‹ Les kolas africainsChapitre 12 sur 49 · C. les ^^f" ' ,t;"\es cotylédons s'entr'ouvrent · texte numérisé non relu

C. les ^^f" ' ,t;"\es cotylédons s'entr'ouvrent

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LES KOLAS AFRICAINS lOS

■2 cm. de diamètre et 1 cm. de hauteur, pourvu d'iuae nervation très apparente sur la face interne, à 5 ou 6 divisions profondes dont les lobes sont ovales aigus (fig. 12 et 13).

Fleur mâle (PI. IH)- — Colonne staminale très courte, peu apparente au fond du calice (fi.?. 12), portant à, son sommet évasé en coupe dix antlières à loges jaunes, divergentes et superposées. On trouve quelquefois au centre des fleurs mâles, dans la cupule formée par le cercle staminal, les vestiges d'un appareil femelle qui avorte ne laissant que la trace de cinq petits carpelles peu apparents. Floraison sur les branches ayant trois périodes de végétalion (Dibowsky).

Fleur hermaphrodite (fig. 13 et U, Pl. IH). — Ovaire formé de cinq carpelles très velus sur toutes leurs parties, terminés supérieurement par cinq stigmates charnus et dorsaux (fig. 14), recouvrant largement le sommet de l'ovaire; à la base de ce dernier organe, on voit dix étamines en couronne à deux loges divergentes et superposées, jaunes. Chaque carpelle renferme, sur la suture ventrale, deux rangées verticales d'ovules anatropes (fig. 15 et 16) : cinq styles carénés, charnus et réfléchis. A la maturité, quelques carpelles avortent, il s'en développe deux ou trois qui deviennent des follicules à péricarpe ligneux et très mucilagineux, supportés par des" pédoncules très épais et terminés à leur partie supérieure par un rostre très accusé (fig. 22 et 23). Chaque fruit contient une seule série de graines pourvues d'un testa dur, épais et parcheminé, attaché à un funicule cupuliforme. Au-dessous de ce testa très fibreux on trouve des cotylédons, au moins au nombre de quatre, et présentant des incisions qui, partant du point radiculaire, sont très prononcées et s'étendent jusqu'au milieu au moins de la longueur des cotylédons (fig. 24).

•Le Cola Ballayi qui, par sa structure florale, se rapproche du C. acuminata R. Brown, espèce avec laquelle les auteurs l'ont confoûdu jusqu'ici sous le nom de variété p (d'après Masters, in Flora cl trop. Af. d'Oliver, T. I, p. 221), est la forme qui domine au Gabon, au Congo, à St-Thomas, etc., et qui y fournit, par ses graines, la noix de Kola du Gabon- Congo. Il est fort peu probable que le C. acuminata soit spontané dans ces régions où je l'ai vainement fait rechercher. Je serais porté à considérer le C. acuminata comme propre à l'hémisphère Nord de l'Afrique chaude et le Cola Ballayi comme spécial à l'hémisphère Sud du même continent. Mais, outre cette localisation géographique pour chaque espèce, il existe entre ces deux formes des caractères suffisants pour justifier une distinction spécilique: dans la fleur du Cola Ballayi, les dimensions et les couleurs du calice, l'état du stigmate bien distinct; dans le fruit, l'état très rostré du follicule, le testa dur et carthacé des graines, la division des cotylédons, enfin l'épaisseur considérable et la longueur du pédoncule; dans les feuilles de Cola acu-

KDOOMll) UECKM

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Ls deux graiues et la >>'«P°' ^'^''^^^ettre eomu.e légilhne 1 espèce nous de M .cornu, f.l'°r^i,„,,e savant professeur du Muséum ,,ééen>aisnondéerite)U Cltue.ia. ^^.^.^ „.^„ç„„e,

„„i ,.a dédiée à M. » „,,,e (Serres du Musé^

premier introducteur de ce ve„.,t.

de Paris).

Plusieurs graines sont ^rX-îau'^l-rai place du Kola vrai ou "' ^^^^ cle voir déjà que

Lia dans le but de ' 7;^^ .^gétaux du genre Col..

plusieurs de ces graines nnent même pas à la

Lis il en est quelques '^^l^Z^ "^^^ jau, mélo ou Kola I„„,ille des Slercuhaeeos, '""^ ,„j.,.,e aux lion et place

et du Kan,ja. La prenné e cmp , .^^ au vrai Kola par les nègres, ^ Gnttifères.

,r„ude sans valeur: elles ^PP-^;,;^ Ko so"t devenues l'objet Depuis, en eilet, que les giaines de uo ,,.i,entdans a'nn clmeree sérieux '''i™P-'»"7;'^f'X. nombre de ces ,„s ports mêlées le plus "^^^^^ h„Uc adultération

semences sans valeur qn> «""f " "^'^"^^ ;,„„te importance de „„ marchandise. 11 est donc de P'^'^ ^^,,^,, ^nstoire aussi les connaître à fond ; et . ' , ^..aissance lacle.

complète que possible abu ''•«"'•'"t ' , "veau et résnl.e de Ce chapitre est, du reste "'g^ ^ „,,„a,Ien sur un

,„es travaux en collaboration avec M. Schla„a sujet qui n'a jamais été traité ,nsqu ,c,.

.l.Ko,.. ».*.r. ou KO,,.. b,tt™ .1 ,i,,,ue,nenl

an Kola vrai ,lout l'étude bistor.que v «"1; , tracée, nous devons donc placer au prenn . „

inléressaule ,ln Kol„ Kn« an /<"" / " ' ^ ,„„„iérc complète

l'origine et I hisloire .l out .-te rouuucs d une

que p;ii' nos travaux (1). Nous-mème, daos notre communication à l'Académie des sciences du "20 mais, trompés par de fausses indications et des échantillons botaniques incomplets, l'avions attribué d'abord à un Sterculia. C'est une erreur sur laquelle je suis revenu déjà dans les Kolas africains (1884, p. 24).

Habitat. — La seule indication, bien que très vague, fournie par les traités spéciaux sur le Kola mâle est la suivante due à Oliver ; elle termine {loc. cit.) sa description du Cola acuminata : « Le Kola-bitter de Fernando-Po est le produit de quelques arbres appartenant aux Guttifères. » Sur cette donnée, j'ai demandé sur plusieurs points de la Côte Occidentale africaine, la plante du Kola-bitter, et je n'ai pu jusqu'ici obtenir que des spécimens de tiges, feuilles et fruits, avec une quantité suffisante de graines pour en permettre une analyse complète. Ces échantillons bien étudiés m'ont conduit à une certitude absolue sur l'origine vraie de ces semences, qui remplacent souvent auprès des nègres celles du vrai Kola. La fleur, il est vrai, m'a fait défaut jusqu'ici, mais je puis aisément suppléer aux données que son examen pourrait me fouiuij'. Tous les spécimens qui me sont venus de la côte, depuis Sierra-Leone jusqu'à Whydah, se ressemblent absolument, ce qui me porte à admettre que le végétal qui fournit ces graines est partout le même et ne se rapporte pas, comme le veut Oliver, à plusieurs arbres de la famille des Guttifères. Je vais donner la description de ce végétal, d'après les feuilles et les fruits.

DcHcription. — C'est un grand arbre de taille variable (de 3 à (■) mètres de haut), ayant, à la base des rameaux, des feuilles très développées et très réduites à l'extrémité des mûmes rameaux. Le limbe des grandes feuilles mesure 0™30 de long sur 0'"17 de large, le pétiole relativement court, n'a que 0'"03;'dans les feuilles de l'extrémité des rameaux, ce même pétiole mesure ()™lo et le limbe 0™125 de long sur 0'°0y de large. Ce limbe est ovale, dilaté un peu vers la base et terminé au sommet par un mucro très accusé. La nervure médiane très apparente à la face inférieure de la feuille donne

(I) lleckel et ScliUigik'nhiuiin'ii. — « Des Koliiti A [rien i ii^' — Paris ISS'i, p. 3:».

lOy ÉDOUAUD lll'XKliL

à droite et à gauche des nervures latérales qui s'eu détachent à angle ouvert (presque droit) et en disposition pennée. Ces feuilles d'un vert très accusé à la face supérieure et grisâtre à la face inférieure, sont recouvertes par un épidémie très lisse luisant, portant lui-inôme sur les deux faces des glandes pluricellulaires d'un aspect fort ornemental. Ces feuilles sont opposées, privées de stipules. Les fleurs mâles et femelles me sont inconnues. Le fruit est une baie du volume d'une petite pomme, à épiderme rugueux recouvert complètement sur toute sa surface de poils âpres, à parois cellulosiques fortement cuticularisées, très résistants, aigus et de forme variable. 11 offre de trois à quatre loges, à cloisons non apparentes, contenant chacune une graine volumineuse, ovale, cunéiforme, dont la lace externe est arrondie et la face interne anguleuse. (Pl. I, iig. 9 et 10). Cette graine est recouverte d'une pulpe très abondante d'une couleur jaunâtre, de saveur aigrelette, qui est un véritable arille très adhérent au péricarpe et aux enveloppes séminales de la graine. Cet arille est formé de poils longs hyalins et portant des macules jaunes, réunis eu masse; ils forment l'ensemble de la pulpe. Le fruit porte sur ses deux pôles : 1° à la base, le calice persistant encore adhérent au pédoncule et formé de quatre sépales en croix dont deux externes plus grands et deux internes plus petits, les uns et les autres couverts de poils semblables à ceux de l'épicarpe.

On trouve souvent la corolle persistante aussi et formée de quatre pièces pétaliques en croix, plus longues que celles du calice, mais aussi plus étroites, et non pourvues de poils durs et acérés; 2" au sommet, le stigmate persistant aussi, divisé en quatres lobes et ombiliqué au centre : sa surface supérieure est couverte non de tubercules ou de poils âpres, mais de papilles bien développées. Ce végétal, d'après les renseignements de M. Vohsen, représentant de la Compagnie Occidentale d'Afrique et du Sénégal (déjà cité), se trouve, sur toute la côte, mêlé au Cola aciminala, dont il partage les conditions d'existence; seulement il y est moins répandu. Je propose de le nommer Garcinia Kola, en raison de l'application spéciale de ses graines en Afrique, où elles sont employées de la même façon (lue celles du Cola acumimlu. Par ses caractères connus,

LUS KOLAS ATRICAINS 109

ce végétal se rapproche beaucoup du Garcinia Morella Desr., qui, comme on le sait, est essentiellement asiatique.

Matière médicale. — La seule partie de la plante qui nous intéresse est la graine. Celle-ci, dégagée de son arille, nous présente trois faces dont une convexe (Pl. I, fig. 9) et deux autres planes (Pl. I, lig. 10); la première regarde l'extérieur du fruit, les deux autres l'intérieur de la loge ; sur la ligne d'intersection de leur plan se présente le point hilaire. Un épisperme jaune abricot recouvre cette graine, il est formé de deux enveloppes dont l'externe est sillonnée de faisceaux fîbro-vasculaires très apparents. Au dessous, on trouve un gros embryon macropode (caractère du groupe) dépourvu de cotylédons, qui constitue la matière médicamenteuse et bromatologique. Cet embryon est d'une couleur blanc jaunâtre (1). Il olïre sur toute sa surface des dépressions multiples (Pl. I, fig. 9), son tissu est dense et serré, plus encore que celui du vrai Kola ; il croque sous la dent. Il est constitué par une masse compacte d'un tissu cellulaire très homogène, interrompu de distance en distance par des poches sécrétrices gorgées de résine, qui en remplissent ou non tout le calibre (Pl. I, fig. 11 mr). Ces vaisseaux résineux ont du reste des dimensions très diverses dans les différents points de cet embryon. Les cellules qui composent l'embryon sont pleines de grains de fécule de dimensions plus considérables que ceux du vrai Kola (0™™,28 de long sur 0™™,17 de large), mais de forme à peu près semblable (Pl. I, fig. 8). Quant à l'épiderme dépourvu entièrement de stomates, comme on devait s'y attendre en raison de la nature môme de l'embryon macropode, il n'oilre rien qui mérite d'être signalé.

Lorsqu'on mâche les graines de Kola-bitter. on perçoit une saveur fortement amère, astringente et aromatique tout à fa fois, mais qui est bien différente de celle du vrai Kola : par son goût aromatique, cette saveur se rapproche un peu de celle du café vert. C'est ce goût que recherchent les nègres dans le Kola mâle, quand ils se livrent à la mastication de cette drogue, et il est digne de remarque que, son usage n'étant suivi d'aucune excitation notable

(1) Quand ces graines ont séché, elles deviennent dures et résistantes comme du bois : aussi est-ce toujours à l'état frais qu'elles sont consommées, soit comme médicament, soit comme masticatoire agréable.

ÉDOfJAnn IIRCKIÎL

iii (l'imcLiue iiiiLi-tlépunliliou de loire, ils n'en iirriveul, |.;is moins à li'oiiver leKolii-liiller aussi agréable (|ue le vrai Kola el, levaient un prix à pou près égal sur loute la cAte occidenlale. Partout ailleurs, c'est-à-dire dans le centre du Continent, où il ne pousse pas plus que le vrai Kola, il est, dit-on inconnu, et l'importation ne l'y introduit jamais. Je dois cependant à la bienveillance de M. G. Ad. Krauss, intrépide voyageur et naturaliste allemand, qui a exploré le Niger (1884-mars), des renseignements qui contredisent cette opinion. Je les transmets ici textuellement, en raison de leur authenticité et de leur valeur : « On trouve presque toujours à Tripoli des Kolas mâles » immizin f/oro en Haoussà) dont le prix est, si ma mémoire ne )i me trompe pas, de 10 centimes la pièce environ. Ou Irouve, eu )) outre, de vrais Kolas séchés et coupés en deux. On ne vend pas de )) vrais Kolas frais; je n'eu ai reçu qu'une l'ois en présent après » l'arrivée d'une caravane de l'intérieur. Tous les négociants du )) Sahara et du Tripoli, qui vont directement dans le centre de )) l'Afrique, ont adopté l'habitude de mâcher des Kolas. Pour les )) conserver frais, on les met généralement dans une boile de fer » blanc, remplie de sable, qu'on a soin de tenir humide. Maintes » fois ou a lenlé de planter des Kolas dans le Haoussà, mais les )) jeunes arbres meurent ou arrivent rarement à la hauteur d'un )) homme. Ou trouve dans l'Adamaoua un Kola, dont le fruit est de )) beaucoup inférieur à celui du nord d'Asanta (Acbanli). Parmi les » nègres, règne cette opinion, que le premier renferme deux graines )) et le second cinq. »

Nous verrons bientôt, dans la deuxième partie de ce travail, que cette graine de Kola màle doit ses [tropriélés à la résine, (pii, renfermée dans les poches sécrétrices, donne à la semence des vertus légèrement excitantes. Cela sulFit à tromper les Africains sur sa véritable valeur. Elles passent aussi pour être iiphrodisiaques, mais cette vertu est plus que discutable. Enfin sa principale application consisterait, sous forme de masticatoire, à triompher toujours victorieusement des rhumes qui, évidemment, doivent être relativement bénins dans cette région torride. Voici ce que m'écrit M. Vohseu (1) à ce sujet : « Cette

(1 ) M.Vohsen, pendant la durée de ses fonctions d'agent général de la C" française de. la Cô'le Occidentale d'Afrique, à Sierra-Leone, a bien voulu me transmettre, à la sollieilalion de M. Hohn, direrleiir de celle C", des renseiiinemenls utiles sur le

LF.â KOLAS AFRICAINS

» g-raine esl très appvéciée daus le pays (Sierra- Leone) ooiilre » les rhumes, et moi-même j'ai pu me convaincre de ses effets X) bienfaisants presque instantanés. J'ai vu récemment un homme » enrhumé au point de ne pouvoir prononcer deux mots, être » guéri en vingt-quatre lieures par les graines du Kola-bitter. » Il lui suffit d'en mâcher 4 ou 3 et d'en avaler un peu. » En dehors de cette utilisation, le Kola-bitter n'est qu'un trompel'œil, on le mâche, pour le plaisir de mâcher, aux lieu et place du vrai Kola,

Graine de Kanya — 2. Parmi les graines qui se mêlent le plus fréquemment à celles du Kola expédié en France, la plus diflicileà reconnaître est certainement celle du A'anya (Penladesma huti/racea Don) dont nous allons faire l'examen détaillé : nous ne l'avons jamais trouvée que dans le Kola de Sierra-Leone.

Botanique. — Le Pentadcsma Imtyracea Don (Gen. syst., 1, 619), a été décrit par Oliver, dans sa Flora of tropical Africa (t. I. p. 614), de la manière suivante : « Feuilles coriaces (ou su])membraneuses sur les rameaux avortés), brillantes, oblongues-elllptiques, quelquefois oblougues allongées ou oblonguesoblancéolées, légèrement acuminées ou un peu obtuses, arrondies ou en coin à la base avec de nombreuses nervures parallèles s'insérant obliquement sur la côte ou nervure médiane avec des veinules intramarginales ; elles mesurent de 0^125 à 0"'150 de long et 0'"03 à O^OR de large ; les pétioles ont de O^OOIS à 0"'00i4. Fleurs grandes, terminales et solitaires. Sépales intérieurs, 0'"037 à O'^OoO de long, coriaces, persistants. Phalanges staminales persistantes. Fruit irrégulièrement ovoïde, de O^^lOO à 0'°i25 de long sur 0"'075 à 0'"10 de diamètre, à 3 ou 5 semences ; péricarpe de 0'"012 d'épaisseur, légèrement rugueux, pourvu (l'un abondant liquide graisseux jaune, qui s'en écoule par incision; semences de 0n'Û37 à 0™030 de long sur 0"'02n à 0"'037 de large. — Guinée supérieure. Sierra-Leone (Don ? D>' Kirk ?) — Rivière Nau, Afrique tropicale occidentale (Mann) — Niger, les feuilles seulement, d'après Barter. C'est Varbre à beurre et à suif de l'Afrique occidentale. »

Kola vrai et \e Kola BUler, je liens à l'en remercier ici piibliqiienionl, ainsi que M. Bohn, dontla bienveillance ne m'a jamais Eaii; défanl.

EDOUARD HECKIîL

Nous avons pu nous procurer des fruits mûrs de ce végétal, ainsi que des rameaux adultes et des feuilles, le tout provenant des environs de Sierra-Leone (île de Rotombo), et il nous est permis, d'après ces échantillons que nous avons reçus en très grand nombre et en très bon état, de rectifier ou de compléter, dans quelques-uns de ses points, la diagnose cidessus, qui est incomplète et erronée tout à la fois. Nous avons souligné dans cette diagnose d'Oliver, intentionnellement, les points qui sont certainement entachés d'inexactitude. Nous allons donc reprendre, en la rectifiant et en la complétant, cette description du botaniste anglais, dans laquelle les erreurs ne lui sont pas absolument attribuables en propre, puisque, comme on va le voir, elles ne sont que la production de celles qu'on trouve dans la description primitive de Don, que nous croyons devoir traduire ici en entier :

<( Pentadesma butyracea {Eor\.. Trans. Lond. vol. V, p. 457).— » Plante originaire de Sierra-Leone, dans les régions basses. )) Cet arbre atteint la taille de 40 à 50 pieds (10 à 12 mètres), » mais il fleurit dès qu'il a 20 pieds de haut. Les feuilles en » sont entières lancéolées, coriaces, lisses, brillantes. Les fruits » ont à peu près la dimension du fruit de Mammea (1) ; leur » forme est celle d'une poire renversée avec une pointe ausom- » met ; ils contiennent de 3 à 5 semences, grandes, anguleuses » et de couleur brune ; l'écorce du fruit est rude, grossière et » d'une couleur brun foncé. Le suc jaune graisseux, auquel ces » arbres ont emprunté leur nom vernaculaire, découle en abon- » dance de l'incision ou de la rupture du fruit. Les indigènes » de Sierra-Leone le mêlent à leur nourriture, mais les colons » n'en usent point à cause de la forte odeur de térébenthine qui » le caractérise ; nous pensons que ce suc est celui qui cons- » titue le beurre indigène vendu sur les marchés de Freetown. Les » fleurs de ce végétal sont très grandes, brillantes et proba- » blement rouges. »

« Arbre à beurre et à suif {Flor. janv. Cit., 1822). Arbre de

(1) C'est du fruit vulgairement appelé AbricoLier des Antilles qu'il s'agit ici, c'està-dire du Mammea americana L. ; toutefois, il faut remarquer que ce dernier fruit est toujours plus gros que celui du Pentadesma, la comparaison est donc inexacte.

LES KOLAS AimiCAINS

» 60 pieds, cultivé. Cet arbre est très difficile à transplanter, à » cause de sa longue racine pivotante, qui, uue fois brisée ou » coupée, entraîne sa mort. La racine doit avoir à sa disposi- » tion suffisamment de profondeur de terrain pour lui permet- » tre de descendre; c'est une condition de vie ou de mort. Il » demande une forte chaleur humide pour fleurir.

)) Un mélange de compost et de tourbe lui convient bien, )) et des boutures bien aoûtées avec leurs feuilles adultes doi- )) vent probablement donner des racines dans le sable, sous » cloche, à la chaleur humide. » Ces deux descriptions ont besoin d'être complétées et rectifiées comme il suit.

Ce grand végétal de 10 à 12 mètres de haut, croit sur toute la côte Occidentale N. de l'Afrique chaude; aux environs de Sierra- Leone, il fleurit dans les mois d'avril et de mars et donne sur un fort pied de forts rameaux, qui laissent suinter par incision de leur écorce une matière résineuse peu abondante, jaunerougeàtre, demeurant assez peu consistante après exposition à l'air. Cette résine se colle facilement aux doigts ; elle est poisseuse, sans goût et sans saveur ni odeur particulière. Cette résine découle des nombreux canaux sécréteurs qui se trouvent dans l'écorce. Si on pratique, en effet, la coupe transversale d'un rameau, on constate que ces canaux gorgés de résine jaunâtre, sont disséminés dans toute la région corticale (g c' c", fig. 29 a), mais deviennent plus particulièrement abondants dans la zone libérienne où, du reste, leurs dimensions sont moindres. Ces canaux sont bordés de cellules sécrétantes et souvent entourés d'une masse de cellules remplies d'un contenu solide formé par des cristaux à'oxalale de chaux. Ces canaux, du reste, ne sont pas le propre de cette plante, on les rencontre dans tous les représentants de la famille des Guttifères, à laquelle appartient Pentadesma hiUyracea.

Nous verrons bientôt que ces canaux se retrouvent dans le péricarpe du fruit, mais ils n'existent pas dans la graine qui est, par ce fait, complètement dépourvue de résine; il n'en est pas ainsi dans la graine de Xola mâle dont nous avons parlé antérieurement et dessiné les poches sécrétrices ni, dans une autre plante de la môme famille, le CalopkyUum inophyilum L. (Tamanou, en canaque néo-calédonien ; Cai-meuou, en langue

lODOlIARD IIECKKI.

anuiimile), où nous iivons l'iiil. coiiiKiilre revisteuce de nos poclus sécrélrices résineuses, dans notre Inivail sur l'huile et Ifi résine de cette plante (1). La fleur, qui laisse des traces dans le fruit mûr par la persistance de ses éléments constituants (fig. 25 c, p, c), est grande, terminale, solitaire, brillante et à pétales rouges; les pièces callcinales sont vertes. Nous allons y revenir

l'ig. 21). — FruiL mûr du Penladoi^ma bukjracea Don (1/2 gr. nal.)

en détail. Quant aux feuilles, elles sont vertes, lisses et vernies sur la face supérieure, où l'on aperçoit à peine trace des nervures, avec une côte médiane peu accusée, peu saillante. A la face inférieure, des nervures fines distantes de 2 millimètres

(I) De l'huile et de la résine de Calopliyllum impliyllum L. {Journal de thérapeutique de Gubler, 1876).

l'ime de l'aulre el rectiligues. se détachent obliquement de la cote très saillante et se rendent jusqu'au bord en se redressant et formant une courbe légère à leur extrémité marginale. Là, elles se joignent à la nervure suivante, et cette dernière courbe, dans son ensemble, forme une ligne bordant de très près le bord du limbe foliaire. Ce dernier se termine au sommet par une pointe ou par une légèi-e dépression (fig. 28).

Le pétiole, assez court, mesure 2 centimètres ; le limbe entier, de 12 à 13 cent, de long et 4 à 5 cent, de large. Il est à remarquer qu^ le limbe foliaire ue s'arrête pas brusquement au pétiole, mais est décurrent sur ce! organe (fig. 28), qu'il borde de deux ailes peu

l\')tLadesm a h n lu rarm

Graine, recoiiverle Graine dépouillée

de son spermoderme. de son spermoderme.

accusées. Le calice est formé de 5 sépales ovales, imbriqués, verdàtres, dont 3 internes sont plus longs que les externes (fig. 25, c). Entre les pétales et le verticille suivant (staminal), se trouvent alternant avec les faisceaux stamiuaux, qu'ils séparent, des nectaires, qui prennent un grand développement et finissent, quand le fruit est arrivé à maturité, par se subérifier; ils sont alors de la forme et du volume d'un pois, rouges et durs ; ces organes caractéristiques par leur volume, leur situation et leur consistance, ne paraissent pas avoir été signalés jusqu'ici par les auteurs, malgré l'intérêt qu'ils présentent. Les étamines (fig.25,('), longues et nom-

IIG

ICDOUARD IIUCKEL

breuses, sont réunies en cinq phalanges, courtes, légèrement aplaties. Les filets, longs et rougeâtres, sont terminés par des anthères jaunes, longues, filiformes et qui en sont le prolongement. Tous ces

Fig. 28. — Feuille de Pentadesma huLyracea (2/3 gr. nat.)

organes ; calice, corolle et étamines, sont persistants et se retrou vent desséchés à la base du fruit mûr (fig. 25 c, p, e). Ce dernier suc

cède à un ovaire pyriiorme à cinq loges pluriovulées; cet organe est terminé à son sommet pointu par un style long, divisé à sou extrémité en deux lobes stigmatiques linéaires : le style et les stigmates sont caducs, ils ne persistent pas à la maturité.

Le fruit est une capsule (et non une baie) pourvue d'un péricarpe dur, très résistant à maturité et parcouru dans toute son épaisseur de nombreux canaux sécréteurs résineux, qui laissent transsuder, par les ruptures accidentelles de l'épiderme, une résine rougeàtre, abondante surtout autour du point d'insertion du fruit sur le pédoncule épaissi (1). Cette résine

(1) Si on fail, une coupe de ce péricarpe, on trouve (fig. 29 B) qu'il est constitué d'abord par zone de cellules un peu épaisses, mais sans espaces intercellulaires, et interrompues par de nombreuses cellules fibreuses isolées ou groupées par deux ou trois ; dans celte zone se trouvent des canaux résineux (cr, cr', fig. 29 B) en grand nombre, assez volumineux, bordés de cellules sécrétantes. Au-dessous, et formant la paroi interne du péricarpe, on voit une zone, moins épaisse, composée de cellules collenchimateuses, sans contenu spécial, et interrompue également par des cellules plus développées et remplies de résine {cr, cr', cr", fig. 29 B), quelques fibres se voient dans cette zone, mais en bien plus petit nombre que dans la prédédente : elles sont plus grosses.

Cette constitution peut être rapprochée de celle des rameaux, où al)ondent aussi les canaux résineux. Si on pratique une cou))e dans un de ces rameaux anciens, on trouve une zone corticale épaisse (ce, flg. 29 A) interrompue par deux cercles concentriques de gros canaux résineux comparables à ceux de la itartic extérieure du péricarpe (fig. 29 A, c', c"). Cette zone comporte, à

Kig. '2Q. — PeiUadesina biUyracea.

Coupe radiale de l'écorce.

Coupe radiale du fi'uit.

ÉbOUAUD HKCKEL

provieuL do UDinbreux cauaux sécréleurs dont le péricarpe est. parcouru dans loule son épaisseur. C'est sans doute l'épanclieraent de ce li(|uide résineux résultant d'une incision des parois du fruit, qui a pu laisser croire, comuio l'airirinent les descripteurs (Don, Oliver), à l'existence d'un suc jaune, graisseux. Nous verrons dans la partie chimique de cette étude que l'analyse la plus minutieuse n'a pu révéler la moindre trace de corps gras dans les parois dures du fruit. Celte capsule renferme, groupée au centre, une masse compacte réunie par les placentaires et contenant non pas de 3 à 5 graines, mais depuis 3 jusqu'à 9 et 10 semences parfaitement développées. Ces semences sont enveloppées d'un tegmen qui fait suite au |)laceuta (lig. 20). Dépouillées de cette tunique làclie et peu résistante, elles mesurent de 4 à 4 centimètres et demi de long sur 1 à 2 centimètres de large (lig. 27j. Leur couleur est brun-chocolat, leur surface est rugueuse ; elles sont dures et formées par un embryon macropode dépourvu d'albumen et de cotylédons. Leur constitution est graisseuse (1).

Ces graines sont particulièrement intéressantes, en ce qu'elles renferment dans leurs tissus la matière grasse nommée Beurre de Kanija p;ir les auteurs, et (|ue, d'autre part, elles servent depuis quelque temps à s()pbisti(|uer le l{ola. Elles revêtent en ctïet, par leur forme et leur couleur, ra])parence d'une graine de Kola desséchée : leur constitution graisseuse peut seule mettre sur la trace de la fraude, à moins qu'un œil

son exLrémilé inlui-ne, des faisceaux de (ihics ligneuses (fig. 2'.) A, fl.). \.o. liber épais et. iiarcouru par les prolongements U'ès apparents des rayons médullaires, (■oinporU? aussi doux cercles concenlrif|nes de canaux résineux très rapprocliés ; ceux de la première rangée, plus développés que ceux de la deuxième (la plus in(erne) allernent avec les dcriuers. Ils sont, les uns el les autres, bordés par des cellules sécrelanles.

(1) Quant à l'aire de dispersion du Pentadesma butyracca, il serait dinicHe de la fixer avec nos connaissances actuelles. 11 est très probable néanmoins qu'en dehors des localités (Guinée Inférieure) indiquées par Oliver dans sa « Flore de l'AIrique tropicale », il existe sur un grand parcours de toute la côte Occidentale d'Afrique et jusqu'au Gabon, où le produit graisseux de ces graines, comme nous allons le voir, serait connu el utilisé. Ce végétal existe môme vraisemblablement sur la côte Orientale du même Continent africain, puisque l'échantilloa de graisse de ce nom, existant à la Faculté de médecine de Lyon, est indiqué comme originaire de Zanzibar. (Cauvct, Nouveaux éléments de iiKdirrr médiculc, T. II, p, 27;;. — Paris 1887.)

exercé ne la recouuaisse au caractère suivaut : les graiues de Pentndesma forment une masse entière sans solution de continuité, tandis que les semences de Kola, même sèches, conservent autour (lu point radiculairo, très facile à déterminer, un rayonnement, constitué par trois à cinq lignes, dont deux plus longues forment la commissure des cotylédons. Elles sont la trace de trois à cinq incisions que portent les cotylédons à leur base, c'est-à-dire à leur point d'insertion sur le corps embryonnaire.

Fig. :]0.

Graine de PeiUudesina bulyracea. — A Cou|>c Ininsvursalc traitée par i'éther ;

B Cellule grasse isolée.

L'histologie va nous permettre aussi de reconnaître aisément ces graines et de les diiïérencicr nettement de celles du Vola acuminata. Si on fait une coupe à travers la graine de Pentadesma (tig. 30A), on trouve ([u'elle est constituée par un tissu assez uniforme de cellules, d'abord petites à la péril)hérie, puis do plus en plus allongées transversalement, et onlin plus petites au centre. Ce tissu est interrompu par tles faisceaux fibrovasculaires ((ig.30,A, fv), mais il manque absolument de canaux résineux. Le contenu cellulaire est entièrement graisseux, et les corpuscules gras y sont assez peu développés (lig. 30, B). Ce corps gras forme le beurre de Kamja, nommé aussi, d'après G. Pennetier (Leçons sur les matières premières organiques, p. 75G, 1881), Oddjendjé, au Gabon (1).

(I) Au sujet (lu iVmploi «le cette malicri! grasse par les indigènes du (jaljon , (eu M. l'iern;, directeur du .lardin d'essai de Libreville, mon regrette correspondant, niecrivail, il y a six mois, ce qui suit : « l/Oddjendjc est peu, si ce n'est point lin tout piniilojéen ce moment par les indigènes. II va bien d'autres corps gras dans K" Congo français. »

EDOUARD llliCKEL

Ce beurre de Kauya u'est guère counu que par ce qu'eu dit Cauvet (Nomvanx éUmonls de matière médicale, t. II, p. 275 ; Paris, 1887), qui l'a décrit d'après un échantillon existant dans ledroguier de la Faculté de Médecine de Lyon et provenant d'Angleterre, par l'iutermédiaire de M. Chantre. Celui-ci, probablement, le tenait de Holmes. Ce qu'il y a de certain, c'est que, jusqu'ici, aucun traité didactique de matière médicale n'en a parlé en dehors de Cauvet et de Pennetier qui, tous deux, l'attribuent au Pentadesma butyraccu.

Nous n'avons pu, jusqu'ici, nous procurer ni de Sierra-Leone ni du Gabon le beurre de Kanya en pain, nous ne pouvons donc ni conhrmer ni iulirmer la description qu'en donne Cauvet, d'après l'échantillon dont il a pu se servir et qui avait été envoyé au Muséum de Kew par le D^' Kirk. Mais nous avons eu en main une assez grande quantité de graines de ce Pentadesma, pour pouvoir en extraire le corps gras et en faire une analyse complète. Elle était nécessaire, car quelques erreurs se sont glissées dans l'examen analytique de ce produit fait par MM. Jacquet et Barbarin, élèves de feu le professeur Cauvet, de Lyon, les seuls auteurs qui se soient occupés de la constitution chimique de ce corps gras. Nous pourrons donner aussi une analyse élémentaire de la graine et du fruit de Pentadesma butijracea.

Nous avons le regret de ne pouvoir fournir aucun renseignement sur le procédé qu'emploient les nègres africains pour extraire ce corps gras de la graine, seul organe de la plante qui le contienne. Mais il est fort présumable que pour ces semences, comme pour celles du Butyrospermum Paricii (arbre à Karité), qui donne le beurre de Galam, le moyen d'obtention, fort simple, consiste à piler les graines et à les faire bouillir dans l'eau. On recueille ensuite le corps gras, qui nage à la surface du liquide chaud ou froid (I).

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