Pas de changement
22. — Bromure et antipyrine, 4 grammes de chaque, la sensation de fatigue et les maux de tète, diminués d'abord un peu, ayant reparu plus intenses il y a deux jours.
29. Même étal ; les yeux de la malade sont plus cerclés ; éruption miliaire, que nous attribuons à l'usage de l'anlipyrine ; l'insomnie persiste; sulfonal, un gramme, en reuiplacement de l'anlipyrine.
1" mars. — Sommeil meilleur cette nuit ; l'éruption disparaît.
4-3. — La malade a dormi 4 h. 1/2 par nuit en moyenne, au lieu de 2 ou 3 avant l'usage du sulfonal. Pas de changement pour les autres symptômes.
7. — Même état; on remplace les bains sulfureux par des douches écossaises; une éruption acnéiforme est apparue depuis 2 ou 3 jours; suppression du bromure.
11. — Pas d'amélioration. Une injection de 1 gramme d'aqua stillata sous la peau. L'éruption bromique a presque disparu.
12. — Immédiatement après la piqûre, qui n'a été par elle-même que peu douloureuse, la malade a de la diarrhée ; les maux de tète ont été moins violents, la fatigue a diminué, sommeil de 6 heures cette nuit; on continuera les piqûres. Suppression du sulfonal.
14. — L'amélioration continue ; les traits sont toujours contractés, mais la malade sourit un peu ; elle s'est levée hier ; elle fait quelques pas, ployée en deux, la main comprimant l'abdomen; elle ne peut descendre les escaliers, ni rester levée plus de quelques instants, la position assise est mieux supportée. Une seule miction la nuit.
13. — Les injections ont été continuées ; la malade demande qu'on diminue la quantité de substance injectée, l'injection étant toujours suivie de diarrhée. Injection d'une demi-seringue seulement.
16. — Même état ; pas de diarrhée après l'injection. 18. — La fatigue, les maux de tête et de ventre ont repris. Une seringue entière.
ÉDOUAHU HKCKËL
21. — Même élal ; pas de diarrhée à la suite de l'injection. 24. — l>as d'aiiiélioralion ; la marctie est de nouveau aussi diflicile qu'autrefois : poudre de noix de Kola, 'ô graniine3, à prendre en deux fois dans du Ijouillon, au coniniencenicnl des repas.
20. — Les douleurs lombaires et abdominales sont moins vives ; soiiuueil meilleur ; tous les dilTérents symptômes semblent moins prononcés; moins de céphalée, les traits sont moins altérés, la malade est plus gaie, pas de miction la nuit ; la douleur dans l'aine gauche et les talons persiste. La malade est restée levée deux heures ; elle marche encore un peu courbée, mais beaucoup moins.
30. - L'amélioration s'est maintenue; toujours la douleur dans l'aine; fatigue bien moins accentuée, la malade a pu descendre assez facilement deux étages; suppressions des douches, du quinquina et du phosphate de chaux.
G Avril. — Depuis trois jours (après un séjour d'une journée au Palais de Justice et diverses émotions produites par un interrogatoire), les maux de tête sont revenus; ii heures de sommeil au lieu de 6. h. 1/2 environ que la malade avait retrouvé depuis l'usage de ce Kola. Le sentiment de fatigue est également revenu eu partie. On double la dose de noix de Kola (10 grammes par jour).
13.— L'amélioration est venue dès le lendemain; la malade dort maintenant toute la nuit; plus de douleurs céphaliques, ni lombaires, ni abdominales, ni dans les talons; seulement de la courbature après les mouvements un peu violents, que la malade évite avec beaucoup moins de sollicitude que jadis; douleur lancinante passagère dans l'aine gauche, mictions normales; la malade marclie, descend et monte sans peine les escaliers; le visage n'est plus convulsé; elle comprime encore son abdomen lorsqu'elle descend ou monte plutôt par appréhension de la souffrance, dit-elle, que par souffrance véritable.
27. — L'amélioration a continué, la malade se considère comme guérie; les douleurs de la région inguinale ont cessé; la fatigue ne survient plus guère qu'après trois ou quatre heures de station, debout ou de marche.
10 mai. — Môme état. Dans l'intervalle, jugement et condamnation à cinq ans d'emprisonnement. La malade qui s'attendait à une peine plus forte n'en éprouve pas une très grande émotion.
13. — Même état. Suppression de la noix de Kola. En ce moment la physionomie est absolument normale; la malade est plutôt gaie que triste; les maux de tète se reproduisent encore quelquefois, mais à des longs intervalles et peu intenses; le sommeil est bon ; la courbature et les névralgies intercostales, inguinales, abdominales, calcanéennes, etc., ont disparu; la sensation de fatigue ne paraît qu'après des causes qui l'auraient produite chez n'importe quel individu; les mictions sont normales, le précipité pbosphatique ne se forme plus, selles bien plus faciles (si' elles manquent,on les fait revenir du reste,par un lavement froid.)
17 juin. — La inaliulc doit quitler Saiiit-Lazaro. I.'aspocL de la pliysionomie est toujours normal et a coinpiètenient cessé d'indiquer la souiïrance; la nialajo est engraisséoi; sa pâleur a disparu; le teint est seulement un peu uiat. La céphalée, les douleurs rachidiennes, à la pression ou spontanées, les névralgies du talon, des intercostaux, de l'aine, les douleurs lombaires et abdominales, le sentiment de froid ont cessé. La malade se lève, marche, court, monte et descend rapidement les escaliers, fait son lit, sans éprouver de fatigue particulière. Bon sommeil. Pas de palpitations ni de tachycardie, pas de troubles vaso-moteurs, bonnes digestions, selles presque absolument régulières. La quantité, la qualité des urines et des mictions sont normales.
Réflexions. « Nous étions donc en présence d'une neurasthénie » très bien caractérisée, à forme générale grave, ayant débuté par » de la métrite, et probablement causée par cette aiïection, ainsi que » cela a souvent été observé. Il semblait donc indiqué de soigner » la cause. Aussi a-t-on fait subir à la malade plusieurs opérations » consécutives, jusqu'à ce que l'ablation complète des organes » génitaux ait rendu sur eux toute nouvelle tentative impraticable, » Quel a été le résultat obtenu? absolument nu), sauf un point » bien léger, étant donné ce qu'on voulait obtenir, la cessatiou des » vomissements.
» La malade mise entre nos mains, nous essayous le traitement » classique et symptomatique, pendant un mois environ, mais sans » succès appréciable. A ce moment, bien que nous n'ayons que » fort peu d'espoir dans la suggestion, étant donnée l'inutilité anté- » rieure d'une suite d'opérations plus ou moins graves, toutes » accompagnées d'un appareil émouvant et de certains dangers, » dont la malade, très intelligente, avait la notion bien exacte, » opérations par conséquent très propres tout au moins à » frapper l'imagination, nous ne voulons cependant pas négliger » cette ressource thérapeutique, et après avoir fait prévoir les » meilleurs résultats de notre nouveau mode de traitement, nous » prescrivons sous un nom latin des injections hypodermiques » d'eau simple bouillie.
» A la suite de ce traitement, il s'est produit une action trèsmani- » teste, due probablement à la suggestion. — L'amélioration peu » intense, mais bien nette, ne dure guère que trois ou quatre jours; » cependant l'action suggestive existe encore puisque la malade » attribue, à tort ou à raison, aux injections, la diarrhée dont
ÉDOUAIID HKCKEL
» celles-ci souL suivies, diarrhée constatée par nos infirmières » d'abord et ensuite par nous-mêmes. — Diminuée d'abord de la » moitié, puis doublée, cette administration ^l'empôche pas la » malade de retomber bientôt sans raison apparente dans un état » aussi pénible que les jours précédents.
» C'est à ce moment que nous lui donnons de la Kola. L'acte » môme de prescrire ce médicament n'a rien qui soit fait pour » frapper l'imagination. — Après avoir échoué dans nos injections » d'uqua slillala, nous n'osons pas promettre monts et merveilles, » car notre autorité est peut-être un peu affaiblie par cet échec; le » nom : poudre de noix de Kola, n'a rien que de prosaïque, le mode » d'administration dans une cuillerée de bouillon, est, on peut le » dire, un peu « pol au feu »; le goût est presque nul. Déplus, » nous le répétons, des traitements précédents inutiles, des actes » opératoires éminemment propres à produire la suggestion, et, ce » qui a une certaine valeur, ayant agi sur la cause efficiente du » mal, n'ont eu qu'un mince succès. — Ajoutons que la malade est » prisonnière, en proie aux émotions répétées du transport, de » l'instruction, du jugement, qui toutes tendent à une action con- » traire à celle que nous cherchons.
» Malgré tous ces obstacles à l'effet favorable du traitement, » une amélioration progressive et très rapide, se manifeste claire- » ment aussitôt. — Comme après deux semaines de ce traitement, » l'amélioration semble ralentir sa marche, nous doublons d'une » fois la dose déjà forte de Kola que prenait notre malade et la » portons à 10 grammes quotidiennement. Dès lors l'acheminement » vers la guérison devient encore plus rapide. Un mois après » environ, notre infirmière répondait à nos interrogations que le ,, sujet descendait et montait des escaliers très peu commodes » aussi vite qu'elle-même; elle faisait sans peine à la même époque » des ouvrages très fatigants, mangeait de bon appétit et profitait » de sa nourriture. En présence de ces résultats, nous supprimons » la Kola après moins de six semaines d'usage. La malade est » suivie encore un mois pendant lequel son état se maintient inté- » gralement.
Nous avions dit à la malade de nous écrire pour nous donner » de ses nouvelles; nous n'en avons pas encore reçu, mais comme » nous ne lui avons pas donné d'ordonnance, nous pensons que
LIÎS KOLAS AKIUCAINS
» si soa état n'était pas resté boo, elle nous aurait écrit pour nous » demander un traitement. Il est donc probable que sa guérison se » maintient. De toute façon nous sommes en droit d'attribuer à » l'usage delà noix de Kola ce cas de guérison, réalisé au milieu de » circonstances très défavorables, d'une neurasthénie bien typique » ayant résisté aux traitements les plus énergiques : étiologique, » symptomatique, général et suggestif.
» Nous ferons observer en outre que, placés dans un service où » les sujets ont souvent un intérêt plus ou moins considérable à » tromper les médecins sur leur état de santé, nous sommes tou- » jours sur nos gardes, et que, dans ce cas particulier, nous avons » fait étroitement et constamment surveiller notre malade par les » sœurs et des infirmières dévouées, sous divers prétextes capables » de ne pas la mettre en défiance; que, déplus, elle n'a jamais » cherché à profiter de son état de santé pour nous arracher des » certificats ou des demandes d'expertise médicale, qu'elle était » remise an moment du jugement et que par conséquent elle ne » cherchait pas à attendrir les juges par un mal simulé, et enfin )) que les opérations successives qu'elle avait subies démontraient » bien, qu'elle était elïectivemeut malade avant l'entrée à Saint- » Lazare ».
Des expériences multiples instituées dans différents asiles d'aliénés, et notamment à Montdevergue (Vaucluse), ont établi que dans difiereuts cas de lypémanie avec affaissement du système nerveux et refus absolu de prendre de la nourriture, l'emploi du Kola a donné les meilleurs résultats. On mêlait ce Kola en poudre à doses modérées (5 à 6 gr. par jour), aux aliments introduits de force avec la sonde œsophagienne.
On a remarqué que, sous l'influence de ce traitement, la dépression nerveuse ne tardait pas à s'atténuer et en môme temps se réveillent les fonctions languissantes et même le désir de la nourriture. C'est à cette action manifeste sur le système nerveux qu'il faut attribuer les résultats heureux obtenus par l'emploi du Kola dans le traitement de l'alcoolisme, où, prétend-on, il a fait souvent merveille. Cette indication a été rendue suspecte par les études de Firth (1) qui, dans son pesssimisme, a nié à peu près toutes les
(1) Composition et action des graines du Sterculia acuminata (Kola) : Semaine médicale, 1889, p. 287.
ÈDOUARD HKCKEL
qualités aujourd'hui reconuues au Kola, et, sur le point qui nous intéresse en ce moment, n'a pas hésité à émettre l'opinion suivante : « Son action dans la convalescence des maladies graves j)araU être peu » énergique et l'on a aussi exagéré son utilité dans les cas d'al- » coolisme. » Si nous tenons compte du peu de fondement de la première de ces deux propositions, qui est nettement combattue par les expériences multiples de Huchard, nous serons peu portés à admettre la seconde sans réserve (1).
A la môme action physiologique, c'est-à-dire à l'action tonique et stimulante du Kola sur le système nerveux central doit être rapportée l'influence heureuse de ces semences contre le mal de mer recommandées très vivement par Hamilton qui les tient pour un excellent remède contre la dépression, les vomissements et les vertiges de cette origine, elles agissent à la dose de 15 gr. mâchées lentement, et si bien qu'en quarante minutes, d'après cet auteur, tous les phénomènes désagréables qui accompagnent ce mal, seraient dissipés. Cette vertu, si elle était bien constatée, serait certainement un grand bienfait pour l'humanité.
Il faut encore rattacher sans doute à la même cause physiologique l'action manifestement favorable et le plus souvent curative du Kola sur le diabète. On sait que l'École de Lyon a eu le mérite de la priorité danscette application importante et elle y a été conduite par l'indication dont sont l'objet, contre cette aflection. les caféiques en général. Mais nul d'entre ces agents thérapeutiques n'a donné, il faut le reconnaître des résultats aussi heureux que le Kola. Ceci me porterait à croire que l'action tonique sur le système nerveux de ce produit en tant que caféique, s'y trouve renforcée par la production delà caféine naissante, et à un degré inconnu soit
(1) British médical journal, 10 mars 4890. Voici du reste le résumé du rapport (ait par ce cliirurgien général de l'armée anglaise, d'après ses expériences de 1890 au camp de Miau-Mir :
« Employée comme stimulant dans le nord de l'Afrique centrale, la Kola ne „ possède aucune valeur comma aliment; la caiéine qu'elle contient exerce une , action diurétique; les solides et surloiU le^ matières cxLraclwes de lurim . diminuent notablemenl. La Kola stimule le système nerveux augmente a „ tension artérielle et la force dos battements du cœur; elle aide à supporter la » fatigue et la privation de nourriture. Prise en infusion avec du lait et du sucre, „ la Kola peut remplacer le café, le thé. surtout chez les individus cncl.ns a la » diarrhée La mastication prolongée des graines concassées est le me.lleur mode » d'administration de la Kola, etc. «
pour la caféine libre, soit pour les produits naturels qui, comme le café, le thé, le guarana, le maté, ne possèdent que de la caféine déjà formée (1). Je ne relèverai pas toutes les observations ont qui été publiées sur l'action du Kola contre le diabète dans les journaux de médecine de Lyon; je crois mieux faire en leur substituant ici le résultat de mes propres observations déjà nombreuses. Ce sont les considérations suivantes qui m'ont conduit à expérimenter le Kola contre la glycosurie bien avant l'École de Lyon, mais je n'ai point publié jusqu'ici ni mes observations ni mes résultats.
Le Kola est évidemment indiqué dans le traitement de cette affection : 1° parce qu'il permet au diabétique de se livrer sans fatigue à des exercices musculaires répétés {marche, etc.) qui sont toujours recommandés contre cette maladie ; 2° parce qu'il stimule le système nerveux et les fonctions digestives qui sont toujours plus ou moins déprimés, chez les sujets atteints de cette ailection; 3" parce que, depuis les travaux de Hope Seyler (1857) sur les animaux et de Ed. Smith (1860) sur l'homme, on sait que la caféine (et à fortiori le Kola) augmente l'exhalaison en acide carbonique au détriment des matériaux ternaires (2), ce qui permet d'admettre que le sucre développé en excès dans l'organisme est brûlé et détruit en même temps qu'il est formé.
Partant de ces données, j'ai administré expérimentalement le Kola à plus de trente sujets atteints de diabète plus ou moins grave, dont les urines contenaient de 60 gr. à 150 gr. de sucre par jour. Mes sujets appartenant à la classe élevée ou moyenne de la bourgeoisie, avaient tous les loisirs et tous les moyens nécessaires pour faire face aux exigences du traitement; c'est-à dire alimentation choisie et azotée, privation de sucre et de mie de pain, vins généreux et longues promenades chaque jour de 5 à 20 kilom. en augmentant quotidiennement la dislance parcourue.
En même temps et pour faire face à la fatigue musculaire,
(1) Il est certain que ni la caféine libre, ni les caféiques usuels et agréables (café, thé, maté) ne donnent dans ce traitement de la glycosurie les résultats qu'on obtient avec la poudre de Kola : je l'ai constaté bien des fois.
(2) M. G. Sée, dans ses études sur la caféine {Bull. acad. de médecine, 1890, p. 323) n'a fait que rappeler, sans y rien ajouter, qu'une formule nouvelle (ce qui ne donne aucune originalité à son œuvre), les expériences déjà anciennes et très probantes des deux physiologistes allemand et anglais.
278 l'CUOUAIlD lIlïCKIiL
j'augmentais corrélativement la dose de Kohi, de manière à faire durer le traitement de 13 à 20 jours, en partant de 1 gr. de Kola pour atteindre à 20 gr. le vingtième jour. Les urines, analysées après ce premier traitement, indiquent généralement le retour à l'état normal, c'est-à-dire l'absence de glycose ou seulement la présence de traces à peine sensibles. Je maintiens le traitement à 20 gr. de Kola pendant quelques jours, et, adoptant une série descendante je retourne en diminuant de 1 gr. par jour (et corrélativement la fatigue musculaire) jusqu'à la dose de 1 gr. d'où j'étais parti, cela afin d'habituer peu à peu l'organisme à se passer de son excitant neuro-musculaire. Le sujet entraîné continue ensuite à se passer de Kola pour faire ses longues marches et le plus souvent l'anection est guérie lorsqu'elle n'a pas un caractère trop invétéré. En somme, on obtient d'excellents résultats dans les affections anciennes et la cure est radicale le plus souvent quand la maladie a été prise à son debut. Le Kola doit être donné en poudre très fine, impal pable, dans une infusion légère de café noir non sucrée, moitié avant la course quotidienne, moitié après. On peut aussi prendre avec plus de facilité encore des comprimés au Kola sucrés à la saccharine, dont je publierai la formule dans la partie pharmaceutique de cette étude et qui m'ont donné d'excellents résultats. Le malade les emporte avec lui et les mange durant sa marche quotidienne. Cest le meilleur moyen de les consommer à propos, c'est-a-dire au moment où l'action neuro musculaire du Kola se produit le plus opportunément et s'entretient pendant toute la durée de la fatigue musculaire. On absorbe trois ou quatre comprimés au Kola par
heure de marche.
Pendant cet exercice qu'il est bon de faire sur des terrains accidentés (afin de faire bénéficier le sujet des grandes inspirations aux montées), la respiration est aussi accélérée, et la dépense en acide carbonique manifestement accrue par l'action du Kola, se fait librement. Je ne crois pas qu'en dehors de son emploi comme tonique gatros-intestinal et comme agent de résistance contre la fatigue et l'essoufflement déterminéspar les grandes marches. leKola ait rendu des services plus sérieux et plus évidents que ceux dont je viens de donner le détail avec quelque complaisance. 11 est vivement a désirer que l'attention des médecins praticiens soit attirée de ce côtret j'insiste d'autant plus sur ce point, qUe, dans un travail
d'ensemble sur la glycosurie paru réceaimeut dans les Sciences biologiques sous la signature du D'' E. Monin (1), ce savant praticien passant en revue l'action des divers médicaments préconisés contre cette redoutable alïeclion, se borne à dire assez dédaigneusement eu traitant de l'emploi des caféiques, qu'il considère à bon droit comme de simples adjuvants du traitement général : « le Kola est aujourd'lmi â la mode ». Qu'on ne s'en tienne pas à cette appréciation très superficielle et qu'on veuille bien s'assurer si l'engouement qui provoque le scepticisme railleur du D^" E. Monin, n'est pas en réalité très justifié. Pour ma part, je suis autorisé, après des expériences répétées qui durent depuis près de 10 ans (commencées en 1884), à croire à l'efficacité du Kola contre le diabète, dans la mesure que je viens d'indiquer. Cette mesure dépasse largement, du reste, tout ce qu'on a pu obtenir des autres médicaments préconisés jusqu'ici. C'est suffisant pour faire préférer le Kola.
L'action neurosthénique et tonique du Kola a reçu une application importante qu'il n'est pas permis de passer sous silence, bien qu'elle n'ait donné lieu jusqu'ici qu'à une seule observation, à ma connaissance du moins : il s'agit de l'emploi de la graine africaine contre les syncopes qui peuvent survenir dans les accouchements. Voici en quels termes le Chambard-Hénon relate son observation (2) : « Une femme de 28 ans avait accouché trois fois et, à » chaque parturition, avec des phénomènes de syncope pendant le » travail accompagnés d'un état asphyxique de l'enfant (le deuxième » était arrivé mort-né). A sa quatrième couche, elle a absorbé » 20 pastilles au Kola depuis les premières douleurs jusqu'à la » délivrance. Elle n'a pas eu une seule syncope, elle était gaie, cou- » rageuse et son enfant a fait son entrée dans le monde très vivant, » sans asphyxie et en poussant le cri classique. Ce résultat est dû au » Kola qui a agi comme tonique du coeur et névroslhénique ». Ce fait quoique isolé, mérite d'être signalé aux accoucheurs.
Reste maintenant la question de l'action aphrodisiaque du Kola : il n'est pas douteux qu'elle existe; les nègres, ainsi que je l'ai dit, le savent bien. Elle est réelle et même presque exclusive-
(1) L"hygiène cl le traUcmenl du diabèle {Les sciences biologiques, p. 794)
(2) Lyon me'dical, 15 mars 1891, n" 11 (De l'emploi de la noix de Kola dans l'accouciiement). Il est fàctieux que l'observateur nous laisse dans l'ignorance des doses de Kola que contenaient les pastilles dont il a usé.
ÉDOUARD UKCKEL
ment propre au Kola frais. A quel composant du Kola l'attribuer (1)7 Assurément elle n'est pas due à la caféine qui se retrouve môme en grande aboudauce dans le café, et ce dernier produit.on le sait.a été considéré à juste titre.par Trousseau.comme un anaphrodisiaque capable de réduire l'homme à une impuissance absolue. Linné appelle le café la liqueur des chapons, et Rabuteau nous rappelle que Louis XIV dut en cesser l'usage pour ne pas être victime de ses pernicieuses innuences. Michelet lui-môme,dans son lyrisme admiratif. applaudit à ce privilège du café qui détermine l'alibi des sexes. D'autre part, il est à remarquer que la graine de Kola desséchée, puis torréfiée, perd absolument ses propriétés aphrodisiaques. J'ai été conduit dès lors à admettre que le seul agent responsable de cette action spéciale est l'essence contenue en faible quantité dans le Kola frais et dont nous avons signalé l'existence, en quantité indéterminée, dans la composition chimique de la graine (voir page 206). Nous n'avons pas pu en isoler une quantité suiïisante pour entreprendre des expériences sur le produit pur.
Mais si cette essence nous a fait défaut (il eut fallu soumettre à la distillation de's centaines de kilos de semences fraîches pour en obtenir quelques grammes), du moins nous avons pu nous le procurer indirectement en préparant une alcoolature de Kola frais (2).
H^ Cette nropriété physiologique du Kola est aussi manifeste sur les animaux nue sIm' I^ si^ -on Icceptl les conclusions de deux expériences dues a M e rofesseui Coml^^^ et faites comparativement avec la caféine d'une part et r^xtr^t de iS de l'autre, sur deux cobayes du poids de 500 gr chacun (La )io x d^lot, S 1892, p. 151). L'an.mal mort sous
l'action de l'extrait de Kola (du Kola frais probablement), succombe en état d erecliou son congénère, qui succombe aussi sous des doses ultra massives de caféine,
" ÏZ^^ de ces"Sluxtpériences, au moins ces conclusions que lo la caféine mèn^à 1 ■ ùtes doses, n'est pas aphrodisiaque, ainsi que je le déduis moi-même ?a très considéra o^s expérimentales, et 2» que le Kola exerce son acl on lônL rln sisième génésique sur les animaux, comme je prouverai qu'il 1 exerce ''^'^M.omme dlnslrfain^^^^^ Elles démontrent aussi que la caféine, aux
sur 1 homme dans cer a^^^^^^ ^ alcaloïdiquement inégales du
doses excessives «"^J .^"^"^^^^ „i or telle pour les animaux, soit qu'on
foi^à l'étaTub 0 qu'on nnuiduL dans lo'rganisme vivant à la faveur l'emploie à 1 f.'**^' '''5' .7 ' animaux avait reçu 0 gr. 155 environ de
d'une préparât!»" de^^^^^^ nu^qu^vaudiait à donner à un homme adulte 10 gr. 50 rJrtXliSn'Ptr clans l'espace de cinq heures! L'experi-
'"S C:;j;:é^r:i; n;^Mte par M. Eberlin, pharmacien distingué à MarsdUj , q^S fÏÏi^^devable T^^s a^dST c^lL df ^
à^:.ft:';iuTrs^^^^s
Cette forme pharmaceutique contient certainement 1° toute l'essence qui donne son odeur spéciale particulière au Kola frais; 2" du rouge de Kola (^To/anme, dont l'alcool est le dissolvant), mais elle renferme peu de caféine libre. Or, en expérimentant cette préparation, nous avons été frappés de voir qu'elle agissait énergiquement sur le sens génésique,au point môme de le réveiller très énergiquement chez des vieillards qui se plaignaient amèrement de l'avoir vu s'éteindre presque complètement. Le môme résultat a du reste été obtenu par la mastication lente du Kola frais : dans un des cas que nous avons relevés, il s'agissait d'un homme jeune encore, 40 ans. L'action aphrodisiaque fut tellement prononcée qu'elle dégénéra, après la mastication d'une graine fraîche (comme le font les nègres) du poids de 20 à 25 gr., en un véritable accès de priapisme assez douloureux. Rien de semblable ne s'est produit à ma connaissance après l'emploi du Kola sec torréfié. On a beaucoup parlé, il est vrai, même à l'Académie de médecine, pour ridiculiser le Kola (1), d'un fait imaginaire qui se serait produit, en 1884, au 40" de ligne, à Marseille, où, après une marche ininterrompue de 58 kilom. avec fourniment complet, une compagnie d'infanterie aurait demandé la per- 7mssîo?i(/e ?Him«ï dès son retour au quartier. C'est là une légende : j'ai présidé à cette expérimentation et rien de ce que la vieille gauloiserie française a bien voulu imaginer en cette circonstance ne s'est produit. En réalité, quelques hommes demandèrent et obtinrent d'aller se promener en ville jusqu'à dix heures mais sans y causer, contrairement aux assertions de quelques journaux de médecine en quête de copie croustillante, un scandale public par l'excitation de leurs appétits génésiques. La vérité est que les hommes soumis à l'expérience avaient pris de fortes quantités de Kola (environ 50 gr. pour chaque homme), et que, les plus forts d'entre eux ne se sentant au retour aucune fatigue et aucun besoin de dormir (la caféine éloigne le sommeil), avaient préféré la promenade en ville aux charmes du repos à la caserne. — Telles sont les raisons qui m'ont porté
(1) Voir la réponse de M. G. Sée à ma communication à l'Académie de Médecine sur \e Kola et la caféine (Bulletin de l'Académie de Médecine, 1890, p. 435.) M. G. Sée dit, dans cette môme réponse, que je n'ai pas su débarrasser le Kola de la caféine pour expérimenter le rouge de Kola dans toute sa simplicité. Il n'aura plus aujourd'hui, à sa grande satistaction sans doute, le droit de m'adresser ce reproche. Le rouge de Kola a fait ses preuves maintenant, en France et à l'étranger, au grand détriment des théories singulières du savant académicien.
lîDOUAUD IlliCKEL
à attribuer à l'esseuce de Kola les propriétés aplirodisiaques de celte semence. 11 sullira donc pour ceux qui voudront coutrôler mes assertions de faire une alcoolature de Kola frais à raison de 30 gr. par 100 d'alcool à 92", et de l'essayera la dose de 10 à 15 grammes seulement: par voie de conséquence, il suffira de dessécher avec soin la graine de Kola, qui perd une grande partie de son essence par la dessiccation, et de la torréfier ensuite (comme on le fait pour le cacao), pour chasser les dernières traces d'essence et obtenir finalement un produit absolument neutre au point de vue génésique.
Ou pourrait m'objecter (comme cela a été fait d'ailleurs dans quelques journaux de médecine) que l'alcoolaturede Kola renierme de la Kolanine (ronse de Kola), qui pourrait,aussibien que l'essence, jouir de propriétés inavouables et gênantes, pour me servir des termes mômes dans lesquels M. G. Sée, se faisant l'écho officiel de bavardages de journaux aux abois, a caractérisé, sans preuves du reste, dans une discussion académique, les vertus de l'huile essentielle de Kola. Mais, si on tient compte de ce fait que la Kolanine se dédouble sous l'influence des ferments de l'économie animale en glycose et en caléine libre, on sera tenté d'admettre que ce dernier produit de dédoublement,quoique doué vraisemblablement (à l'état naissant) de propriétés bien plus actives que celles de ses congénères libres, ne peut devenir tout d'un coup l'antagoniste absolu de cette caféine libre qui est réputée anaphrodisiaque par excellence. Le thé et la maté riches en caféine ne passent i^as pour des excitants génésiques.
Comme je le dirai bientôt en m'occupant de l'emploi stratégique de cette graine, c'est cette fable du Kola aphrodisiaque (propriété qui existe à peine dans la graine desséchée, seule forme qui parvienne en Europe couramment et y soit employée, et pas du tout dans la graine torréfiée), qui a permis à M. G. Sée de traiter le Kola, du haut de sa science dédaigneuse, de substance très inférieure (1). Le Kola, il n'y a plus à le démontrer aujourd'hui, n'est, malgré M. G. Sée, pas plus une substance inférieure que le cacao, le café ou le thé, trois produits très appréciés, je crois, malgré la nécessité de les soumettre à une torréfaction préparatoire. Dans le cas particulier au Kola, cette opération, comme nous l'avons
(1) Voir dans le BuUelin de l'Acad. de Médecine de Paris, 1890, p. 435, la discussion sur le Kola et la caléiue.
LUS KOLAS AKIUCAINS
établi duDS la partiechimique de celte étude (p. 188), n'altère aiicim des composants principaux de cette graine, et elle la débarrasse de son essence. Il se volatilise, il est vrai, un peu de caféine libre, durant cette torréfaction, mais le Kola en possède une dose si élevée que cette perte est insignifiante. Le dédoublement de la Kolanini: en tout cas n'est pas à craindre (et-c'est le point important), car il ne saurait se produire par la chaleur seule, en dehors de la présence de l'eau, et la torréfaction a pour effet de l'enlever rapidement et à peu près complètement à la graine qui y est soumise.
On me permettra de terminer cet exposé rapide de l'emploi thérapeutique du ICola, par une application indigène et bien inattendue de cette graine, dans le traitement de la fièvre palustre, maladie à laquelle les nègres du Congo sont soumis comme les blancs. Je copie ce singulier mode de traitement dans une lettre qu'a bien voulu m'écrira à la date du 13 mars 1893, sur l'emploi du Kola au Congo, M. Chalot, naturaliste attaché à 'la mission Dibowski, et actuellement directeur du -Jardin d'essai à Libreville (Gabon) : « Dans » l'intérieur, de Loango à Brazzaville et de ce point à Bangui, le » Kola rouge et le Kola blanc existent, mais le rouge [VOmbéné du » Gabon) est le plus commun (1). Les indigènes l'emploient pour » combattre la fièvre, mais pas à la façon des Sénégalais qui le » mâchent eux-mêmes. Ici, le féticheur médecin (N'ganga) fait une » quantité de petites incisions sur le front du fiévreux, ensuite il » mâche le Kola mélangé de piment indigène à petit fruit ; quand ». le tout est bien malaxé, il le jette sur le front du malade, qui » ensuite va se reposer ; c'est une sorte de cataplasme composé de » Kola et de Piment. Plusieurs tribus emploient cette méthode : les » Bakounis, Bakembas, Bassoundis, Bakongos, Batékés, Bafouros, » Balois, déclarent que ce moyen est infaillible (2). Le nom indi- « gène du Kola, entre Loango et Brazzaville, est Malcassou. En pré- » vision d'une longue marche rfe nuit, ils mangent également le Kola, » ce qui les prémunit contre les besoins de sommeil et de nourriture. »
(1) J'ai vu, dit M. Chalot, dans la forôt de Mayomba et dans les environs de Brazzaville, un arbre à Kola qui avait les feuilles et les fruits plus gros que le Kola qui est au Gabon. J'ignore complètement ce que peut ôtre cette espèce.
(2) Nous avons déjà vu (page 83), pour ce qui touche au Congo, d'autres modes d'emploi indigène du Kola qui me sont transmis par M. Uibowski lui-même, mais aucun d'eux ne présente le même intérêt thérapeutique spécial que celui dont je dois la connaissance à M. Chalot.
ICUUUAIUJ lUiCKKL
Ce mode de traitement de la fièvre par le Kola ressemble siiigulièremeut à une injection de caféine, telle qu'oji la pratique dans la médecine onicielle : la caféine serait-elle un antipyrétique? Rien ne nous autorise, dans son action physiologique connue, à le penser. Serait-elle un toxique pour le microbe de Laveran ? Nous l'ignorons ; mais le fuit brutal de son action curative s'impose cependant à l'attention des observateurs.
Il me reste maintenant à parler de l'emploi du Kola en tant qu'aliment et surtout comme aliment stratégique : je suis là absolument sur mon terrain propre, qu'aucun pied étranger n'a jamais foulé, car, seul jusqu'ici, j'ai, inutilement du reste, appelé l'attention du gouvernement français sur les avantages que présente cette application. Je la relaterai donc en détail, comme il convient.
J'ai déjà dit que les indigènes africains, voués au culte du Kola, emploient cette graine tout à la fois comme masticatoire tonique à l'état frais et comme alimeùt, mêlée en poudre à du lait, quand elle est sèche. Frappé des résultats obtenus par ces hommes primitifs dans les longues marches qu'ils entreprennent sans fatigue et à l'abri de tout désordre intestinal sous l'influence de cette précieuse graine (j'en ai donné de nombreuses preuves au chapitre I de ce livre), étant donné en outre que le sort des batailles est aujourd'hui dans le jarret du soldat, je pensai qu'il y avait là un puissant élément de supériorité physique à utiliser en temps de guerre, par l'introduction de la graine de Kola sèche et torréfiée dans l'alimentation du soldat (1). J'avais relevé en effet, que les nègres africains, grâce au Kola pris même à faible dose (40 gr. par jour de graine fraîche mâchée en avalant la salive pendant les marches ou durant un travail musculaire exagéré), font des routes très pénibles
(1) Afln cl'alïranchir la France de toute conlribution étrangère, fort gênante en temps de guerre, j'avais essayé, dès 18S4, d'enlever aux Anglais le monopole du Kola en poussant toutes nos colonies françaises tropicales à la culture de cet arbre partout où elle est possible. C'est dans ce but que, comme on Va vu page 43 et suiv., j'ai successivement introduit avec succès ce végétal aux Antilles, à la Guyane, à la Réunion, en Cochinchine et enfin à Madagascar. Actuellement, grâce à cette introduction rendue possible par l'action bienveillante du Sous-Secrétariatdes Colonies et réalisée par les envois de graines ou de jeunes plantes du Jardin botanique de Marseille (placé sous ma direction), nos principales colonies des Antilles sont sur le point, si ce n'est fait déjà, d'être des lieux de production abondante de la graine de Kola. Alors nos marchés français pourront être approvisionnés, non par Sierra-Leone, mais par nos propres colonies.
OU des travaux excessifs en plein soleil tropical sans en souffrir, sans subir le moindre essoufflement aux rampes fatigantes et tout cela en supportant des poids de 30 kilos environ. Le Kola leur permet en outre de prendre peu d'aliments et, au besoin, leur en tient lieu en temps de disette, sans que leurs forces ou leur résistance en soient diminuées. C'était une indication précieuse et dont l'application à l'art de la guerre me paraissait devoir être fructueuse en bons résultats, pour un coup de collier, p. ex.
On a dit avec raison que le vrai patriotisme consiste aujourd'hui, la guerre étant devenue essentiellement savante, à faire converger tous les progrès de la science vers la défense du pays. C'était bien le cas. Chacun sait, en effet, que dans les grandes guerres, les armées en marche, malgré la sollicitude bien connue, hautement proclamée et incontestée des officiers de l'intendance, sont souvent mal approvisionnées et peuvent môme manquer quelquefois absolument de vivres, surtout quand, la victoire désertant les drapeaux, le désordre est à son comble. De plus je voyais dans l'introduction de l'alimentation stratégique au Kola, un moyen infaillible, grâce aux propriétés antidiarrhéiques et toniques gastro-intestinales du Kola, de faire disparaître à tout jamais des camps, ce fléau des armées en campagne, la dyssenterie, qui fait souvent plus de trouées que la mitraille dans nos bataillons, ou jette tout au moins dans les hôpitaux un fort contingent de belligérants dont la place reste vide dans les rangs. Enfin, j'avais encore à compter sur une autre action précieuse du Kola. D'après le témoignage de tous ceux qui eu ont usé, il ne donne pas seulement des jambes solides mais encore, suivant une expression militaire fort juste, « du cœur au ventre », c'est-à-dire du courage, de la gaîté et de l'entrain, même à des hommes qui ne sont soutenus ni par l'enivrement de la gloire ni par l'excitation que donne une alimentation suffisante, ce qui fut, hélas, trop souvent le cas durant nos désastres de 1870.
Toutes ces considérations me portèrent à rechercher les moyens pratiques d'introduire le régime au Kola dans les armées françaises au moins comme en cas, à titre d'aliment de fortune ou de circonstance. Il ne fallait pas songer à imposer au fantassin français l'emploi du Kola d'après la méthode du nègre africain, c'est-à-dire eu lui
l'CDOUAniJ II12CIIHL
faisant mastiquer la uoix fraîche et avaler sa salive (1). Le Kola du reste arrive, le plus souvent.en France.sec et par conséquent tropdur pour se prêter à semblable opératiou ; j'ajoute que le goût français, môme celui des simples soldats, est trop exercé pour trouver du plaisir à la masticatiou d'une graine Apre et toujours un peu amère. La nourriture, pour être utile, doit tout à la fois satisfaire l'appétit et le sens du goût. Il fallait donc, pour la rendre acceptable, l'introduire dans une préparation toute faite capable d'eu dissimuler le plus possible la saveur spéciale. .Je m'étudiai à résoudre ce problème dont la solution est difficile, étant donnée la répugnance du soldat pour tout ce qui est nouveau. Après beaucoup de tâtonnements qui avaient porté, sans grand succès, tour à tour sur les formes alimentaires les plus connues du fantassin : chocolat au Kola, saucisses aux pois et au Kola, potage de conserve au Kola, je m'arrêtai, sur les conseils même de M. le Directeur du service de santé de l'armée, le Docteur Dujardin-Beaumetz, à la forme galette ou mieux biscuit. La forme chocolat fut expérimentée tout d'abord, je viens de le dire, parce qu'elle est de préparation facile, le Kola s'alliant admirablement à son proche parent, le cacao, qui lui donne des qualités agrôaliles dont *il est naturellement dépourvu. La majorité des soldats l'acceptait avec plaisir; mais les indigestions étaient fréquentes.
Certains hommes passaient leurs rations, que je baptisai du nom significatif et justifié de condensées accélératrices, à leurs voisins plus voraces et s'en débarrassaient ainsi, soit par défiance de l'inconnu, soit par répugnance pour ce genre d'aliment.ll en résultait que les uns e» prenaient trop (assez pour s'indigérer ou se Kolaïniser), d'autres pas du tout. De là,de mauvais résultats expérimentaux: la forme chocolat était cependant le meilleur moyen de masquer la saveurdu Kola. La forme biscuits, dite galettes condensées accélératrices, parut réunir le plus grand nombre de suffrages : les hommes l'acceptaient facilement ; c'était doux et agréable, la saveur
(1) J'apprends cependant au dernier moment que le général Dodds, pendant sa brillante campagne du Dahomey en 1892, a recouru avec grand succès à cette pratique dont il donna lui-même l'exemple aux troupes, a qui lui a fourni un des principaux éléments de résistance à ce climat meurtrier.Mais ce général était dans des conditions particulières : ses troupes indigènes ou acclimatées provenaient toutes du Séné„^al ei connaissaient toutes le Kola et ses vertus: elles les avaient probablement éprouvées bien avant le commencement de la campagne.
du Kola (qui dans cette préparation rappelle un peu celle de l'encens) y était très supportable.
Différents ministres de la Guerre se sont succédé, qui, tous ordonnèrent des expériences dans l'armée sur ce produit d'une préparation très simple, dont j'avais offert tout d'abord le monopole au Ministère de la Guerre (1) et déposé la formule entre les mains du Comité technique du Service de santé de l'armée (2). De nombreux rapports dus soit aux chefs de corps, soit aux médecins militaires, établissent nettement que l'emploi de ce produit est sans inconvénient et qu'il donne les résultats attendus, c'est à dire une grande facilité pour triompher de la fatigue et de l'essoufflement déterminés par le grandes marches, et l'apaisement de la faim (3).
Le mode d'absorption que j'avais adopté comme se rapprochant le plus de la méthode nègre, consistait à faire prendre deux galettes aux hommes une demi-heure avant le départ pour une longue et pénible étape, puis une galette durant tout le temps de la marche aux haltes horaires. Un seul repas solide coïncidait avec le milieu de l'étape environ : on suspendait l'emploi des galettes une heure avant l'arrivée (le soir) à l'étape, afin de ne pas troubler le repos de la nuit par une absorption de caféine (non utilisée à un travail musculaire).
(1) J'ai en ma possession une lettre de renseignements de M. Le Royer, alors président du Sénat, qui voulut bien sur ma demande me servir d'intermédiaire auprès du ministre de la Guerre de l'époque (I880, avril). En rendant justice à mon désintéressement, ce haut dignitaire m'y fait connaître qu'il a rempli la mission dont il avait liien voulu se charger. 11 demandait seulement pour moi le remboursement des dépenses que j'avais faites pour la confection de l'outillage de préparation, et des premiers frais d'expérimentation dans l'armée, les autres étant restés à la charge de l'Etat. Cette démarche resta sans résultat.
(-2) Je crois avoir à peine besoin de dire que toutes mes e.\périences dans l'armée avaient été précédées d'essais préalables sur moi-même, sur mon entourage et sur toutes les personnes de bonne volonté (facteurs ruraux, vélocipèdisl.es, etc.) qui, forts de mon exemple, ne craignaient pas les conséquences d une expérience du reste inoSensive.
(3) Voir ma brochure intitulée : Rapports des chefs de corps et des médecins militaires, concernant les expériences faites jusqu'à ce jour sur les Rations condensées accélératrices (Marseille, août 1888).
( Poudre de Kola .... 1 gr
Ces galettes du poids de 10 grammes renfermaient < Sucre 2.o0
( Farine et aromates . . G.îiO
ÉDOUARD HECKEL
C'est avec ce genre d'alimentation qu'il a pu être réalisé de véritables tours de force comme marche, notamment celle du colonel De Cornulier-Lucinière et de son lieutenant-adjoint (24 juin 1888), qui purent faire en montagne huit heures d'excursion par 28 et 30° de chaleur, dès leur première expépérience, sans entraînement préalable; puis 12 heures consécutives de marche, sans autre repos que 20 à 25 minutes en tout. Cette fois ces observateurs s'élevèrent de 360^ d'altitude à 2302 dans des conditions qui étonnèrent les expérimentateurs eux-mêmes. Entre autres prouesses sportiques, ils enlevèrent sur la grande route de Vernet-les-Bains à Villefranche les six derniers kilomètres pendant la heure de marche avec une vitesse de 6 kilom. eu 60 minutes. Le colonel termine son rapport ministériel par ces mots « Il est à » souhaiter que l'armée vous doive cette précieuse et remarquable » alimentation. Ces galettes sont bien dignes du nom de Ration de » 1er (1) ».
Je dois, pour justifier mon dire, et à cause de la fausse opinion qui semble se dégager des expériences faites dans l'armée, donner ici tout au long les rapports des médecins militaires et des chefs de corps dont il m'a été possible d'obtenir communication. Ils sont assez nombreux et assez probants pour déterminer le lecteur à conclure lui-même si, oui ou non, ainsi que j'eu avais formulé la prétention, justifiée je crois, l'alimentation méthodique au Kola est capable de donner au combattant la résistance nécessaire pour lui permettre de longues marches tout en le nourrissant, et sans que son emploi soit suivi de dépression.
(1) Le colonel De Cornulier-Lucinière, aujourd'hui général, fait ici allusion à une forme de Ration de guerre allemande qui a reçu celte dénomination en raison sans doute de la résistance qu'elle donne aux hommes soumis à son usage. Cette ration de fer allemande avant mes expériences, était, si je suis bien informé, faite de viande, de pois et de cacao ; depuis que mes essais ont été divulgués par une discussion publique à l'Académie de Médecine, je crois savoir aussi que les allemands y ont ajouté du Kola : ils se le procurent par leur colonie de Cameroon (Golfe de Guinée, Afrique tropicale). Comme je l'ai dit, ils ont fait planter ce végétal en Nouvelle-Guinée.
15* Corps d'armée — 30' Division d'infanlcrle — 60» Brigade — 40" liégimcnt d'infanterie.
Conclusions du rapport présenté par la Commission supérieure, nommée en vertu d'une décision ministérielle à Marseille (Expériences faites sur un bataillon du 40' Régiment d'Infanterie).
Des observations recueillies, on peut conclure que : 1° Le chocolat de M. le Heckel est agréable au goût ; comme aspect et comme saveur il diffère un peu du chocolat ordinaire, mais ses effets sont très remarquables ; il produit une excitation musculaire, qui permet d'effectuer de longues marches sans fatigue.
2° La force produite par l'emploi du chocolat doit être utilisée immédiatement ; son effet se prolonge de deux à trois heures.
3° Si la force n'est pas utilisée, elle occasionne une excitation qui prive l'homme de sommeil.
4° Il n'y a aucun inconvénient pour l'organisme à renouveler l'excitation par l'absorption de nouvelles doses de chocolat à la condition d'employer, au fur et à mesure, la force produite et de limiter la consommation à 250 grammes de produit par vingt-quatre heures.
5° La vitesse d'une troupe soumise au régime du chocolat Heckel se maintient entre le maximum de 7 kilomètres et le minimum de 5 kilomètres à l'heure,.
6° Le maximum d'effet est obtenu lorsque le chocolat est consommé d'heure en heure pendant la iialte horaire. Dans ce cas, une petite troupe à pu maintenir la vitessse de 5 kil. 500 mètres à l'heure pendant dix à douze heures.
7° Il ne convient de faire consommer du chocolat au repas du soir qu'aux troupes chargées d'un service de nuit aux avant-postes, aux tranchées, dans un siège, etc., le reste
290 EDOUARD IlliCKHL
des troupes, pour se reposer, doit, reprendre tous les soirs le régime normal, le chocolat étant réservé pour les heures de marche.
La combinaison du chocolat avec la nourriture ordinaire (conserves), peut avoir devant l'ennemi des avantages considérables ; on pourrait faire marcher une armée dans la formation préparatoire de combat pendant quatre jours, sans convoi : cette armée pouvant facilement accomplir des marches de 35 à 40 kilomètres, pourrait gagner deux jours sur les prévisions de l'ennemi, le surprendre en flagrant délit de manœuvre ou de marche et décider d'un seul coup du sort de la campagne. Cette seule éventualité justifierait l'adoption du chocolat de M. le D'Heckel.
Une autre considération l'impose : l'Allemagne vient de fonder une colonie dans la région du Congo qui produit la graine employée par M. Heckel ; les précieuses propriétés de cette graine n'échapperont pas à la sagacité des agents de cette nation ; il faut donc s'attendre à voir l'armée allemande bientôt pourvue de ce redoutable élément de supériorité physique (1). Le succès dans la prochaine lutte entre ces nations, restera vraisemblablement à celui des deux adversaires qui fera de la graine l'emploi le plus judicieux et le plus opportun,
Marseille, le 15 Janvier 1885.
Le Colonel, commandant le M' de ligne, rapporteur, Signé : J. BONNET.
Rapport du médecin major de 2^ classe, Bertrand, sur les expériences faites par le 1" bataillon du 61' de ligne, à Draguignan, sur le produit alimentaire du professeur Heckel.
CONCLUSIONS
Il ressort de nos expériences sur le bataillon entier :
1° Que ce produit alimentaire est un aliment véritable, d'un
(1) Ces prévisions du colonel Bonnet, semblent s'être réalisées. J'ajoute que malgré les conclusions formelles de ce rapport très-favorable, lalimentalion au kola ne fut pas adoptée par le minislère de la guerre de l'époque et ne l'est pas encore aujourd'hui, en raison de circonstances que je signalerai plus loin.
LES KOLAS AFUICAINS
goût agréable pour la généralité de nos soldats et facilement acceptable pour ceux qui ne sont pas habitués au chocolat ; qu'il est réparateur des forces ; qu'il diminue les sécrétions intestinales et favorise la tonicité de l'intestin.
2° Qu'il est nettement stimulant par l'excitation musculaire qu'il détermine chez les hommes, que cet effet et d'autant plus évident que la charge du soldat et que la marche sont mieux réglées.
3° Que cette action stimulante ne devrait pas être cherchée par les officiers chargés de régler la marche, mais qu'il faut la laisser librement se produire chez l'homme, pour qu'elle puisse se traduire soit par l'accélération, soit par la continuité de la marche.
4» Que cette action stimulante dure plusieurs heures et qu'aucune dépressionne suit son usage.
5° Que son emploi, en alimentant les hommes, en leur permettant de longues marches, n'a entraîné aucun inconvénient pour leur santé.
Draguignan, le 10 Octobre 1885.
Signé : D-^ BERTRAND.
Expériences faites sur le chocolat Heckel dans les manœuvres Alpines, par le 24« bataillon de chasseurs à pied, pendant une marche de vingt-quatre heures.
Rapport du D'' Lesbros, médecin du bataillon.
Neuf hommes de bonne volonté, intelligents et bon soldats, de constitution et de résistance moyennes, ont été choisis pour expérimenter ce chocolat pendant la marche de vingt-quatre heures (du 23 au 24 Juillet 4885). Ils ont d'abord mangé la soupe comme les hommes de leur compagnie, avant le départ à quatre heures du matin. Puis, il leur a été distribué à chacun 9 (neuf) barres qu'ils ont mangées avec le pain de la façon suivante, à l'exclusion de toute autre nourriture, savoir :
ÉDOUARD HECKEL
1 barre ù 6 h. du matin, à la main avec du pain (1).
2 » 10 )) bouillie à l'eau avec du pain. 1 )) 2 du soir, à la main avec du pain
2 )) 7 )) bouillies à l'eau avec du pain.
1 )) 4 le lendemain matin à la main avec du pain.
La marche a duré de 4 h. 1/2 du matin à 8 heures le lendemain, c'est à-dire 27 heures 1/2 avec des haltes horaires tje quelques minutes et trois longs repos :
Le premier, de 10 heures à midi.
Le deuxième, de 6 heures 1/2 à 11 heures du soir.
Le troisième, de 1 heure à 4 heures du matin.
II reste par conséquent dix-neuf heures de marche environ.
De mes observations pendant cette marche, avec comparaison sur neuf hommes marchant de concert dans les mêmes conditions de chargement, mais soumis au régime normal (hommes témoins), il résulte que le chocolat Heckel produit une excitation certaine à la marche : vers la heure de marche tous disaient qu'ils se sentaient presque aussi légers qu'au départ ; vers la 12e heure de marche la fatigue était aussi grande que chez leurs camarades. Quant aux autres propriétés physiologiques, rien à noter de particulier. Six sur neuf hommes, ont parfaitement dormi au repos de 8 heures à 11 heures du soir et de 1 heure à 4 heures du matin sous la tente et sur la dure, les trois autres accusent un peu d'insomnie et une certaine agitation.
Aucun d'eux n'est resté en route comme traînard. J'ai moi-même pendant les cinq dernières heures de marche (que je ne pouvais faire à cheval à cause de la difficulté des sentiers), fait l'essai du chocolat dont j'absorbai quatre barres, et j'ai constaté une excitation réelle à la marche pendant les trois premières heures, mais vers la fin de la quatrième heure, je commençais à voir fuir ma légèreté (2).
(1) Chaque barre contenait 1 gr. de Kola. En tout 9 gr. de Kola furent absorbés durant cette marche pénible et à doses fractionnées ; célail évidemment insuffisant.
(2) Note de M. Beckel: Je dois faire remarquer que cette courte excitation, cependant très bien constatée, résultant de l'emploi des rations, s'explique par ce que l'expérience s'était faite au début de mes recherches concernant les meilleu-
LES KOLAS AFUIGAINS
Quant à la facilité avec laquelle ces hommes ont accepté l'alimentatiou exclusive au chocolat Heckel, elle a été très grande et elle fait l'éloge de la préparation que tous ont trouvée savoureuse.
Le Moulinet (Alpes-Marilimcs), le 31 Julllcl 1885.
Signé : LESBROS.
Expériences sur le chocolat Heckel, faites par le 23" bataillon de chasseurs à pied, à Alger (Rapport du D"- Pouchet, médecin du bataillon).
' (Expériences ordonnées par le Ministre de la Guerre).
CONCLUSIONS
1" Le chocolat Heckel est un aliment réel (1). Sa richesse en éléments protéiques pourrait toutefois être augmentée comme il sera dit. La complexité de sa composition lui donne en même temps des propriétés stimulantes constatées non point d'une façon générale et constante pendant les marches, mais partiellement,alors que l'excitation amenant l'insomnie a été à peu près générale.
Cette insomnie peut être évitée ou recherchée par la graduation de la consommation du chocolat.
2° 11 a permis pendant la saison chaude d'accomplir une série de marches longues et rendues très pénibles par la chaleur (Juin), le chargement des hommes et la poussière intense des routes. Malgré ce surcroît de fatigue, la santé du bataillon est restée très bonne. Le nombre des indisponibles s'est seulement accru par la production insolite du traumatisme des pieds.
3° Cet aliment peut suffire pendant plusieurs jours (ce chiffre ne devra pas se passer quatre journées consécutives sans interruption) à l'alimentation exclusive d'une troupe.
res doses à donner aux fantassins J'avais commencé par le 24' bataillon de chasseurs à pied, ma série progressivement croissante de ces doses. II en résulte que c'est ce corps de troupe qui a reçu la dose la moins élevée ; elle fut insuffisante et j'en pris bonne note pour l'avenir.
(1) Chaque barre, dans cette expérience et dans les suivantes, contenait 3 gr. de Kola en poudre. .
ÉDOUAHU llliCKKL
L'état sanitaire n'a pas été compromis non plus par cette épreuve et nos hommes ont conservé tonte leur vigueur.
4" Toutefois, nous n'avons pas observé que la fatigue éprouvée fut moindre chez les hommes soumis à ce régime que chez ceux soumis au régime normal. La vitesse n'a pas non plus été augmentée d'une façon très sensible.
5° Il ne nous a pas été possible de conclure au sujet des sécrétions intestinales. Cette propriété précieuse de les diminuer, si elle est constatée, est appelée à rendre des services dans les circonstances ou la diarrhée atteint un si grand nombre d'hommes.
6° L'alimentation exclusive par lechocolat devra être l'exception .
7° L'alimentation mixte est la plus favorable. Le chocolat pourra alors remplacer le café ou la soupe du matin et le repas de la grande halte.
8° Les quantités de chocolat consommées devront être proportionnées au régime ou au résultat qu'on veut obtenir, de la façon suivante :
Régime mixte. — l\ tant consommer de 3 à 4 tablettes, suivant les circonstances, et prises, l'une liquide, le matin, deux solides pendant la route, une liquide ou solide à la grande halte. L'excitation sera ainsi dépensée pendant la route et le sommeil ne sera pas troublé pendant la nuit.
Régime exclusif du cliocolat Heckel. — Deux conditions pourront se produire : A. — La troupe devra cantonner. Elle aura à fournir une étape de moins de 45 kilomètres ou un travail correspondant : Cinq barres seront suffisantes. Le dernier repas devra être fait de bonne heure. Si la ration de pain, 700 grammes ou de biscuit (800 gr.) n'a pas été consommée, il sera fait une soupe maigre ou une préparation analogue avec le biscuit (Turlutine), quand les circonstances militaires ou locales le permettront. B. — L'étape sera de plus de 45 kilomètres, ou un travail correspondant devra être fait : toute la ration devra être consommée, c'est-à-dire 6 barres, avec les précautions précédentes ; l'aide d'une soupe maigre permettra d'achever la consommation du pain et du biscuit.
C, — La troupe devra être de grand-garde : toute la ration sera consommée. Deux tablettes seront réservées pour les repas du soir^ et absorbées soit liquides si c'est possible, soit à la main si les circonstances militaires ne permettent pas d'allumer les feux.
9° Il sera indispensable de veiller à la conservation du chocolat distribué aux hommes, en exigeant qu'il soit enfermé dans le sac, avec les précautions indiquées par l'inventeur. Ces soins seront surtout pris pendant la saison chaude.
Alger, le 20 Juillet 188o.
Signé : D'^ FOUCHET.
7" Bataillon de chasseurs à pied — D' A Bonnery.
Rapport du D' A. BONNERY, médecin aide-major de 1'° classe, sur les rations concentrées du D' Heckel : expériences faites au 7^ bataillon de chasseurs à pied entre Guillaume et Saint-Martin- Lantosque (Alpes-Maritimes).
Les rations concentrées sous forme de tablettes de chocolat ordinaire, furent mises en caisse le 18 mai 1885 et mises en expérience le 3 Août suivant. La caisse a été transportée en voiture pendant 13 jours, gardée en magasin pendant 35 jours, enfin transportée à dos de mulet pendant un mois à raison d'un déplacement tous les 4 jours. Malgré les chargements et déchargements fréquents, le cahotement du transport, l'influence de la chaleur, la pluie et l'humidité, la conservation du chocolat était parfaite lorsque la caisse fut ouverte. Son goût était très agréable : les agents extérieurs n'avaient pas produit la moindre altération.
Le 3 Août, 32 rations furent distribuées à un demi-peloton, les hommes n'étaient pas choisis, chaque homme reçut six barres en sus de ses aliments ordinaires.
Le départ eut lieu à 3 heures 1/2 du matin, l'arrivée à 9 heures 1/2 du soir, soit 18 heures de marche avec des haltes horaires de 10 minutes et deux grands repos : l'un de sept à huit heures du matin, l'autre de 2 heures 1/2 à 5 heures du soir. Le temps fut couvert dans la journée, orage et pluie torrentielle depuis 6 heures jusqu'à l'arrivée.
Les hommes ont mangé : une barre avant le départ à la main après leur soupe ; deux barres à 7 heures, à l'eau avec du pain ; deux
EDOUARD HECKEL
barres au second repos, à l'eau avec du pain, et une barre à 6 heures à la main. Ils ont accusé une excitation notable et incitation marquée à la marche avec de la gaieté. Trois heures après le départ, au moment ou le silence régnait dans toute la colonne, ces hommes se sont mis à chanter : et cependant nous gravissions une côte depuis le départ. L'effet nutritif a été très remarqué et noté par tous les hommes.
Aucun n'a été indisposé par l'ingestion du chocolat, la digestion en a été facile. J'ai moi-môme pris deux barres avant le départ, et j'ai éprouvé les mêmes phénomènes ainsi que le besoin de marcher. Je n'ai pas eu faim à l'heure du déjeuner, et j'ai attendu sans difficulté jusqu'à onze heures du soir sans manger ; j'ai dû boire à plusieurs reprises. J'ai plus tard utilisé les quelques rations qui me restaient de la manière suivante. Obligé par des circonstances spéciales, de garder au corps et de soigner des hommes gravement malades (choléra), je donnai deux barres de chocolat à l'infirmier de garde pendant la nuit, il les faisait cuire à l'eau et cela suffisait pour le nourrir et le tenir en éveil. Là encore, je n'ai pas observé le moindre trouble digestif : les infirmiers avaient le soin de me demander leur ration si parfois j'oubliais de la leur donner.
Marseille, le 20 novembre 1885. r.r^x„v,T.r.A^
Signé : D' A. BONNERY.
15» Corps d'armée — 40° Régiment d'Infanterie — Place de Privas.
Rapport du médecin-major de 2" classe, Cazalas, du 40"= de ligne, concernant les effets obtenus sur les troupes en marche, par l'alimentation avecle chocolat Heckel (Expériences prescrites par Décision ministérielle).
Marche de 55 Jdlomètres de Bagnols ,(Gard) à Rochemaure (Ardèclie).
CONCLUSIONS
L'unique expérience faite jusqu'ici ne saurait suffire pour former toute mon opinion ; mais, cependant, d'après ce que j'ai observé
sur les hommes et surtout d'après .ce que j'ai ressenti moi-môme, je puis dire :
1» Que le chocolat Heckel est un aliment sufïisant, à la dose de 250 grammes par jour, pour la nourriture d'un homme devant fournir un travail exagéré. Cette dose môme pourrait être diminuée.
2° Qu'il produit une action évidente sur le système nerveux et sur le système musculaire; qu'il donne à l'organisme tout entier une impulsion indéniable : la marche de la colonne, l'absence des traînards, cet entrain qui lui avait fait défaut jusqu'alors, et qui allait pour ainsi dire en augmentant avec les kilomètres parcourus, les sensations éprouvées par quelques officiers et sous-officiers, en sont la preuve évidente. Cet aliment pousse à la marche et permet de fournir de longues étapes sans entraîner de trop grandes fatigues.
3° L'excitation ne commence guère à se faire sentir que deux heures après la première absorption, et elle a paru avoir son maximum d'intensité vers la neuvième heure qui l'a suivie. Il est vrai de dire que l'aliment a été pris pendant sept heures de suite. Il y a un moment où il se produit une excitation générale, ce dont on pourrait, je crois, tirer un très grand avantage au point de vue stratégique.
4" A dose progressive, il ne paraît pas donner un accroissement sensible de la vitesse, mais permet de marcher à la vitesse réglementaire pendant douze heures.
5° Cette excitation n'est pas suivie d'une dépression des forces, car après une marche de 55 kilomètres, beaucoup d'hommes auraient pu fournir encore un effort. Après une nuit de repos, les forces ont été complètement réparées ; l'homme n'a éprouvé aucune raideur, aucune courbature ; il a semblé avoir repris toute sa vigueur et a pu faire le lendemain une marche de 26 kilomètres sans ôtre trop fatigué.
6° L'ingestion du chocolat ne paraît pas avoir une influence fâcheuse sur la santé en général, car, pendant les quatre jours qui ont suivi son usage, il n'y a eu aucun malade.
1° Cette préparation paraît diminuer sensiblement la sécrétion sudorale, mais étant donné la température peu élevée de la journée (21 octobre 1885), il n'est pas possible de porter un jugement définitif sur ce point.
8° Il ne possède aucune action excitante sur les organes géni-
ÉDOUAUD HECKEL
taux, tolit ;k; moins (]uaurl l'exeitatiou eugeudrée a, comme dans noire expérience, été utilisée pour produire en marche un elîort musculaire.
1)0 La respiration paraît avoir été favorisée, puisque les hommes n'ont pas été essoulilés, et que nous n'avons ohservé aucune syncope, accident fréquent pendant les marches.
IQo Sous son inlluence l'esprit parait être plus net, le travail plus facile. Le sommeil a été quelquefois difficile à ohtenir, mais quand il a été obtenu il a été calme et réparateur (1).
11 ne convient pas de dépasser six barres.
Pi'ivas, le 30 oclobrc 1885,
Signe : D^ GAZA LAS
15« ('orps d'armée — Place de Draguignan.
Rapport du chef de bataillon, de Gayer d'Ort, commandant le 1" bataillon du 61% à Draguignan, concernant les expériences faites sur le chocolat Heckel (Expériences faites par décision ministérielle).
CONCLUSIONS
En résumé les expériences faites par le 1" bataillon du 61e de ligne ont établi :
10 Que la ration de 250 grammes mangée avec le pain est plus que suffisante pour nourrir un soldat pendant une journée de marches.
2° Que sauf de rares exceptions (deux à six hommes par compagnie), cette nourriture spéciale ne répugne pas aux hommes.
(1) Note de M. Heckel ; Gel accident (insomnie) et quelques vomissements se sont produits dans cette marclie à laquelle j'ai assisté. 11 reconnaît pour cause ce lait, que certains hommes ont mangé jusqu'à liuit barres de ce chocolat, ce qui dépasse toute mesure. Ils tenaient le surplus de leurs six barres réglementaires des autres hommes qui n'avaient pas voulu, pour des raisons diverses, manger la totalilé de leur ration (six barres). Il y a eu évidemment phénomène de Kolaïsme.
11 ne convenait pas de dépasser six barres en 12 heures au maximum, pour éviter cet accident.
3" Que prise avec de l'eau, elle se digère facilement, n'occasionne aucune indisposition et ne cause pas d'insomnies.
L'effet de cette nourriture pendant plusieurs jours consécutifs n'a pas été expérimenté. Les deux bataillons alternaient pour le mode d'alimentation.
La question de l'accélération et de la résistance à la fatigue n'a pas été démontrée par les quatre marches, mais l'expérience individuelle du Capitaine Gille et du médecin major semble ne pas laisser de doute sur cette propriété.
Draguignan, le 2o Septembre 1885.
Le Chef de bataillon, Signé : De GAYER D'ORT.
Expérience faite par un bataillon du3°de ligne, le 17 Juilletl886. Marche effectuée de Saint-Sauveur à Guillaume (Alpes-Maritimes) 40 kilomètres.
Rapport du D' Bonnery, médecin-major de 2° classe.
Mangé avec plaisir par les hommes, le chocolat n'a pas causé le moindre dérangement; personne n'a été indisposé. Les hommes ont accusé un effet nutritif très sensible et une excitation notable à la marche.
La colonne partie à 4 heures du matin a parcouru en montagnes environ 40 kilomètres, de Saint-Sauveur à Guillaume. Partie de 500 mètres d'altitude, elle s'est élevée à 1,300 mètres, mais par des chemins très raides : il faut ajouter qu'il s'est présenté des descentes et des réascensions successives, ce qui fait que la colonne a gravi en somme une hauteur considérable pour redescendre à 722 mètres.
Il n'y a pas.eu un seul traînard sur 230 hommes : les hommes ont marché avec entrain. Ils ont pris : 1° une barre sèche à la main à chacune des trois premières pauses horaires ; 2" une barre à l'eau à la grande halte qui a duré une heure et demie, à Beuil ; 3° une barre sèche à la deuxième halte horaire après la grande halte, deux heures environ avant d'arriver. En tout cinq barres (Kola 15 gr).
ICDOUARD IIECKEL
La coloimo est ari'ivée à Guillaume à 3 h, 1/2. En ////// heures (pauses et grande halte déduites), elle a donc parcouru 40 kilomètres en monUujne, sans laisser de traînards (moyenne 5 kilomètres à l'heure de 60 minutes).
Le résultat de l'expérience est bon Les ofliciers de la colonne l'ont constaté avec moi. Les hommes n'ont pas bu plus que d'habitude. Personne n'a signalé d'érections dans la nuit qui a suivi l'expérience.
Comps-du-Var, le 22 Juillet 1880.
Signé : BONNERY.
Rapport du docteur Bernard, médecin-major de 2"" classe, au 2"'° régiment étranger à Sldi-bcl-Abbh (Oran), sur les expériences faites, concernant les tablettes de chocolat et les biscuitspotage du docteur E. Heckel. Marches faites les 2, 3 et 4 juillet 1886.
CONCLUSIONS
Le chocolat mis à notre disposition est très bien conservé ; il a l'aspect extérieur et la cassure du chocolat de bonne qualité du commerce, il est agréable au goût et ne déplaît pas à des hommes qui, cependant, par leur origine, sont peu habitués à ce produit. Il n'altère pas les hommes et .ne leur empâte pas la bouche, il provoque au contraire une bonne salivation et produit une sensation de fraîcheur que quelques hommes comparent à celle de la menthe.
Après les marches (1) qui ont été, le premier jour de 22 kil. le second dé 26 kil. et le 3^ de 30 kil. (trois journées consécutives), aucun homme n'a déclaré être fatigué, tous auraient pu continuer leur marche.
Tous accusent également une grande facilité de i^espiration ; la poitrine est libre et ne semble pas comprimée comme dans les circonstances ordinaires de marche à cette époque de l'année.
(1) Les marches ont été faites par des hommes non choisis portant le chargement réglementaire de campagne : cartouches, toiles de tente, couvertures, vivres de réserve.
Après les deux premières marches, ils ont lait dans l'après-midi deux heures d'exercice.
Le biscuit-potage ressemble tout à fait au biscuit ordinaire.
Ces produits ont une véritable action excitante qui, chez nos hommes, pendant les deux premières marches, à cause des doses données, s'est traduite par un peu d'insommie à la sieste réglementaire de 10 heures du matin à 2 heures, et môme pendant la nuit. Mais, chose étonnante, cette excitation n'a pas été suivie d'une période de dépression, car le lendemain matin les hommes frais et dispos se préparaient, sans difficulté à la marche suivante.
Ces rations sont nutritives et paraissent remplir les conditions d'un aliment d'épargne, car nos hommes qui sont certainement les soldats doués, dans l'armée, du plus robuste appétit, n'ont pas pu manger leur gamelle en entier, le soir après la marche, non pas que la perte de l'appétit fut imputable à un excès de fatigue, mais parce que le besoin d'aliment ne se faisait pas sentir.
La rapidité de la marche a pu être mesurée dans la 3" expérience du dimanche 24 juillet, dans laquelle 30 kilomètres ont été franchis. Les quinze derniers kilomètres ont été faits à raison d'un kilomètre en dix minutes. Cette vitesse a été exactement constatée par nous, et durant cette marche, la fatigue ayant correspondu à l'excitation développée, il n'y a plus eu de surexcitation ni le jour ni la nuit, et l'appétit est i-edevenu normal.
Chez aucun homme nous n'avons constaté ni diarrhée ni
VOMISSEMElNTS.
En résumé, le chocolat du D"" Heckel, tant par ses propriétés excitantes que par sa valeur nutritive, paraît destiné à rendre en campagne et dans des circonstances nettement déterminées, de réels services.
Sidi-bel-Abbès, 24 juillet 1886.'
Signé: D"^ R, BERNARD.
ÉDOUAIID IIECKEL
Lettre du Docteur Troussaint, médecin-major de 2° classe au 58° de ligne, concernant les expériences faites le 7 août par un bataillon alpin de ce régiment (marche de 24 heures, de Saint-Etienne à Vignols, par le col de La Vallette et retour par la même route).
Le bataillon alpin du 58'^ a fait hier l'expérience de vos rations condensées accélératrices au Kola dans une inarche de 24 heures. La 1''^ et la 2^ compagnies ont été témoins ; régime cumulatif pour les 3'' et 4« compagnies; un peloton spécial a été composé des hommes les plus malingres pris dans les autres compagnies. Il y a eu dix-huit heures effectives de marche, dont douze heures au moins en montagne.
Vous verrez d'après mon rapport que mes conclusions sont absolument favorables, d'abord parce (lue mon peloton de malingres a marché admirablement et que votre serviteur, qui a fait l'expérience et qui est mauvais marcheur, a réalisé ce tour de force de marcher dix-huit heures en montagne sans éprouver de fatigue musculaire. Ma conviction est faite sur la valeur de votre produit, et, les officiers qui se sont associés à moi pour tenter l'expérience partagent absolument ma foi dans vos rations accélératrices.
■ Saint-Etienne-des-Monls, 8 août 1886.
Signé : Docteur TROUSSAINT.
Lettre du D'^ STOUPY, Médecin-major de 2' classe au 141° Rég' d'Infanterie, concernant deux épreuves faites par le bataillon Alpin de ce régiment sur les rations Heckel, pendant une marche de Peillon à Peille, et une autre de Sospel à la Turbie (Alpes-Maritimes), le 8 Juillet 1886.
Les hommes ont pris votre chocolat sans aucune appréhension ni répugnance. Quatre tablettes ont été consommées conformément à l'instruction (2 liquides et 2 solides) — je u'ai constaté chez aucun homme ni vomissement, ni diarrhée, ni
LUS KOLAS AFRICAINS 303
INDIGESTION. Les homiiies expérimentés n'ont consommé aucune substance alimentaire autre que du pain jusqu'à leur arrivée à l'étape. Ils ont reconnu n'avoir pas eu faim jusqu'à ce moment. Ils ont bien marché. En général, les hommes préfèrent le Chocolat cru au Chocolat cuit.
Nice, le 9 Juillet 1886.
Signé : D'^ STOUPY
Rapport du D'' Duvau, médecin aide-major de 1™ classe, sur les expériences faites par le 107'' de ligne (4e bataillon) pendant les grandes manœuvres du XII'' corps d'armée, en septembre 1886, sur les rations condensées accélératrices du D' Heckel (Ordre ministériel).
CONCLUSIONS
Angoulème, le 28 septembre 1886.
Des observations recueillies clans les expériences des 5, 7, 9, li, 13 et 15 septembre 1886, faites d'après le régime cumulatif, il résulte que :
1° Les hommes du 4^ bataillon, après avoir, au début, manifesté, à l'endroit du produit, une certaine méfiance, l'ont recherché ensuite avec une visible satisfaction ;
2» Le chocolat Heckel, à la dose de 4 barres par jour, a produit une action évidente sur le système musculaire et sur le système nerveux, action qui s'est traduite par une excitation réelle à la marche et qui n'a été suivie d'aucune dépression des forces ;
3o Que les hommes ont déclaré à plusieurs reprises que leur sac leur semblait moins lourd : qu'à l'arrivée à l'étape, loin de montrer de la fatigue, ils déployaient la plus grande activité pour préparer leur repas;
4" Que l'essoufflement pendant les assauts qui suivaient les marches pénibles étaient très modérés ;
5° Que loin d'augmenter la soit, il cause plutôt une sensation de fraîcheur à la bouche;
EDOUARD HECKEL
6° Qu'il diminue la sécrétiou sudorale et il n'a aucune action sur