FRÉQUENCE ET ETUDE ANATOMIQUE
La longueur du trajet que doit parcourir l’embryon hexacanthe, l’importance considérable des deux principaux obstacles (foie et poumons) qu’il doit franchir avant d’arriver à la paroi abdominale, font prévoir la rareté de cette localisation du kyste hydatique. D’après Lenormant, nous devons distinguer par leur siège anatomique et par leurs caractères cliniques, d’une part les kystes développés dans l’épaisseur même des muscles qui constituent la paroi abdominale ou dans les interstices cellulaires qui sépernt ces muscles, kystes des muscles de la paroi; d’autre part, les kystes siégeant au-dessous des lames musculaires, dans la couche conjonctive qui double le feuillet pariétal du péritoine, kystes pré-péritonéeaux.
Quelle est la fréquence de ces deux variétés? Moutet signalait deux cas dans les muscles, trois cas de kystes prépéritonéaux. Lenormant, sur 21 cas, signalait 16 kystes développés dans l’épaisseur ou l’interstice des muscles et 5 seulement dans le tissu cellulaire sous-péritonéal. Lamas et Prat rapportent 7 observations de kystes de la paroï, prépéritonéeaux, dont 5 répondant au type ascitique. Nous avons emprunté une observation à ces auteurs pour la différencier des kystes hydatiques de la paroi abdominale proprement dite. Nous allons étudier séparément leurs carac-
tères anatomiques.
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I. Kystes développés dans les muscles de la paroi. — Moutet disait, à leur sujet: « Ceux qui naissent entre les plans aponévrotiques et musculaires trouvent à leur extension des limites naturellement indiquées par les diverses séparations et réunions qui s’opèrent entre eux ». [ls auront habituellement les caractères des kystes musculaires, leurs dimensions sont généralement modérées, n’atteignant pas celles de kystes pré-péritonéeaux. Ils sont développés dans l’épaisseur même des muscles de la paroï ou dans les couches de tissu cellulaire qui séparent ces muscles, ils en écartent et amincissent les fibres en s’accroissant et tendent pour ainsi dire à s’énucléer. Dans la majorité des cas, ils sont séparés des muscles et des aponévroses dans leur plus grande partie par un plan de elivage qui permet de les isoler facilement, mais presque toujours ils ont en un point de leur surface une adhérence solide qu’il faut sec- ‘ tionner. Lenormant nous cite le cas, dans une de ses obser-
vations, d’un kyste adhérent intimément au petit oblique, -
vers la 12° côte, et la dissection, faite d’abord, fut terminée aux ciseaux. Ces kystes sont en général unique, sauf dans le cas de Vigneron, où l’on trouvait deux poches non communicantes.
Le liquide contenu dans le kyste présente les caractères habituels du liquide hydatique; il est transparent, clair, «comme l’eau la plus pure », et cette constatation seule, lors de la ponction ou de l’incision, suffirait à faire le diagnostic. Adams et Polaillon ont trouvé un liquide jaune paille de couleur, rappelant celle de l’urine. Pheulphies (8) signale un liquide laiteux, grumeleux, et deux hydatides secondaires, de la grosseur d’une cerise. Ces vésicules caractéristiques des kystes hydatiques peuvent être de gros-
(8) PHEULPHIES. — Bulletin de Chirurgie, 1928, p. 1306.
De
seurs diverses, variant de la tête d’une épingle à la grosseur d’une cerise. Leur nombre est en général assez minime, nul dans le cas (Adams, Goutscharrov, Lenormant), deux dans le cas de Laurenti. On n’a pas mentionné la présence de crochets. '
« Tous les muscles et toutes les aponévroses qui constuent la paroi abdominale peuvent être le siège primitif du kyste hydatique, il occupait l'épaisseur même du grand oblique chez les malades de Vigneron et de Tcherniawski; il était situé entre le grand et le petit oblique chez l’opéré de Péan et chez la mienne; vraisemblablement aussi chez celle de Treuberg, qui découvrit le kyste sous l’aponévrose superficielle; Tiling le rencontra entre le petit oblique et le transverse, Legrand dans un dédoublement de l’aponévrose du petit oblique » (9). Les muscles grands droits peuvent être atteints comme les muscles larges; c’est le cas de l’observation de Négrié et Rolland, que nous publions. Goutscharrov enleva une tumeur siégeant en arrière du grand droit, au devant du feuillet postérieur de la gaine de ce muscle. :
Pour la situation de ces kystes, nous reprendrons les chiffres donés par Lenormant: | Fosse iliaque et région de l’épine iliaque entéro-
TS M MS ER RER EE I PRE 6 cas HCPIOMD EE DOBLETO ALÉTALE 2 ane cote durs dre» 2 — Région médiane supérieure ........ re ton 2 — Voisinage du rebord costal ........... MASSE 1 — MORE DIDIER A damien eus vo pue 1 —
Quelquefois, nous trouvons la région inguino-crurale précisée par Blaksley, Caglierdi (10).
(9) LENoRMaNT. — Rev. de Chirurgie, 1905, p. 446-466. (10) Cacrrarpr. — Memoria delli&a Soc. Piemontese de Chirur. 1933, p. 815.
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li. Kystes hydatiques pré-péritonéeaux. — Ces kystes contrastent avec les précédents, c’est-à-dire ils sont beaucoup plus volumineux et que leur caractéristique fondamentale est de simuler l’ascite. Ces kystes sont très volumineux à une seule poche, ou pauciloculaire, avec prédominance d’une poche. Cette poche va le plus souvent du xiphoïde au pubis et d’une fosse lombaire à l’autre. Certains auteurs, en particulier Lenormant, ont expliqué les grandes dimensions qu’acquièrent ces kystes par la lenteur de l'évolution se chiffrant par années et par ce fait que la couche cellulaire sous-péritonéale dans laquelle ils se développent ne présente aucun cloisonnement, aucune limite susceptible d’arrêter leur accroissement eu surface. Il s’agit le plus souvent dans ces cas d’une augmentation diffuse du ventre dont la circonférence a pu atteindre 95 centimètres (Boudet). Lamas nous parle, dans son observation, : d’une malade dont le ventre ressemblait à celui d’une femme à la fin de grossesse.
Devinvenzi (11), d’après une observation rapportée par Lamas, nous donne les mensurations suivantes: l’abdomen du xiphoïde à l’ombilic, mesure O0 m. 42, et, jusqu’au publis, 0 m. 90; la circonférence abdominale a, sur l’ombilic, 1 m, 71. Dans tous les cas rapportés par Lamas, nous trouvons un abdomen très distendu, contrastant avec le thorax des malades. |
D’aussi volumineuses tumeurs renferment une très grande quantité de liquide et de vésicules. Moutet, dans son cas, nous cite des chiffres énormes: 15 litres de liquide et une masse innombrable d’hydatides pesant 4.500 er.
(11) DEVINCENZI. — Journal de Chirurgie, 1922, p. 17.
Lamas nous signale un cas où il retira 22 à 25 litres de liquide et une grande quantité de vésicules hydatiques, quelques-unes vides et flétries, la plupart pleines et transparentes.
Ces kystes, tout de même, n’acquièrent ces dimensions que peu à peu; au début, ils constituent des tumeurs circonscrites. Courty signale un cas de kyste qui mesurait O m. 80 de circonférence à la base, qui, à son apparition, c’est-à-dire trente-cinq ans auparavant, était gros comme une noix. Le contenu de ces kystes est quelquefois purulent, d’après Lamas (2 cas sur 5). Le liquide, ainsi que les membranes, ont le plus souvent une couleur jaune, qui ressemble celle de la bile.
Il semble que nous puissions différencier les kystes prépéritonéaux des kystes intra-pariétaux, par leur durée différente d'évolution, très longue, pour les premiers, et surtout par le volume des kystes pré-péritonéaux. |