‹ Les KitharèdesChapitre 9 sur 47 · MT · texte numérisé non relu

MT

TÉLÉSILLA 41

« Selon Télésilla, Amykla et Méliboia furent sauvées : Zéthos et Amphion furent tous deux percés de flèches par elles. »

Soyons reconnaissants au grammairien. Seul, il nous a transmis les noms précieux de ces deux héroïnes du beau combat. Amykla et Méliboia furent aussi vaillantes que les Amazones au sein mutilé, et il convient d’honorer leur mémoire lumineuse. Ce sont les astres rouges d’une époque incertaine et troublée.

Une autre voix d'homme ajoute sa note grave au chœur d’adoration qui monte vers la statue de la guerrière généreuse : Antipater le Thessalien lui décerne l’épithète d’iyaxiés, très glorieuse.

Les deux seuls vers que nous possédions de la Poëtesse au casque d’airain sont détachés d’un parthénion composé pour les vierges argiennes, en l’honneur d’Artémis.. Elle y chantait le vain amour d’Alphéos pour la pâle Chasseresse. Ses strophes, célébrant la gloire de la beauté chaste, évoquaient le Dieu du Fleuve, le fils d’Okéanos et de Téthys, qui poursuivit la Déesse Inviolée jusqu’à Létrines, en Élide, où, ainsi que ses nymphes, elle se couvrit le visage et le corps de boue et se cacha dans le marais. Alphéos, vaincu par le stratagème de la Fugitive Céleste, dut se résigner à de moins inaccessibles amours. |

Athénée dit : « Le chant à Apollon est appelé Philé-

lias*, comme Télésilla le désigne. » Apollodoros s’est inspiré d’elle dans un passage sur les Niobides.

Télésilla, vierge guerrière, ne s’alanguit pas en la mollesse des vers érotiques. Ses chants retentissent comme le choc des glaives et des boucliers. Elle ne joignit point le myrte, ni le fenouil, ni les roses, aux noirs lauriers des Aëdes et des Héros. Semblable à Korinna, elle est une Victorieuse, une Triomphatrice. Sa gloire résonnera à travers l’Éternité, ainsi qu’une auguste clameur de buccins et de clairons.

FRE

‘A d’ "Agzeuts, © 4590,

@euycio2 Toy 'AXYENV.

AD

Cette Artémis, 6 vierges, fuyant Alphéos…

ESS

* Philélias, nom argien du poème emprunté à son refrain: £ë4',

EGeye, © œth'fhus.

TÉLÉSILLA 43

Cette Artémis, 6 vierges, fuyant Alphéos…

Cette Artémis, fuyant le désir mâle, 6 vierges, Tourna vers le lointain du sud ses yeux lassés. Et ses pieds fugitifs illuminaient les berges, Foulant avec dégoût les couples enlacés.

Ses longs rayons aigus perçaient l’ombre des rives, Et dardaient les venins, les terreurs et les maux, Sur les hommes en rut et les femmes passives, Luttant et se mêlant comme les animaux.

Car son orgueil se plait aux jeux chastes et rudes ’ De la course à travers le ravin et le pré; Elle cherche l’effroi des larges solitudes

Où nul souffle mortel ne trouble l'air sacré.

ORENACECSO

ÉRANNA

(612 Av. J:-C.)

A plus divinement inspirée des Kitharèdes, et la seule qui se soit égalée à Psappha, est Éranna de Télos. Son délicat souvenir a le

charme d’un parfum. Elle passe en souriant. Elle obsède, comme une nostalgie.

Perséphoné la reçut dans l’azur de son lit nuptial, lorsque brillait la promesse lumineuse de ses dix-neuf ans. Et cette enfant laissait des strophes que les Anciens ne craignirent point de comparer aux chants d'Homère. Ses poèmes sont engloutis dans la houle des siècles. Il - ne nous reste d’elle que de rares lignes inachevées. Mais

ces rythmes brisés sont pareils aux magistrales ébauches dont la suggestion attarde et prolonge le rève.Méléagre, en sa couronne poétique, symbolise les vers de la Musicienne par le frais crocus virginal.

Ses fragments, comme ceux de Psappha, portent l’empreinte de la Grâce inimitable. Ils ont la beauté imprécise et fluide des algues. Une épigramme funéraire lui fait dire : Si l'Hadès n'était point venu prompt à moi, qui aurait eu un nom aussi grand ?

Ce paktis trop tôt muet laisse la douloureuse indignation que l’on éprouve devant les catastrophes stupides. Éranna restera dans la mémoire des hommes la Promesse, l'Espoir, l'Aube Incertaine.

La Poétesse aux mains lourdes de crocus quitta sa patrie pour apprendre de Psappha les harmonies divines. Elle fut sa plus fervente disciple, et bientôt elle rivalisa avec Celle qui l’instruisit. Et autant Sappho l'emporte sur Érinna dans Les vers lyriques, autant Érinna (l'emporte) sur Sappho dans les hexumètres *.

Deux épigrammes de la vierge de Télos nous apprennent le nom des Amies qui lui furent chères : Agatharchis** et Myrô. Elle fut aimée de Psappha, que Nossis a

* Autre épigramme.

** Qui a un beau commandement.

ÉRANNA 47

nommée la Fleur des Grâces. Éranna apparaît à travers les lignes de la grande Amoureuse :

Jamais je ne vis d'orgueil comparable au tien, Éranra.

Cette âme lointaine s’y révèle à demi. Éranna possédait la fierté chaste des vierges, et la hautaine réserve des Poètes. Et Psappha l’admira pour avoir su garder jalousement le respect farouche de soi-même. Elle loue, sans doute, sa radieuse disciple en ces termes :

Je crois qu'une vierge aussi sage que toi ne verra dans aucun temps la lumière du Soleil.

Éranna pouvait dire, comme Psappha elle-même : Je crois avoir reçu une bonne part dans les présents des Muses tresseuses de violettes. Car jamais Kitharède n’obtint plus merveilleux dons de la main même des Piérides. Elle tira du baromos lesbien des harmonies que nul, sauf Psappha elle-mème, ne put égaler, et que nul ne surpassa. Ses poèmes interrompus ont la profondeur et la suavité de rayons lunaires glissant sur l’eau calme.

Éranna jette vers son Amie lointaine les beaux regrets et les vœux tenaces. Elle invoque le poisson qui envoie aux matelots une heureuse navigation et le supplie d’escorter sa douce compagne. Elle chante sa joie fervente de recevoir le portrait d'Agatharchis tracé de ses propres mains, ces #ains enfantines qu’elle aime. Elle compose une épigramme divine sur Myrô, la vierge puérile dont les hochets jumeaux furent une cigale et une sauterelle.

Une tendresse inoubliable s’exhale de ces phrases brèves, une tendresse enveloppante comme une étreinte et délicate à l’égal d’une caresse. Éranna s’attarde avec des inflexions très douces sur l’adieu et sur le souvenir. Toute sa jeune âme suit l’Absente, Myrô, l’Amie aux mains frêles.

Lorsque la Mort l’épousa, ce fut une lamentation universelle autant que les lamentations sur Adonis. Ses compagnes répétèrent en sanglotant :

Ofay rav baxivbcy év chsect moipeves ave;

méoot aracreiéciot, pauar d'émincpwiper Hvbes *.

L’Abeille parmi les faiseurs d'hymnes fut peut-être cette vierge que célèbre Psappha : Telle une douce pomme rougit à l'extrémité de la branche, à l'extrémité lointaine : les cueilleurs de fruits l'ont oubliée, ou, plutôt, il ne l'ont pas oubliée, maïs ils n'ont pu l'atteindre.

Éranna, dont le nom prédestiné signifie aimable, fut entre toutes belle et charmante. Je l’évoque, blonde comme ces Eupatrides dont la forme fut pareille à des fleurs d'or. Elle fut une statue chryséléphantine. Psappha l’appelle une vierge à la voix douce.

Beaucoup plus mélodieuse que le paktis, plus dorée que

* Ainsi, sur les montagnes, les pâtres foulent aux pieds l’hyacinthe, et la fleur s’empourpre sur la terre.

ÉRANNA 49

l'or, elle mérita les comparaisons gracieuses dont Psappha fleurit, pour elle, ses strophes marmoréennes. Elle fut en vérité plus tendre que les roses, plus blanche que le lit, plus délicate que l'eau.

.…. De ses yeux bleus et verts d’avoir longuement contemplé la mer glauque, Éranna suit l’aile d’un rève qui s’éloigne. Elle soulève à demi le voile qui l’embrume de mystère. Son virginal profil nous apparaît comme estompé par les fumées pales du soir. Le soleil agonise dans la pourpre vespérale. Les montagnes somptueuses rougeoient. Les aiguilles ténues et curieuses des pins se compliquent auprès des oliviers frissonnants à l’égal des vagues. Le soleil agonise. Et, prophétiquement, la jeune Kitharède, aimée de Psappha, songe à sa mortprochaine….

La vie brève de la blonde Musicienne ressemble au frisson d’un poème inachevé. Elle s’éteignit harmonieusement, tel un accord mélancolique. Et la Tisseuse de Violettes, qui la pleura, la revit en songe entre les com-

*pagnes de Perséphona muette... Elle la revit vierge très délicate cueillant des fleurs, de päles asphodèles sans parfum.

Le poème le plus célèbre d’Éranna est La Quenouille. La vierge de Télos y décrivait le charme fané des vieilles femmes qui filent en silence. Vous qui parlez peu, femmes aux cheveux blancs, vous, fleurs de la vieillesse pour les mortels. Nuile n’a senti plus profondément la poé-

fo LES KITHARÈDES

sie mélancolique du Regret et du Passé que cette enfant dont la jeunesse s’entrouvrait….

L’Amie de Myrô ne devait point connaître la paix des souvenirs, ni les méditations du soir au chant de la quenouille. Perséphona l’attendait au fond du crépuscule, parmi le chœur des vierges sans voix. Un gémissement de thrènes s’éleva sur le seuil jadis enguirlandé de crocus et de mélilot. Lorsqu'elle périt, toutes ses compagnes, d'un fer fraichement aiguisé, coupèrent la force de leurs désirables chevelures.

Les épitaphes composées en son honneur forment une gerbe funéraire d’une merveilleuse senteur. Leur attribution étant plus qu’'incertaine, n'est-il point doux et souverainement poétique de leur donner pour auteurs Damophyla, Télésippa, Euneika et Anagora, les compagnes harmonieuses de la Morte aux cheveux blonds ?.…

Éranna semble avoir reçu le redoutable don de prophétie que les Poètes portent en eux. On devine le pressentiment de son prochain trépas à travers la sombre beauté de ce vers final :

De ce côté, le vain écho traverse a la nage (le Fleuve) vers l'Hadès; le silence (demeure) chez les Morts, et l'ombre

s'empare des yeux.

RES

ÉRANNA QE

AAAKATA.

LL LA ’ = ! LA = , 4 Isis, VAUT TEUTOY TAIGY EÙTACOY 00,

, Te AE e TOUTEUGOALS Robuvabey EU,AV CDN ET2:20..

AT

La Quenouille

Pompilos, poisson qui envoies aux matelots une heureuse navigation, puisses-tu escorter du côté de la poupe ma tendre

Maitresse !

: IT + MU MR : $ TFANVGAIE HoMAt, Ta nice AvbEX Ovarcts

Vous qui parlez peu, femmes aux cheveux blancs, vous, fleurs de la vieillesse pour Les mortels.

FRE

Page 1