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KORINNA 21

* Et quelqu'un chantant de façon douce.

La terre est comme un vase étrusque, Fond rouge et dessin noir:

Dans la plaine où l’ombre s’embusque, Déméter vient s'asseoir;

La flèche du couchant s’émousse

Sur les lichens et sur la mousse.

Quelqu'un, chantant de façon douce, A traversé le soir.

La nuit hésite sur le porche D'onyx et de lapis, Et la résine de sa torche À des parfums d'iris.

Du crépuscule vert émerge Quelqu’un chantant comme une vierge, Et le mélilot de la berge Connaît ton pas, Myrtis.

Tes doigts caressent la kithare, Cherchant le rythme exact:

Sous la langueur du toucher rare Surgit l'hymne compact.

Tu te plais au beau simulacre

De la victoire et du massacre,

Et, plus rayonnant que la nacre, Brille ton corps intact...

La terre est comme un vase étrusque, Fond rouge et dessin noir:

Dans la plaine où l’ombre s’embusque, Déméter vient s'asseoir;

La flèche du couchant s’émousse

Sur les lichens et sur la mousse.

Quelqu'un, chantant de façon douce, À traversé le soir.

FRE

Est-ce que tu dors sans interruption? en vérité, tu n'étais point avant, Korinna, …

Dors-tu docilement dans le lit des années, Musicienne dont la harpe résonna

Jusqu'au Temple vengeur des noires Destinées ? N’étais-tu pas, avant, l’ardente Korinna?

KORINNA .3

Se peut-il que l’Hadès aveugle te possède, Toi dont les yeux riaient du rire des bluets Et des blés murs? © toi qui fus la Kitharède, Dors-tu parmi les Morts et leurs paktis muets?

Les champs, tumultueux comme de roux Priapes, Te virent, dépouillant la grave anxiété,

Dénouer tes cheveux aussi lourds que des grappes, Et célébrer la vigne où s’empourpre l’été.

Un souffle olympien soulevait ta poitrine ; La magnanimité de ton vers étonna

La Parthène rigide et chryséléphantine… En vérité dors-tu, toi qui fus Korinna?

LR

.… devant chanter de belles récompenses pour les femmes de Tanagra aux blancs péplos : et ma ville s'est grandement réjouie de mes chants au babil harmonieux.

Des roses ont neigé sur la plaine éblouie.

Dans l’air résonne encore un triomphe subtil; Ma ville s’est hier grandement réjouie

De mes chants de femme à l’harmonieux babil.

Les échos de ma Îyre animaient les silences,

J'étais déjà pareille aux rigides Paros,

Et mes strophes étaient vos belles récompenses, Vierges ceintes de fleurs, femmes aux blancs péplos.

J'ai loué la valeur des graves héroïnes

Que l’immortelle main de Pallas consacra.

La foule aimait en moi les Piérides divines, Et ma gloire épousait ta gloire, 6 Tanagra.

RES

Thespia, de belle race, hospitalière, aimée des Muses…

Effeuillons les lauriers noirs comme tes prunelles, Thespia! moissonnons le myrte et le cerfeuil, Car, pour glorifier tes paupières très belles,

Les Piérides tressaient leurs roses sur ton seuil.

Les pâtres te louaient, femme de belle race,

Et t'apportaient les fruits dorés de la saison. Les étoiles brillaient, moins claires que ta face : Tu fus hospitalière en ta noble maison.

KORINNA 2f

Dans tout le glorieux pays, depuis l’aurore,

Les Aëdes ont célébré tes sourcils bruns.

La phorminx aux mains des Kitharèdes t’honore Pour ta sagesse et ton sourire et tes parfums.

ESS

. et je bläme aussi la mélodieuse Myrtis de ce que, étant femme, elle entra en rivalité avec Pindare.

Oh ! les flots empourprés que frappent les rameurs, | Et la Mort qui grimace à travers les murailles!

Pourquoi, Myrtis, jeter les sanglantes clameurs

Des buccins dominant le fracas des batailles ?

La gloire est un flambeau que le silence éteint. O Myrtis, la victoire est une courtisane,

Et celui qui la frappe est celui qui l’étreint.

Le sage a le dégoût de son baiser profane.

Chante le soir, l’ampleur des collines et l’air Pacifique, le temple où pälit la pensée,

Et le flot qui frémit, plus troublant que la chair. Ta voix consolera l’Aphrodite blessée.

Car la voix d’une femme, à Myrtis, doit savoir Moduler lentement ses langueurs incertaines, Elle doit s’allier au silence du soir

Et se mêler au frais murmure des fontaines.

ESS

KORINNA

Korinna triomphante

Ivre du vin des chants ainsi qu’une Bacchante, Elle a loué la terre et les Dieux tour à tour, La femme aux yeux d’amant, Korinna triomphante.

Sa voix a déchainé les angoisses d’amour :

Les flammes du soleil ont brülé dans ses veines.

Elle a chanté les jours aux rayons fabuleux, L’écume de la mer où flottent les sirènes,

Et le lit de Léda parsemé d’iris bleus, L'Ouranos aux palais d’opales et de jades

Où le soir vit fleurir les divines Pléiades.

Elle a chanté l’Hadès au fleuve illuminé D’étoiles, et la paix des demeures funèbres Où, lune de l’hiver, règne Perséphoné,

La Déesse endormie aux cheveux de ténèbres.

Elle a chanté l’Hadès où languissent les fleurs, Elle a chanté l’effroi des êtres et des choses Devant l’Aphrodita qui verse les douleurs

Et mêle le poison au cœur simple des roses, L’Aphrodita, multiple ainsi que l’arc-en-ciel,

Vers qui monte l’essor des lyres inquiètes….

Elle a chanté Daphné dont les blondeurs de miel Parfument le silence où rêvent les Poètes, Fugitive éternelle aux lèvres sans amour!

— Ivre du vin des chants ainsi qu’une Bacchante, Elle a loué la terre et les dieux tour à tour, La Femme aux yeux d’amant, Korinna triomphante.

(Évocaltions.)

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