cm. en 1 h
24 — 8 — — 11 km. en 1 li.
31 fin de la nourriture exclusive avec galettes; pesée 48!) lui.
» L'allure était aussi régulière, aussi soutenue qu'avec l'alimentation par l'avoine. La jument se montrait assez friande de galettes ; mais, nous devons à la vérité de dire que contrairement à ce que certaines personnes prétendent, et à ce que nous avons cru remarquer nous même au début, tous les chevaux n'acceptent pas volontiers le nouveau produit.
» Il n'y a pas lieu détenir compte de ce dégoût qui disparaît le jour où la galette est substituée complètement aux grains.
» Le service de guerre ne consiste pas toujours à faire de longues étapes. Si quelquefois des cavaliers ont à parcourir des trajets étendus, très souvent les régiments avancent à petites journées; en moyenne 13 à 20 kil. quotidiennement. Si on tient compte des distances franchies et du temps employé dans les observations ci-
1 h . de manège
1 h. — 20 km. en 1 h. 3/4 22 km. en 2 h.
18 km. en 1 h. 1/2
(*) Impossibilité absolue de sortir à cause du mauvais temps.
ÉDOUARD HECKEL
dessus relatées, il est facile d'apprécier les services que pourraient rendre les galettes du docteur Heckel, comme nourriture accidentelle du cheval.
» 2-^ Question. — Le 29 avril ; la jument reçoit 12 tablettes etsa ration de paille ; elle parcourt 32 kil. en 2 heures 50, sur une route accidentée.
Son allure était aussi franche au retour qu'à l'allei'.
Le lendemain 30 avril : ration 9 tablettes, 20 km. en 2 heures.
» Souvent nous nous sommes supposé en campagne sans pouvoir compter sur les convois, mais ayant à notre disposition des galettes; nous avons pu exiger, sans effort, 25 kil. en 2 heures 1/2, 2 heures 3/4 avec 9 galettes.
» Sans aucun doute, le docteur Heckel ne saurait avoir la prétention de remplacer totalement, et pour longtemps, l'avoine par son produit ; ce qu'il cherche surtout, c'est permettre aux cavaliers, que les convois ne peuvent rejoindre, de continuer à assurer leur service en faisant consommer à leurs moutures des galettes et de la paille exclusivement.
» La grande facilité de transport, les bons résultats que nous avons obtenus avec les rations condensées, nous font désirer de les voir expérimenter sur une grande échelle, car nous sommes convaincu qu'elles réunissent beaucoup des conditions qui sont à rechercher dans une ration accidentelle.
» C'est pour la cavalerie qu'il serait utile d'avoir une ration que nous appellerions volontiers de « disette », car c'est cette arme surtout, que ses fonctions stratégiques exposent à être séparée de ses convois.
» Des observations que nous avons faites sur l'emploi des rations condensées, il ressort :
» 1° Qu'elles sont facilement transportables et se conservent bien ;
» 2° Que les chevaux les prennent volontiers quand ils n'ont pas d'avoine à leur disposition ;
» 3° Qu'elles peuvent accidentellement remplacer l'avoine, mais l'avoine seulement. Il ne faut pas songer, en effet, l'inventeur d'ailleurs n'a pas cette idée, à vouloir les substituer également au foin et à la paille, qui, en plus de leur rôle dans la nutrition, constituent un lest indispensable que les galettes ne peuvent procurer.
)) 4° Qu'il serait utile de les faire expérimenter pendant les grandes manœuvres dans les corps de cavalerie ;
» 5° Qu'on pourrait, dès aujourd'hui, en donner en réserve aux régiments frontières. La consommation et le renouvellement s'exécuteraient comme pour les biscuits et conserves de réserve à l'usage des hommes.
» Dôle, le 31 mai 1888. » Signé : prevost,
» Vétérinaire en 2= au 7« escadron du train. »
Rapport sur les expériences ordonnées par la' lettre ministérielle du 28 juillet 1888, concernant les Rations condensées du Docteur Heckel.
15« CORPS d'armée. — lo" BRIG. DE CAVAbERIE. — i"' RÉG. DE HUSSARDS.
« Marseille, le 15 août 1888,
» Conformément à la lettre ministérielle du 28 juillet dernier, il a été nommé une commission composée de :
» M. le chef d'escadron Bassac, président ; de M. de Pontevès- Sabran, capitaine commandant, et de M. Pader, vétérinaire en second, afin d'expérimenter sur des chevaux faisant les manœuvres de brigade, les rationscondensées de M. le docteur Heckel. Nous avons l'honneur de rendre compte de la mission qui nous a été confiée.
» Nous renfermant dans les conditions exposées dans la lettre ministérielle, il a été pris aux deux escadrons douze chevaux. Ces chevaux, tous en parfaite santé, ont été partagés en deux lots de six, et placés côte à côte dans une même écurie ayant une mangeoire commune, mais bien conditionnée.
» Le premier lot de six chevaux a été désigné pour consommer 14 galettes par jour, pendant 3 jours, en remplacement de l'avoine seulement. La répartition des repas et la distribution des rations ont été organisées ainsi qu'il suit : ,
Pour le premier lot :
4 Galettes le matin, une heure environ avant le départ pour la
manœuvre.
4 — à la rentrée de la manœuvre. 6 — au repas du soir.
ÉDOUARD HECKEL
PoMr le deuxième lot :
3 Galettes le matin avant la manœuvre,
2 — à la rentrée.
3 — au repas du soir.
» L'expérience a pu commencer le 7 août au matin, la caisse contenant les rations étant arrivée la veille. Les chevaux ayant été mis hors de l'écurie, la ration destinée à chacun d'eux a été rompue, à la main, en menus morceaux et placée dans la mangeoire. Celte opération finie, tous ont été ramenés en même temps à leur place respective. Dès le premier repas, les chevaux se sont précipités sur leur ration sans hésitation et l'ont mangée en manifestant môme une certaine avidité. Deux, cependant, appartenant chacun à un lot différent, après avoir goûté de la substance, ont paru hésiter à continuer leur repas et semblaient rechercher les brins de foin qui pouvaient rester dans le râtelier ; mais ils sont revenus à plusieurs reprises à leur ration, qu'ils ont fini par manger.
» Quand les chevaux sellés sont partis pour la manœuvre, il ne restait pas un seul morceau de galette dans la mangeoire qui avai été parfaitement nettoyée.
)) Au deuxième repas, tous, sans exception, se sont montrés également avides de la dite substance et il en a été de même jusqu'à la fin des expériences.
» Les chevaux du premier lot qui recevaient des galettes à l'exclusion de toute autre nourriture, après avoir rapidement mangé leur ration, paraissaient inassouvis, comme si l'estomac, habitué à une certaine plénitude, réclamait du lest. Aussi, ces chevaux restaient inquiets à la vue du râtelier de leurs commensaux garni de leur ration de foin et de paille, et sôit surexcitation due à cet état particulier, soit excitation spéciale due à la nourriture, les chevaux, même naturellement doux, devenaient turbulents et querelleurs.
» Après la manœuvre qui a suivi le premier repas, cinq cavaliers sur douze ont pu remarquer dans leur cheval une certaine surexcitation et une ardeur plus grande au travail ; les autres n'ont pas senti de différence bien notable.
» Mais à la manœuvre du deuxième jour la surexcitation a été générale et bien sensible.
» Tous les cavaliers ont été unanimes dans la constatation de l'ardeur extraordinaire de leur cheval; les plus tranquilles d'habitude se montraient turbulents et quelques-uns, ne pouvant être retenus, se sont emportés à travers champs.
» Cetteardeur, due incontestablemeiità leur nourriture spéciale, a paru se maintenir d'une manière encore assez sensible jusqu'au deuxième jour après la cessation du régime et la reprise de la ration ordinaire.
» Pendant la durée du régimed'expérience, et après sa cessation, il n'a été constaté d'une manière positive aucun trouble dans les grandes fonctions, tant du côté des voies digestives que des voies génito-urinaires.
» Comme conclusion, cette expérience faite en temps de manœuvre permet de constater que la galette Heckel, du poids environ de 250 grammes, de forme discoïde s'adaptant au sac porte-avoine, d'une cohésion suffisante tout en étant friable à la main, est d'un transport facile pour le cheval ; sa grande valeur nutritive (sous un faible volume) déterminée par des expériences précédentes, son pouvoir excitant qui vient encore d'être manifestement constaté et la facilité avec laquelle à peu près tous les chevaux l'acceptent à première vue, en font, sans présumer de sa conservation, un aliment qui peut avoir son utilité en campagne, soit comme pouvant être substitué exceptionnellement à l'avoine et même à la ration complète, soit pour être donné comme adjuvant à la ration ordinaire, dans le cas où on a besoin d'exiger du cheval un effort considérable ou une dépense de force et d'ardeur insolites ».
Voici maintenant une observation plus importante qui prouvera la valeur de ces Rations au Kola, pour les chevaux en campagne :
Emploi du Kola en campagne en Afrique tropicale
Comme je l'ai dit (p. 78), M. le Rançon est un des rares explorateurs du continent africain, qui aient eu la prudence de se pourvoir d'aliments au Kola, pour les consommer lui-même avec ses hommes ou pour les faire consommer par les animaux qui le suivaient durant un pénible voyage d'exploration.
Il en a retiré grand profit, ainsi qu'on va le voir, pendant sa mission au Soudan et en Haute-Gambie. Voici, du reste.
ÉDOUARO HECKEL
commeut il apprécie les avantages que l'Européen, sous ces climats torrides et éminemment débilitants, doit recueillir d'un usage méthodique du Kola sous la forme des Rations expérimentées par l'armée française (galettes pour hommes et galettes pour chevaux). Ces observations réalisent les espérances si nettement exprimées par Binger, p. 89.
« Nous connaissons aujourd'hui exactement toutes les pro- » priétés physiologiques du Kola et nous savons que les vertus » attribuées par le noir à cette graine, ne sont pas imaginaires. » Ce que, depuis des siècles, l'instinct de la bête a révélé à » l'homme primitif, nous en étions encore, nous hommes de » science et de travail, à le discuter malgré les données de » l'observation la plus précise. Il faut avouer que le dernier » des nègres est, à cet égard, plus heureux que nous. Son » instinct ne le trompe pas, tandis que notre science est » parfois bien lente et bien infidèle à nous révéler des secrets » qui n'échappent pas à la sagacité des hommes primitifs.
» Pourquoi chercher, à ces faits observés, des explications » qui ne seront jamais qu'à la portée d'un petit nombre » d'initiés ? Pourquoi ne pas admettre simplement la réalité » du fait brutal et ne pas se contenter des résultats indiscu- » tables d'une expérience plusieurs fois séculaire? Pourquoi » enfin le Kola, agissant sur l'organisme du noir, n'agirait-il » pas de même sur celui du blanc? (1) Nous avons vu, » constaté, enregistré maintes fois les bienfaits de cette substance » non seulement sur les indigènes, mais encore sur les Euro- » péens. Nous nous en sommes servi pendant toutes les » campagnes que nous avons faites au Soudan, et en en usant » modérément, nous nous en sommes toujours bien trouvé. Nous » pourrions citer des noms de camarades qui pensent abso- » lument comme nous, après expérience. Que faut-il de plus » pour ouvrir les yeux aux incrédules ?
» Il n'y a pas le moindre doute que l'usage modéré du » Kola serait d'un effet salutaire sur l'organisme, trop souvent » affaibli et débilité, des soldats qui font campagne au Soudan. » Il y a là des essais sérieux à tenter, et, au Soudan Français,
(1) Cette objection m'a été faite sérieusement par des spécialistes, quand il s'est agi d'appliquer aux troupes françaises en campagne, l'alimentation au Kola, qui réussit si bien aux indigènes en marclie. (Note de l'auteur.)
» pays du Kola, rien n'a encore été fait de méthodique à ce » sujet. II n'en a pas été de môme partout fort heureusement, » car, dans d'autres colonies, en France môme, des expériences » suivies ont été faites par des hommes dont la compétence » en semblable matière ne saurait être mise en doute. Les » résultats ont été concluants. Nous môme nous avons cru de » notre devoir de nous en occuper sérieusement pendant notre » dernier voyage et, bien que notre opinion soit de peu de » poids dans une si importante question, nous ne craignons » pas de l'écrire ici et de faire connaître ce à quoi nous » sommes arrivé. Nous ne parlerons pas de l'emploi du Kola » en nature. Après ce que nous venons de dire (voir p. 79), 0) nous estimons, n'en déplaise aux adversaires du Kola, » que la cause est dès maintenant entendue et jugée. Le procès » est gagné. Nous ne relaterons ici, sans aucun commentaire, » que les essais tentés par nos soins sur les hommes et les » animaux, avec les rations de guerre au Kola formulées par » M. le docteur Heckel, professeur à la Faculté des sciences » de Marseille, dont la compétence et la haute autorité morale » et scientifique sont hautement proclamées.
» La galette pour hommes (formule du D'' Heckel) (1), que » nous avons expérimentée sur nous-même, nous a donné de » bons résultats et nous avons pu, en nous en servant pendant » la première partie de notre voyage, faire, sans trop de » fatigue, de longues, de très pénibles étapes. Sans doute cette » composition n'est pas parfaite, mais, telle qu'elle est, nous » estimons qu'elle pourrait rendre de grands services, surtout » si elle était méthodiquement administrée et si son usage en » était surveillé par des hommes compétents et observateurs.
» La galette pour chevaux (2) pourrait être aussi utilisée » avec profit. Nous avons pu constater, qu'au début, les ani- » maux originaires du Soudan ne la mangent qu'avec difficulté.
(1) Il s'agit des rations condensées accélératrices pour hommes expérimentées par le ministère de la guerre et par les colonies et dont j'ai donné déjà, avant celles pour chevaux, la composition et la formule. Ces rations avaient été préparées à Marseille pour le voyage d'exploration scientiflque de M. le D'' Rançon (E. Heckel).
(2) Il s'agit des rations de guerre condensées pour chevaux dont j'ai donné (p. 362) la composition et la formule (E. Heckel).
Edouard HeckeL
» Mnis ils finisseut par s'y habituer rapidement. Nourris sim- » plenient avec .du mil, ils ne mangent que péniblement l'orge » et l'avoine qui entrent dans sa composition. Mais deux ou » trois jours suffisent pour les y habituer. Le fait suivant en » est une preuve évidente.
» Lorsque je suisarrivéàNôtéboulou (Haute-Gambie),j'avais pour » monture une jument indigène, originaire du pays deNioro, d'une » maigreur extrême, véritable cheval de l'apocalypse, comme l'ap- » pelait un de mes amis, le matin du jour où je quittai Kayes.
» Elle n'avait, en raison de ses origines, jamais été nourrie » qu'avec du mil. A Nétéboulou, je ne pouvais plus lui en » donner, il n'y en avait même pas pour mes hommes et les » habitants du village. Je fus donc obligé de ne la nourrir » que de galettes au Kola et d'herbe verte, le fourrage man » quant absolument à l'époque de l'hivernage. Il me fallut six » jours pour l'y habituer. Pendant près d'un mois, elle ne » vécut que grâce à ces rations au Kola. Quand les galettes » vinrent à manquer, elle mourut d'anémie pernicieuse en peu » de jours.
» J'avais, en plus, comme animal de charge, une mule » d'Algérie, habituée par conséquent à l'orge. Dès le premier » jour que je lui donnai des galettes, elle les dévora de suite » avec avidité. Bien qu'elle ne fut nourrie que de ces rations » au Kola et de fourrage vert, elle se maintint en bonne » santé et engraissa même. Je me souviens combien elle était » admirée des habitants du village, et la mort, survenue à la » suite d'un accès pernicieux, stupéfia tout le monde. Détail » important : quand elle mourut, il y avait plus de quinze jours » que ma provision de galettes était épuisée. Elle ne se nour- » rissait plus que d'herbes.
» La seconde monture que j'eus, en remplacement de la » jument, était un vigoureux cheval que je devais à la com- » plaisance de mon excellent ami M. le capitaine Roux, de » l'infanterie de marine, commandant le cercle de Bakel, qui » me l'avait envoyée' selon les instructions de M. le comman- » dant supérieur. C'était un animal qui mangeait beaucoup. » Pendant les 24 jours que je fus obligé de passer à Mac-Car- » thy (Gambie), à bout de forces et miné par la fièvre, je n'avais
» pour l'alimeuter que le mil rouge et dur de Sierra-Leone I) que je devais à la générosité de la Compagnie française, mais )) que l'animal refusait obstinément. J'avais heureusement trouvé ». en arrivant plusieurs caisses de galettes que M. le D"" Heckel » m'avait expédiées par un des navires de la compagnie. Pen- )) dant 24 jours, l'animal ne mangea que cette ration et je ne )) m'aperçus pas au départ qu'il eût maigri ou qu'il eût perdu » quoique ce soit de sa vigueur.
» Il en fut de môme, du reste, pour le cheval du chef de » Nétéboulou qui m'accompagnait. Cet animal, de plus, fut sujet, )) pendant les premiers jours de notre arrivée, à de fréquents » accès de fièvre. Quand nous quittâmes Mac-Carthy, il était » complètement remis et fît toujours son service. Je ne veux n point atTirmerque l'usage des galettes amena sa guérison ; mais je » ne puis m'empêcher de croire qu'elles y aidèrent beaucoup (1).
» Il fallut trois jours pour habituer ces bêtes aux rations à » base de Kola. Voilà certes des résultats probants ; aussi, » quoiqu'on en ait dit, quoiqu'on en dise encore, nous ne pou- » vous nous empêcher de conclure que le Kola est appelé à » jouer, un jour ou l'autre, un grand rôle au Soudan dans la » vie des Européens et dans l'existence des animaux que nous » y employons : nous devrons ce résultat à la persévérante ini- » tiative du D^" Heckel. »
Je dois dire en terminant que, malgré les avantages présentés par ces préparations de Rations accélératrices pour chevaux, et les résultats encourageants obtenus par les expériences officielles ou officieuses ci-dessus relatées, elles n'ont, pas plus que les Rations accélératrices pour hommes, été adoptées pour l'armée française.
Des expériences autorisées par le ministère de la guerre français se font en ce moment sur mes indications, en Russie, tant sur les rations pour hommes que sur celles destinées aux chevaux : j'en ignore encore les résultats. Mais si le gouvernement moscovite adopte ce mode d'alimentation de guerre, la France, sans aucun doute, ne pourra qu'imiter l'exemple de cette nation : alors sera justifiée,
(1) Cette observalioti est à rapprocher de l'emploi du Kola au Congo contre la ûèvre (voir page 283), et des indications de J. Bauhin (page 293, Bibliographie).
EDOUARD HECKEL
uue fois de plus, la parole de M. le D"- Ravenez, placée en tête de ce chapitre. C'est le cours normal des choses.
Toutefois, les mômes Rations pour hommes sont couramment employées par les alpinistes, les vélocipédistes, les touristes, les gymnasiarques, etc. : (1) ils trouvent à leur emploi des avantages qu'on sera peut-être étonné de ne pas voir rechercher encore par les hommes intelligents et dévoués qui président au bien-être du soldat français et qui ont pour mission d'assurer la supériorité physique et la résistance de nos troupes. Le temps aura, sur ce point comme sur bien d'autres, raison des préventions, s'il en existe, et je ne doute pas que le jour se fasse désormais rapidement sur la valeur reconnue d'une matière première qui est devenue, à cette heure, essentiellement française par son abondante production dans nos colonies tropicales africaines, et par l'étude spéciale quej'en ai faite.
Il n'est pas inutile, en terminant la partie de ce chapitre consacrée à la bromatologie du Kola, de dire que cette graine, en raison même de la facile assimilation digestive de ses parties constituantes, de l'absence du fibrose et de vasculose qui la caractérise, devra être considérée comme aliment de premier ordre, si on n'oublie pas ses vertus reconstituantes et la forte proportion de fécule qui entre dans sa composition (33 %). Cette vue a été parfaitement développée dans le travail déjà relaté de MM. Chodat et Chuit, et on sait bien que les nègres des centres africains, qui ne peuvent se procurer le Kola frais , en raison de leur éloignement de la côte et des centres producteurs ou commerciaux de cette graine, l'em-
(1) M. G. Sée a laissé supposer, dans sa discussion à l'Académie de Médecine au sujet du Kola, que mes communicalions à cette assemlilée sur l'emploi de cette graine étaient inspirées par l'intérêt que je pouvais porter à la création d'une spécialité pharmaceutique ou alimentaire. Je ne saurais trop protester contre cette insinuation dont le but était d'abaisser le débat. J'ai donné à un fabricant de biscuits de Marseille la formule que je publie ici, et, comme le Kola était inconnu, il fallait bien donner la garantie de mon nom à une préparation nouvelle appelée à être essayée dans l'alimentation publique, de là l'indication de formule du D' Heckel qui. accompagnait les Rations condensées accéléralrices au début, c'est-à-dire durant, la période des essais. J'ai déjà dit que les essais avaient été onéreux pour moi; ils l'ont été plus encore pour le fabricant de biscuits pour hommes : il s'y est ruiné. Quant à la préparation {oulillage, main-d'œiivre, essais, .etc.) des galettes pour chevaux, elle a coûté à deux de mes amis de Marseille, qui avaient accepté courageusement d'en faire les essais à leurs frais, une somme nette de 20.000 fr.
ploieut à l'état sec, en poudre mélangée à du lait, c'est-à-dire a titre de véritable aliment reconstituant. 11 n'est pas douteux, qu'après torréfaction, cette graine, réduite en poudre fine et mêlée à du sucre, à de la fécule de Salep ou autre, à de la vanille et à un peu de cacao, constituera un racaliout de premier ordre. J'ai eu l'occasion de faire opérer un pareil mélange et je dois déclarer qu'il donne un produit excellent. Broyé avec le cacao, surtout avec les variétés riches en corps srras. il donne un chocolat bien plus nutritif et plus reconstituant que le produit résultant du simple mariage de cacao, de sucre et d'aromates. Les essais que j'en ai faits ne laissent sur ce poiut aucun doute dans mon esprit. La poudre de bon Kola torréfié a un arôme vague de cacao qui s'allie du reste parfaitement au parfum plus dominant de la graine d'Amérique. Il y a donc tout lieu d'espérer qu'un jour ou l'autre, le Kola prendra dans l'alimentation publique, comme il occupe déjà daiîs la thérapeutique, une place marquée, et ce sera justice. L'avenir est assuré à cette graine à tous les points de vue, quand son prix sera devenu plus abordable pour la grande industrie de l'alimentation publique. Ce résultat sera obtenu par la culture dans nos colonies tropicales, et à ce propos, il faut féliciter la Société nationale d'acclimatation de France qui a témoigné de l'intérêt qu'elle porte à cette question, en attribuant, pour 1894, un prix de 500 francs au planteur colonial français qui aura introduit le Cola acuminata dans nos possessions tropicales et obtenu de ce végétal une récolte commerciale. Tout me donne le droit d'espérer, après les efforts que j'ai faits dès 1884 (il y a près de dix ans), pour pousser à l'introduction et à la culture de cette précieuse espèce dans nos colonies chaudes, et après les envois réitérés de graines et de plants vivants que j'ai réalisés et que je réalise encore aujourd'hui soit aux jardins publics, soit à des particuliers, que le prix pourra être attribué à la date fixée par la Société d'acclimatation de France. Tout me fait, en outre, supposer qu'un planteur de La Martinique pourra être le lauréat désiré. C'est dans cette ile, en efiEet, que mes ellorts, secondés puissamment par les Directeurs du Jardin botanique de St-Pierre et surtout par le stimulant de l'exemple qu'ont donné les
ÉDOUARD HECKEL
Anglais de Grenade, ont été insqu'ici les plus fructueux. J'en ai longuement parlé à la page 43 de ce livre, et je ne saurais trop attirer l'attention de tous ceux que cette question intéresse, sur l'avenir que présente, au point de vue de la culture du Kola, cette colonie placée sous les latitudes convenables et aujourd'hui séparée de la France par 12 à 13 jours de mer seulement. — La Guadeloupe offrirait, à ce même point de vue, les mêmes ressources, mais j'ignore si l'introduction du Kola y est aussi avancée que dans sa proche voisine, située plus au Sud au milieu des petites Antilles.