CHAPITRE III
Les Dyallo chefs du Khasso
{Suite).
La branche bâtarde.
Diba Sambala.
La mort de Demba Séga provoqua des désordres extrêmement graves. Au temps de sa jeunesse, Demba Séga avait entretenu des relations avec une femme du Logo, nommée Diba, de laquelle il eut un fils, Sambala. Devenu roi, Demba Séga fit venir Diba et son fils auprès de lui. D'autre part, il établit son frère, Silatigui Yamadou, dans le Séro.
Quand mourut Demba Séga, Silatigui Yamadou était déjà mort laissant pour lui succéder son lils aîné Saféré, qu'il avait eu de Kombossé; Saféré vmt s'établir à Khridyon (ou Krémis alors que ses frères demeuraient à Dyinkoulou, Dyanéga, Mahdia. Saféré n'étant pas le plus âgé des Dyallo ne pouvait légitimement prétendre succéder à Demba Séga, non plus qu'il n'avait pu hériter des biens de son oncle Dyadvé Gansiri; aussi, était-il pauvre et sans espoir de voir son bien s'augmenter par la disparition naturelle et anticipée de ses parents riches.
ORIGINE KT HISTOIRE 3l
A Kanamakhounou, Dyadyé (jansiri avait eu pour successeur K.ana Sé^a; bientôt remplacé par Dyadyé, dont la mère se nommait Ouri, et qui était contemporain de Saféré et de Sambala.
Ce dernier, fils naturel deDemba Séga, soutenu par Saféré, se présenta pour prendre la succession de son père. 11 eut pour compétiteur Mahdi, le fils légitime que le défunt avait eut d'Awa, veuve de son frère Guimba; Demba Madhi était appuyé par ses frères germains A Mamodou et A Séga (A est une abréviation de Awa .
Saféré voulut entraîner Dyadvé, mais celui-ci, perçant à jour ses manœuvres hypocrites, lui dit: « Moi, je puis me contenter des biens de mon père; quant à toi, je comprends que tu sois désireux des troubles qui peuvent tepermettre d'acquérir quelque chose, mais ne compte pas sur moi pour t'aider dans ce but. » Saféré ne se tint pas pour battu, il revint et otTrit à D}adyé la (ille de Diba Sambala, appelée Dyati, pourvue d'une jolie dot en or. Dvadvé accepta.
Alors Saféré alla à Guémou circonvenir les Bambara que commandait iMonssou-Koura Bo. Les Bambara furent vite décidés, trop heureux d'une occasion de piller.
Les alliés se présentèrent devant Kounyak.ari un mercredi et ce jour néfaste est demeuré connu sous le nom de Khasso arabo de mercredi du Khasso). Demba Mahdi (i) et A Mamodou furent tués et leurs partisans dispersés. Les captifs de la couronne devinrent la proie des alliés qui se séparèrent brouillés par le partage du butin.
Diba Sambala mourut un an après.
\loussa-hJioy.
Awa Demba, lils de Diba Sambala, était décidé à succéder à son père, mais Saféré intervint et lui dit : ^< Oublies-tu
(i) Suivant une autre version, Demba Malidi ne tut pas tué et, ne renonçant aucunement à ses prétentions, il s'enfuit, f^agna le Tomora, puis le Bakhounou cl mourut dans ce dernier pays à Sékello.
que ton oncle est encore vivant ? Plus âgé que toi, c'est à lui que revient le commandement. Sache-le bien, je n'hésiterai pas à te combattre si tu passes outre à mon conseil; si tu laisses le champ libre à Moussa-khoy, je te promets de t'aider à le supprimer et à le remplacer. »
Ainsi, Moussa-khoy, frère de Diba Sambala, devint chef.
Aussitôt les Dyadvéya et Guimba}'a commencèrent à intriguer à l'instigation de Saféré. Un jour, les conspirateurs se réunirent derrière Kounyakari sous prétexte de régler des affaires de famille. Ils firent appeler Moussa-Khoy : il ne vint que sur l'affirmation qu'Awa Demba était présent. Peu après, quand le palabre fut engagé, un esclave tua Moussa-khoy d'un coup de fusil : c'est ainsi que les conjurés avaient décidé de se débarrasser de lui, en promettant la liberté à l'esclave qui le tuerait.
Awa Demba.
A peine Awa Demba était-il installé que Saféré alla trouver Ouri Dvadyé pour le décidera l'attaquer. Dyadyé refusa : « Maintenant tout est fini entre nous, dit-il. Tu es cause de tous les malheurs qui désolent notre pavs : autrefois, j'étais riche des biens de mon père et tu me les as fait ■gaspiller pour ton seul profit. » Ouri Dyadyé s'allia à, Awa Demba.
Saféré ne se découragea pas. Dans le Tringa, commandait un autre membre de la famille des Dyallo, nommé Tagati Séga (i), qui jusqu'alors était demeuré étranger à toutes ces intrigues de famille. Saféré réussit à l'attachera sa cause et s'assura également le concours des Bambara, commandés par Bo-dyan-Moriba.
La bataille eut lieu à Khridion et fut terrible: Tagati
(i) Il résidait à Tisie, quand il fui visité par .Mungo Parle, en 1795.
ORIGINE ET HISTOIRK 33
Séga fui lue (i) ; Awa Pemba vaincu dui abandonner Kounyakari et ^a^na Fatola. Ouri Dyadyé revint à Kanamakhounou et Saféré demeura à Khridion.
Saféré revint trouver Ouri Dyadyé pour obtenir son concours contre Awa Demba. Alors Dyad\é, qui était né le même jour que Saféré et axah de ce fait le droit de s'exprimer en toute franchise, dit: « Lcoute, linissons-en, Demba et moi sommes tes enfants, nos biens t'appartiennent, commande-nous, mais laisse-nous vivre en paix. Quant à moi, je ne veux plus, désormais, prendre parti dans tes dissentiments avec Demba : je resterai chez moi et vous défends d'y venir; si l'un de vous a l'audace de passer sur le terri-' toire de mon village, je l'en chasserai. »
Saféré tit encore appel aux Bambara. Awa Demba dut cédera la fortune contraire et gagna Koussané, près Médine.
Au retour, Saféré décida les Bambara à lui faire escorte. Les Gopé-si de Khoulou se joignirent à eux. Arrivés à hauteur de Kanamakhounou, Saféré entraîna toute la bande au pillage du village. L'opération fut facile, tous les guerriers, y compris le chef, étaient aux champs, les pillards firent sans coup férir ample butin ; mais Ouri Dyadyé prévenu fit battre le tabala, rassembla son monde et tomba à l'improviste sur Saféré et ses alliés qu'il tailla en pièces et contraignit d'abandonner toutes les prises qu'ils avaient faites. Les gens d'Awa Demba passèrent ainsi aux mains de Dyadyé. Le chef des Gopé-si, blessé, fut fait prisonnier par Ouri Dyadvé qui le fit simplement reconduire à Khoulou.
Dès qu'il fut rentré à Khridion, Saféré envoya un émissaire à Dyadyé pour s'excuser d'avoir cédé, disait-il, aux sollicitations menaçantes des Bambara; il lui faisait dire
(i)Tagati Séga eut pour successeur son fils Sani Moussa qui, sous la pro lection des Bambara, alla s'établir à K.hamantéré,à l'est de Kanamakhounou. sur l'emplacement de la forêt de K.ounsingan.
en outre : « Mélie-toi d'Awa Demba, c'est un hypocrite qui va bien sûr te faire demander de lui rendre sa famille et qui n'attend, cependant, qu'une occasion pour te nuire. »
Awa Demba vint, en effet, lui-même, chercher les siens que Dvadyé ne ht aucune difficulté pour lui rendre. Bien plus, les conseils de Demba le décidèrent à quitter Kanamakhounou ; ensemble, ils prirent la route qui mène à Koussané.mais, arrivé au chemin qui conduit à Makadénvé, Dvadvé se sépara de Demba : sa mère était une Nomokho de Makadén}é et c'est auprès d'elle qu'il entendait se retirer. Il vécut sept ans à Makadényé et eut pour successeur son fils Séga, dont la mère se nommait Dado. Dado Séga avait pour frère Sambala, (ils d'une nommée Dyogou, de la famille des Batyili de xMakhana. Sambala (i)
(i) La guerre éclata dans le Gadyaga entre les deux partis formés : l'un par les Silmana et les Sountoukaraavec Samba-Koumba-Dyaman de Tuabo pour chef; l'autre par les iMakhankara commandés par Samba Yacine, chef de Makhana ; Samba-K.oumba-Dyaman s'assura par des présents, à la fois la n'julralité des Bambaraet le concours du Bondou et du Khasso.
Les chefs du Khasso ayant décidé d'envoyer des renforts à Samba- Koumba-Dyaman, Dado Séga chargea Dyogou Sambala de prendre le commandement de son contingent; Dyogou Sambala refusa de marcher contre Samba Yacine qui était son oncle : « Je n'accepterai, dit-il, de commander la colonne que si elle a pour objectif Tuabo. » Dado Séga lui répondit : « Tu oublies que, dans notre famille, il est de tradition que le neveu combatte son oncle, donc je ne change rien à ma décision, c'est à Makhana que tu dois aller. »
A la nuit, Dyogou Sambala fit seller son cheval et accompagné de son seul sofa. Al Hadji, il partit chez Gran, le chef des Massassi. Au point du jour, lorsqu'il parut aux environs de la capitale, des enfants coururent prévenir qu'un étranger à cheval venait d'arriver et qu'il apparaissait à sa mine que c'était un homme de bonne condition. Gran envoya aux informations, et lorsqu'il fut renseigné il assigna un logement à Dyogou Sambala qu'il convoqua, en même temps, pour le lendemain. Sambala insista pour être reçu de suite et obtint satisfaction. Il exposa à Gran les motifs qui l'avaient obligé à quitter son pays et lui demanda une colonne pour secourir Samba Yacine : « Je suis malheureusement lié par les promesses que j'ai faites, dit Gran; Samba Yacine m'a envoyé son (ils Suley qui est ici, mais qui a'été prévenu par les présents de Samba-Koumba-Dyaman et, aujourd'hui, pour ne pas trahir mes engagements je retarde le moment de répondre à Suley. Toutefois, j'éprouve pour toi tant de sympathie que je réunirai demain le conseil des notables et plaiderai en ta faveur. » — Le lendemain, au conseil des notables, Gran exposa les motifs de la visite de son nouvel hôte et insista tout particulièrement pour qu'on lui accordât la colonne de secours
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ayant pris fait et cause pour son oncle Samba, lils d'une \Volo\e appelée Yacine, en son absence l'on se partagea ses biens à Makadényé. A son retour, aidé par les Bambara, il reprit tous ses biens et, quittant Makadényé, re\int s'établir à Kanamakhounou.
Après avoir quitté Dyadvé, Demba rentra à Koussané pour, peu après, gagner Ouaou, où il triompha d'une attaque des Bambara; mais, trop faible pour tenir longtemps, il s'enfuit au Sahel d'où il \ int à Gouriki et de là, après la mort de l'almani d'Abd del Kader, en 1807, partit pour le Logo. Il s'installa à Nvimékou, sur la rive droite du Sénégal, en face de Sabou-siré. Attaqué par les Bambara, il passa sur la rive gauche et demeura à côté de Sabousiré en un lieu qui. depuis, a été appelé Demba Sabou-Siré. Il y fut en butte à toutes sortes de tracasseries et finit par se réfugier dans les montagnes de Maméri : les gens du
qu'il était venu demander : « Mais, dirent les notables, nous sommes eni;agés vis-à-vis de S.-K.. Dyaman et il nous est d'autant plus difficile de changer d'avis que nous avons déjà gaspillé ses présents. » iMais Gran demeura ferme et les notables conclurent : « Aussi bien tu es maître de l'aire ce que tu voudras : peut-être vaudrait-il mieux pour donner satisfaction aux deux partis envoyer une ambassade à S.-K.. Dyaman pour lui exposer que lu serais heureux de lui voir abandonner ses projets contre .^\akhana et que s'il y persiste tu pourrais ne pas garder la neutralité. » Ce moyen terme fut accepté et, sur-le-champ, on préleva sur chacun des quatre «< pieds » de l'armée bambara un contingent de So hommes et un chef fut placé à la tète de celte petite armée qui fut remise à Dyogou Sambala. — .\rrivé à hauteur de Kanamakhounou D. Sambala envoya des émissaires à ses amis du Khasso pour les inviter à se joindre à lui en passant par le Natyaga, les Gopé-si furent du nombre. En face de Tuabo, D. Sambala n'eut pas de peine à décider les Bambara à l'attaque : «Comment, leur dit-il, vous allez demander à S.-K.. Dyaman de ne pas attaquer Samba Yacine simplement pour ne pas déplaire à votre maître ! Mais tous les Silmana vont en faire des gorgeschaudes, car ils ne douteront pas que ce ne soit l'indice d'une faiblesse certaine... » Sur ces entrefaites arrivèrent les K.hassonké amis de D. Sambala et les Bambara se sentant en nombre attaquèrent Tuabo qui fut pris.
Pendant que Dyogou Sambala faisait ainsi les affaires de son oncle Samba Yacfne, à .Makhadényé l'on se partageait ses biens ou, du moins, l'on désignait à chacun la part qui lui en reviendrait. Sur le chemin du retour, 1). Sambala, apprenant ce qui s'était passé, alla trouver Gran et obtint de lui une colonne qui lui permit de reprendre ses biens, après quoi il vint s'établir à K.anamakhounou.
36 MONOGRAPHIE DES KHASSONKF,
Lo^o l'y attaquèrent. aK^rs il vint s'établir sur l'emplacement du poste actuel de Médine.
Sa situation était fort précaire, car ses ennemis s'efforçaient de se débarrasser de lui, les Bambara surtout le harcelaient. Sur ces entrefaites arriva Duranthon qui, appréciant les difficultés qu'Av^a Demba avait à surmonter, comprit qu'il pourrait, movennant quelque secours, s'en faire un utile auxiliaire pour l'avenir. 11 lui promit donc de revenir construire un fort qui le mettrait à l'abri des attaques de ses ennemis. Il revint, en effet, avec du personnel et du matériel et aussi des munitions de guerre et des marchandises; il épousa Sadyo-ba, fille d'Awa Demba et ce mariage cimenta définitivement son alliance avec ce chef. La présence de Duranthon assura à Awa Demba une situation meilleure; mais, au retour d'un voyage qu'il avait fait à Saint-Louis (Sénégal), Duranthon (i) mourut et les embarras augmentèrent.
(i) Duranthon, employé du gouvernement à Saint-Louis (Sénégal) fut, vers i83o, envoyé en mission dans le Haut-Fleuve. Il visita en détail le Khasso et acquit des notions assez précises sur les mines d'or du Bambouc. Au moment où il se trouvait dans le Khasso, les Bambara du Kaarta dévastaient le pays d'Awa Demba et y commettaient des exactions qui exaspéraient ce chef. Pour se concilier sa faveur, Duranthon lui promit en quittant le Khasso de revenir bientôt avec des valeurs considérables et de construire à Médine un fort qui le mettrait à l'abri des vexations de ses ennemis ; de son côté Awa Demba s'engagea à lui donner en mariage sa tille Sadyo-ba.
Duranthon revint en effet avec des munitions de guerre et une grande quantité de marchandises. Il épousa Sadyo-ba. 11 s'occupa de construire le fort promis. Mais les Bambara et les Malinké pensant qu'Awa Demba serait à l'abri lorsque cette construction serait terminée ne cessèrent de le harceler. Duranthon perdit par ce fait beaucoup de ses marchandises. D'autre part, l'ingénieur qu'il avait amené fut vite fatigué et le quitta. Enfin, des bruits mis en circulation à Saint-Louis représentèrent Duranthon comme un traître au service de l'Angleterre et faisant tous ses efforts pour diriger le commerce du Haut-Fleuve vers la Gambie ; on l'accusait également de nous créer des difficultés avec le Bondou. Toutefois, il se maintenait à Médine, lorsque sous le poids d'accusations mensongères il fut arrêté en 1837 par ordre du gouvernement du Sénégal et amené à Saint-Louis. Mais il se justifia et obtint l'autorisation de revenir dans le Khasso. 11 mourut à Médine en 1839.
Cet homme intelligent et énergique a sans nul doute été mal apprécié. Ses vues étaient larges, il voulait que les Français prépondérants et forte
ORIGINE KT HISTOlKK "h"]
Makhan Fatou, le chef du Lo^o, considérant Awa Demba comme un simple réfugié, le traita, lui et les siens, C(jmiiie des tributaires. Les choses s'envenimèrent au point qu'un conflit armé éclata. Awa Demba vainquit et tua Makhan Fatou, et c'est depuis lors qu'il se considéra comme indépendant et chef du territoire qu'il occupait. 11 mourut peu de temps après ce triomphe.
Kinti Sambala (i).
Son lils aîné lui succéda et eut à faire face aux attaques du fils et successeur de Makhan^Fatou, Nya Modi ; assailli, d'autre part, par Dyogou Sambala, il dut céder à la fortune contraire, et s'enfuit dans le Boudou, où il s'établit à
ment établis dans le Haut-Fleuve allassent se placer sur le parcours des caravanes qui traversent le pays de l'Ouest à l'Est ; il voulait nous frayer une route vers les mines d'or du Bambouc, mais, crime irrémissible à cette époque, il parlait de la liberté commerciale : il eut dés lors à lutter contre une société privilégiée en possession depuis longtemps d'un monopole dont elle ne voulait se dessaisir à aucun pri.x. Dans cette lutte il succomba, il devait périr, en elTet, car il était venu avant le temps.
J'ai emprunté les éléments de cette esquisse à RalTenel; l'on trouve bien d'autres détails sur [)uranthon, sa femme et leurs enfants, soit encore dans Raflenel, soit dans Carrére et Holle, Kaidherbe et Soleillet. Rien à Médine ne rappelle le souvenir de ce précurseur dont l'œuvre a indubitablement préparé les voies de notre établissement dans ce pays. Il y a là pour le moins un oubli à réparer : le nom de Duranthon doit rester attaché à Médine à l'égal de ceux des héro'i'ques défenseurs de 1837.
(i) Kinti Sambala et Dyouka Sambala naquirent le même jour et cette co'mcidence faillit être, à la mort de leur père, le prétexte d'une guerre civile. Voici ce que l'on raconte à ce propos : quand Dyouka, mère de Dyouka Sambala, fut accouchée, un griot fut aussitôt envoyé à .\wa Demba pour lui annoncer cet événement; mais ce griot arriva au moment où .Vwa Demba prenait son repas, il ne voulut pas le déranger et alla lui-même se restaurer. Sur ces entrefaites, Kinti accoucha de Kinti Sambala : le forgeron chargé d'en informer Awa Demba ne se laissa pas arrêter par le même scrupule que le griot et fil incontinent sa commission. A peine terminait-il que le griot, qui revenait, dit au roi : « J'ai un événement semblable à t'annoncer, Dyouka est accouchée d'un fils, un peu avant Kinti, mais comme tu prenais ton repas, je n'ai pas voulu te déranger. » — « Tant pis, dit Awa Damba, c'est la naissance du fils de Kinti qui m'a été annoncée en premier lieu, c'est ce lils qui est l'ainé et qui devra me succéder. »
38 MONOGRAPHII-; DES K.11ASS0NKÉ
K-idira. Les émigrés ne revinrent que peu à peu à Médine tandis que leur chef restait au Boudou où il mourut (i).
Dyouka Sambala.
Succède à son frère. 11 s'établit à Médine et, de là, avec Tappui des Silatiguiva marche sur Makadényé et tue Dado Séga. Puis il se retourne contre Dyogou Sambala et neuf mois durant assiège Kanamakhounou, mais une sortie heureuse des assiégés l'oblige à se retirer.
L'arrivée d'El Hadj Omar à Farabana détermina une nouvelle orientation dans ces guerres intestines. Dyouka Sambala fit cause corn m une avec El Hadj Omar, tandis que les autres familles du Khasso s'unirent aux Bambara pour repousser l'envahisseur. Mais à peine Omar eut-il battu les Bambara que l'inverse se produisit : Dyouka Sam'oala n'a}'ant pu obtenir satisfaction en faveur des traitants pillés par les troupes des Toucouleurs, céda aux suggestions de ces traitants qui l'engageaient à faire appel aux Français; les Silatiguiya, au contraire, faisaient leur soumission à Omar et leur chef, Mori-ba, fils et successeur de Saféré, se convertissait à l'islamisme.
Les troubles déterminés par les agissements d'El Hadj Omar, amenaient, à cette époque, le gouverneur Faidherbe a « créer un nouveau fort plus avancé que les autres à Médine, pour éloigner notre frontière de Bakel et sauver, si c'était possible, l'important commerce de ce comptoir ». Dans ce but, le gouverneur se transporta à Médine en septembre i855 ; le détachement qu'y avait laissé Omar quitta les lieux tandis que Dyouka Sambala venait à nous.
Moyennant 5.ooo francs une fois pavés et 1.200 francs
(1/ En 1846, lorsque RalTt-nei traversa le K.hasso, la partie de cet empire, située sur la rive droite, allait de Dyaklialcl compri.s à Ségaia c.ncIu, elle était sous l'autorité des Bambara qui occupaient elTectivcnient Kounyakari. i.e Khasso de la rive t^auchc avait Médine pour capitale.
ORIGINE KT IIISTOinK ^9
de cadeaux par an, Faidherbc obtint « non seulement un vaste emplacement de quatre hectares pour le fort, dans la situation la plus favorable, mais encore toute la rive gaucho du Heuve, depuis Médine jusqu'aux, cataractes du Félou, c'est-à-dire sur 3 kilomètres de longueur ».
Commencée le i5 septembre, la construction du fort était terminée le 5 octobre i855 et la colonne reprit le chemin du Sénégal. Au préalable, le gouverneur avait su iniluer sur les chefs du voisinage pour leur faire comprendre combien leurs querelles continuelles les mettaient à la merci du conquérant foutanké. Par d'habiles manœuvres, il les amena à se réconcilier et à former une sorte de confédération alliée de la France, ayant pour représentant vis-àvis de nous Dvouka Sambala et pour centre de résistance Médine : cette entente fît l'objet du traité du 3o septembre i855, qui porte les noms de Dyogou Sambala, chef de Kanamakhonou. Dalla Demba, chef de Dinguiray, iMali Mahmodou, chef de Khoulou, Nva Modi, chef du Logo, Sambala, chef de Médine, Kani Birama. Sambounou, chef du Natyaga...
Pendant ce temps, El Hadj Omar s'installait à Nioro et en faisait son centre d'approvisionnement. Mais la construction du fort de Médine lui fit craindre d'être coupé du Fouta sénégalais; alors, il envova unearmée dans le Dyombokho pour mettre les Guimbaya à la raison; lui-même se dirigea sur le Logo. Les Guimbava battus vinrent chercher un refuge à Sabou-siré (LogOi. Les gens du Tomora, da Natyaga et même du Logo s'enfuirent dans le Bambouc. Quant à Mori-ba, fils de Saféré, il demeura dans le Dyombokho et, d'autre part. Dalla Demba prit le parti d'El Hadj Omar.
En mars iHSy, Katma Sambala (i;, frère de Dvouka
(I; K.ourtoum (ou Raima) Sambala était le père de Dia-ba, femme du traitant iMoumar Diak dont parle Soleiliet ; son ambition était de revenir à Médine, après le triomphe d'El liadj Omar, pour prendre le commandement
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Sambala, embrassa également la cause d'Omar, entraînant avec lui Dyod\o Séga. lils de Kinti Sambala. En août, le chef de Khoulou vit son village pillé et détruit; lui-même, qui était demeuré fidèle aux Français, fut mis à mort. Quelques jours après, le 14 avril, Nya Modi, chef du Logo, fut trahi par ses gens. El Hadj Omars'empara du pays et notamment de Sabou-siré. Nya Modi se réfugia alors à Médine.
Ce point devint ainsi le refuge de tous les adversaires d'El Hadj Omar qui se décida dès lors à s'en emparer.
Le 14 avril iSSy, Sabou-Siré fut pris et les habitants qui ne périrent pas furent dispersés. El Hadj Omar sachant qu'en cette saison il était impossible aux Français de venir jusqu'à Médine résolut de s'emparer du fort. Ce fort, construit sur les ruines de celui de Duranthon, était défendu par quelques soldats blancs et indigènes, commandés par le sergent Desplats. Paul HoUe, qui représentait le gouvernement français dans le Khasso, habitait également le fort.
Dyouka Sambala occupait non loin de là un tata uni au fort par un chemin couvert.
La population totale de la ville, y compris les nombreux fuyards des environs, s'élevait à 5. 000 ou 6.000 individus.
Le 20 avril iSSy, l'armée d'El Hadj Omar se présenta sur trois colonnes ayant pour but respectif: l'une le fort, l'autre le chemin couvert, l'autre le tata. L'attaque se concentra sur le fort que les assaillants firent tous leurs efforts pour emporter. Repoussés ils durent rétrograder jusqu'au Félou et ce fut pendant quelques jours une guerre d'escarmouches.
Le II mai, les Toucouleurs s'installèrent dans l'îlot en face du poste ; un canot monté par le sergent Desplats les en délogea. Ces divers échecs, qui avaient causé de grandes pertes aux Toucouleurs, les amenèrent à encercler la ville à distance pour la prendre par la famine.
aux lieu et place de son frére. Les événements n'ayant pas permis la réalisation de ses desseins, il fonda un village auquel il donna par allusion à son espoir déçu, le nom de Medina-Roula, c'est-à-dire la nouvelle Médine.
ORIGINK KT HISTOIRK 4I
Connaissant lasituation critique delà ville, Girardot, qui commandait à Sénoudébou ( Falémé), réunit des volontaires pour venir la secourir : abandonné par eux à hauteur de Dyakhan-dapé, il ne put que taire parvenir quelques cartouches aux gens du fort.
Du II mai au 4 juin, les Toucouleurs, poussant des embuscades tout près de la ville, empêchèrent les habitants de sortir et les munitions dexenues rares ne permettaient plus de les repousser.
Le 7 juin, avant reçu des renforts de Nioro, El Hadj tenta, pendant la nuit, un nouvel assaut contre le tata, il fut repoussé.
La situation était à peu près désespérée et Paul llolle, d'accord avec Desplats, avait mis de côté la poudre nécessaire pour, au dernier moment, faire sauter le fort. Vers le i5 juillet les assiégeants, rétrécissant le cercle, se trouvaient à peine à cent mètres du fort et à vingt-cinq mètres du tata. Sans cesse El Hadj Omar recevait des contingents venus surtout du Bondou.
[-ieureusement l'eau commençait à monter dans le tleu\'e et les secours tant attendus arrivèrent. Le 17 juillet, le gouverneur Faidherbe était avec 5oo hommes à Soutoukoullé qu'il incendia pour annoncer son approche aux défenseurs. 11 débarqua son monde sur la rive droite pour alléger les avisos ahn de franchir les seuils et vint mouiller à Kén)'ou, d'où il délogea l'ennemi a\ec des obus.
Pour franchir le difficile passage des Kippes, Faidherbe débarqua une partie de son monde sur la ri\e droite d'où l'ennemi fut délogé, ce qui permit à nos soldats, qui le remplacèrent, de chasser les Toucouleurs de la rive gauche en les attaquant par un tir plongeant très meurtrier. L'aviso le Basilic ayant réussi à franchir les Kippes, tint les Toucouleurs à distance, avec le tir à mitraille de ses canons, tandis que les troupes se rembarquaient pour traverser le tleu\e. Formée sur la ri\e gauche, la coK)nne française
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chassa devant elle les Toucouleurs: les défenseurs de la place usant leurs dernières munitions, l'ennemi pris entre deux feux s'enfuit en faisant de grandes pertes. Médine était sauvée.
Le lendemain, Faidherbe se portait en amont de Médine pour débarrasser les environs immédiats de la ville des ennemis qui pouvaient s'y trouver ; il brûla, à titre d'exemple, le village de Kounda.
Quelques jours après, le 28 juillet, El Hadj Omar, qui venait de recevoir de nouveaux renforts essaya une nouvelle attaque de la ville. Une rencontre eut lieu sur la route de Goundvourou à Sabou-siré : les Toucouleurs furent complètement défaits.
El Hadj Omar abandonna alors le Khasso. Rentré à Nioro, il réorganisa son armée pour marcher à la conquête des pays riverains du Niger. Nva Modi revint à Sabou-siré et en releva les murs.
A la suite de la prise de Guémou en 1859, ^^ Hadj Omar nous lit offrir de traiter. Nous acceptâmes et, par l'acte du mois d'août 1860, la frontière entre nos Etats et les siens devint, pour la région qui nous occupe ici , le Sénégal depuis Bafoulabé : le Khasso de la rive droite demeurait ainsi sous la domination des Toucouleurs.
Dès lors, Dvouka Sambala eut une situation facile, grâce à l'appui du Gouvernement français, qui voyait toujours en lui le chef de la confédération instituée par le pacte du 3o septembre i855. D'autre part, allié au chef du Bondou, Boubakar Saada, auquel il avait donné sa fille Lalia, il prit part à la plupart des expéditions que celui-ci dirigea plus particulièrement vers les pays de la Gambie : citons celles de i863 et i865 contre le Tenda et le Ouli, celles de 1868 contre Nguiguilone iFouta; et le Ghabou. Cette alliance se maintint longtemps encore, puisque c'est d'un commun accord que furent exécutées des razzias dans leNvani (1872) et sur la Gambie ,à Marougou Koto (iSyS).