‹ Les kolas africainsChapitre 42 sur 49 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Emploi thérapeutique, bromatologique et stratégique

« C'est l'étranger qui mûrit le Iruit -» de notre ingéniosité. C'est là qu'on » le met en coupe, qu'on l'exploite et » qu'on l'utilise, et c'est à peine si » l'on veut Ijien, par la suite, nous » en retourner quelques graines. »

(D^ Ravenez. La vie du soldat).

De tout temps, les nègres africains ont vu dans la noix de Kola tout à la fois un aliment et un médicament : c'est bon pour le ventre, disent-ils, et il faut remarquer en passant qu'ils l'emploient d'une manière très rationnelle, non pas en l'ingurgitant sans le mâcher, mais en mastiquant lentement le Kola frais et avalant leur salive.

D'après ce que nous savons maintenant sur la composition chimique de celte graine, il est évident que nul autre procédé ne réussirait mieux pour assurer la formation de la caféine naissante dont l'action physiologique est si puissante. C'est pour les nègres africains le meilleur tonique et anlidiarrhéique dont ils disposent, et ils l'emploient constamment (1).

Dans notre travail sur les EoUis africains qui peut être considérée comme la première ébauche d'application thérapeutique, nous avons, M. Schlagdenhauffen et moi, insisté sur les propriétés antidiarrhéiques et toniques de l'intestin, particulières à cette précieuse graine. Nous avons provoqué, dans ce sens, à cette époque, quelques expériences dans les hôpitaux de la marine contre la diarrhée

(1) Le D' Bergeret, médecin delà marine (Notes sur la Mellacorée recueillies au poste de Benly. Thèse de doctorat en méd. 1889) n'hésite pas à reconnaître même au Kola (pour justifier l'usage immodéré qu'en font les nègres) des vertus préservatives contre la diarrhée des pays chauds. C'est aussi l'opinion du D'' Cunéo.

KDOIIAnn HECKEL

atoDiqiie de Cochinchine, et M. le Cunéo, qui a expérimenté sur notre demande, nous a transmis quelques cas intéressants de guérison de celte redoutable affection, soit avec la poudre, soit avec l'Élixir de Kola. Ce médecin de la marine y a joint quelques observations intéressantes relatant des succès contre la phosphaturie.

Voici ces observations qui datent du 20 juillet 1882 et ont été faites à l'hôpital maritime de Toulon :

« Vous avez bien voiihi m'cnvoyer quelques litres de Vin et Elixir )) de Kola avec des pilules d'extrait alcoolique de cette graine (1). » Suivant vos inleulions, j'ai essayé de préférence voire nouveau médi- » camenl contre la diarrhée de Cochinchine. Mais, je dois dire avant » tout que cet essai n'élait pas facile à faire dans de bonnes conditions. » 11 y a, en eOet, acluellemenl très peu de vérilables diarrhées de » Cochinchine dans nos hôpitaux ; les nouveaux arrivants sont le » plus souvent dirigés de suite dans leur pays par le conseil de » santé; ceux qui reslent à Toulon ou qui viennent dans les hôpitaux » sont mis en traitement par le régime laclé, qui, lors(|u'il est rigou- » reusement suivi, donne un résultat pour ainsi dire certain. Je » n'avais donc pas à expérimenter le Kola chez ceux qui guérissent » très bien avec le lait. D'un autre côté, lorsque la diarrhée de » Cochinchine est déjà ancienne, qu'elle date de plus de six mois » et même d'un an, elle a perdu son individualité. Ce n'est plus » qu'une diarrhée chronique avec des caractères qui peuvent être la » cause de processus inleslinaux très divers. C'est là un fait bien » établi au point de vue analomo-palhologique, par les recherches de » Cornil et Kelali. Je n'ai donc essayé le Kola que sur des indi- » vidus atteints de diarrhée de Cochinchine, restés rebelles au régime » lacté, qu'ils n'avaient pas pu supporter. En tout, trois malades.

(1) Ces diverses préparations avaioat été laites gracieusement par M. Eberlin, pharmacien de 1"' classe, à Marseille.

Le vin de Kola était obtenu par macération d'une ( Vin blanc doux 500 gr.

durée de 15 jours avec : j Kola frais 100»

> Alcool à 60°,... 5 »

L'extrait alcoolique avec ^ j^^la fpajg i »

Ces deux préparations, comme nous l'avons vu dans la partie chimique de cette étude (page 188, IV), sont loin de dépouiller complètement la graine de ses principes actifs. La préparation de l'extrait aqueux, en dehors de son inactivité physiologique, présente de réelles dillicultés en raison de l'abondance de l'amidon dans la graine ; celui -ci forme, pendant la macération, un magma dont il est difficile de se débarrasser. Aussi, à cet égard, convient-il mieux d'employer l'extrait alcoolique qui joint à une grande richesse en principes actifs, certaines facilites de préparation très appréciables pour le praticien. L'élixir au Kola se prépare comme toutes les formes pharmaceutiques de ce nom.

» Le preiJiier est uu lioutouaat de vaisseau arrivé depuis 2 mois » de Cocliinciiiue, mais dans ua état d'anémie extrême, d'une maigreur » s(iueleltique. Le régime lacté ne lui avait pas réussi, parce que » probaljlenient le malade ne s'en était pas contenté ; qu'étant dévoré » par une soif ardente, il a essayé de la calmer par les boissons les » plus diverses. Quoiqu'il en soit, au début du nouveau traitement, » il avait par jour 10 à 12 selles complètement liquides et incolores. » Le malade vomissait presque journellement, .l'ai fait prendre le lait » et donner 00 à 88 grammes par jour de Kola sous forme de Vin.

» Les vomissements ont cessé d'abord dès le 2"'° jour ; Iz nombre » des selles a" diminué également, il était tombé à 6 dès !o 3"'° jour. » Mais, ce. qui satisfait le plus le malade, c'est le sentiment de » vigueur nouvelle, de force, de résurrection, suivant sa propre expres- » sion, qui suivait l'ingestion de ce médicament. L'amélioration des » premiers jours a continué, les vomissements n'ont pas reparu ; les » selles, devenues chaque jour moins nombreuses, se sont graduelle- » ment solidiliées. Au lait, nous avions ajouté les œufs, les bifleacks » puis, vers le vingtième jour, le pain, le vin ; enOn, un mois après » le début du traitement, le malade, se considérant comme guéri, » demande à partir. Il paraissait guéri, en ellet...

» Le deuxième cas est celui d'un lieutenant-colonel en retraite. Il » était revenu depuis 6 mois de la Cochinchine et avait essayé d'une » manière rigoureuse le régime lacté. Son état s'aggravait de plus » en plus. Désespéré, il quitta le pays où il s'était retiré (un village » des environs de Toulon), pour revenir dans cette dernière ville, où » je l'avais soigné pour une autre affection. Son .état était en réalité » fort grave, car, à la diarrhée de Cochinchine, caractérisée par » 12 à 13 selles par jour, par un amaigrissement extrême et une fai- » blesse ■ telle qu'il était obligé de rester alité, se joignaient les » symptôme; d'une bronchite de nature suspecte.

» Je calmai de suite la toux par le siro'p de codéine et j'essayai de » nouveau le régime lacté : il ne put être toléré. La diarrhée aug- » mentant, et avec elle la faiblesse, je prescrivis alors le thé de bœuf n avec le tapioca, que le malade digérait très bien, et j'y joignis » 60 gr. de vin de Kola et 3 cuillerées à café par jour d'élixir de » Kola. La môme série de phénomènes déjà indiqués se produisit : » sentiment de digestion plus parfaite, sensations de forces qui » s'accentuent chaque jour, diminution et solidification graduelle des » selles. Bref, le malade, qui était venu avec l'intention de passer » tout l'été à Toulon, est reparti il y a 13 jours, paraissant complè- » temenl guéri. Au moment de son départ, il suivait un régime très » varié dans lequel entraient les fruits, dont il était très friand. Le » traitement avait duré 33 jours.

» Dans un troisième cas, chez un soldat d'infanterie de maiine, le » régime lacté n'avait rien donné, le malade rentrait plus fatigué

ÉDOUARD HECKEL

» d'un congé de 4 mois : amaigrissement marqué par une légère infil- » Iration des membres inférieurs, langue rouge dépouillée, vomisse- » menls (luolidiens, 8 à 10 selles par jour. Je prescris le Iké de bœuf )) et 60 à 80 gram'mes de vin de Kola, avec 4 cuillerées à café d'élixir » par jour. Dès le premier jour, les vomissements ont cessé ; à » chaque ingestion des médicaments, le malade se sentait plus vigou » reux : les selles, le troisième jour, étaient réduites à 4; le sixième » jour, elles étaient pâteuses et lîi jours après le début du traitement, » le malade n'avait qu'une selle solide par 24 heures, mangeait des » œufs, buvait du vin pur, suçait des bifteacks. Ce résultat a été » obtenu en un mois de traitement.

» Je dois ajouter que chez deux autres malades, le vin de Kola » n'a pu être toléré à cause du sentiment de brûlure que son inges- » lion déterminait à la région épigastrique. Le fait n'a rien de bien » étonnant dans une maladie où il y a si souvent desquammation » épithéliale de la langue et d'une grande partie des voies diges- » lives.

» Des quelques faits dont je viens de parler, faut-il inférer que le » vin de Kola guérira la diarrhée de Cochinchine ? L'expérience le dira, » mais je crois, en tous cas, à l'utilité de ce médicament, car sou- » vent cette affection commence (le fait a été relevé depuis long- » temps), comme la diarrhée infantile du sevrage, par des troubles » gastriques, et nous avons vu le Kola agir favorablement pour » arrêter les vomissements. Je l'ai essayé deux fois avec succès dans » des cas de gastralgie avec sensation de lypothymie, et sur moi- » même ; il m'a paru rendre la digestion plus facile. Peut-être, en » raison de cette iniluence, le Kola pourrait-il avoir nne action par- » ticulière sur le développement de la diarrhée de Cochinchine, dont » la dyspepsie paraît être le début : mais c'est une simple prévi- » sion à vérilier dans le pays même d'origine de la maladie.

» Je dois, en terminant, appeler l'attention sur un cas sinon de » guérison, au moins d'amélioration marquée, obtenue chez un enfant » présentant les symptômes d'une affection mal déterminée encore, la » phosphaturie. 11 s'agit d'un jeune homme de 11 ans, qui maigris- » sait rapidement et accusait une grande faiblesse et chez lequel » l'examen le plus attentif ne décelait aucune lésion organique, mais » dont les urines présentaient un dépôt abondant de phosphates. Une )) première fois, j'avais obtenu une profonde amélioration par la ralé- » riane en lavement, Varseniate de soude à l'intérieur, les bains froids )) et le vin de Kola. A la suite d'une rechute, j'employai le vin de » Kola seul avec les pilules d'extrait alcoolique. Vingt jours après, le » père m'accusait le retour des forces, et les phosphates avaient » disparu des urines : le jeune homme allait du reste fort bien. »

A la suite de ces observations, qui furent communiquées au

Ministre de la Marine et des Colonies de l'époque, des expérimentations furent ordonnées en Cochiuchine : je fis envoyer des préparations de vin et d'élixir de Kola, offertes gracieusement par M. Eberlin, mais les expériences, mal conduites, n'y donnèrent que des résultats médiocres, comme il fallait s'y attendre de la part d'expérimentateurs mal disposés à accueillir^ un médicament nouveau et défavorablement prévenus par l'intervention officielle de l'autorité administrative dans une question de médecine pure.

Depuis, des observations cliniques suivies de M. le Bohéas, médecin de la marine (expériences faites à mon instigation à l'hôpital maritime de St-Denis-Réunion), ont établi nettement la supériorité de ce médicament sur tous les autres tanno-caféiques contre l'atonie intestinale des pays chauds compliquée de diarrhée (1). Ce médecin employait le Kola eu tisane à l'état de poudre impalpable aromatisée, mais toutes ces observations devaient être reprises, à l'instigation de M. Dujardin-Beaumetz par M. E. Monnet, un des élèves de ce maître, qui présenta en 1885 comme thèse de doctorat en médecine devant la faculté de médecine de Lille, un travail d'ensemble très complet intitulé : De la Kola : Étude physiologique ef thérapeutique. Voici les conclusions de ce remarquable travail d'observation qui fait encore loi en la matière bien qu'il soit en retard sur les données physiologiques et chimiques actuelles. Nous devons les relever en entier parce qu'elles ont servi de base à tous les travaux thérapeutiques qui ont suivi de près cette première étude clinique, et surtout parce qu'elles sont reproduites à peu près en entier dans les pages que M. Dujardin-Beaumetz a consacrées à l'étude de ce médicament dans ses Nouvelles Médications (1886); on en retrouve trace également dans les études de Huchard sur Vemploi de la Kola comme tonique (Revue générale de clinique et de thérapeutique).

« 1° La Kola, par la caféine et la théobromine qu'elle contient, r> est un tonique du cœur dont elle accélère les battements, exagère » la puissance dynamique et régularise les contractions.

(1) Celle supériorilé tient évidemmeul à la présence dans le Kola d'une forte proportion de tannin et rte caféine, tant libre que naissante : nul autre caféique n'en renferme autant sous le même poids. La caféine excite les muscles lisses de l'appareil gastro-intestinal; le tannin est tout à la fois un tonique et un astringent de l'intestin.

EDOUARD IIECKEL

» 2° A la seconde phase de son action, à l'exemple de la digitale, » c'est un régulateur du pouls qu'elle relève; sous son influence les » pulsations deviennent plus amples et moins nombreuses.

3° Comme corollaire de son action sur la tension sanguine, on » voit la diurèse augmenter; et, à cet elïet, on peut utilement » employer la Kola dans les ailections du cœur avec hydropisie.

» 4° Il semblerait résulter de nos observations que la Kola, qui » active énergiquement les contractions cardiaques et agit sur la » contractilité des muscles de la vie organique aurait, au contraire, » une influence paralysante sur les muscles à fibres striées quand » on l'emploie à doses toxiques.

» 5" C'est un antidéperditeur, un aliment d'épargne qui diminue » les déchets organiques (urée) résultant des combustions des » substances azotées, probablement en exerçant une action spéciale » sur le système nerveux (aliments nerveux de Mantegazza).

» 6° C'est un tonique puissant par les principes qu'il contient, » et son emploi est indiqué dans les anémies, dans les affections » chroniques à forme débilitante et dans les convalescences des » maladies graves.

» 7° Elle favoriserait la digestion soit en augmentant la sécré- » tion des sucs stomacaux (eupeptique), soit en agissant sur les » fibres lisses de l'estomac, qu'elle rendrait moins atones dans cer- » taines dyspepsies. Sous son influence, on voit des anorexies » rebelles disparaître, et les fonctions digestives se régulariser.

» 8o Enfin c'est un antidiarrhéique excellent qui a rendu de » très grands services dans les diarrhées chroniques, dans certains » cas de choléra sporadique (Huchard, Duriau), sans qu'on puisse, )) d'unefaçon bien nette, expliquer physiologiquement son action. »

C'est en prenant d'abord la dernière des propositions du D-- Monnet que nous examinons l'emploi thérapeutique du Kola. Ce que nous en avions déjà dit au point de vue historique démontre (1) que c'est comme tonique de l'intestin que cette graine s'est d'abord révélée être un médicament hors de pair : ou peut le dire aujourd'hui

(1) Je rappelle que le D'' Daniell lui-même dans sa première ébauche de l'étude du Kola, eut la préscience de sa valeur, car il déclare qu'ayant souffert d'une forme particulière de diarrhée atonique à laquelle les Européens sont sujets dans les pays chauds et qui ne reconnaît pour cause que le relâchement de la muqueuse intestinale, il fut remis complètement en mâchant des graines de Kola.

hardiment, c'est le plus grand tonique gastro-inlestiual que l'arsenal thérapeutique ait rais jusqu'ici aux mains des praticiens. Son action reconstituante est môme apparente dans les cas où une diathèse spéciale ruine l'organisme, comme la tuberculose par exemple. C'est ce qui faisait dire à Monnet « Sont-ce les propriétés toniques )^ dM Sterculia qui réconfortent l'organisme, suppriment ces flux » séreux qui l'affaiblissent elle débilitent ? Peut-être ya-t-il là une » explication surtout pour les diarrhées tuberculeuses contre les- » quelles nos maîtres les D^^ Dujardin-Beaumetz, Duriau et aussi î nous-même fivons lutté avec tant d'avantages au moyen de la » Kola. Mais là encore, il y a derrière la diarrhée une cause, l'ulcé- » ration tuberculeuse de l'intestin. Sans doute, il y a dans toutes » ces explications, quelque chose devrai; mais nous aurions mau- » vaise grâce à ne point avouer qu'elles ne satisfont pas complète- « ment l'esprit. »

On pourrait tenir le même langage pour ce qui touche au succès du Kola obtenu dans trois cas de choléra par le D»- Huchard. Ces résultats resteraient inexplicables si on ne tenait grand compte de la dépression nerveuse, d'une part, et des désordres gastro-intestinaux (vomissements, diarrhée riziforme) qui caractérisent l'empoisonnement cholérique. Quoi d'étonnant, qu'après un traitement semblable, les forces du malade se soient relevées au point de lui permettre de lutter avantageusement contre le bacille de Koch ou tout autre parasite microbien.

Dans la théorie du parasitismemicrobien (qui semble aujourd'hui admise pour le choléra comme pour la tuberculose et un grand nombre d'autres maladies), il ne faut pas oublier qu'il y a deux individualités en présence ; tout ce qui ajoute aux forces de résistance de l'un des combattants est au détriment de l'autre qui s'épuise en luttes stériles en face d'un ennemi incessamment pourvu de troupes fraîches et aguerries.

Comme on devait l'attendre de la haute dose de caféine que renferme le Kola et surtout de l'action plus accusée de la caféine naissante, cette graine jouit, contre les affections cardiaques, d'une efTicacité qui a été la première exploitée cliniquement. Dujardin- Beaumetz, se basant sur les appréciations déjà relatées de son élève Monnet, l'a mise des premiers en usage et elle lui a donné de bons résultats contre l'asystotie. Huchard a constaté lui-môme que le

KDOUARD HECKEL

Kola rend dos services dans les alïeclious cardiaques arrivées à la période d'alïaiblissemeDt du myocarde : aussi le savant médecin de l'hôpital Bichat associe-t-il le Kola à la scille et à la digitale dans un via toni-cardiaque dont il a donné la formule (1). C'est surtout à la période d'hyposystotie que M. Huchard traite par le Kola les alïections cardiaques. Nous donnerons la formule du vin de Huchard dans la partie pharmaceutique de cette étude.

Il est presque inutile de faire remarquer ici, après ce que j'ai dit de la composition chimique du Kola, que si cette graine fournit dans les maladies du cœur des résultats supérieurs à ceux qu'on a constatés à la suite de l'emploi de la caféine seule, cela tient évidemment à l'action spéciale de la Kolanine par ses produits de dédoublement. Ce serait à voir sérieusement.

.Cette action cardiaque du Kola, en relevant l'action du muscle, a comme corollaire de l'augmentation de la tension sanguine, une, accentuation notable de la diurèse. Ce serait à voir sérieusement.

Dès 1884, Dujardin-Beaumetz et son élève Monuet proposaient comme conséquence de l'action diurétique du Kola, l'emploi de cette graine contre les maladies cardiaques compliquées d'hydropisie (2). Les observations de chaque jour montrent que cette graine associée à la digitale ou même employée seule rend les plus grands services dans les cas de cette nature, en débarrassant les malades d'une infiltration séreuse due à la gêne de la circulation. Il est très probable que dans cette application thérapeutique, la caféine n'intervient pas seule pour amener des résultats heureux : la théo- ■ bromine dont les propriétés diurétiques ont été mises si profondément en évidence dans ces derniers temps et qui ont valu à cet

(1) Revue générale de cliniqihe et de thérapeutique, 1891, p. 99.

(2) Dans « les Nouvelles Médications » D' Dujardin-Beaumelz, p. 94. on lit ce qui suit • « A côté de la Ihéobromine, nous devons placer le Kola, qui contient à la fois ,, de la caféine el de la Ihéobromine. Un de mes élèves, le D' Monnet, a consacre » sa tiièse aux propriétés de cette noix de Kola, et nous avons montré son heureuse ,> influence dans le traitement des affections cardiaques et des diarrhées chroniques. >, Mes premières recherches me faisaient douter des propriétés diuréliques de la „ Kola - aujourd'hui, je crois que la noix de S ter eu lia acumin a ta ]ouû mconlcsln- » blemènt des vertus diuréliques qu'elle doit à la caféine el à la Ihéobromine qu elle » renferme. On peut niiliser l'infusion de Kola torréfiée qui se prépare comme le „ café ou encore la teinture et l'alcoolature, que vous administrerez à la dose de , 8 grammes par jour pour l'alcoolature el de 4 grammes pour la leinlure. »

LES KOLAS AFUICAINS

alcaloïde le nom de diurétine, y prend une large part, (iuel([ue faible que soit sa teneur dans le Kola.

I-luchard ne s'est pas contenté d'étudier dans le Kola, les propriétés diurétiques et cardiaques, qu'on retrouve dans la caféine normale, mais il a insisté sur la valeur de cette graine comme tonique, valeur qui n'existe pas au môme degré, disons-le très haut, d'ans lu caféine libre. « On sait, dit-il, que Foussagrives a » écrit, dès 1870, que le café et la caféine produisent un sentiment » de défatigue et que M. Heckel a utilisé l'action de la Kola dans » les marches prolongées ou dans les ascensions de montagne. » Or, il résulte de mes observations que la Kola est encore un » excitant cérébral; elle ne défatigue pas seulement les jambes, » elle défatigue encore le cerveau, dont elle excite certainement » les fonctions. A ce titre, même elle peut trouver heureusement » son emploi dans certaines aHections mentales caractérisées par » un état plus ou moins accusé de dépression cérébrale, si j'en crois » deux observateurs de lypémanies anxieuses très améliorées par » ce médicament.

» Elle excite les fonctions cérébrales, elle favorise le travail » intellectuel, elle défatigue le cerveau, elle possède une action » non seulement excitante, mais tonique chez les grands travailleurs » et j'en connais qui, depuis cinq ans, ne peuvent plus se passer de » ce médicament lorsqu'ils ont à fournir un travail intellectuel » quelconque. Y aurait-il alors pour le Kola un abus (une sorte de » Kolaïsme) (1) analogue à la morphinoraanie et au cocaïnisme? » je ne sais. Mais il est certain que la Kola peut remplacer avanta- » geusement les préparations de quinquina dans les maladies adyna- » miques, qu'elle peut être associée à l'alcool dans le traitement » des maladies infectieuses ; qu'enfin elle est applicable encore à » tous les cas de neurasthénie caractérisés souvent par une extrême

(1) Les prévisions du D"- lluchard semblent réalisées, si je m'en rapporte à l'observation suivante que j'ai reçue du R. P. Sutter, missionnaire supérieur à BolTa (Rio Ponge): « L'on assure, d'après les indigènes, que le Kola a la vertu d'enivrer. » Voici ce qui advient ù ccu.\ qui n'ont pas l'habitude d'en mâcher et qui en absor- ». bent trop à un moment donné : ils tremblent de tous leurs membres et trébu- I) chent comme un homme ivre. Le cas vient de se présenter récemment à une » factorerie de la Cic française de l'Afrique occidentale (12 septembre 1S92). ii Nous verrons plus loin, aux applications du lîola au.\ exercices sportifs, que la môme ivresse (Kolaïsme) se produit chez les vélocipédistes qui useut du Kola à doses trop élevées.

EDOUARD HliCKIiL

» lassitude physique et morale ou encore par les falij^ues matinales » non seulement spéciales à la neurasthénie, mais communes » encore clans la dilatation de l'estomac. L'indication de la pres- » crire se retrouve encore dans le surmenage, dans l'asthénie » grippale, dans les convalescences, dans tous les cas enfin où l'on » veut relever les forces et aussi pendant la médication lactée » absolue, qui détermine souvent un certain état d'alïaiblisse- » ment (1) ».

A l'appui de ces fort judicieuses observations, je suis heureux de pouvoir, en ce qui touche l'action eiïicace du Kola contre l'état neurasthénique môme très accusé, produire une très intéressante observation inédite, recueillie récemme-nt avec le plus grand soin par M. Lévy, interne des hôpitaux de Paris. 11 y a là, à cette heure, où la suggestion semble vouloir jouer un rôle si considérable dans l'interprétation de l'action des médicaments, une manifestation trop importante des propriétés de la graine africaine et une protestation trop nette contre certaines fantaisies doclrinaks , pour ne pas mettre cette observation typi(]ue en vive lumière par la reproduction de tous ses détails.

Un cas de neurasthénie traité acec succès par le Kola.

(Observation due à M. Lévy, interne à l'hôpital Saint-Lazare, à Paris.)

La femme Th , Arraandine, âgée de 35 ans, cuisinière, entre

dans le service le LJ février 1892, pour de multiples accidents de neurasthénie.

Pas d'antécédents héréditaires. Pas de signe d'hystérie ni d'alcoolisme, malgré la profession de la malade. Les règles se sont établies à 12 ans, menstruation d'abord régulière. A la ans, fièvre typhoïde, depuis cette époque, des coliques abdominales surviendraient facilement; notamment et non exclusivement au moment des règles, celles-ci accompagnées de douleurs lombau-es. Conception, il y a 8 ans, suivie d'un accouchement facile; la malade se lève trois jours après; une flèvre

(1; Nous avons déjà vu, page 260, que, durant la plupart des essais faits, à mon instigation, par le D' Cunéo, de traitement de la diarrhée atonique de Cochinchine par le Kola, la diète lactée était le plus souvent, grâce à l'association du Kola à ce régime, sévèrement observée et très bien supportée. Des malades qui y avaient renoncé antérieurement par dégoût et sensation d'affaiblissement avant qu'on ajoutât du Kola à leur lait, s'y soumettaient sans effort avec l'aide de cette graine.

violente se déclare alors, accompagnée de perles abondantes el, fétides; à la suite le médecin constate rétablissement d'une mélrite. (lelle-ci est soignée sans succès de diverses façons, puis : curetage à deux reprises dilléreutes jusqu'en juillet 18'JO; à cette époque un troisième curetage accompagné d'amputation du col de l'utérus. Les symptômes restant les mêmes (métrorrbagies. pertes blanches intercalaires, phénomènes nerveux multiples et très pénibles, vomissements, etc.), on pratique l'ovariotomie en mai 1891 . Malgré celte opération, les vomissements seuls disparaissent, les métrorrbagies diminuent seulement un peu et tous les autres accidents persistent. Le 3 sepleud)re de la même année, on fait l'hystérectomie vaginale : la malade n'a pas remarqué depuis d'autre amélioration que celle qui résulte de la cessation des écoulements utérins.

Les troubles neurasthéniques proprement dits (troubles mentaux, nerveux, etc.), qui n'appartiennent pas au cortège symptomalique de la métrite elle-même, semblent remonter à 1888 environ, ils nous paraissent causés, à défaut d'autres circonstances étiologiques physiques ou morales, par la maladie utérine.

La malade a été arrêtée, au commencement de février 1892, pour un vol de 25,000 francs à sa patronne. Ce vol a été commis dans des circonstances banales et qui ne présentent pas de rapports nets de causalité avec l'état de santé du sujet; l'arrestation elle-même, toujours désagréable, n'a pas été suivie de trop d'excitation ni de prostration; sauf la sensation de fatigue qui est devenue bien plus intense, de sorte que la marche est devenue presque impossible; les autres symptômes ne se sont que fort peu accrus, sans dépasser l'intensité qu'ils ont déjà eue, par exemple lorsque la lualade s'est décidée à les faire traiter par des opérations chirurgicales.

La malade a le visage très pâle; les traits sont constamment contractés et dénotent une soulïrauce vive et continuelle, cela même quand nous ne sommes pas dans la salie et que la malade ne se croit pas surveillée. La malade semble intelligente, elle comprend très bien les questions qu'on lui pose et y répond très sensément.

Douleurs sourdes à lanuque et au front, lourdeur de tête permanente; ces symptômes augmentent beaucoup quand la malade fait un eflort, par exemple pour s'asseoir sur son lit; de même si elle se lève.

Pas de douleur spontanée du sacrum, mais elle existe très vive au niveau des lombes; de plus la pression provoque des souffrances assez vives au niveau du sacrum et surtout du coccyx. Pas d'hypéralgésie ou d'hyperesthésie cutanée. Sensibilité au froid, très vive.

Névralgies fréquentes, tantôt le long des nerfs intercostaux, tantôt de la face, mais plus encore dans les talons, et continuellement (sans que nos recherches puissent nous en faire découvrir la cause objective) dans l'aine gauche. Souvent œdème localisé à la cheville droite.

Dépression mentale caractérisée par un affaiblissement notable de la

KDOUAni) IIHCKEL

volonlé : la malade, reste souvent étendue plusieurs heures dans son lit, sans bouger, avec des ouvrages de crochet ou d'autres aussi peu fatigants à sa portée sans y toucher, ni(>nie si l'on supprime le peu de latigue coriiorelle dont ces travaux peuvent rtre accompagnés en l'installant assise sur son lit et appuyée sur des oreillers, les coudes reposant sur un autre coussin à la hauteur de l'estomac.

La mémoire aurait légèrement diminué, surtout pour les faits peu éloignés et les noms des personnes ou des objets.

L'émotivité n'est pas très grande; ainsi l'arrestation n'a pas amené de phénomènes nerveux convulsifs marqués, mais ceux que nous avons indiqués. La malade est taciturne, mais son caractère n'est pas trop maussade; elle ne se plaint pas de la façon dont les sœurs, les inlirmières ou les autres malades se comportent avec elle, etc.

La malade se sent toujours fatiguée, mais particulièrement dans la matinée; l'action de soulever des poids peu considérables, de un ou deux kilogs, par exemple, la fatigue notablement.

Le sommeil ne dure pas plus de 2 à 3 heures par nuit, rarement davantage ; exceptionnel également durant le jour.

Palpitations de cœur coïncidant généralement avec de la tachycardie et de la fréquence du pouls (on a constaté 136 pulsations, au lieu de Ga qu'elle a en général) ; quelquefois, la sensation subjective est accon)pagnée seulement d'une augmentation dans la force d'impulsion du cœur et non dans le nombre de battements.

La quantité et l'aspect des urines sont sensiblement normaux; le nombre des mictions est augmenté : 'S ou 4 le jour, 2 la nuit. — Pas de sucre, ni d'albumine; le chauffage donne un précipité probablement dû à des pliosi)hales, qui se dissipe par l'addition d'un acide. La malade a remarqué que les jours où elle urinait davantage, sa sensation de fatigue était encore plus grande; ces jours-là, les mictions sont un peu cuisantes au méat ; la sensation est cependant plutôt agréable que douloureuse (signe de phosphaturie).

Pas de rein llottant.

Le toucher vaginal nous fait arriver au fond d'un entonnoir fermé par des adhérences vaginales, pas de douleur provoquée au toucher; le rectum est plein d.e matières dures; la pression entre le doigt vaginal et la main abdominale ne nous fait pas apprécier de cause à la douleur du pli de l'aine.

' Pas de dilatation d'estomac, d'hépatoptose, ni d'entéroptose ; seulement un peu d'éventration consécutive à la Kélotomie ; digestion assez bonne ; rarement congestion de la face, bourdonnements d'oreille, obnubilation'de la vue, étourdissements, après le repas; constipation très accentuée, la malade restant souvent de 4 à 8 jours sans avoir de selle, après quoi survient quelquefois une véritable débâcle. En ce moment, le rectum est plein de syballes.

Repos au lit ; extrait de quinquina, 3 gr. ; sirop de lacto-phos-

phale de chaux, (50 gr. ; chloral ol hroniure de potassium, aa 2 gr. ; ce soir, un lavement avec 40 gr. de miel de mercuriale ; les autres soirs, la malade prendra un lavemenl froid avec une cuillerée de glycérine, lîains sulfureux, deux fois par semaine.

14 février. — Après le lavemenl purgalif, selles abondantes, un peu moins de maux de UHe; les autres symptômes, notamment la faligue, la douleur inguinale, l'insomnie, persistent sans changements remarqués.

,j7.2 x^es selles ont été régulières avec les lavements ; tous les autres symptômes persistent ; on remplace le chloral par de l'anlipyrine, 1 gr. 50.

Page 1