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L'ÉLIMINATION DES MATIÈRES AZOTÉES SUBIT UNE DIMINUTION

)) CONSIDÉRABLE, qui sc fait graduellement pour la Kola, brusque- )) ment pour la caféine; puis elle se maintient au même taux. Il y )) a, en réalité, diminution dans l'usure.

)) 70 Cette action d'épargne porte aussi sur l'élément nerveux ; » car l'élimination des phosphates est très ralentie. Le ralentisse- )) ment est plus prononcé pour les phosphates terreux avec la Kola )) et pour les phosphates alcalins avec la caféine.

)) 8° La chaux et la magnésie subissent une diminution très )) prononcée.

)) En résumé, il ressort de ces expériences une action d'éparçjne )) très prononcée pour ces substances. La caféine et la Kola peuvent )) supprimer la fatigue musculaire et la faim à un degré à peu près » égal. ))

Ces conclusions, dans ce qu'elles ont d'acceptable, c est-à-dire d'exact, viennent corroborer, comme on le voit, la théorie de Dujardin-Beaumetz touchant l'action d'épargne de la caféine et du Kola, elles combattent en outre ouvertement la théorie de G. Sée et Parisot, en démontrant que l'usure organique est ralentie non seulement pour ce qui touche à la formation de l'urée, mais même pour ce qui concerne celle des phosphates; les déchets y sont bien étudiés. C'est tout ce qu'il est permis de retenir dans ce travail.

Durant la même année 1891, une étude due à M. Kotlar fut présentée comme thèse inaugurale à l'Université de St-Pétersbourg sous ce titre : L'action physiologique de la noix de Kola. Elle vint confirmer une fois de plus, par des recherches analytiques sérieuses, la théorie deDuiardin-Beaumetz,Monnet,Rodier,concernant l'action

antidéperditive de la caféine (pour ne parler que des auteurs les

LKS KOLAS AFRICAINS

plus récents qui ont étudié ce produit à propos du Kola) et protester, par suite, contre celle de Germain Sée et Parisot.

Elle établit en outre (point important et absolument contraire aux conclusions de M. G. Sée), que la respiration ne subit aucun changement et que la quantité de carbone consommée n'est pas augmentée.

Voici de ce travail, l'analyse sommaire mais sulFisante que j'ai tirée du Bulletin général de thérapeutique :

« Dans une série d'expériences faites à la clinique du professeur » Manassein, de Pietroburg, M. Kotlar a étudié l'action physiolo- » gique de la noix de Kola en prenant comme sujets dix-sept jeunes » gens en bonne santé soumis à l'examen pendant deux périodes » consécutives de cinq jours. Les uns prenaient la Kola en se repo- » sant pendant la première période, les autres étaient soumis à un » travail pénible, et prenaient ensuite la Kola. La quantité quoti- » dienne était de 4 grammes.

» Des analyses soigneuses de la nourriture et des excrétions, il » résulte que dans l'état de repos comme pendant le travail, la Kola » augmente l'assimilation du phosphore et du soufre. Celle du » chlore croît pendant le repos et ne se modifie pas pendant le » travail. La métamorphose du chlore est diminuée par la Kola » pendant le repos et le travail, mais surtout pendant le travail. Il » en est de même du soufre. En résumé, la décomposition des com- » posés azotés est diminuée dans le repos comme dans le travail » (Wratch).

» Loginofï, qui a fait ses expériences à la même clinique, a vu » que, sous l'influence de la Kola, l'assimilation des protéïdes décroît » de 0,60 à 3,40 pour 400 pendant le repos, et de 0,30 à 4 pour 400 » pendant le travail. La métamorphose des composés azotés diminue de » 4,9 à 49 0,47 pour 400 pendant le repos et le travail. En d'autres » termes, le Kola constituerait un aliment d'épargne ou nerveux et ses » effets sont plus mairjués pendant le repos.

» Le Kola augmente la sensation du bien-être et prévient la » fatigue, la langueur qui suivent l'exercice.

» D'après Davydoff, l'assimilation des corps gras diminue pen- » dant le repos et l'exercice. Cette diminution est de 0,137 pendant » le repos et de 0,394 pour 100 pendant le travail. L'assimilation de » l'eau reste la même. Le métabolisme de l'eau, c'est-à-dire le

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» rapport, en ceutièine, de l'eau de l'urine à l'eau assimilée, plus la » relation pour 100 des pertes aqueuses cutanées et pulmonaires, » est sujet à des oscillations. Mais, en résumé, il décroît surtout » pendant l'exercice. L'appétit diminue. L'état subjectif est consi- » dérablemcut amélioré. Étant donnée une certaine quantité de )) travail musculaire, le môme sujet, prenant delà Kola, travaille » plus facilement et sefatigne moins que lorsqu'il ne prend pas de » Kola. Pas de changemenls dans la respiration; le pouls est moins » rapide, plus plein (augmentation de la tension artérielle).

» La Kola doit être un médicament très efficace dans certaines » allectious cardiaques (Thèses de Saint-Pétersbourg). »

Cet important travail porte, dans toutes les conclusions que nous avons soulignées, un nouveau coup à la théorie de G. Sée et Parisot en démontrant que le Kola constilue un aliment d'épargne et diminue l'usure des organismes.

Nous ne passerons pas sous silence, malgré son caractère un peu spécial, le travail de MM. Monavon et Perroud paru le 15 novembre 1891 dans le Lyon Médical et consacré à l'étude comparée de l'action de la poudre de Kola, de la caféine, du rouge de Kola et de l'extrait de Kola sur la nutrition. Ces auteurs, agissant en dehors des méthodes graphiques rigoureuses usitées actuellement en physiologie, concluent à la supériorité du rouye de Kola. C'était une première confirmation de nos expériences personnelles et on peut considérer cette étude comparée, dans laquelle le rouge de Kola est mis en cause pour la p-emière fois après nos propres investigations, comme l'annonce de recherches plus rigoureuses, animées du même esprit de comparaison. Celles-ci allaient entrer sur la scène physiologique, y dominer désormais et conduire enfin, grâce aux progrès parallèles des connaissances chimiques touchant le Rouge de Kola, à une explication rationnelle de l'action du Kola sur les diverses fonctions organiques.

Nous arrivons, en effet, avec 1892, à la thèse de M. le l)^ Marie intitulée « Étude expérimentale et comparée de l'action du rouge de Kola de la caféine et de la poudre de Kola sur la contraction musculaire » Ce travail, développement de celui du professeur Dubois dont j'ai déjà parlé, mérite de fixer toute notre attention en raison môme de la rigueur et de la méthode qui ont présidé aux patientes recherches qu'il met au jour.

L'auteur avait à atteindre un but physiologique très limité mais très important : 1° contrôler par des expériences rigoureuses, répétées et méthodiques, la valeur physiologique déjà reconnue par M. Dubois au rouge de Kola, considéré sans aucune raison comme hypothétique par M. G. Sée ; 2" rechercher la valeur comparée de la caféine, du rouge de Kola et du Kola en nature sur la contractilité musculaire. On voudra bien remarquer qu'en dehors de M. Rodet qui attribue à la caféine (voir p. 232) « une » supériorité marquée sur le Kola en ce qui touche à la fatigue » musculaire », aucune indication physiologique n'avait jusque là porté sur l'élément musculaire directement mis en cause (1). Et cependant, l'emploi du Kola en tant qu'agent suspenseur de la fatigue, se généralisant au détriment de la caféine, de plus en plus parmi les marcheurs, les cyclistes, les alpinistes et tous les amateurs des divers sports aujourd'hui en honneur, il devenait indispensable de jeter sur cette question capitale le jour de l'expérimentation la plus rigoureuse.

Voici comment M. Marie y est parvenu, en ne mettant en cause que l'homme lui-môme et dans des conditions absolument physiologiques : je lui laisse la parole.

» Il y a peu de temps encore les expériences exactes sur la » fatigue musculaire n'étaient faites que sur^ des muscles de gre- » nouille détachés du corps (Ed. Weber, Helmholtz). Aux travaux » de Marey, de Ludwig et Atex, de Schmidt, de Kronecker, de » E. Tiegel, de Rossbach, de Richet, on commença à expérimenter » sur les muscles mis dans des conditions plus favorables en con- » servant la circulation naturelle ou en faisant circuler artificiel- » lement dans les tissus en expérience un liquide analogue au » sang. Tout récemment enfin M. A. Mosso, professeur de physio- » logie à l'Université de Turin, cherchant à inscrire directement le

(1)11 [aul aussi faire e.vception pour le travail de M. G. Sée, en collaboration avec M. l'arisot (Bulletin de l'Acacl. de Médecine. — Séance du H mars 1892, • p. 315 et :}1(3),0H ces auteurs établissent, par des expériences multiples sur diverses catégories d'animaux, que la caféine facilite le travail musculaire en augmentant l'activité du système nerveux rnoteur tant médullaire que central, et que la conséquence de cette action double est de diminuer le sentiment de l'eiïort et d'écarter la fatigue qui est un phénomène nerveux au premier chef. Pour ces auteurs, la caféine empêche l'essouniement et les palpitations consécutives à l'eiïort, parce qu'elle met un homme non entraîné dans les conditions d'un homme entraîné.

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» travail mécanique des muscles de l'homme, d'une façon plus » exacte qu'avec tous les dynamographes employés depuis Marey » jusqu'à Morselli, imagina un appareil nouveau auquel il donna » le nom d'ERCOGRAPUE.

» Cet appareil encore peu connu est celui qui nous a servi pour » toutes nos expériences et il nous semble nécessaire, pour la com- » préhension de nos résultats, d'en donner ici une rapide des- » criplion. Les deux conditions indispensables pour obtenir des » tracés tout à fait exacts, conditions qui, nous allons le voir, sont » réalisées dans l'ergographe, étaient : 1" l'isolement complet du » travail d'un muscle et 2o la fixation d'une de ses extrémités » pendant que l'autre inscrit les contractions. C'est seulement avec » les fléchisseurs des doigts de la main que Mosso est arrivé à

» atteindre ce but.

» L'ergographe se compose essentiellement de deux parties, » l'une qui tient la main ferme, immobilisant de la sorte une des ,) extrémités musculaires, l'autre inscrivant sur un cylindre tour- » nant, les contractions transmises par l'extrémité libre. L'appui » frxateur est constitué par une plate-forme supportant deux coussi- )) nets, dont l'un creusé d'une gouttière sert d'appui à l'avant-bras, » tandis que l'autre repose sur le dos de la main. D'autre part, ), quatre coussinets mobiles placés sur les parties latérales sont ), destinés à immobiliser le poignet et l'avant-bras et à empêcher ), ainsi tout mouvement. Dans sa partie antérieure, la main est ,) fixée au moyen de tubes de cuivre dans lesquels on introduit ,) l'annulaire et l'index qui rencontrent au fond de chaque tube )) une plaque mobile se fixant à volonté et servant de point d'appui )> aux extrémités digitales. Dans l'espace qui reste libre entre les » deux tubes se meut le médius autour duquel on place un anneau » de cuir fixé à l'extrémité d'une petite corde qui fait mouvoir ,) l'appareil enregistreur. Pour donner une position commode au » bras qui travaille, on le place non pas en supination, mais en • ,> légère pronation, ce qui est obtenu facilement en inclinant la » plate-forme de 30" environ vers le côté interne.

» La seconde partie de l'appareil est le curseur enregistreur : il ), se compose d'une plate-forme de fer portant deux colonnettes de cuivre bifurquées à leur partie supérieure et portant chacune ), deux tringles cylindriques d'acier distantes de 4 centim. 1 une de

» l'autre, de manière qu'elles constituent les guides du curseur » métallique dont nous allons donner la description. Celui-ci est » formé d'une plaque métallique quadrangulaire qui glisse au » moyen de deux ouvertures cylindriques placées de chaque côté » sur les deux barres d'acier susdites. La base supporte une petite » potence à laquelle on adapte au moyen d'une vis à pression une » baleine terminée par une plume d'oie qui écrit sur le papier » noirci. Le curseur que nous venons de décrire présente en outre » deux crochets, l'un à son extrémité postérieure auquel est attachée » la corde qui va se fixer à l'anneau de cuir destiné au médius, » l'autre à l'extrémité antérieure auquel est attachée une seconde » corde qui, après réflexion sur une petite poulie métallique, va » supporter des poids de 1, 2, 3 kilog. et môme plus suivant les cas. » En regard de la plume d'oie, se meut, au moyen d'un mécanisme » d'horlogerie, un cylindre sur lequel vont s'inscrire les contrac- » tions. Ces contractions du médius s'exécutent suivant le rythme » désiré au moyen d'un métronome à tambour, d'un pendule inter- » rupteur de Bal tzar ou môme simplement d'une montre à secondes. » Ce qui importe en premier lieu, pour obtenir des tracés utiles » entre les différents points desquels on puisse établir une compa- » raison exacte, c'est de dépenser à chaque contraction la force » tout entière dont on est capable et de maintenir constant l'effort » de la volonté jusqu'à épuisement complet.

» Les expériences faites avec l'ergographe de Mosso donnent des » courbes dont nous nous occuperons plus loin, et qui de forme à » peu près constante chez un môme individu, dans des conditions » identiques, présentent des différences très notables si on les » examine chez deux sujets, cependant du même âge, du même » tempérament et ayant le même genre de vie. Chaque personne a » une courbe de la fatigue qui lui est propre, de telle sorte qu'ainsi » que nous l'avons constaté sur quelques-uns de nos amis, il est » facile de les distinguer à première vue les unes des autres.

» Comment fonctionne l'ergographe dans les mouvements alter- » natifs de flexion et d'extension imprimés au médius durant les » expériences? On est tenté de croire que l'anneau de cuir fixé au » niveau de l'articulation de la phalangine avec la phalangette » décrit un are de cercle ou à peu près : évidemment si la première » et la seconde articulations des phalanges étaient rigides, si le

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» doigt loumaiL iiniqueineut autour de l'articulation métacarpo- » phalanfi,ieuue, il en serait ainsi, mais comme les deux autres » articulations plialaugiennes se plient à chaque mouvement du » doigt, le point de traction ne décrit pas un arc de cercle, mais » une courbe particulière dans laquelle on peut distinguer deux » parties.

)) La première, qui est la partie de la trajectoire la moins lavo- » rable au travail utile, est éliminée en tenant, ainsi que nous » l'avons (ait pour nos recherches, le médius légèrement ployé dès » le commencement de l'expérience. La direction suivie alors par » l'anneau de cuir qui soutient les poids présente une incurvation » si peu marquée qu'on peut la considérer comme une ligne droite. » Nous croyons maintenant avoir exposé d'une façon suffisamment » nette la constitution de l'ergographe et nous pouvons aborder » l'étude des expériences que nous avons laites avec cet appareil. )) U nous faut, tout d'abord, donner une idée générale des conditions » dans lesquelles ont été laites ces recherches et quel plan nous » avons suivi pour arriver aux résultats que nous donnons plus » loin. Nous n'avons en vue dans ce travail, que l'élude de la con- » traction volontaire, fait important à signaler puisque, ainsi qu'il ), ressort du mémoire du D'' Arnaldo Mazziora, il existe une difié- » rence très notable entre la contraction des muscles excités par » la volonté et la contraction obtenue à l'aide de l'excitation élec- ' )) trique directe et indirecte. En excitant le nerf, on obtient tou- » jours une quantité de travail mécanique supérieure à celle qui ,) s'obtient au moyen de la volonté. Avec la volonté nous pouvons » faire des efforts plus grands et soulever des poids très lourds, » mais l'aptitude au travail s'épuise vite et l'excitation nerveuse )) devient inefficace, tandis que l'excitation artificielle des nerfs » conserve plus longtemps les muscles eu action.

» Cette différence dépend de ce que la fatigue des centres ner- ), veux manque, dans le cas d'excitation électrique. Dans les mou- ), vemeuts volontaires, celle-ci vient nous rendre incapables de » travail avant que le muscle soit épuisé.

» Ici nous devons nous mettre en garde contre une objection >, qui se présente d'elle-même à l'esprit : comment, dira-t-on, « obtenir des contractions similaires et des tracés comparables, » s'ils sont soumis à l'action de la volonté? Évidemment, c'est là

LES KOLAS AFIUCAINS

» un point assez délicat de la question ; cependant, avec une cer- » taine habitude du manuel opératoire, on arrive facilement à » dépenser le plus de force possible pour chaque contraction. C'est » pour acquérir cette régularité de travail que nous avons pris, » avant de commencer nos recherches, un assez grand nombre de » tracés qui nous ont fait en quelque sorte une éducation, et que » nous n'avons pas compris dans notre statistique.

» Toutes nos expériences ont été faites sur le médius de la main » gauche, afin d'obtenir des tracés plus courts, et par suite plus » faciles à étudier. La main et l'avant-bras étaient préalablement » fixés ainsi qu'il a été dit plus haut, l'avant-bras en légère prona- » tion. Nous avons cherché tout d'abord quel était le poids nécessaire » pour que nous produisions une élévation maxima avec un effort » maximum ; car lorsqu'on travaille avec un poids qui n'est pas » très considérable, on sait qu'au début, on atteint le maximum de )) flexion sans que les muscles aient fait tout l'elïort dont ils sont » capables. C'est ce que, pour notre part, nous avons observé » avec les poids de un et deux kilogrammes soulevés chaque » seconde.

» Nous avons donc choisi un poids de trois kilogrammes soulevé » toutes les secondes. Le rythme nous était donné par un métronome » à tamboui". et nous exécutions une contraction par seconde, et » cela jusqu'à épuisement complet, jusqu'à impossibilité, malgré » tous nos efforts, de soulever lo poids. Nous nous sommes placés, » pour chaque expérience, dans des conditions identiques; afin » d'obtenir la quantité maxima de travail mécanique et d'éviter » les variations plus ou moins grandes que ne manquent pas » d'imprimer au système musculaire les fatigues et les travaux si » différents de chaque jour, nous avons eu soin de prendre » nos tracés peu de temps après le réveil, entre huit heures trente » et neuf heures du matin, alors que l'épuisement de la veille avait » complètement disparu sous l'influence réparatrice d'un sommeil » de sept heures environ. Car, contrairement à ce qu'on avait pré- » tendu d'abord, la veille en produisant un épuisement général de » l'organisme, dû tout aussi bien au travail intellectuel qu'au travail » matériel, a pour effet d'accélérer grandement la manifestation de » la fatigue dans nos muscles; ceux-ci sont bien encore capables » de donner une première contraction normale ou peu modifiée,

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» mais ils se fatiguent rapidement et donnent alors une très petite » quantité de travail mécanique.

» Nous avons donc pris cliaque matin un ou plusieurs tracés des » contractions des muscles fléchisseurs du médius gauche. Un inter- » valle de 10 à 15 minutes était laissé entre chaque expérience afin » de laisser reposer le muscle en travail. Voyons maintenant quelle » marche générale nous avons suivie, puis nous exposerons eu » détail les résultats que nous avons obtenus. Après avoir pris » quelques tracés normaux nous donnant la forme et la direction » moyenne de notre courbe de fatigue, nous avons comparé l'action » de la caféine et de la poudre de Kola sur cette courbe, pour » étudier ensuite séparément les modifications produites par le » rouge de Kola.

» Nous avons donc à envisager successivement :

» 4° La courbe normale.

» 2° La courbe après ingestion de caféine.

» 3" La courbe après ingestion de poudre de Kola.

» 4° La courbe après ingestion de rouge de Kola.

» Il est évident, et c'est là une objection qui se présente d'elle- » môme, qu'en suivant l'ordre ci-dessus indiqué on ne le place pas » dans des conditions irréprochables d'exactitude, les muscles qui » travaillent chaque matin, acquérant en quelques jours une force » plus grande par suite de l'entraînement duquel ils sont soumis. » Aussi afin de ne pas donner prise à cette critique, nous avons eu » soin de prendre de temps à autre des tracés normaux pouvant » être comparés, d'une façon absolue, aux tracés inscrits après » ingestion des substances dont nous venons de parler.

1" Tracé normal,

» Nous avons pris, ainsi que nous venons de le dire, un certain )) nombre de tracés normaux. Après quelques essais qui n'avaient » pour but que de nous familiariser avec l'appareil, nous avons » calculé la moyenne de la hauteur de soulèvement et du travail » mécanique, mesuré en kilogrammes sur dix de ces tracés. Nous » avons trouvé comme hauteur moyenne 1 mètre 157 et en multi- » pliant ce chiffre par trois kilos représentant le poids enlevé à

» chaque contraclioD, dous obtenons Kilogrm. 3,471 comme travail » mécanique. Mais ce n'est pas là le seul poiut de la question qui » doive nous intéresser, il nous faut encore considérer l'aspect de » la courbe, sa forme générale et les particularités qu'elle présente. i> Comme l'a très bien expliqué M. le professeur A. Mosso, chaque » personne a une courbe de fatigue qui lui est propre, de telle sorte » que les tracés de plusieurs personnes se reconnaissent aisément

Fig. 43. — Tracés normaux (D"^ Mario).

» les uns des autres. Ceci, bien entendu, ne doit pas être pris

» dans un sens trop absolu, car il est fréquent d'observer des difïé-

» rences assez marquées, surtout si l'on considère des tracés pris à

» un certain intervalle, ainsi qu'il nous est arrivé de le faire.

» Néanmoins, M. le Professeur R. Dubois, examinant nos tracés

» normaux fut de suite frappé de l'aspect qu'ils présentaient en

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» général : la première moitié de la courbe présente, lorsqu'on » examine la ligne réunissant les sommets, une forme manifeste- » ment concave, à concavité tournée en haut. Puis, la descente qui » débutait assez brusquement, devient moins rapide, formant dans » certain cas une sorte de plateau qui contribue à donner à l'en- » semble la forme d'un S très allongé. Nous avons expérimenté sur » deux de nos amis, pour nous rendre compte par uous-môme des » variations signalées plus haut et nous avons eu la confirmation » manifeste de ce qui a été signalé.

» Chez l'un d'eux, les contractions du début sont beaucoup » moins élevées que les nôtres; elles n'atteignent jamais plus de » 0«»U36, tandis que nos premières contractions dépassent toujours » 0n»04. Mais chez lui la ligne des sommets descend lentement, ne » présente pas la forme concave que nous trouvons dans nos tracés » et est d'un bouta l'autre, à peu près droite.

» Chez le second, au contraire, l'aspect est entièrement différent » et nous pourrions dire que notre courbe représente la moyenne » des trois. Ici, en effet, les premières contractions sont très élevées » (0,054 à 0,56), mais rapidement, après une durée de iO secondes » environ, la ligne tombe brusquement pour décroître ensuite gra- » duellement. Nous avons répété plusieurs fois l'expérience et à » chaque fois, la direction générale a été à peu près celle que nous » venons d'indiquer. Il est inutile d'insister plus longuement » sur le tracé normal qui nous est maintenant connu; nous » allons avoir à étudier maintenant les variations que lui fait subir » tout d'abord l'ingeslion d'une certaine quantité de caféine.

2" Tracé après ingestion de caféine

» La caféine ayant été donnée par M. G. Sée comme le seul » principe de la poudre de Kola capable d'exerccT sur la fatigue „ musculaire une action modératrice, nous avons voulu, avant ), d'étudier l'action de la poudre de Kola sur les tracés, nous rendre » compte des effets produits par la caféine. Pour ce faire, nous « avons toujours suivi la même méthode : la caféine étant contenue » dans le Kola dans les proportions de 2,23 «/o, nous en avons pris » 0 gr 117 milligrammes avant chaque expérience. Cette dose

» était généralemeut absorbée dans du café à sept heures du malin;

» un ou deux tracés étaient inscrits à huit heures trente. Nos

» recherches ont porté particulièrement sur dix de ces tracés, et

» voici les chilïres moyens que nous avons obtenus : hauteur de

» soulèvement = 1,203, donc travail mécanique = Kgm. 3,916.

Fii,'. — Tracés avec caféine (D-^ Marie).

» Si ou passe ensuite à l'examen général de la courbe, on peut » se rendre compte sur la plupart des tracés, ainsi que le fait avait » déjà été signalé par M. Dubois, qu'ils présentent une forme » presque caractéristique. Les contractions très élevées au début » du tracé, atteignant assez souvent 0,052, 0,054, s'afïaiblissent

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» très rapidemeot pour décroître ensuite peu à peu et donner lieu » à une série de contractions de très faible intensité. C'est là un fait » que nous avons remarqué dans la plupart de nos courbes inscrites » après ingestion de caféine, fait qui mérite d'être signalé, car tout » à l'heure nous verrous l'importance qu'il présente, lorsque nous » comparerons les différents tracés et que nous essaierons de les » interpréter. Nous avons fait de nouvelles recherches en absorbant » 0,0234 de caféine, quantité correspondant à 10 grammes de Kola » et nous avons obtenu les mêmes résultats.

» Voyons maintenant ce qui se passe lorqu'au lieu de caféine, on » emploie la poudre de Kola, et recherchons si cette dernière » substance nous donne des courbes analogues à celles que nous » venons de passer en revue.

3° Tracé après ingestion de poudre de Kola.

» Nos expériences avec la poudre de Kola ont été comme celles » avec la caféine au nombre de dix. Pour chacune d'elles nous » avons absorbé la quantité correspondant à 0 gr. 117 milligrammes » de caféine, soit 5 grammes de poudre de Kola. Cette dose était » généralement prise en deux fois, à 6 h. 30 et 7 heures du matin, » dans un demi verre d'eau. Nous n'avons jamais observé à la » suite de cette ingestion aucun phénomène particulier digne » d'attirer l'attention. Le nombre des respirations reste le même » et les pulsations artérielles gardent la même fréquence. Du côté » des voies digeslives, nous ne constatons non plus rien de spécial » à noter, l'appétit restant le même qu'auparavant et le besoin )) d'aliments se faisant toujours sentir aux heures habituelles. » Quelle forme présente le tracé? Quelle est la hauteur moyenne des » contractions et quelle dépense de forces représentent-elles, c'est » ce qui nous reste à étudier. La hauteur de soulèvement est de » 1^495; par suite le travail mécanique est égal à 4,485 kgm. » Quant' à la ligne des sommets, elle est ici extrêmement inté- » ressante à considérer, et présente un caractère bien net qui » permet de la reconnaître à première vue, c'est sa rectitude „ presque parfaite d'un bout à l'autre du tracé. Les premières ), contractions atteignent toujours une hauteur moyenne de 0-05,

» la descente est insensible, et, en aucun point de son étendue on » n'observe de plateau. Lorsque la main est retirée de l'ergographe.

Fig. 4o, — Tracés avec poudre de Kola (D^ Marie).

» la fatigue n'est pas plus grande que de coutume, et un nouveau » tracé peut être facilement obtenu après un repos de cinq minutes.

4^ Tracé après ingestion de rouge de Kola,

» Nous avons eu à rappeler, au début de ce travail, les discus- » sions nombreusés qu'a soulevées à l'Académie de Médecine la

lÎDOUARU HliCKliL

» ([uestioii de savoir si le rouge de Kola était pour quelque chose » dans l'action de la poudre de Kola sur le système musculaire. » Nous avons vu M. G. Sée soutenir avec acharnement l'inanité )) ahsolue de ce principe mal déterminé et faire jouer à la caféine » seule un rôle prépondérant. Cette divergence d'opinions nous a » poussé à étudier avec un soin tout particulier le rouge de Kola; » nous avons fait une vingtaine d'expériences dont quatorze sont » relatées ici, et nous avons étudié également sur nos amis l'action » de ce produit dont M. R. Dubois avait déjà, au mois de juillet 1891, » reconnu l'effîcacité indéniable. Ainsi que nous le disions plus » haut, nous avons employé, pour nos expériences, le rouge de Kola » impur ou la poudre de Kola privée de caféine et de théobromine » par l'action du chloroforme. Cette poudre ne conserve plus d'im- » portant, avec le ligneux, que le l'ouge de Kola et les principes » albuminoïdes. Ces deux derniers éléments chimiques seuls, sont » susceptibles d'exercer une action sur l'organisme : le premier » est celui que nous allons étudier tout à l'heure, le second est » nutritif. Mais aux doses que nous avons employées, l'action des » albuminoïdes sur la nutrition peut être regardée comme entlère- » ment négligeable, et il ne reste que le rouge de Kola pouvant » exercer une action quelconque sur l'économie.

» Alîn de pouvoir comparer les tracés obtenus aux tracés précé- » dents, nous avons calculé la dose de poudre contenant la quantité » correspondante de rouge de Kola, soit 4,875 qui renferment envi- » ron 0,06 de rouge pur. Ayant reçAi, il y a quelques jours, du rouge » de Kola pur, qu'a eu la bonté de nous préparer M. Schlagden- » haufïen, nous avons fait avec ce produit de nouvelles expériences » dont deux seulement sont relatées ici et qui, d'ailleurs, n'ont fait » que confirmer l'opinion que nous nous étions formée en nous » basant sur nos recherches antérieures.

» Comme après l'absorption de la poudre de Kola, nous n'avons ,) rien noté de particulier lorsque nous avons eu pris le rouge. ), L'examen des tracés et le calcul de la hauteur des différentes » contractions donne une hauteur moyenne de soulèvement égale )) à 1"465 et par suite un travail mécanique de 4,396 Kgm. La » direction générale de la courbe ne présente pas la rectitude que ), nous avons trouvée dans les tracés inscrits après ingestion de ), poudre de Kola. La ligne des sommets a, au contraire, ici de

» nombreux caractères d'analogie avec la courbe normale. Comme » cette dernière, elle présente la l'orme d'un S ; mais nous aurons à

Via. 40. — Tracés avec le rouge tic Kola (D' Marie).

» retenir tout à l'heure en faisant la comparaison, sur de nombreux » points qui l'en distinguent et permettent de lui assigner une » valeur toute diflérente.

Comparaison des différents tracés ci-dessus

» Nous avons maintenant passé en revue les différents tracés » que nous ont permis d'obtenir nos expériences. Nous avons

lÎDOUARD IJliCKKL

» indiqué quels étaieal les caraclères propres à cliacuu, nous avons » calculé leur valeur eu mesurant la hauteur du soulèvement et le » nombre de kilograinmètres indiquant le travail mécanique dépensé. » Il nous reste à grouper les données mécaniques que nous avons » obtenues, à les mettre eu regard les unes des autres afin de voir » quelles conclusions nous sommes autorisé à tirer de leur compa.- » raison.

» Nous allons tout d'abord étudier quelles diiïérences on observe » lorsqu'on se borne à comparer la hauteur moyenne de soulève- » ment et le travail mécanique moyen que nous avons calculés plus » haut. Voici les chiïïres que nous avons obtenus :

Hauteur moyenue de soulèvement Truvail mécanique moyen

» Tracé normal l'^lS? kilog. 3.471

» T. avec caféine 1-203 kilog. 3.916

» T. avec poudre de Kola 1«^495 kilog. 4.485

» T. avec rouge de Kola. . l'"465 kilog. 4.396

» Nous voyons dans ce tableau que si, au point de vue seul du » travail dépensé, nous comparons les résultats qui ont été fournis » par des mensurations attentives, notre attention est attirée de » suite par deux remarques intéressantes : 1" il y a peu de différence » entre le tracé normal et le tracé après ingestion de caféine; 2° le » tracé après ingestion de rouge de Kola atteint un chiffre se rappro- » chant beaucoup de celui qu'on obtient avec la poudre de Kola » naturelle contenant encore sa caféine et sa théobromine. Nous » avons toujours constaté ce fait, et si, dans quelques expériences » avec la caféine, nous avons parfois obtenu des moyennes infé- » rieures à celles des tracés normaux, 0,992 par exemple, jamais, » dans aucun cas, nous n'avons constaté semblable chose après » l'absorption de rouge de Kola. Ces faits semblent déjà plaider ,) beaucoup en faveur de la théorie de M. Heckel et, pour notre ,) part, nous sommes loin de considérer le rouge de Kola comme » un principe inactif, ou à peu près.

» Si maintenant nous rappelons les données que nous a fournies ), tout à l'heure l'étude de la ligne des sommets dans les différentes » courbes envisagées, voici ce qui nous frappe au premier abord.

,) La ligne des sommets, dans le tracé normal est, la plupart du » temps, concave, mais la courbure qu'elle nous présente est peu

» marquée et, à part quelques exceptions, la descente se fait In plus » souvent d'une façon régulière. Si nous considérons la direction

» quons que les premières contractions sont plus élevées que dans » le tracé normal, mais qu'aussi la plupart du temps, la chute est » plus rapide et le tracé souvent plus court que précédemment. » Nous obtenons de la sorte une ligne beaucoup plus concave que » la précédente, et dont la seconde moitié formant parfois un » plateau, est de courte durée.

» Après absorption de la poudre de Kola, l'aspect change du » tout au tout. Les premières contractions sont encore très élevées, » mais au lieu de cette chute brusque que nous constations tout à » l'heure, ici, au contraire, la descente est excessivement régulière; » elle se fait graduellement, sans secousses, en décrivant une ligne » dont la rectitude est presque parfaite.

» Que se passe-t-il dans les tracés inscrits après ingestion de » rouge de Kola? Ici, comme dans les deux cas précédents, les » contractions du début atteignent 0™048 à 0™03, puis, après 7, 8, » 10 secondes, la ligue descend peu à peu pour aboutir la plupart » du temps à une sorte de plateau suivi lui-même de contractions » lentement décroissantes qui lui donnent la forme d'un S.

» En nous résumant, nous obtenons le tableau suivant :

î Ligue légèrement concave.

» Tracé normal. . j

( Descente assez régulière.

» générale de la courbe après absorption de caféine, nous remar-

» Tracé avec féine. . . .

Contractions du début très élevées.

Ligne plus concave que la précéden te

» Tracé avec Kola

Contractions élevées.

Ligne à peu près droite.

Descente très régulière.

Contractions élevées.

Ligne des sommets en S, parfois

Tracés beaucoup plus longs qu'avec la caféine.

EDOUARD HECKEL

Conclusions. — 1» La poudre de Kola exerce sur la fatigue » musculaire une action modératrice évidente; elle agit à la fois » sur le nombre et l'intensité des contractions, et permet de » fournir un travail soutenu;

» 2" La caféine semble n'agir que sur la hauteur, et par consé- » quent sur la force des contractions. Elle l'accroît sensiblement, » mais son effet est de courte durée et le muscle s'épuise aussi » rapidement et souvent plus qu'à l'état normal ;

» 3" Comme la poudre de Kola, le rouge de Kola, même à doses » minimes, augmente, d'une façon très notable, l'intensité et la » durée des contractions musculaires. L'action de ces deux » substances présente de nombreux caractères d'analogie et les » différences qui les séparent ne sont que de légères différences de » degré;

» 4° L'action de la poudre de Kola est due, en majeure partie, » au rouge qu'elle renferme. Sans doute, la caféine augmente la » résistance à la fatigue, en tonifiant l'organisme, en régularisant » les fonctions circulatoire et respiratoire, mais le rouge de Kola » exerce seul sur la contraction musculaire une action propre qui » est incontestable. »

Ces conclusions, en raison de leur importance même, nous imposaient la recherche de leur explication. La première qui se présentait à l'esprit était de se demander si, dans \e rouge de /ifo/a (Kolanine deKnébel), la prépondérance de l'action neuro-musculaire ne provient pas de l'état naissant de la caféine. La question valait la peine d'être élucidée et nous avons institué l'expérience physiologique suivante en priant M. le professeur Dubois de vouloir bien la réaliser.

Il s'agissait de comparer les tracés fournis à l'ergographe de Mosso par 1" la caféine pure et cristallisée ; 2' la poudre de Kola et 3o la Kolanine de Knébel, données à doses rigoureusement égales au point de vue alcaloïdique et en tenant compte du dédoublement de la Kolanine dans l'organisme, en caféine et glucose, calcul que n'avait pu faire M. le docteur Marie, le rôle chimique de la Kolanme étant encore inconnu au moment où il instituait ses recherches comparatives. Voici notre calcul : la poudre de Ivola de Sierra- Leone contient 2,348 «/o de caféine libre (en négligeant les 0,02%

LKS KOLAS AFRICAINS

de théobromine): mais il faut y ajouter le poids de la caféine naissante provenant du dédoublement de la Kolanine, en tout 3 gr. 778. Combien faut-il donner de notre rouge de Kola (Kolanine) pour fournir 3 gr. 778 de caféine naissante. Une opération très simple de proportions donne 265 gr. de Kolanine : ce poids de ce glycoside donnerait dans l'organisme autant de caféine naissante que 100 gr. de poudre de Kola produirait de caféine libre et de caféine naissante totalisées. 11 faudra donc donner, pour conserver aux expériences leur caractère de comparaison rigoureuse, les doses suivantes des trois substances envisagées : I, . 3,778 de caféine cristallisée pure; II, 100 gr. de poudre de Kola; III, 263 gr. de rouge de Kola {Kolanine).

Nous avons fait donner, dans les mêmes rapports, aux sujets soumis aux expériences I. 0 gr. 020 de caféine pure; II. 0,50 de poudre de Kola; III. 1 gr. 32 Kolanine.

M. Dubois (de Lyon), nous a adressé les graphiques (Voir p. 230) de l'ergographe de Mosso : trois d'entre eux sont relatifs au tracé des trois substances mises en cause, le quatrième donne un tracé normal.

Si on rapproche ces tracés de ceux qui ont été obtenus par M. Marie, ou constate qu'ils ont bien des points de ressemblance.

Comparés entre eux, ils donnent les résultats suivants : l'action de la caféine cristallisée se fait nettement sentir sur le tracé normal, mais elle est de faible durée, l'amplitude des contractions y est très restreinte. Avec la poudre de Kola, la durée des contractions est plus longue et leur amplitude est à la fois large et soutenue, leur décroissance suit une progression très régulière; sous l'influence du rouge de Kola (Kolanine) môme durée des contractions, leur amplitude se conserve mieux qu'avec le Kola et leur décroissance se produit plus lentement, la conservation de l'énergie musculaire est plus longue. Ic], comme dans les expériences de M. Marie; tout le profit est évidemment pour la Kolanine (ou Rouge de Kola) dans laquelle toute la caféine mise en jeu est à l'état naissant. La différence qui existe entre le tracé dù au Kola et celui de la caféine cristallisée libre, est évidemment attribuable à ce même état naissant qui caractérise un tiers de la caféine intervenue dans l'administration du Kola.

Cette interprétation de l'influence de l'état naissant pour expli-

KDOUAHD HECKEL

quer les dllïéreuces d'intensité d'action de la caféine cristallisée, du Kola et de la Kolanine, est justifiée par les observations l)ien connues du docteur Lewin à propos de l'intoxication par l'hydrogène sulfure. Il est bon de les rappeler ici en peu de mots.

1° Quand on fait passer dans du sang un courant d'hydrogène sulfuré on obtient un liquide qui présente au spectroscope, lorsqu'il est convenablement dilué, une bande d'absorption située entre CetD.

2° Qu'on plonge un animal, lapin, chien, dans une atmosphère d'hydrogène sulfuré jusqu'à ce qu'il succombe, qu'on examine son sang au spectroscope et on sera tenté de prédire que le liquide sanguin présentera la môme bande située entre G. et D. Il n'en est rien et cependant l'animal a absorbé une quantité très forte d'hydro-

gène sulfuré.

3° Administrons à un autre animal, chien ou lapin, du sulfocarbonate de potasse ou du sulfoanlimoniate de soude (sels qui, tous deux sous l'iniluence des liquides de l'économie se décomposent eu donnant naissance à de l'hydrogène sulfuré) ; sacrifions l'animal au bout d'un certain temps et examinons son sang, nous retrouverons la bande entre G et D du spectroscope.

L'hydrogène sulfuré naissant s'est donc combiné avec l'hémoglobine et ce résultat est identique à celui que donne la matière colorante du sang quand on y fait passer un courant d'hydrogène sulfuré.

Get exemple, auquel beaucoup d'autres et notamment celui de l'oxygène, pourraient être ajoutés, prouve jusqu'à l'évidence que les corps à l'état naissant ont une action toute différente de celle des corps similaires nés et formés depuis longtemps. G'est une vérité aujourd'hui bien démontrée et l'action physiologique du Kola, caractérisée par cette abondante formation de caféine naissante sur laquelle nous avons longuement insisté, en est une nouvelle preuve. Eu réalité, cest par le dédoublement de la Kolanine que l'action physiologique du Kola (comme je l'avais pressenti et annoncé depuis longtemps en me basant sur des expériences très significatives) se distingue de celle de tous les caféiques a dose alcaloïde égale ; c'est cette substance qui constitue aussi toute la supériorité du Kola sur les autres caféiques dépourvus d'un gly-

LKS KOLAS AFHICAINS

coside capable de dooner de la caféine naissante par dédoublement.

Il résulte de ces faits que l" les conclusions physiologiques tirées par M. G. Sée de l'étude de la caféine libre et étendues par lui au Kola, si elles étaient fondées, ne seraient acceptables, ni pour les doses ni pour les faits eux-mêmes, que dans une mesure restreinte : elles ne le seraient à aucun degré par ce qui touche à la Kolanine.

2° Ce glycoside, quand on pourra aisément et sans trop de frais le préparer en quantité suffisante, devra être étudié à fond dans ses applications cliniques et sera vraisemblablement, dans l'avenir, le seul produit utilisable du Kola (1), la caféine libre qu'il renferme

(1) Voici au sujet de la recherche de ce glycoside quelques observations récentes de M. SchlagdenbaufTen :

Recherche de la Kolanine. — Pour rechercher la Kolanine dans les graines de Kola, nous comptions suivre le procédé opératoire imaginé par le D'" lînébel. Mais nos essais répétés ne nous ayant fourni que des résultats qui nous paraissaient entachés d'erreur, en raison d'un défaut d'indications suffisamment précises, nous avons dû nous bornera démontrer indirectement la présence de ce glucoside, ainsi que sa variation suivant l'élat des graines.

La première partie de ces recherches se trouve exposée en détail p. 181 oii nous démontrons qu'après élioiinalion de la Caféine libre à l'aide du chloroforme, il en reste encore des quantités variables qu'on peut enlever, par le uiême dissolvant, après traitement préalable de la poudre par de l'eau bouillante ou par de l'eau acidulée à l'acide chlorhydrique.

La mise en liberté de la Caféine dans ces comlitions ne peut s'expliquer que par le dédoublement du composé particulier, la Kolanine, dont la nature glucosidique a été découverte par le D'^ Knébel.

En ajoutant par conséquent aux 2s'348 (quantité de Caféine libre) les 3o.775, 17.88 et 61.239 "/o d'alcaloide provenant du dédoublement de la Kolanine (notre rouge de Kola) on trouve que la totalité de celle qui existe doit être évaluée respectivement à

3 gr. 188 2 gr. 768 3 gr. 785

dans ces diverses conditions expérimentales. Le maximum de Caféine s'élève donc à 3 gr. 78o dans la noix de Kola rouge arrivée à maturité complète.

En opérant de même avec des graines fraîches de Kola rouge et de Kola blanc provenant d'imc autre récolte, nous avons trouvé, comme nous l'avons vu p. 196, les quantités suivantes de Caféine libre : dans le Kola rouge 0,38 0/0, dans le Kola blanc 0,40 0/0. Cette dilTérence en moins, si considérable, indique tout d'abord que les graines employées fraîches sont constituées autrement, au point de vue chimique, que les sèches qui avaient servi à noti'e première analyse.

Si maintenant nous faisons macérer les poudres ci-dessus de Kola rouge et de Kola blanc dans de l'acide chlorhydrique à 0/0, si nous hllrons le liquide après 2A heures de séjour à l'étuve à 35», si nous le sursaturons par de l'eau de chaux, si nous l'évaporons à siccité et reprenons le magma calcaire par du chloroforme.

EDOUARD IltCKEL

pouvant être obtenue d'une façon moins coûteuse par l'utilisation des autres caféiques plus employés et plus répandus dans le commerce (calé, thé, etc.)-

Malgré ces prévisions, nous allons nous occuper des applications thérapeutiques actuelles du Kola, et de son emploi stratégique. Longtemps encore ce produit conservera sa supériorité sur les autres caféiques et sera d'emploi facile et usuel en attendant la diffusion et la vulgarisation de la Kola7iine.

Il n'est pas possible, pour être complet', de terminer cette partie physiologique sans dire un mot de l'étude récemment présentée par le professeur Ugolino Mosso à l'Académie des Sciences de Turin, touchant l'action des principes actifs de la noix de Kola sur la con-

nous ohlcnons .le nouvelles (|uanl,ilcs .le Caféine .lui représenteront, l'alca- U>ïdo (le dédoublement : pour le Kola rouge = 0,820 0/0 cl pour le Kola blanc 0,885 0/0. De sorte .pie le total de l'alcaloïde libre et combiné s'élève a : 1,20 pour Kola routée et 1,285 pour Kola blanc.

La comparaison de la proportion d'alcaloïde de dédoublement et de Caféine libre fournit ainsi les rapports suivants :

Pour le Kola blanc 221.25 à 100

Pour le Kola rouge 215.85 à 100

11 suit de là que les graines analysées .lans notre premier mémoire et celles examinées actuellement sont entièrement différentes au pomt de vue de leur composilion Les pre.nières sont beaucoup pins riches en Caféme libre et ne conlien-

entT peu près qu'un tiers d'alcaloïde de dé.loublement, tandis que les plus Récentes renferment presque trois fois plus d'alcaloïde .ic .l.idoublement que de Caféine libre. La proportion de glucoside qui fournit la caféine du dédoublement varie donc avec l'état des graines.

Tout se passe i.'i cou.me dans les graines du Kola rouge analysées en premier lieu e avant un po.ds umyen de 28 à 40 gr. : la majeure partie de la Kolamne avait disoa u opéré son dédoublement au sein même de l'organe, tandis que dans les

ern^ref p sant .le 4 à 14 gr. (Kola blanc) et de G à 18 gr. (Kola rouge) elle se touTeraU en forte proportion résistant à toute action fermentescible, et ne subira t son dédoublement que par suite d'une opération de laboratoire a'-^'- f î^^" ou d un acide faible) et fournirait ainsi la proportion considérable d alcaloïde

'TatmtaraÏo"n 'de ces deux résultais, si dUïérents l'un de l'autre, nous autorise d ne à conclure, d'une part, que les mêmes graines analysées a époques variables ne sont pas identiques au point de vue de leur richesse en caféine libre ou œmbinée ; en second lieu, que la proportion de Kolamne dilTere avec 1 état n aisTu sec des graines, enfin les graines fraîches de Kola renferment plus de / 0 anTn/que les mômes graines une fois desséchées. Cette condition .loit des lor flufours êu" préférée pour les préparations pharmaceutiques qui deviendront ainsi plus riches en Rouge de Kola.

traction musculaire (1). L'auteur emploie comme MM. Dubois (de Lyon) et Marie, l'ergographe de A. Mosso, et après avoir constaté et enregistré l'action très nette de la caféine sur la fatigue musculaire, examine le bien fondé de mes assertions, en ce qui touche l'action de la poudre de Kola dépouillée de caféine, que j'ai déclarée incontestablement suspensive de la fatigue musculaire.

Il administre la poudre de Kola à lui-même et à un de ses amis à la dose de 5 grammes d'un coup. Il trouve, comme je l'avais affirmé, que la poudre de Kola dépouillée de la caféine est d'une activité manifeste. Recherchant ensuite l'élément qui, dans ce Kola dépouillé de caféine, peut agir sur la fatigue musculaire, M. A. Mosso essaie Faction de notre Rouge de Kola {Kolanine de Knébel) sur l'organisme humain et eu donne la quantité contenue dans 5 grammes de poudre. Il constate qu'elle est sans effet. Il est à remarquer que ce résultat est absolument contradictoire de ceux qu'il a obtenus avec la caféine, car le rouge de Kola (Kolanine) se dédouble sous l'influence du suc gastrique, comme nous l'avons établi dans la partie chimique de notre étude, en caféine et en principe colorant résineux, et cette transformation est inévitable. On se demande dès lors, comment M. U. Mosso n'a pas été frappé d'une pareille contradiction, surtout étant donné (mais M. U. Mosso parait ignorer mon dernier travail sur l'action physiologique du rouge de Kola et sa couiparaison avec la caféine) (2), que la Kolanine peut fournir encore, sous l'influence de liquides acidulés (c'est le cas du suc gastrique), par dédoublement 61 '/o de la caféine libre renfermée dans le Kola. Cette dose n'est pas négligeable et certainement les 61 °/o de 0 gr. 115 de caféine renfermés dans •5 gr. de Kola, doivent agir encore et agissent certainement d'après les expériences de MM. Dubois (de Lyon) et Marie, dont nous venons de reproduire les tracés.

Poursuivant ses recherches, l'auteur enregistre l'action de la poudre de Kola dépourvue de caféine et de notre rougé de Kola (Kolanine) et démontre que ce produit conserve encore une action manifeste sur la contraction musculaire, il en est de même de

(1) Azione dei principi altivi délia noce di Kola, sulla contractione iiruscotore, (Estr. dagliiifi délia R. Academia délie Scienze di Tnrino) vol. XXXIIl, Adunanza del 5 marzo 1893.

(2) Répertoire de Pharmacie, 1892.

ÉDOUAHl) HECKEL

l'extrait aqueux (eau chaude) de Kola dépouillé de caféine et de rouge de Kola.

Comme après lextraction de- la caféine et du rouge de Kola (Kolanine), il ue reste plus daus ce Kola, d'après notre analyse, que de la [écule (33 "/„), et du glucose (3 "/o) sans parler du tannin, de la gomme et des substances albuminoïdes (7 %), M. le professeur U. Mosso en est conduit à essayer et à trouver, à l'aide du même ergographe, que l'amidon introduit dans l'estomac favorise l'activité des muscles à des doses de 5 à 10 gr. On voudra bien noter en passant qu'il y en a trois fois moins (c'est-à-dire 1 gr. 70) dans la dose uniforme de 5 gr. de Kola ingérée par l'auteur !

Les conclusions singulières de ce travail, qui, d'après notre auteur viennent à l'appui de celles du professeur P. Albertoni (Sut cùnlcrino e snl i'azionc degli zucckcri nel'or(janism.o. — R. Accademia délie Scien/.e di Bologna, 1889, 1891, 1892) établissant dans trois mémoires que, le glucose, la maltose et la saccharose possèdent une action marquée sur la circulation, augmentent même la circulation du sang et la fréquence du pouls, dilatent les vaisseaux sanguins et renforcent l'action du cœur, sont les suivantes. Nous devons les citer au moins par leur nouveauté : « 1° la caféine et le glucose (amidon) )) ont une action marquée sur la contraction musculaire; 2° cette » action s'exerce sur les muscles sans le concours du système » nerveux central ; 3» le rouge de Kola n'est pas une substance » active sur les muscles. Le glucose et l'amidon, ces deux compo- » sants de la noix de Kola, unissent leurs eflets à ceux de la caféine » pour rendre les muscles plus résistants à la fatigue. » Ces conclusions revêtent, au moins pour ce qui a trait à l'action physiologique du Kola, un caractère si nouveau et si surprenant que je ne crois pas devoir les discuter ici : elles échappent du reste à tout examen sérieux.

Je ne puis, en terminant ce chapitre, m'empêcher (le lecteur excusera ce souvenir personnel) de me reporter à la séance de l'Académie de Médecine- du 22 avril 1892, dans laquelle M. le professeur G. Sée, irrité de mes protestations et de mes réserves relatives : 1° à sa nouvelle et singulière théorie sur les propriétés de la caféine ; 2° à l'extension de cette nouvelle théorie au Kola, pour expliquer toutes les vertus de cette graine, s'oublia au point de mettre en doute, mon Rouge de Kola (aujourd'hui Kolanine

de Knébel) auquel j'attribuais depuis longtemps la caractéristique physiologique de cette graiue, et d'oser dire du haut de cette tribune médicale où le respect de soi-même et des autres est de tradition, que je n'avais pas compris un mot à sa théouie sur la caféine.

Ce que je comprends bien et ce que le lecteur aura mieux que moi compris encore, c'est que la doctrine mort-née de M. G. Sée, contraire aux faits (les observations de Rodet et de Kotlar toutes récentes protestent assez haut, avec Dujardin-Beaumetz et les autres auteurs anciens contre les assertions de M. Sée), a été impuissante à atteindre la seule théorie acceptable du ralentissement de l'usure, posée sur les bases inébranlables de l'analyse chimique et du bon sens. — Quant au Rouge de Kola qui gênait si fort M. G. Sée, ne lui en déplaise, il ne saurait disparaître comme un vulgaire courtisan de cour au jour de la débâcle, et il restera, pour l'éternelle confusion de celui qui en a nié si légèrement l'action sans tenir compte de mes observations. Mais que valent les travaux d'un modeste provincial !

Il est vrai que cette dénégation était nécessaire aux besoins de la théorie bizarre de M. G. Sée, théorie qui, du reste, n'existe plus désormais qu'à l'état de vestige historique dans le Bulletin de l'Académie de Médecine de Paris (1890), où elle repose de son dernier sommeil sans que la moindre résurrection lui ait donné, même passagèrement, la plus petite place dans les plus élémentaires classiques.

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