NOM
Nombre. — En principe, le singulier des noms s'exprime à l'aide de l'augment o dont la suffixation s'opère diversement:
a) le plus souvent, lorsque le mot n'est pas un monosyllabe, l'augment o est simplement substitué à la voyelle
finale :
bulu, bulo; dyeli, dyelo;
b) s'il s'agit d'un monosyllabe, cet augment s'ajoute parfois immédiatement au mot :S2, sio ; ce procédé paraît facultatif pour les disyllabes : musu^ muso et miisiio;
c) d'une manière générale, l'adjonction de l'augmenl o peut se faire, et se fait souvent, au moyen d'une liaison :
fe, fen'o, fengo; 7iun' , nun'o, nungo, nunyo;...
Remarques :
I. — Exprimé comme il vient d'être dit, le singulier est la caractéristique du dialecte khassonké.
II. — En principe, l'augmcnt o n'est employé que si le singulier ne ressort pas par ailleurs.
III. — La plupart des monosvUabes paraissent n'être pas affectés par cet augment, tels : fa, ba, na, da, nya, khe. Toutefois, lorsqu'ils jouent, en composition, le rôle de déterminés, il n'est pas rare qu'au singulier leur voyelle soit remplacée par l'augment o au lieu que cet augment se trouve adjoint, immédiatement ou non, à cette voyelle:
bii-da, bu-do = anus.
IV. — La lin d'un même mot peut présenter des variantes comme celles-ci:
feu o,fengo,f euro, feng\ feny\ fen\ par suite de l'expression entière ou abrégée du singulier.
Le pluriel des noms s'exprime à l'aide de l'augment lu dont la suffixation s'opère diversement.
L'augment lu peut être adjoint à l'augment o : si-o, si-o-lu: il peut aussi lui être substitué : si-o, si-lu; avec les monosyllabes qui n'emploient pas l'augment o, l'augment lu s'ajoute immédiatement: da, da-lu.
En principe, cet augment n'est employé que si, par ailleurs, le pluriel ne ressort pas d'une manière quelconque, donc: pas avec un nom de nombre, pas avec un collectif.
428 MONOGRAPHIE DES KIIASSGNKÉ
Genre. — Le genre ne se trouve pas exprimé parle nom lui-même, quand il y a lieu de le faire ressortir, on se sert des mots: klie= mâle et musii femelle.
5U=équidé: su- k}ie = étalon; s 11 -m 11 su =^ jument.
Il existe cependant quelques noms qui portent en euxmêmes l'expression du genre.
fa =Tpère;" dundun' =:coq;
ba ) , hani^e = vache;
\ =mere; ^ ^
na ) iura = taureau;
sakha-dyigi ^^ bélier;
ha-kholo =bouc.
Relation entre deux noms. — Le mot sakha désigne aussi bien le bélier que la brebis ou Tagneau ; s'il y a lieu de préciser l'on dit :
sakha-d)'igi = bélier; sa kha-niusu 7-7-. brebis; sakha-n-din' = agneau.
Les mots dj'igi, musu et di, qui précisent ainsi le sens trop vague du mot sakha, sont de véritables qualificatifs : littéralement les expressions ci-dessus doivent se traduire : ovidé mâle, ovidé femelle, ovidé petit, d'où cette règle :
Le nom qui en qualifie un autre se place immédiatement après lui.
D'autre part, lorsque deux noms sont liés entre eux, de telle sorte que l'un détermine l'autre, il est de règle que le déterminé se place après le déterminant.
a) Cette adjonction est immédiate lorsqu'il y a entre les deux noms une liaison certaine : Samba fa =~ le père de Samba; ou. encore, lorsque le déterminé est un infinitif pris substantivement : m fa iakha ^^. le départ de mon père.
b) Cette "adjonction se fait par l'intermédiaire d'une particule, appropriée d'ordinaire, lorsqu'il n'y a entre les deux noms qu'un rapport occasionnel : Samba la suo = le cheval de Samba, qui est en la possession de Samba. — Ou bien, encore, lorsque le déterminé est un participe passé pris substantivement.
Toutefois, ces règles n'ont rien d'absolu, comme le montrent les textes, l'on entend très bien su la bori^ course de chevaux. Cependant, il est certain qu'il n'y a jamais adjonction médiate entre les pronoms personnels et les noms des parties du corps; l'on dit toujours:
n kun' ^^ ma tète et non pas n na hiiii', par exemple.
Noms composés. — Les deux règles, données ci-dessus comme régissant les relations entre deux noms, peuvent être réunies en une seule, ainsi formulée :
De deux noms reliés entre eux et juxtaposés immédiatement : ou bien le second qualifie le premier ou bien le premier détermine le second.
Tous les noms composés entrent dans cette formule, comme le montrent les exemples que voici.
Noms composés d'un nom et d'un adjectif:
kharu-khoyo : cWir de \unc ; fanu-kuriingo = guenille: ula-dvereu : solitude, désert.
Composés de deux noms :
par juxtaposition immédiate : dyi-dakho = cruche san'-kulo=: voûte céleste; sin' tuntiio= talon.
Par juxtaposition médiate: té-to-sitilangor:= ceinture: da-ma-tio = moustache ; kono-la-boro = dysenterie ;
L'homme est enclin à se projeter, en quelque sorte, sur la
nature qui l'entoure et, de ce fait, résulte l'emploi constant des noms des parties du corps humain pour aider à désigner ce qui, dans les objets, paraît analogue à ces parties. Ainsi, avec le mot j'î>j = arbre, nous avons les composés:
riri-kiin'o =: cime (litt. tête de Tarbre) ;
(pied de l'a-; ,, , ( fût, tronc de l'a. ;
y-dyiio r , , ,. y.-knalo ={ ,. , ,,
- - I htt. base de la.; - ( litt. cou de 1 a.
y\-bulo = branche ilitt. bras de l'a.); Y.-fato = écorce (litt. peau de Ta.) ; r.-n)'a: le devant de l'a. (litt. le visage de l'a.) ; y.-kho = le derrière de l'a.
L'on forme également un nombre considérable de composés avec les mots : fe = chose ; tigi = maître, possesseur ; dula = lieu; di = petit; tiima = temps, moment où une chose se passe;
pàn'-fen' = volatile; fofo-fen' = reptile; min' -f en' = boisson...
nafiilu-ligi = marchand ; marfa-tigi = fusilier; su-tigi = cavalier.
Nous avons jusqu'ici considéré le composé comme formé de deux mots, bien entendu il peut y avoir un plus grand nombre d'éléments:
sali-Jîa-le-kharo = le mois entre deux fêtes; dyi-ta-fengo = ce qui sertà prendre l'eau : tasse, bol...
Dans les composés qui précèdent les éléments sont pour la plupart intacts, il n'en est pas toujours ainsi. L'augment du singulier qui, en principe, ne devrait affecter que le dernier de ces éléments s'adapte quelquefois aux autres et se transforme par suite de liaison, comme nous l'avons déjà exposé.
L'on entend dyelo-silo et dyelu-silo = veine (pour dyelisilo) ; khalo-lilo = corde d'arc (pour khala-lilo); gallu-tigo = chef de village (pour galle-tigo) ; nyaru-khumbo = miaulement (pour nyari-khumbo).
La liaison est parfois plus étroite encore, notamment avec les composés de di,
fali-n-dingo = ânon (pour fali di), sulingo = poulain (pour su di),
sunutungo = veillée (pour sk tuma).
Noms dérivés. — Certains noms, qui servent, d'une manière extrêmement courante, à former des composés, ont tini par perdre leur sens propre et par devenir de simples augments de dérivation.
Essavons de voir comment les choses ont pu se passer pour quelques-uns de ces noms.
di. — Le sens original de di paraît être « petit » dans ses diverses acceptions, notamment « enfant » d'où, par exemple :
sakha-n-dingo = agneau ; fali-n-dingo = ànon ;
— par analogie, semble-t-il, on a formé :
kele-n-dingo -—- combattant (de keie = armée). khon'-dingo -= clef de khon' = porte).
ou encore, les diminutifs :
yendi-n-dingo ~ hachette [de vende = hache).
— devenu plus proche encore du suffixe, il sert à former
de simples qualificatifs :
sinandiugo =r mouillé (de 6-i :r^ eau, pour^ri) ; sz pourvu
de raui^ment Je détermination avec liaison devient siyio et une nouvelle liaison avec di donne sinandingo.
dyangandingo = bâtard; dyanga et nyama (de nyamakala) sont étymologiquement équi\alents et signifient également « ordurier ».
kilondingo = or^h.Q\'\n (litt. celui qui est seul).
kharfandingo = jeune fille (litt. celle qui a la poitrine pleine).
— à l'obscurcissement progressif du sens originel s'ajoute parfois la décadence de la forme :
di de\ ient li :
sulingo = poulain ; khotolingo = vieux ; dyi norholingo = eau croupie (de norho = crasse).
cette forme en li (avec la liaison lingo, par abréviation lin') sert comme nous le verrons à former la participe passé des verbes.
di devient ri :
din'-khe-ringo = petit garçon.
din'-misi-ringo = petite fille.
khama-ringo = jeune homme.
tigi. — Isolément, a le sens de «maître», «possesseur». En composition, il garde parfois ce sens :
fali-tigo ::^ le maître de l'âme; lu-iigo = le maître de la maison ;
plus souvent ce sens originel s'atténue et ligi donne de véritables adjectifs :
nafulu-tigi = riche 'de nafulu -— bien, richesse). musu khe-iigi = femme mariée ; kiui'-tigi = chef fde kiin' = tète).
Ces indications permettent de comprendre comment de décadence en décadence un mot peut arriver à n'être plus qu'un suffixe, et aussi comment le suffixe a eu, originellement, une signification précise.
Un. certain nombre de sufiixes, actuellement employés, permettent de former des noms avec des radicaux de verbes, il ne faudrait cependant pas en conclure que tous les noms que l'on pourrait former de la sorte seraient sûrement compris ; en fait, un petit nombre seulement sont usités. Voici ces suffixes :
la. — Ajouté immédiatement au radical verbal donne des noms d'agents :
bori-la ^^ déserteur (de bori = courir, se sauver) ; don'-la = danseur (de : don' = danser ; domo-la = mangeur (de : domo= manger) ; bun'-da-la = maçon, (de : da = faire, ^un' = case); lalan' gosi-la = sonneur (de : gosi = frapper, talan' = cloche).
Parfois, la nasalisation de la finale du verbe entraîne mutation de la enna : tulun' -na:= joueur \de tuliui' r^ jouer) ; kholon'-sin'-na = puisatier (de sin' = creuser, kholon' := puits) ; parfois aussi, la nasalisation disparaît : dyambamina = fumeur (de min' = boire et dyamba = tabac à fumer).
Ce suffixe la paraît être une simple variante du mot da qui signifie « faire ».
Sans qu'il soit possible d'en déterminer la valeur exacte, l'on constate que les Khassonké ajoutent un certain augment la à certains noms : Demba devient Demba-la ; Samba devient Samba-la \ fankama roi devient /an/ia/nala ; soma aîné devient soma-la, soma est soninké d'origine.
barha. — forme quelques dérivés :
sin'-barha = vainqueur (de sin' = vaincre) ; sigi-barha = habitant (de sigi = être assis) ;
Ce suffixe paraît devoir être rapproché du verbe bakha, barha = travailler, agir, faire.
lan'. — donne des noms d'instruments :
sigi-lango = siège (de sigi = s'asseoir) ;
— fréquemment il se transforme en rati' :
sanii-rango = peigne (de santi = se peigner) ; suk'-rango = bouchon (de suki =r= boucher) ; ni-dyosi-rango = cure-dents (deû!)-osi = frotter, 7îi = dent);
— il arrive égalementque la nasalisation finale disparaît :
nun'-fe-la = mouchoir (de/e = souffler, nun' = nez) ; bi-la = sorte de vêtement (de bi = couvrir).
li. — donne des noms d'action, mais en très petit nombre.
dema-li = aide, secours (de dema = aider) ; don'-ki-li = chanson (de don'-ki ^=: chanter).
— il V a parfois mutations de // en ni, à la suite d'une
nasalisation :
san'-ni = achat.
da. — donne le nom du lieu où se passe l'action :
dvigi-n-da =:= descente (de dyigi ^r=: descendre),
relc-n-da = montée {de y e le = monter),
lambi-da = passage (de tambi= passer),
su-lami-dango = abreuvoir (de lami = faire boire, su cheval).
da paraît provenir du verbe la ^= être étendu, être sis... nyorho. — dont la signification est « pareil », donne le nom de ceux qui participent à la même action :
sigi-nyorho = concitoyen (de sigi = être assis).
ke-ta-nyorho == cohéritier (de ke ■=. héritage ;
la = prendre).
tarhama-nyorho = compagnon de voyage (de tarhama
= se promener).
)'a. — donne, par adjonction au radical verbal, des noms abstraits indiquant l'état correspondante la manière d'être exprimée par le verbe.
lin' et to. — servent respectivement à former des sortes de participes que Ton emploie substantivement (Voir ces suffixes aux adjectifs).
A l'aide de suffixes analogues et quelquefois identiques aux précédents l'on forme des noms dérivés d'autres noms.
la. — ajouté au nom d'action en li donne des noms d'agents :
kiti-tege-li'la = juge (de tege = trancher; kiti = différend).
la-susu-li-la = nourrice {de la-susu = faire téter). lon'-ni-la = connaisseur (de Ion' = connaître). ya. — est une caractérique de noms abstraits : di-n-ya = enfance (de di = enfant). ba-di-n-ya = parenté (de ba-di = parent). fa-di-n-ya =^ consanguinité {de fa-di = consanguin).
to. — donne des noms tels que ceux-ci :
bagi-to = lépreux (de bagi = lèpre).
fa-to = fou [de fa = folie).
436 MONOGRAPHIE DES RHASSONK.É
fyon'to = aveugle (de /yen' variante de Jinye =Jin' = noir obscur).
tele-n-do --= atteint de tele, sorte de maladie du cuir chevelu.
te, ta. — tu, suffixe privatif :
malii-n-te-la = éhonté (de malu = honte).
kun'-sina-n-tango = chauve (de kun'-sino = cheveu). fakha-ia-nin' = celui qui n'a pas de père, orphelin de
père.
damu-n-tu-fengo = ce qui est muet (de dama = qui parle).
n-go. — sert à désigner les habitants d'un lieu, les gens d'un clan ou d'un groupe quelconque :
Madina-n-go = habitant de Alédine.
Khaso-n-go = habitant du Khasso.
Ya-n-ko-lu = les descendants de Sandiki-khoy.
a, ya, nya, ga, la, na, va — servent souvent à former des collectifs :
Dyadye-ya = les gens de Dyadyé.
Safere-a = — Saféré.
Moriba-la = — xMoriba.
Ces noms servent également à désigner le lieu habité par les collectivités qu'ils désignent.
Augmentatifs et diminutifs, ba. — ajouté à un nom en forme un augmentatif :
mi-na ::-= buveur. mi-na-ba := grand buveur.
lon'-na = celui qui sait. lon'-na-ba = savant.
fele-la = celui qui regârÙQ. fêle- la-ba = badaud.
Le redoublement est aussi employé pour former des augmentatifs.
di, ri, lo, do. — Sont des terminaisons que l'on donne au nom pour obtenir des diminutifs.
fa = père; fa-n-dingo — oncle paternel, petit
père.
khama — maître; k/iama-ringo — jeune maître.
nege — fer; nege-n-dingo ~ balle.
Aese = graine ; kese-lon' = bouton d'habit.
do = un peu ; do-n-di = un petit peu.
Le redoublement est également en usage pour fornierdes diminutifs :
fe-n-dingo — une petite chose ;Ji-ti-ni = une toute petite chose {Jï-ti-ni est pour fe-di-di).
din'-khe-ri — petit garçon din-khe-ri-n-dingo = tout
petit garçon.
din'-misi-ri = fillette ; din'-misi-ri-n-dingo
= toute petite lille.
khama-ri — jeune homme ; khama-ri-n-dingo — tout
jeune homme.