Dieu
Toutes les manifestations religieuses des Fang peuvent, à notre avis, se classer dans ce cadre, évidemment provisoire et dressé pour servir de base à l'expérience et à la discussion.
L'inscription portait : « Les trois premières catégories du phénomène religieux (totem, mânes, sociétés secrètes) comportent chacune la classification suivante : 1" Croyances ; 20 Culte et rites ; 3° Magie ; 4° Sacerdoce (féticheur, sorcier) ; 5° Vie future.
I. Sous le Totem se classent tous les phénomènes dits totémiques.
L'exposition du panneau comportait quatre parties : trois représentations exemplatives de totems de tribus; trois représentations de totems de clans; une inscription traçant l'aire d'influence du totémisme chez les Fang actuels; dans la vitrine, des notes explicatives sur la nature du totémisme fang-, sur les totems connus des tribus et des clans; dans les casiers du meuble, toute la documentation relative au totémisme fang classée suivant la division ci-dessus (croyances, culte et rites, magie, sacerdoce, vie future).
La planche IV (voir annexes) montre la disposition générale.
« Le totémisme, dit l'inscription, a aujourd'hui disparu complètement dans les clans fang arrivés près de la mer, et surtout aux environs de Libreville. Il a fortement diminué dans les clans disséminés sur l'Ogoue, de Udjole à la mer. Partout ailleurs, il demeure fortement organisé. »
La très grosse majorité des clans fang est donc encore totémiste.
Quels sont les caractères de ce totémisme?
La notice étalée dans la vitrine répondait :
Le clan fang (et la tribu) a un totem. Voici 21 totems de tribus; voici 27 totems de clans. Ce sont des échantillons. Et le panneau étalait la reproduction de 6 de ces totems, en tableaux.
Le clan ou la tribu Fang prend ordinairement le nom du totem : la démonstration était faite pour les 48 cas proposés.
Le clan Fang admet un rapport de parenté avec son totem. (Idem.)
Le clan Fang n'admet pas le mariage entre membres du même clan ou ayant le même totem. (Idem.)
Le clan Fang défend à ses membres certaines pratiques par rapport au totem. Ces interdictions existent non pas seulement par rapport à certains aliments, mais encore à certaines pratiques, coutumes, etc.
Ainsi le visiteur était fixé sur l'existence du totem et sur ses caractères fondamentaux. Voulait-il des renseignements plus précis; désirait-il, par exemple, savoir si les gens du clan Fang considèrent l'animal éponyme comme un ancêtre, fait de la même substance qu'euxmêmes? Il ouvrait l'un des tiroirs du meuble et, au n° io5 de la monographie, il trouvait le renseignement. Le R. P. Trilles, par exemple, répondait : « Ils sont parents parce qu'un même esprit les anime et que cet esprit anime le corps. Nous en apporterons une preuve à notre avis décisive. Un homme du clan de l'antilope Moin tue par hasard un animal de cette espèce : il a commis une faute et ne peut en manger. Un homme du même clan Moin rencontre par hasard cette antilope « morte » et n'a pas connaissance du meurtre : s'il en mange, il contracte une simple souillure rituelle, mais non la faute j>roprement dite : l'esprit éponynie ne l'habite plus. » Et ainsi du reste. Tout ce qu'on savait, à l'heure actuelle, sur le totem du Fang était là dans le dossier conrplet de la monographie.
II. Sous le titre de Mânes se groupaient les douze tableaux du centre du panneau. Le jDrojet voulait, en outre, au milieu, en dessous, une caisse de verre, abritant un autel Fang, sur lequel s'alignaient les crânes de toute une famille (les dix crânes prêtés
par le Musée de Neuchatel) (i), avec la boîte qui les contient et le fétiche Biéri qui la surmonte.
La documentation s'étalait dans deux tiroirs de chacun des meubles adossés à la paroi.
C'est pour la double raison d'exposition et d'importance prépondérante du culte des Mânes chez les Fang, qu'une place aussi grande avait été réservée au phénomène mâniste. Il semble que le culte des âmes des ancêtres soit vraiment le point central de l'idéologie religieuse de cette peuplade.
Voici la suite des sujets des tableaux. Nous commençons par la colonne de gauche, voisine du Totem, et nous prenons les colonnes de gauche à droite :
i° Lamentations funéraires ;
2° Transport du mort ;
3° Tombeau du chef;
4° Danse funéraire ;
5° Maison funéraire ;
6° L'enlèvement du crâne;
7° Le culte matutinal;
8° L'appel de l'esprit ;
9° Rocher phallique ;
io° L'autel funéraire temporaire et la cérémonie du culte collectif des ancêtres ;
ii° Sacrifice.
12° Protection du village.
Ainsi les principales scènes du culte des ancêtres étaient évoquées.
(i) Une circonstance fortuite ne permit pas de donner suite à cette idée qui complétait l'ensemble.
D'abord cinq illustrations de la mort de l'ancêtre et des cérémonies rituelles qui témoignent de la croyance dans la survie. Ensuite, la cérémonie rituelle de l'enlèvement du crâne du père mort, par le fils ; cette relique auguste est placée dans une boîte : c'est le trésor de la famille.
Les six scènes suivantes nous représentent des aspects différents du culte. Voici la femme qui chaque matin vénère le grand fétiche, placé à la place d'honneur de la case, sur la boîte aux crânes ; puis c'est le féticheur entouré de son attirail sacré qui évoque l'esprit, afin, sans doute, de le consulter sur telle maladie. La cérémonie de l'autel des crânes est particulièrement émouvante; c'est l'hommage solennel aux ancêtres. Au-dessous, l'immolation de l'esclave dans son horreur : échantillon du sacrifice religieux. Puis viennent les deux scènes du dessous du panneau : le rocher phallique et le bouquet d'arbres aux branches coupées dont les moignons, si l'on peut dire, sont couverts des crânes des ennemis morts.
Dans les tiroirs se trouvaient les renseignements actuellement connus sur le culte des mânes chez les Fang ; ils étaient classés dans l'ordre indiqué sur le panneau : croyances, culte et rites, magie, sacerdoce, vie future.
Notons que dans les tiroirs des meubles se trouvaient les renseignements correspondants, recueillis dans les dix-sept peuplades monographiées. Ces renseignements étaient classés tous de la même manière dans des fardes de diverses couleurs : le rouge pour le phénomène économique, le bleu pour le phénomène génétique, le
blanc pour le phénomène esthétique, le violet pour le phénomène idéologique, le jaune pour le phénomène moral, le gris pour le phénomène juridique, le vert pour le phénomène politique.
Ainsi, par l'exemple, des Fangs, on pouvait se faire une idée précise du concept du Musée de demain. Rien d'aussi aisé que de répéter dans autant de salles appropriées des expositions semblables des peuplades types de l'Afrique nègre. Supposez que vous ayez réalisé le plan pour les Warundi des possessions allemandes, et les Baluba, la plus religieuse des peuplades du Congo belge : la démonstration de l'utilité de semblables exhibitions comparées sera faite. Pas un visiteur ne se trouvera plus pour nier la réalité de l'atmosphère religieuse qui entoure la mentalité des noirs d'Afrique. Se rencontrera-t-il encore des missionnaires pour contester l'utilité du système de la greffe, exposé si clairement par le R. P. Colle au Congrès de Malines de 1909?
Trouverait-on encore un colonial pour faire fi, dans ses rapports avec les indigènes, des convictions religieuses qui hantent leurs cerveaux et règlent la vie?
Je ne suggère ici que les perspectives d'ordre civilisateur qu'ouvre l'exposition comparée des phénomènes religieux. Les résultats qui en découleraient pour la science frapperont tout homme averti ; pas n'est besoin de commentaire.
III. Les sociétés secrètes occupaient le haut du panneau de droite, Deux tableaux : un Ngil avec ses acolytes ; des Akhun,
Les Ngil et les Akhun sont deux des plus formi-
dables confréries du pays des Fang. Ce sont des sociétés de sorciers. En entrant dans une de ces confréries les initiés font un double serment : celui d'obéir aveuglément et sous peine de mort à l'Esprit qui commande la société et qui transmet ses ordres par les chefs suivant des rites déterminés ; celui de ne jamais révéler, sous peine de mort, les secrets de la société, notamment le mot de passe, le nom des adhérents et surtout des chefs.
Dans la vitrine pouvaient se lire des renseignements sur l'initiation à ces sociétés.
Dans les tiroirs du meuble, étaient classés tous les documents relatifs à l'initiation, à l'organisation de ces sociétés, aux rites et aux défenses rituelles, aux totems, etc.
D'après notre expérience personnelle et celle des gardiens de la salle, cette partie de l'exposition ethnographique intriguait vivement le visiteur ; nombreuses étaient les demandes de renseignements sur ces sociétés religieuses africaines qui jouent d'ailleurs un rôle politique important.