LIVRE
GENERALITES
Au cours de ce qui va suivre, nous aurons souvent à faire état des moditications qui surviennent dans la composition des vocables; voyelles et consonnes sont également instables et sujettes à permutation. Les lois de ces changements demeurent, quant à présent, souvent obscures ; pour diverses raisons, il ne semble pas qu'elles puissent être dégagées avec précision.
Depuis des siècles, en effet, les dialectes indigènes se compénètrent par des échanges mutuels; notamment, parce que l'esclavage, pratiqué sur une immense échelle, a introduit, dans tous les milieux, des étrangers qui les ont adultérés. D'ailleurs, chaque dialecte comporte un grand nombre de patois, qui enrichissent son vocabulaire de vocables identiques par le sens et divers par la forme. Et, enlin, il est constant qu'un même individu allonge ou abrège certains mots, en change les voyelles, en transforme môme des articulations sans cesser, cependant, d'être compris de ses congénères, qui usent de licences analogues.
De sorte qu'il n'est pas exagéré de dire que le vocabu-
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lairc, même d'un seul dialecte, est inlini. Le mode de transcription, si analytique soit-il, ne pourra jamais rendre compte de toutes les inflexions, de toutes les nuances de prononciations et, en admettant qu'il atteignit à cette perfection, il n'autoriserait aucune conclusion rationnelle. Il V a là une incohérence qui est l'exact reflet du milieu : nous croyons détinir un groupe par une dénomination, en réalité, cette dénomination couvre le produit le plus hétérogène qui soit.
Continuellement en butte, depuis les temps les plus reculés, à des guerres qui entraînaient vainqueurs et vaincus d'un bout à l'autre du Soudan, les groupes des pauvres gens, sédentaires et voués à la servitude de la glèbe, ont été sans cesse pénétrés par ces flots qui les heurtaient de tous côtés et ils se sont ainsi transformés sur place; en particulier, leurs langues se sont incorporé des éléments étrangers qui, à la longue, les ont dépouillées de leur originalité et de leurs caractères propres. Ainsi s'est formée cette langue mandé, à la fois si caractérisée par rapport aux autres langues voisines, et si diverse par ses manifestations locales dans l'immense domaine dévolu à son influence.
Le dialecte des gens du Khasso est sous la dépendance de ces généralités. On peut assez exactement le délinir: un dialecte malinké, corrompu par des Peul et influencé par des Sonink-é.