul marabout une calebasse de lait aigre.
Dans tous les cas le marabout a droit à des colas.
Nous avons indiqué, à propos du nom donné à l'enfant, que ce nom ne pouvant pas toujours être prononcé, divers synonymes sont employés pour le suppléer. Des noms mu-
LE KiiASSo i:t l'islam 399
sulmans ont, eux aussi, leurs s\nonymcs : pour A\va(Ève), l'on dit Gafouré, — pour Fathma l'on dit Bintili ou Dyati,
— pour Ali, Sadia, — pour Abou Bekr, Bakari ou Bassaro,
— pour Omar, Barou ou Demba.
Le mariage, point de départ de la famille, s'accomplit le plus généralement conformément à la coutume ; cependant, des indigènes islamisés ont quelquefois recours au marabout.
Dans ce cas, les préliminaires, pour la fixation de la dot, se résument en débats entre les parents intéressés et par devant le marabout. Lorsque l'accord est réalisé, le jour du mariage est fixé. Ce jour-là, le fiancé, la fiancée, leurs parents et deux témoins se réunissent à l'intérieur de la mosquée du côté ouest. L'almami du lieu prononce trois fois de suite une formule sacramentelle qu'il fait suivre de la proclamation des noms des époux, puis de celle des sept mariages accomplis dans l'Arès : celui d'Adam et d'Eve, celui de Noé, deux d'Abraham, celui de Moïseet deuxde Mahomet; puis, si Ton dispose d'un tambour l'on frappe sept coups si l'épouse était fille, trois si elle était veuve ou divorcée.
A la fin de la cérémonie, on énumére devant le marabout et les témoins tout ce qui doit être donné en dot; si le mari ne donne rien présentement, il s'engage à donner un acompte dans l'année; en tout cas, il doit remettre, devant le marabout, 20 francs à l'épousée : c'est, dit-on, le prix de sa virginité, si elle était fille, ou de sa « peau », dans le cas contraire. Cette somme demeure acquise à la femme quoi qu'il ad\ienne. Au lieu d'une somme en argent, il peut être remis à la femme une quantité de marchandise équivalente, ou réputée telle : d'ordinaire quarante coudées de toile indigène, ou deux pièces de guinée ; si l'on donne de l'or, il en faut un poids de deux gros.
A titre d'honoraires, le marabout reçoit i fr, 25.
Telle est la coutume musulmane à Médine.
400 MONOGKAI'HIE DES KHASSONK.E
D'autre part, dans la couiume indif^ène païenne, il est. de principe que la dot soit constituée par le niari ou par sa famille, mais nous avons vu qu'il existe une importante dérogation : pour cimenter une alliance politique, ou, plus généralement, lorsque c'est le mari qui est recherché par la famille de la femme, c'est cette famille qui, en utïrant la femme, constitue la dm. 11 se passe à l'égard des marabouts quelque chose d'analogue, qui mérite tout particulièrement d'être signalé ici.
Les parents (en général, la mère; donnent leur lille au marabouten spécifiant qu'ils l'offrent à Dieu, dès lors le marabout ne peut refuser de l'épouser. Si les parents sont fortunés, ils donnent à leur fille la dot qu'ils exigeraient d'un prétendant, d'après la coutume de leur famille. A défaut de l'être par ses parents, la fem.me doit être dotée par le marabout. La célébration du mariage n'offre rien de spécial.
Cette union ne peut être rompue que dans trois cas :
Incompatibilité d'humeur, constatée par témoins ;
Impuissance avérée du mari ;
Impossibilité pour le mari de subvenir aux besoins de sa femme.
Dans ces deux derniers cas, bien que le divorce soit prononcé à la requête de la femme, celle-ci se retire avec sa dot, mais, bien entendu, les enfants demeurent avec le mari.
La femme ainsi divorcée est libre de se remarier comme dans tout autre cas. Le délai de viduité est fixé à trois mois; si la femme est enceinte, le mari ne lui doit rien pour son entretien et, quand Penfant sera sevré, il pourra le reprendre pour le faire élever par une autre femme, s'il ne préfère le laisser à sa mère jusqu'à 7 ans.
Quand la femme meurt sans enfant, si ce sont ses parents qui l'ont dotée, la dot demeure aux mains du marabout. — Si la femme a été dotée par le marabout, celui-ci fait appeler les parents et, ayant fait deux parts égales, il en prend une et offre l'autre aux parents qui, en général.