‹ Les kolas africainsChapitre 13 sur 49 · Dessiccation. — Soumise à l'étuve, à la température de · texte numérisé non relu

Dessiccation. — Soumise à l'étuve, à la température de

(1) A ce sujet, voir dans La NaLurc (tie Tissandier), mon article intitule : « Le Bassia Pai'kii et ses produits », n"" des 24 cet. et 2i8 nov. 1885.

LKS KOLAS AFRICAINS

lOo degrés, la graiiie perd o gr. '242 do sou poids. Gotle diiïérence tient à l'eau hygrométrique.

2. Traitement au chloroforme. — Le Iraiteineut des graiues pulvérisées par le chloroforme, dans un appareil à déplacement continu, fournit un liquide légèrement jaune qui, soumis à l'évaporalion, présente l'aspect et les caractères d'un corps gras.

La matière, débarrassée de son dissolvant par distillation, est blanc-jaunàtre. Le microscope permet de reconnaître un enchevêtrement de cristaux fins.

Le composé se ramollit entre les doigts. Il commence à fondre à 36 degrés, mais la fusion n'est complète qu'à 40 degrés.

Il se dissout totalement dans 100 volumes d'alcool à 95 degrés. Le liquide se trouble de nouveau à froid et laisse déposer des cristaux aiguillés, dont le point de fusion est le même que celui du corps gras primitif. La solution alcoolique est fortement acide au papier de tournesol, ce qui indique, contrairement à ce qui se passe dans beaucoup d'autres corps gras naturels fraîchement extraits, la présence d'un acide libre. Cet acide, ainsi que nous nous en sommes assurés, est de l'acide stéarique.

L'action de la potasse ou de la soude caustique à l'ébullition, fournit un savon qui, décomposé par l'acide chlorhydrique, donne 71 pour 100 d'acide gras. La masse blanche solide, qui surnage sur l'eau, lavée, complètement desséchée, puis reprise par l'alcool, fournit des cristaux aiguillés, qui, après plusieurs cristallisations, présentent tous les caractères de l'acide stéarique, même aspect cristallin et même point de fusion à 69°1.

Les eaux mères fournissent, après concentration, une seconde portion de cristaux, facile à purifier comme les premiers.

Les dernières liqueurs qui ne cristallisent plus sont saturées par le carbonate de soude sec. Ou évapore à siccité et l'on reprend par l'alcool. Le liquide alcoolique est évaporé à son tour, puis repris par l'eau. Ce nouveau savon à réaction alcaline est traité par l'acétate de plomb légèrement acidifié par l'acide acétique. On obtient un savon plombique qu'on lave, dessèche et reprend ensuite par l'éther bouillant qui dissout l'oléate de plomb et laisse le stéarate insoluble.

■)•) KDOUAIUJ IIKCKHL

Sur 39,50 d'acide gras mis en expérience, un relire 10,23 d'oléale de plomb, soit 23,80 pour 100. Or, comme 10 grammes d'oléale correspondent à 7,343 d'acide oléi(iue, il s'ensuit que .es 2o gr. 80 d'oléale indiquent 18 gr. 3o d'acide oléique dans le mélange; le poids de l'acide stéarique est donc de 81 gr. (j.') pour 100.

La composition du corps gras du Pentadesma peut donc être représentée par :

Acide oléiMue ^^^^ ^'^'^^

Acide sléariquc '^^'-^

Le corps gras ne renferme donc pas de palmitine, puisque les acides gras cristallisés, obtenus par décomposition du savon potassique ou sodique à la suite d'opérations partielles, n'out jamais fourni de produits dont le point de fusion fût supérieur a 69o,l.

Le corps gras brut tel qu'il résulte de l'épuisement par le chloroforme a été traité par l'eau bouillante, puis par l'eau acidulée par l'acide chlorhydrique. Les liquides dans l'un et l'autre cas ont été évaporés à siccité, puis le résidu soumis a l'action de l'eau de chlore et de l'ammoniaque, de l'acide azotique et de l'ammoniaque, de l'eau bromée et de l'ammoniaque. Le produit d'évaporalion dans chacun de ces cas n'a pas fourni trace de coloration rose ou violacée, ce qui nous permet d'aHirmer l'absence de caféine. Le Kola vrai dans les mômes condilions se comporte dune manière entièrement diiïérente, car l'épuisement par le chloroforme fournit une cristallisation abondante de caféine qu'on obtient à l'état de pureté à la suite d'une recristallisation dans l'eau^ bouillante. Les graines du Penladesma bulyracm examinées au point de vue chimique ne sauraient donc être confondues avec celles du Cola acummata.

3 rrailemeni à l'alcool. - En épuisant la poudre, provenant de la première opération, par de l'alcool, on obtient un liquide rouge qui, après évaporation à siccité, constitue un extrait dont le poids est représenté par 7,805 pour 100. Cet extrait, repris par l'eau, ne se dissout pas entièrement. La solution aqueuse est d'une aslringence excessive mêlée à un arrière- "•oût amer, et fournit au contact du chlorure ferrique une coloration verte très foncée. La solution chaude additionnée d'eau froide laisse précipiter une matière brune, qui n'est autre chose

qu'un produit d'oxydcitioa du tanuin et coustitue, d'après Drageudorfï, uu phlobaphène.

Ce dépôt fortement coloré dont le poids s'élève à 6,705 pour 100 est donc constitué presque uniquement par du tannin altéré. Les eaux mères, quoique contenant encore un peu de tanuin en dissolution, renferment 1 gr. 10 pour 100 de glucose, ainsi que l'atteste le dosage au moyen de la liqueur de Barreswil.

4. Traitement à Veau. — Le résidu de l'opération précédente traité par l'eau bouillante fournit un extrait aqueux dont le poids = 12,413. En reprenant cet extrait par l'eau et l'essayant à la solution cupro-potassiquc, on obtient 3,407 de glucose. L'extrait évaporé et calciné fournit 0 gr. 139 de sels. La diiïérence entre la somme de ces deux nombres et le poids total de l'extrait, c'est-à-dire 12,415 — 3,546 = 8,869, constitue un mélange de matières gommeuses, tauniques, colorantes et albuininoïdes. Il est facile de déceler la présence de ces divers principes à l'aide des réactifs appropriés, mais nous n'avons pas jugé à propos d'en faire la détermination quantitative.

L'extrait aqueux provenant d'une opération de 400 grammes de graines pulvérisées a été traité par la chaux, puis évaporé à siccité. Le magma calcaire a été repris par de l'alcool bouillant en vue d'y chercher la présence d'un alcaloïde. Un autre extrait aqueux provenant de 200 grammes de matière a été traité par l'acétate de plomb; après élimination de l'excès de métal par l'hydrogène sulfuré et reprise du liquide filtré, on a procédé également à la recherche d'un alcaloïde. Mais, dans l'un et l'autre cas, les résultats ont été négatifs. Deux opérations entièrement semblables, effectuées avec l'extrait alcoolique de l'opération (3), ont fourni le même insuccès au point de vue de la présence d'une base. Nous en concluons donc que la graine de ce faux Kola ne renferme pas d'alcaloïde.

5. Incinération — 100 grammes de graines incinérées nous donnent un poids de cendres de 2 gr. 70. Si nous retranchons ce nombre du poids total des matières extraites par les dissolvants, nous obtenons, défalcation faite de 0,139 de sel trouvé dans l'opération, le nombre 40,477 pour 100 pour poids du ligneux de la cellulose et des matières albuminoïdes insolu-

/|24 ÉDOUARD IIKCKEL

bles et 1,561 pour 100 de sel coutenus daus ces inalières. D'après cela nous pouvons fixer comme suit la composition de la graine de Pentadesma hutyracea.

Eau hygrométrique 5,242 Eau •ig'^"!

Trait, au chlorofornu". 32,500 Corps gras •W3W

j Glucose y^'^l

Traitement à l'alcool 7,805 ^ xaniiin et phloiiaphène <j.705

Glucose *^/'^'

. 1 Tannin, matière alijum. et ma

Traitement à l'eau i:$,415 s ij^,.,, colorante 8,869

/ sels , O.i:^'-'

I Ligneux, cellulose, mat. album.

,,,VJo ! insolubles Wt77

Uillérencc ''-^.l^* j g^^^ 1 ,501

Total 100,000

Remarques, — 1. La graine ne renferme pas de matière amylacée, Elle contient une faible quantité de matières albuminoïdes, ainsi que l'atteste la réaction du bleu de Prusse fourni par le produit du traitemeut par l'eau ; la partie insoluble dans ce véhicule est constituée principalement i)ar du ligneu.x

et de la cellulose.

2. Les cendres provenant de l'incinération de la graine, renferment de la chaux, de la potasse, de la soude, de l'acide phosphorique, de l'acide sulfurique et de l'acide carbonique. Ce dernier provient évidemment de la présence d'acides organiques décomposés par la chaleur.

Sur 2g. 70 pour 100 de cendres, le tiers est insoluble, les deux tiers, solubles. Parmi les derniers, les sulfates alcalins prédominent en même temps que les chlorures ; ils sont mêlés à des traces de phosphates, mais ne contiennent pas de chaux.

La partie insoluble dans l'eau ne contient pas traces de sulfates ; elle est constituée uniquement par du carbonate et du phosphate de chaux.

Il résulte de ces recherches dont la partie chimique est due à M. Schlagdenhauiïen :

1° Que le beurre de Kanija est bien le produit des graines et non du péricarpe du Pentadesma hulyracea Don; que le corps gras analysé parles élèves deCauvet et le nôtre présentent bien les mêmes propriétés physiques et la même apparence extérieure ;

2° Que ces graines ne sauraient être substituées à celles du Kola (comme on tend à le pratiquer de plus en plus), sans de graves inconvénients, non qu'elles présentent le moindre degré de toxicité, maison raison de ce qu'elles ne renferment aucun des principes du médicament précieux fourni par les semences du Cola acuminata R. Brown.

3° Que, partant, la sophistication par le Kanya doit être surveillée avec le plus grand soin par le médecin et le pharmacien.

J'ai insisté très longuement sur ce faux Kola, parce qu'il était peu connu à tous égards (botaniquement et chimiquement), et surtout parce que la multiplicité des documents que j'ai pu donner sur ses origines, sa forme et sa constitution chimique formeront (en les opposant aux mêmes notions que nous donnons sur le vrai Kola), autant d'éléments permettant de reconnaître une falsification très-commune aujourd'hui et difficile à reconnaître. J'ose dire que c'est la plus difficile d'entre celles qui se pratiquent couramment.

m. — Graines d'heritiera littoralis. — Depuis quelque temps, une nouvelle substitution s'est produite dans des Kolas frais provenant de la côte de Zanzibar, où le Cola acuminata a été introduit depuis vingt années avec succès. Nous trouvâmes mélangées à des semences fraîches de la variété blanche de Kola d'autres graines fraîches blanches, ayant un aspect semblable, un volume un peu plus considérable et surtout une forme géométrique un peu différente. Les graines de kola sont un peu anguleuses, celles-ci étaient orbiculaires. Nous soupçonnâmes une supercherie ou une erreur, qu'un examen attentif nous permit ensuite de reconnaître. Des graines mondées d'Heiitiera littoralis Ait. avaient été mêlées aux graines de Kola. Cette substitution, outre l'intérêt qu'elle présentait en elle-même, soulevait dans notre esprit cette question, à savoir que Heritiera littoralis, appartenant à la même famille (Sterculiacées), et cette graine étant mauifesteinent indiquée comme ayant été utilisée dans l'Inde pour l'alimentation (1). il pouvait se faire que, sans qu'on

(1). Bâillon dit (Histoire des plantes, t. IV, p. 113) : « On assure que dans l'Inde, le fruit A' Heritiera liUoraUs est récolté comme comesUble. » Le major Drury, dans Usefiil plants of India, ne parle point de cette Sterculiacée.

ÉDOUAHD HECKKL

le sût. ello jouît des mômes propriétés antidéperdilives que le Kola et, dès lors, la sophistication n'existait plus, et la substitution se trouvait justifiée par des connaissances nouvelles. Ces conditions nous portèrent à faire avec M. Schlagdenhauflen l'étude complète de cette graine comme nous avons fait celle du vrai Kola et ce sont les résultats de ces recherches que

nous consignons ici.

i. Botanique. — Heritiera litloraHs est un grand arbre à feuilles entières propre à l'Inde, aux îles de la Sonde, aux Philippines, aux Moluques et à toutes les îles de la côte orientale d'Afrique ; on le trouve également dans le pays d'Annam, dans la région chaude de l'Australie, en Cochinchine et de l'Océanie

Fig. 31. — Fruit mur û'Henliera liUoralis entier.

(Nouvelle-Calédonie). Les feuilles sont ovales, grandes, entières, acuminées, cordiformes à la base, penuiuerviées, à pétioles assez développés.Cette espèce se rencontre particulièrement sur les bords peu élevés du littoral et môme dans les terrains saumàtres. (1).

(1) Son bois dp couleur ^ris-brun, est d-unc loxluro compacte, fine et serrée ; ses qualités de solidité, do résistance et dednrabilité en font un excellent bois de charpenle et de construction. - L'écorce est employée dans la teinture; sa graine est réputée Ionique dans l'Inde et l'huile qu'on en extrait sort aux Indiens en frictions contre les rhumatismes. (Grisard et Van den Berghe. Les bois indvslriels, etc. - Bull, delà Soc. d'acclimatation do France, 1892).

Les fleurs unisexuées sont assemblées dons une inflorescence axillaire très développée et disposée en tliyrse. Les fleurs màlcs sont constituées par un unique périanthe gamophylle, campanulé, à cinq divisions aiguës. Au centre de cette enveloppe se dresse une colonne au sommet de laquelle sont insérées une douzaine d'étamines sessiles et réduites à l'anthère qui s'ouvre verticalement ; les loges anthériques sont parallèles. Dans la fleur femelle, le fond de la cupule formée par le périanthe est occupé par un réceptable qui porte cinq carpelles indépendants, lagéniformes, cà sommet recourbé en dehors, et en pointe. Ces carpelles sont uni ou rarement biovulés ; à maturité, ils donnent naissance à un fruit qui est un akène ligneux et subéreux, caréné sur le dos suivaut sa longueur.

Ki- :52. — Graino il'IIi' riliera lillnmlis vue pnr sa [are coiicavo cl doiionilU'e

Si on brise ce fruit, on trouve une graine recouverte (l'un épisperme papyracé couleur marron. Cette enveloppe disparue, la graine est blanche, aplatie, orbiculaire, à bords sinueux sur ([uelques points. Elle représente un disque d'une épaisseur de' Om,010à 0'n,015 et d'un diamètre de O'^M environ. Les deux faces de ce disque sont inégales ; l'une est concave (fig. 31) et l'autre convexe. Sur la face concave, on voit la réunion des deux cotylédons inégaux (c et c') qui forment la graine. L'un des cotylédons c' n'a guère que la moilié de la dimension de l'autre (|ui semble le recevoir tout entier dans sa substance. Chacun de ces cotylédons est très épais et charnu. La radicule (r, llg. 32) se trouve placée sur

KDOUARD IIECKICL

la ligne iuférieure de coullueuce des cotylédons ; on la voit sous la l'oinie d'une proéminence ovalo-acuminée.

2» Matière médicale. — La seule partie qui nous intéresse est la graine (1) dont nous venons de donner une description botanique sur laquelle nous ne reviendrons pas, si ce n'est pour dire que les semences ont un poids oscillant entre 20 et 25 grammes, ce qui correspond à peu près au poids moyeu des graines de Kola fraîches, et que leur couleur blanc-jauuàtre est tout à fait celle qui caractérise les Kolas blancs; que mâchée, oulin, la masse cotylédonaire a une saveur d'abord astringente, comme celle des Kolas, puis légèrement douceâtre, et enfin un peu amère. Sous ce rapport, il y aurait certainement illusion possible entre le vrai Kola et VHeritiera littoralis, si l'astringence et l'amertume étaient un peu plus prononcées, et la saveur sucrée un peu moins accusée, chez ce dernier.

Fifç. 33. — rt, Ussu des colylédons; h, cellules de a avec leur conlonu amylacé; (;, grain de f6culc de b très grossi.

Examinée au microscope, une coupe des colylédons nous présente un tissu cellulaire homogène dont les éléments sont formés de parois cellulosiques assez épaisses (fig. 33 a). Ces cellules sont gorgées de grains d'amidon très petits (fig 33 h) qui la remplissent presque en totalité. Ces grains de fécule sont polygonaux, pourvus d'un bile rayonné et mesurent, dans leur plus grande dimension, 0'"'"008 de millimètre (fig. 33 c). Comme on le voit, si la constitution

(1) Nous Iroiivons. en ce qui concerne les Colonies de Nouvelle-Calédonie cl de Cochinchine, dans les l'ianles vLiles (/es Colonies franraises de de Lanessan, l'indication ruiilisalion du bois iVIIeriliera litloralis, pour rébénislerie el la menuiserie. 11 n'y est pas question de l'emploi des graines.

tissiilaire des graines dlleritiera liltoralis rappelle de loin celle des graiues de Kola, le contenu cellulaire, bien qu'amylacé des deux parts, permettra de reconnaître par la [orme et les dimensions du grain de fécule, ce qui appartient à l'une ou à l'autre de ces Sterculiacées. La diïïérence est si profonde, en ce qui touche à l'amidon, qu'il serait facile de reconnaître le mélange du taux Kola, même dans des semences réduites en poudre. Nous rappelons, en elïet, que l'amidon des graines de Cola acuminala, Pl. i, fig. 6, est franchement ovoïde avec un hile cruciforme et que chaque grain mesure de 16 à 24 millièmes de millimètre, tandis que le grain de fécule d'Heritiera liUoralis compte à peine 8 millièmes de millimètre dans sa plus grande longueur. Dans ces conditions, en tenant compte de la forme spéciale que revêt la graine mondée d'Heritihra littoraiis, et des détails structuraux que nous venons de mettre à jour dans les cotylédons de cette semence, il sera toujours facile, dans tous les cas, d'en reconnaître le mélange au milieu des graines de vrai Kola, soit entières, soit concassées ou moulues.

Étude chimique. — Après ces constatations, les caractères différentiels du vrai et du faux Kola devenaient faciles à établir, mais il restait un point important à élucider. La graine d'Heritiera littoraiis, en raison de ses affinités botaniques avec Cola acuminata, à cause de ses qualités gustatives si rapprochées de celles du Kola, ne serait-elle pas, comme ce dernier, pourvue de principes excitants {caféine, théohromine) qui permettraient de la ranger dans la classe des médicaments antidéperditifs? L'analyse chimique seule pouvait nous permettre de répondre à cette question et nous y avons procédé de la manière suivante.

Pour arriver à un résultat prompt et certain, nous n'avions qu'à suivre les méthodes d'extraction de la caféine déjà employées dans l'analyse de la noix de Kola.

Nous allons indiquer brièvement les diverses opérations qui ont été faites eu vue d'obtenir cette base organique, en admettant sa présence dans cette graine soit à l'état libre soit sous forme de combinaison.

A. — Traitement an chloroforme. — La graine mondée, préalablement desséchée à l'étuve à 100" et réduite en poudre grossière est traitée dans un appareil à déplacement continu par le chloroforme à chaud.

130 KDOUAIU) IIECKEL

Au bout de trois heures ou arrête l'opération. Ou distille le chloroforme et l'on évapore le liquide en bain-marie. L'extrait jaune pâle est repris par l'eau et la solution aqueuse est abandonnée sous la cloche à acide sulfurique. Au bout de plusieurs jours, le résidu sec est examiné au microscope et par voie chimique.

L'absence complète de cristaux aiguillés soyeux nous porte a croire que l'extrait ne contient pas de caféine, résultat confirme d'ailleurs par l'absence de coloration violette à la suite de l'emploi successif du chlore et de l'ammoniaque.

Nous concluons donc de là que la matière ne renferme pas de

caféine libre. -u-i-.a Ce premier résultat négatif n'exclut cependant pas la possibilité de trouver l'alcaloïde sous une forme dilïérente. à l'état de sel, de tannate, de sulfate ou de toute autre combinaison insoluble dans le premier véhicule : c'est dans le but de l'isoler que nous avons procédé à son extraction en suivant deux méthodes diflérentes.

B. — Traitement à la chaux.— \]ae nouvelle quantité de matière égale à celle déjà mise en œuvre la première fois, soit 50 grammes, a été traitée par la chaux fraîchement délitée. Le magma calcaire évaporé à siccité a été épuisé par l'alcool dans l'appareil à extraction continue. La solution alcoolique provenant de ce traitement a été distillée, puis évaporée sur des verres de montre. Les divers résidus n'ont pas révélé trace de cristaux à l'examen microscopique ni de coloration particulière après l'emploi de chlore et d'ammoniaque ; donc, môme résultat négatif que ci-dessus, c'est-à-dire absence complète de caféine.

Traitement à l'acide mlfarique. — Nous avons traité 50 grammes de poudre par une eau légèrement acidifiée à l'acide sulfurique. Après trois heures de macération au baiumarie, nous avons décanté les liqueurs et repris les résidus une seconde fois dans les mômes conditions. Les liquides mélangés, convenablement réduits, ont été additionnés de chaux hydratée en excès, le magna calcaire a été desséché à l'ôtuve et épuise ensuite par l'alcool bouillant.

La solution alcoolique, préalablement distillée, puis concentrée dans une capsule, a laissé un résidu jaune dans lequel on n'a pu constater, comme ci-dessus, ni cristaux aiguillés, ni coloration

rouge violacée en évaporauL d'abord avec du chlore ou du brome el, traitant le produit de la réaction par de l'ammoniaque.

Les résultats fournis par nos trois opérations successives nous autorisent donc à conclure à l'absence de la caféine libre ou combinée dans la graine cVHeritiera littoralis.

3. Quoique nos suppositions relatives à la présence de cette base dans cette graine, et par conséquent à l'analogie au point de vue chimique des deux graines (Kola et Heritiera) ne se fussent pas vérifiées, nous nous sommes néanmoins donné comme tâche de rechercher la nature des principes immédiats contenus dans le nouveau produit. Cette analyse a été effectuée d'après la méthode généralement suivie.

Nous ne nous arrêterons pas à la description de la forme et de la grandeur de la graine dont il a été question plus haut ; nous ajouterons seulement, comme complément, que 10 noix prises au hasard pèsent 282 gr., soit 28 gr. 2 en moyenne.

En pesant isolément le fruit et l'embryon mondé, nous avons obtenu des nombres variant du simple au double comme on peut le voir ci-dessous.

Noix entière.

Fruil. Cotylédons. (fniil et j;ralne réiiiiis)

12 gr. » 10 gr. )) 22 gr. »

14 oO 30 30 4o »

Il faut défalquer du poids des cotylédons celui d'une enveloppe brun clair très lâche qui se déchire souvent quand on ouvre la noix et dont l'épaisseur varie de 0"^'», 1 à 0™™, o. Cette enveloppe (tégument), ne pèse pas au delà de 0 gr. 30 à 1 gr. 20. On peut également détacher de la gousse, quoique avec assez de difficulté, sa couche interne endocarpique, d'une épaisseur de 0'n",8 à lmm^2 et dont le poids varie entre 2 gr. 20 et 3 gr. 60.

GRAINES MONDÉES

A. — 3 grammes de cotylédons mondés coupés en tranches fines sont desséchés à l'étuve à 103o.

Ils perdent 0,345 de leur poids.

Après incinération, ils laissent 0 gr. 088 de cendres dont la perle de poids constitue le poids des matières organiques.

ÉDOUAnn HECKEL

Les premières données nécessaires à l'analyse sont donc les suivantes:

Eau hygrométrique 0.34!3 soit 11.500

Total des matières organiques . . . 2.567 89.567 Cendres 0.088 2.933

B. TrailemenI à l'rlltcr de pétrole. — Nous employons 100 grammes de poudre de cotylédons préalablement séchés à l'étuve à 105o et nous les épuisons par de l'éther de pétrole dans un appareil à déplacement continu à chaud. L'opération nous tournit un liquide jaune pâle qui, après évaporation et concentration, se présente sous l'orme d'une huile dont le rendement est de 6,95 0/0.

Cette huile ne se colore pas au contact de l'acide chlorhydrique et change à peine après addition d'acide azotique. L'acidesulfurique le colore en jaune et même brun foncé. L'addition d'une trace de chlorure ferrique lait apparaître une coloration violette que le chloroforme reud plus évidente.

Ces réactions de couleur appartiennent à la cholestérine et permettent delà caractériser dans un mélange. Mais pour démontrer sa présence avec certitude, il nous manque, dans le cas particulier, ses caractères cristallographiques que nous n'avons pu mettre en relief à cause de la trop faible portion de matière que nous avions à notre disposition.

L'huile se dissout eu partie dans l'alcool ; sa partie soluble évaporée au bain-marie, puis incinérée avec du nitre, fournit un résidu qui présente les caractères des phosphates. Un dosage elleclué avec la solution titrée d'urane, nous a permis d'y constater 0 gr. 1143 0/0 d'acide phosphorique anhydre. Nous rapportons l'origine de cet acide à la lécithine, c'est-à-dire au seul composé phosphoré actuellement connu qui jouisse de la propriété d'être soluble dans l'alcool, les corps gras et l'éther de pétrole.

Comme dernière réaction de l'huile, nous dirons encore qu'en la faisant bouillir avec de l'eau et filtrant on n'obtient pas. dans le résidu du liquide évaporé, la moindre trace de cristaux aiguillés, résultat qu'il était du reste facile de prévoir d'après nos essais préliminaires et qui concorde avec ceux que nous avons cités plus haul relativement à l'absence de caféine.

C. Traitement au chloroforme. — Quand l'extraction à l'étlier de pétrole a été faite dans de boones conditions, c'est-à-dij-e quand l'opération a été prolongée suinsanimeot longtemps, le chloroforme n'enlève plus rien à la matière ; mais dans le cas contraire on obtient encore une certaine quantité d'huile qui

jouit des propriétés que nous venons de mentionner. •

D. Traitement â l'alcool. — En opérant l'épuisement au moyen de l'alcool bouillant, ou obtient un liquide rouge et une masse poisseuse de même couleur. L'appareil étant refroidi ou peut décanter le liquide sans entraîner le dépôt. Ce dernier se dissout en totalité dans l'eau.

L'évaporation des divers liquides alcooliques et aqueux fournit un extrait rouge-brun foncé, très astringent, précipitant abondamment les sels de fer, réduisant la liqueur Bareswill et incomplètement soluble dans l'eau. Les flocons bruns qui se forment à la surface aussitôt qu'on traite cet extrait par l'eau, ne coustituent, sans aucuu doute, pas autre chose qu'un produit d'oxydation du tannin. Ils présentent les mêmes propriétés que celles que nous avons déjà signalées à propos du rouge de Kola ou d'un autre produit mieux connu, du rouge cinchonique. La substance desséchée prend un aspect brillant ; elle se dissout dans un certain nombre de véhicules, entre autres dans la potasse caustique, et se précipite de ses dissolutions après addition d'un acide.

Lorsqu'après avoir jeté sur liltre le dépôt floconneux provenant d'une première opération, on vieut à concentrer uue seconde fois le liquide qui passe et qu'on évapore à siccité, il arrive que le résidu ne se dissout plus eu totalité et fournit après traitement par l'eau froide, un précipité floconneux de même couleur, presque aussi abondant que celui de la première opération. Ces dépôts se reforment même au bout de cinq ou six traitements successifs. Il importe donc, pour le dosage de ce composé insoluble, auquel Dragendorlï donne le nom de phlobaphène, de jeter constamment sur filtre les dépôts qui se produisent après chaque évaporation ; à un moment donné, l'eau froide ne provoquant plus de précipité floconneux, on peut considérer l'opération comme terminée. Le liquide.

KDOIJAHI) lIlîCKIiL

forteinecl coloré, présente alors une saveur franchement sucrée et devient visqueux au bout de quelque temps. Après l'avoir évaporé à siccité, on reconnaît dans le résidu des cristaux cubiques qui ne sont autre chose que du chlorure de sodium.

E. TmiUmenl à l'acide sulfariqtic dilué. — La poudre épuisée par les dissolvants a servi ensuite au dosage des matières amylacées et albuminoïdes.

Une partie, chauiïée avec l'acide sulfurique dilué, fournit de la glucose aux dépens des matières amylacée et cellulosique.

Une autre, calcinée avec de la chaux sodée, dégage de l'ammoniaque que l'on reçoit dans un appareil à boules dans de l'acide sulfurique titré et qui sert à calculer la quantité d'azote et partant, la proportion de matières albuminoïdes.

Enfin, avec le poids des éléments précédents et la totalité des matières organiques, on obtient par différence celui du ligneux.

F. Composition de- la graine. — Les nombres trouvés par l'analyse immédiate, rapportés à la somme des matières organiques contenues dans 100 grammes de substance, c'est-à-dire 83,567, servent ensuite à calculer la composition en centièmes. Ces calculs nous conduisent de la sorte aux résultats suivants :

Huile 4.3(36

Tannin et matièrescolorautes 4.983

Sucre 5.738

Chlorure sodique 0.288

Cellulose et amidon. ... 55.987

Matières albuminoïdes . . . 13.537

Ligneux 12.367

Sels fixes 2.645

Perte 0.089

Total 100.000

Les cendres sont presque entièrement blanches; elles renferment néanmoins un peu de fer et de manganèse. On n'y trouve pas trace de chlorures, mais presque uniquement des phosphates et sulfates de chaux, de potasse et de soude. Le spectroscope n'y révèle pas de lithine.

LUS KOLAS AFIIIGAINS

En rapprochant la compositiou de cette graine de celle de la noix de Kola, on voit donc qn'il n'existe aucune analogie entre elles; ici, tout d'abord, pas de trace de caléine, c'est le premier et principal caractère.

Dans Heritiera iitloralis, nous trouvons à peu près 5 % d'un tannin analogue au point de vue de sa solubilité dans l'eau et dans les divers véhicules, à celui de la noix de Kola ; mais dans cette dernière graine le tannin n'est contenu que pour la moitié de cette quantité environ.

La proportion de corps gras y est presque dix fois plus considérable ; celle des matières albuminoïdes et du sucre, envirou le double. Enfin, en faisant la somme des matières cellulosiques, amylacée et ligneuse, ou obtient à peu près le même résultat dans les deux cas.

En résumé, il existe une différence complète entre les deux graines au point de vue de leur composition chimique, et la substitution de la graine d' Heritiera à celle du Cola acuminata ne saurait être tolérée, elle constitue une fraude fort reprébensible, quoique non dangereuse. Si j'ai longuement insisté ici sur ce cas de substitution, c'est que tout semble faire prévoir que la graine à'Heritiera liltoralis jouera, vis-à-vis du Kola blanc frais, qui arrive maintenant en France assez couramment, le rôle que joue le Pentadesma butyracea comme élément de substitution au Kola sec des Rivières du Sud. Il importe donc, dans cette prévision, de pouvoir, par tous les moyens possibles, reconnaître cette fraude, d'autant que le Kola blanc a une valeur supérieure à celle du rouge, nous la trouverons dans l'étude chimique.

— En dehors des trois graines principales dont je viens de m'occuper longuement en raison de leur prédominance com me substances de substitution au vrai Kola, on peut trouver encore accidentellement mêlées aux graines sècbes, les graines ou fruits suivants :

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