‹ Les KhassonkéChapitre 72 sur 74 · VOCABLLAIRES SPECIAUX ET TEXTES · texte numérisé non relu

VOCABLLAIRES SPECIAUX ET TEXTES

L'aîné n'a pas pu faire Paccord ; ils sont allés trouver un marabout réputé pour son talent de conciliation. Le marabout leur a donné l'hospitalité et a ordonné à sa cuisinière de préparer le repas avec la chair d'un bouc qu'il a pris à son esclave.

Assis autour des plats fumants, les trois frères n'v touchent pas. « Pour moi, dit l'ainé, je ne man^'e pas de ce kini préparé avec de la viande de chien et non pas de la viande de bouc. » — « Pour moi, dit le cadet, je n'y touche pas non plus, car la cuisinière qui l'a préparé est dans les douleurs de l'enfantement.» ■ — « Et moi, dit le plus jeune, je ne touche pas aux mets d'un enfant adultérin. »

Le marabout, qui était un marabout rusé, écoutait à la porte : il partit furieux de ce que ses hôtes avaient dit. Puis il manda sa mère dans sa case et, lorsqu'ayant bien fermé la porte, il pensa qu'ils étaient seuls, il dit :

« Je te prie, ma mère, de me dire si celui qui est réputé « être mon père est bien celui qui m'a engendré? » — « Mon his, lui dit sa mère, j'étais attristée de n'avoir point « d'enfant quand m'apparut un génie qui me dit : « Con- « sole-toi, un enfant, qui sera renommé, naîtra de toi. » « Pensant que mon mari ne pourrait être le père de l'en- « fant, puisqu'il est impuissant, je me suis unie à son « esclave. »

Le marabout appela l'esclave auquel il a\ait pris le bouc et lui dit : « Que penses-tu m'avoir donné un bouc ou un « chien ? » — « Père, dit l'esclave, voici ce qui en est de l'af- « faire du bouc que je t'ai donné : l'une de mes chiennes « et l'une de mes chèvres ont mis bas dans la nuit côte à « côte. Après avoir donné naissance à un bouc, la chèvre « mourut et ce jeune chevreau téta la brebis pour se nourrir; « c'est ce bouc que je t'ai donné. »

Le marabout a appelé la jeune cuisinière, il lui a dit: « Est-il \rai que tu es sur le point d'accoucher?» — La

^q2 MONOGRAPHIE DKS KHASSONKK

jeune cuisinière dit : « Maître, il est vrai que je ressens déjà les douleurs de renfantement. »

Le marabout revint auprès des trois frères. Le plus jeune de ceux-ci lui dit : « Nous sommes venus chez toi, parce « que nous ne pouvons nous entendre pour le partage de « l'héritage de notre père. Avant de mourir, notre père a re- « mis à chacun de nous un sac fermé et nous a dit de ne pas « l'ouvrir avant sa mort. Ainsi avons-nous fait. Mon frère « aîné a trouvé dans son sac de la terre ; mon autre frère, « que voici, a trouvé dans le sien des cauris et, moi, j'ai « trouvé de l'or dans le mien. Mes aînés disent que cet or « est à nous trois et non pas seulement à moi. Et moi je dis, « en mettant l'or dans mon sac, notre père l'a donné à moi « seul. Dis-nous ce que notre père a voulu dire par ceci. »

Le marabout dit : « Mes enfants, voici ce que votre père « a voulu dire. A toi l'aîné, auquel il a donné la terre, il a « voulu dire que tu fasses un cultivateur; à toi, dans le sac « duquel il a mis des cauris, il t'a conseillé de faire du « commerce; à toi, à qui il a donné l'or, il a voulu dire « que tu fasses un guerrier. »

« Enfants, suivez les conseils de votre père, chacun de vous y trouvera sa récompense (?). »

Texte V

Fama la samato-lu.

J'^ankama ba kilin\ dyamanii ba b' a la, a be nyinyalin' . Lun' hiHn\ a la dyon'-kuntip;o kha manyo ta galii-ndin' suluya-lin'to : dyon' -musu-n-din' -no kha bêlé, n'a kha dyamano miisii beto bè ti. Fankama ba ma-n-lon' kekho dyon'-kuniigi ma manyo kha bèté wo nya.

Lun' kilin' kunnan , manyo dingo tambi-ta fankama ba la bato nva la to, fankama kh'a dye, a kaiimta a la bè

NOCAltLI.AIKtS SPIÎCIAUX El IKXTKS ^(j'i

tèva }ua, a kha batu-la do nyini-kha : « D^'on mu iiyi uiuso bèlc li ? » — A kha dvabi : « I la dyon' hunligo la manyo le mu. » i^ankama iu-ta de-lin' lilo lo fo suo ku-ia. A dyon' kunligo kili, a kha'f'a n-ye a kha lakha sagalle mu-ta dyamano dula do lo.

Dyon'-kunligo lakha-la wo saliho-ma : wo suo /o, tumo niin' ni nu)kho bè sinokho-la, fankama na-la bungo lo kha a la dyon'-ke la man\-() lava sinokholin'. A kli'a la samalo-lu lu da la.

Wo nya a dun'-ta, a kha danlege man^'o H-re, ii>o dun' fana kha kasile, a kh'a n-ye: « Fankama ba, ite ma-n-sila saya nya ni i be dyio mina, min'be loli-lin' fufuve la a ni fali fure? » Fankama dyu su-la khe la-sagi a bori-lo n^'ina-ia a la samato-lu ku bun' da la.

A na-lin'-ma a la lu, a khe nyonyo dondi, a khe miri, kha nyina a la samato-lu ku, bari a kori-ta fdtiya la a fan' kha sagi, a malu-ta kha su/a do bula. a khe samatolu bula dye.

Tumo min' ni muso kha dye kho fankama nyina-ta a la samato-lu ku, a kori-ta kha fatiya kha di va ma ( i), sila-ta kha-n-a buii'o: kori-ta kha fatiya kha )-ele-ma i no to kho ni fankama kha kila bula i nyini-na a s' ita mi ^^a [i) n}'ini-n-kha. Samato-lu tu-ta manvo la da la no lo.

Fumo min' ni dyon' -kuntigo sagi-ta takhamo la, a khe tiling' a la luo ma takhalinyaa la manyo la bungo maftn' , bari a lo-la turun-ding' bugu da la birin' a kka marigo la samato-lu dye.

A miri-ta kh' a marigi be dve a ni ma-nvo « Ha A' gai la .' ni n dun'-ta, n si fulo bè fakha, o si ke ku dyakhu bâti. » .1 khe tiling' takhaling' bun' khote.

TuDio mi)i' )u )na)}y()dingo kha me kh'a khe khe la-sagi

(i) Littéralement, kha di va ma = pour donner lui à, remarquer \'\- qui forme liaison, de même que dans cette autre phrase : mi va n}-ini-nkha = (on) n'a pas elle questionner; tandis que plus bas c'est un ^"^ : a /nati' ga k/ianu tnume = il ne l'a plus aimée jamais.

4Q4 MONOOr^APHlE DKS KHASSONKE

a na-la a tara, a kh'a nye: « Mun fen' khatu, i fan' man' na i la sa^ofo nye. » A khadyabi : « Takhafankania a n-\'ini-kha. » A nian' dvabi kho vo khunio ma tugun' . Vo tilo danta-lu a man' ga khanii mume.

Man^'o n-din' kha kila bula a ma-khe ma, min' kc-ta, a kha lalxha kha khana khuma n-i'ini a khe ma. Ma-khe nata, khe khe ban', ma-khe a kh'a n-ye : « I ka na fankama dula? » A son' -ta.

Fankama ba kha khe-ba fulo n)'ini-n-kha kho mun' kii khe la-na. Miisu ma-khe kho: « Fankama ba, n kha futu San' nvi mokho ma, a be nyinyalin' ; fulo temo lo kholongo be dye, a dyio be koiya-lin' a be dyironya-lin' , a nie dasa mume. Kunnan' , a fêle nyi mokho b' a fe bi kha n na futo a ni n na kholongo sagi n ma, a khe ban' kh' a la kuwo nya jo n ye. »

Fankama kho khe n-ye ; « Khuma kho.' n^'i khe na futo a ke-ta bankhu tinya-lin' ti ba.fo dyio le ban' -ta ba, ni khokhe i be i sagi-l' a ma. » — Khe kho: « Fankama ba, futo a bc nyinya-lin' bèto, kholong' dyio fana be senu\-alin' , a be dyiroya-lin' ke kho tuma mi ni n^-i khe a kha i san' n na, bari ni me fatiya tugun' kha ate futu sene, kha kholongo dyi bi, birin' n kha dyakhinte sin' 710 dve kholon' da la. »

Fankama a be dyaradyara-ba a kho : « Nding' , i la futo sene, i kh' e la kholong' dyi bi, a kha hene n ye kho drakhinte sankha-lingo le tambi-ta dye, hali ni-n-a khonkho ni mindokho tun' b' a la a me i la nyo domo a me n'r/ fana min'. »

Traduction.

Les sandales du roi.

Il était un grand roi qui possédait un grand royaume fertile. Un jour, le chef de ses captifs prit femme dans un

VOCABILAIRKS SPtCIALX tl TKXTES 405

village proche : la jeune femme était belle, la plus belle des femmes du rovaume. Le grand roi ignorait que la jeune femme de son chef des captifs était aussi belle.

Or, un jour, la jeune femme ayant passé devant la demeure du roi, celui-ci la vit et, étonné de sa beauté, demanda à l'un de ses familiers : « Quelle est cette belle femme? » — Le familier répondit : « C'est la jeune femme de ton chef des captifs. » Le roi demeura silencieux tout le jour jusqu'à la nuit. (Alors) il manda son chef des captifs et lui ordonna d'aller percevoir l'impôt dans un certain canton du royaume.

Le chef des captifs partit le lendemain matin ; la nuit de ce même jour quand tout le monde fut endormi, le roi vint à la case où dormait la jeune femme de son chef des captifs. Il laissa ses sandales à la porte.

Puis, il entra, il exposa son projet. En pleurant la jeune femme lui a dit : « Grand roi, ne crains-tu pas de mourir à boire de l'eau corrompue par le corps d'une charogne et le cadavre d'un âne ? » Le roi furieux s'en retourna en courant, il oublia ses sandales à la porte.

Arrivé chez lui, il se reposa un peu, puis réfléchit qu'il avait oublié ses sandales, mais il n'osa pas revenir luimême et eut honte d'envoyer un su/a: les sandales restèrent là,

Quand la femme s'aperçut que le roi avait oublié ses sandales, elle n'osa pas i^ venir) les lui donner, dans la crainte d'être battue, elle n'osa pas les changer de place pour que, si le roi les envoyait chercher, l'on put les trouver sans les lui demander. Les sandales demeurèrent (ainsi^ à la place (qu'elles occupaient au seuil) de la porte de la jeune femme.

Quand le chef des captifs revint dj son voyage, il se dirigea du côté de la case de sa jeune femme, mais il s'arrêta troublé en vovant les sandales de son maître à la porte.

Il pensa que son maître était avec la jeune femme et il s'écria : « Ah. Dieu, si je rentre je les tuerai tous les deux et

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ce sera un ^Tand malheur! » Il se dirigea (alors; vers une autre case.

Quand la jeune femme eut entendu (dire) qu'il était revenu, elle vint le trouver et lui demanda : « Pourquoi n'estu pas venu m'annoncer toi-même ton retour?» — Il répondit : « Va le demander au roi » et ce fui sa seule réponse. Les jours suivants, il ne l'honora pas de sa visite.

La jeune femme envoya un messager à son frère pour l'informer de ce qui était arrivé, afin qu'il demandât des explications à son mari. Le frère vint mais le mari refusa (de lui répondre), alors il lui dit: « Viens chez le roi. » Le mari accepta.

Le grand roi a demandé aux deu.x hommes quelle affaire les amenait. Le frère de la femme dit : « Grand roi, j'ai vendu à cet homme un champ fertile, dans le milieu duquel est un puits dont l'eau claire et profonde ne tarit jamais. Or, voici qu'aujourd'hui cet homme veut me rendre le champ et le puits et refuse de me donner la raison de cette manière d'agir. »

Le grand roi dit au mari : « Parle ! Le champ est-il de\-enu infertile ou l'eau du puits a-t-elle tari, que tu veux les lui rendre? »

Le mari dit : « Grand roi, le champ est toujours bien fertile, l'eau du puits toujours aussi claire et profonde que lorsque cet homme me lésa vendus, mais je n'ose plus cultiver le champ ni tirer l'eau du puits, depuis que j'ai remarqué au bord du puits la trace du lion. »

Le roi, frémissant, dit : « Mon fils, cultive ton champ et tire l'eau de ton puits; je suis persuadé que c'est seulement un lion égaré qui a passé là et môme s'il avait faim, même s'il avait soif, il n'a pu manger ton mil ni boire ton eau. »

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