‹ Les KitharèdesChapitre 13 sur 47 · LEE · texte numérisé non relu

LEE

ÉRANNA $9

Pompilos, poisson qui envoies aux matelots une heureuse navigation, puisses-tu escorter du côté de la poupe ma tendre Maîtresse!

Pour que le vent soit doux comme ma caresse, O poisson de bon augure, Pompilos, Escorte la nef de ma tendre maitresse,

Orgueil de Lesbos.

Nage assidüment du côté de la poupe,

Et vois rayonner son visage divin.

Ses yeux sont des fleurs, ses lèvres, une coupe De miel et de vin.

Escorte, jusqu’à la rive de Phocée

Ma Maîtresse au front couronné de cerfeuil.…..

Les thrènes, devant sa maison délaissée, Gémissent leur deuil...

Pour que le vent soit doux comme ma caresse, O poisson de bon augure, Pompilos, Escorte la nef de ma tendre maîtresse,

Orgueil de Lesbos.

LTS-

Go LES KITHARÈDES

De tes enfantines mains, ces traits.

Ces dessins, labeur de tes mains enfantines,

Évoquent le seuil fleuri de mélilot,

Où les chants venus des lointaines collines Trainaient leur sanglot.

Les vierges d'Hellas cachent leur clair visage,

Étoiles devant la lune dans son plein,

Devant tes pieds nus, devant ton doux langage, Ton rire serein.

Ces lettres, labeur de tes mains enfantines,

Ont le charme vain et tendre d’un écho.

Dans l’ample Lydie aux limpides collines S’attarde Myro.

LT

Excellent Prométhée, il y à aussi des humains qui t'égalent en habileté : qui que ce soit qui véritablement ait dessiné

ÉRANNA GI

cette vierge, si l'on eût ajouté aussi la voix, c'était Agatharchis tout entière.

Celle qui grava ces paupières décloses Ainsi que des fleurs, ces beaux doigts sans anneau, Ce corps puéril, plus tendre que les roses,

Plus souple que l’eau,

Eùt-elle ajouté la voix qui sollicite

Et qui persuade, ainsi que le paktis,

Elle eût évoqué la splendeur d’Aphrodite Et d'Agatharchis.

LD

Vous qui parlez peu, femmes aux cheveux blancs, vous, fleurs de la vieillesse pour les mortels…

Femmes aux cheveux blancs que l'hiver caresse, Vous que réjouit l'intimité du feu Et du crépuscule, 6 fleurs de la vieillesse,

Vous qui parlez peu,

Vous avez la paix candide des années,

Vous êtes le chœur des vivants souvenirs s

Douces, vous tressez les couronnes fanées Des anciens désirs.

Vous vous attardez, comme autrefois, aux porches Où Phoibos blondit la mousse et les lichens Et vous allumez en souriant les torches

Rouges des hymens.

Vous aimez l’automne aux yeux bruns et la rouille

Des ports où le vent laisse un parfum salin :

Vous filez, au chant de votre humble quenouille, La neige du lin.

La vierge respecte et craint votre sagesse,

Et votre salut est lent comme un adieu,

Femmes aux cheveux blancs, fleurs de la vieillesse, Vous qui parlez peu.

ÉRANNA 63

De ce côté, le vain écho traverse à la nage (le Fleuve) vers l'Hadès; le silence (demeure) chez les morts, et l'ombre s'empare des yeux.

Le vain écho nage aveuglément vers l’ombre Où les plus beaux chœurs ne sont qu’un remous bref, Où le souvenir le plus cher plonge et sombre

Ainsi qu’une nef.

Lasse, la pleureuse, ivre de somnolence,

Auprès d’une stèle épuise ses transports :

La cruche de deuil est vide, et le silence Règne chez les morts.

La myrrhe, fumant dans l’or des cassolettes,

Ne réjouit plus les jardins d’aloës;

Les vierges sans voix tressent les violettes Blanches de l’Hadès.

Les baromos se sont tus sous les acanthes.….

Rouillés et pareils à des miroirs ternis, Les flots du Léthé reflètent les Amantes

Aux bras désunis.

Perséphoné tisse en des trames funèbres

Les fils brisés des espoirs et des adieux.

Elle seule veille et songe, et les ténèbres S'’emparent des yeux.

LD

Doux fut ce labeur d'Érinna…

Le couchant rougit, de son faste Cruel, ton bleu péplos,

Qui, dans ses plis, a l'ampleur chaste Et simple du Paros,

Et tes cheveux de Néréide,

Dont Psappha chantait l’or fluide,

Tremblent sous le vent qui les ride, Éranna de Télos.

Les nefs aux frissons de fantômes Dardent leurs mâts pointus;

Les aromates et les baumes Concentrent leurs vertus;

Tandis que s’empourpre la plaine,

Päle, tu suspends ton haleine,

Et tes yeux cherchent Mytilène Dont les chœurs se sont tus.

ÉRANNA 6$

Au delà des rouges collines

S’irisent les embruns :

Tu souris aux mains enfantines

Que baignent les parfums, Aux mains qui, par les soirs d’opales, Gravaient ces lettres musicales, Gazouillant comme les cigales

Ivres de verts parfums.

Les pipeaux qu’un satyre affüte S’argentent, et le bruit D’eaux et de feuilles de la flûte

Susurre et coule et fuit.

Ton âme d’amoureuse écoute Les voix errantes sur la route, Et, prophétique, elle redoute

L'approche de la nuit.

ADS

Cependant elle n'est point perdue pour la mémoire des hommes, ni cachée sous l'aile ombreuse de La nuit noire.

L'heure est ardente et solennelle, Et Psappha, se penchant

Vers Éranna, pleure comme elle L’Adonis du couchant.

Parmi l’éclair des bandelettes

Et les tiédeurs des cassolettes,

La Tisseuse de Violettes Trame les fleurs du chant.

Au lointain, l’aimable hirondelle Pointe et darde son vol, Et les prés ont la sauterelle Pour humble rossignol.

La vague meurt dans une étreinte; Sur la montagne, l’hyacinthe Ensanglante de pourpre éteinte La matité du sol.

Psappha tourne vers sa disciple Son regard vaste et doux,

Profond comme le soir multiple Sur l’onde sans remous.

Elle parle, et l'ombre révère

La beauté de son front sévère :

Quelqu'un, dans l'avenir larvaire, Se souviendra de nous.

RES

ÉRANNA 67

Ode à la Force*

L’ode à la Force est assez généralement attribuée à Éranna, notamment par Grotius et Fabricius, Wolf et A. Schneider. Maïs quelques commentateurs, qui interprètent ‘P&un dans le sens de la ville de Rome, lui assignent pour auteur la poëtesse Mélinno. Nous croyons, pour notre part, que l’ode est bien adressée à la Force Morale, ainsi que semble le démontrer l’invocation du début, qui s'applique mal à une ville :

« Reine sage qui habites sur la terre un Olympe auguste, toujours intact. »

Le caractère du style et des idées ne semble pas apporter de très fortes preuves en faveur de l'attribution à Eranna.

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* Force d'âme, constance.

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Salut, Force, fille de l’Arès, au bandeau d’or, reine sage, qui habites sur la terre un Olympe auguste, toujours intact.

À toi seule la Moïra antique a donné la gloire royale du pouvoir indestructible, afin que, ayant la vigueur maïitrisante, tu règnes.

Sous la rêne de tes solides courroies, la poitrine de la terre et de la mer blanchissante est étreinte; et toi, fermement, tu gouvernes les villes fortes des peuples.

Que le grand temps, qui abat tout et qui change et métamorphose la vie, pour toi seule ne tourne pasle vent favorable du commandement, dont les voiles sont gonflées.

Car toi seule entre toutes les choses tu enfantes gran-

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dement les très puissants guerriers qui combattent armés d’une lance, afin que, [pareille à la moisson] aux beaux épis de Déméter, tu rassembles ta moisson d'hommes.

LT

Fille de Arès, Constance belle et rude, Tes yeux, où l’effroi du passé brüle encor, + Sont pareils aux yeux noirs de la solitude

Sous ton réseau d’or.

Dans un ciel massif tu demeures, mortelle,

L’Infini dans tes regards extasiés,

Que Sélanna règne ou que Phoibos attelle Ses fougueux coursiers.

Un pâle troupeau d’âmes crépusculaires,

Réprimant les pleurs et les lâches sanglots,

T’obéit, à toi qui brises les colères Lascives des flots.

Tu vois sans terreur la tempête qui fume

Et le sang futur empourprer le Levant,

Toi qui sais dompter le tonnerre et l’écume Et le cri du vent.

Le Temps détruira les Dieux, mais le Temps même Ne changera pas ton sourire d’airain :

Tu sais opposer à l’Ananké suprème

Ton mépris serein.

O toi l’Invaincue, 6 toi l’Inaccessible,

Tes paupières ont le doux pli de la mort;

Tu sembles rèver, telle en son lit paisible La vierge qui dort.

Tes tempes sans fleurs ont dédaigné la palme.

Le couchant a moins de paix que ton orgueil,

Et le rocher moins de grandeur et de calme Que ton grave seuil.

Semblable à la nuit où s’éteignent les flammes

Et les roux éclairs de l’astre révolté,

Enseigne aux héros l’endurance des femmes Et leur loyauté.

TrS

ÉRANNA 74

Deux autres épigrammes, consacrées à Baukis et attribuées à Éranna par l’Anthologie, ne paraissent point suffisamment authentiques à la plupart des commentateurs modernes.

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ANSE Vous, mes colonnes et mes Sirènes *, et toi, urne de deuil, tot

qui contiens ce peu de cendre, à ceux qui viennent auprès de mon tombeau dites un salut, soit que ce soient mes concitoyens,

* Figures de Sirènes qui décorent le tombeau, ou métaphore pour chants.

soit (qu'ils soient) d'une autre ville : et dites-leur aussi que ce tombeau enferme une jeune fiancée, et que mon père m'appelait Baukis, et que, quant à la race, je suis de Ténos, ainsi qu'on peut le savoir, et que ma compagne Éranna a gravé pour moi cette inscription sur mon tombeau.

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Je suis le (tombeau) de la vierge Baukis : et, te glissant auprès de la stèle baignée de larmes, dis ceci à l'Hadès sou-

ÉRANNA 73

terrain : « Tu es jaloux, Hadès; » et, voyant ce beau tombeau, qu'il t'annonce le sort prématuré de Baukis (et te dise) que les torches par lesquelles l'Hyménée chanta cette enfant, il en alluma le bächer devant ses proches. Et toi, à la vérité, Hyménée, tu changeas le chant mélodieux des noces en un chant gémissant de thrènes.

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