KASAGL'RA SI H I K N TASSA
Tout, jusqu'à la réverbération, donne l'illusion de la plage du Sénégal. Aussi me hàtai-je de revenir aux bananiers du village, où je plantai mon camp sous un large sycomore, à quelques pas seulement de la tente de M. Nicoll, seul représentant de la compagnie.
En Écossais digne de ce nom, M. Nicoll n'eut ni paix ni trêve qu'il n'eût partagé avec moi les ressources dont il pouvait disposer, et je fus bientôt l'heureux possesseur d'une boite de café, d'une boite de sucre, de sardines et même d'un pain, le premier que je voyais depuis près de deux ans. Là ne s'arrêtèrent pas ses bons offices, et tous les jours qui suivirent m'en apportèrent un nouveau témoignage; aussi lui dois-jc le souvenir charmant que j'ai gardé de Kasagura, où les distractions sont rares, clou le hasard me retint plus d'un mois. Pour expliquer ce retard je dois donner quelques explications sur l'histoire européenne du lac et ses moyens actuels de communication avec l'océan.
La découverte du Nyassa par Livingstone fut en Kcosse le signal d'une véritable croisade. Plusieurs églises, et surtout la Fret Church ofScotlaud, se réunirent pour envoyer des missions sur ses rives, et en 1874 le R. P. Young fondait Livingstonia, à l'extrémité sud du lac, dans un emplacement délicieux, mais que la fièvre dut faire abandonner. Non content de fixer là sa résidence, le P. Young, profilant des communications faciles que le Chiré établit du lac à l'océan, réussit à monter les différentes pièces d'un vapeur, Vllala, qui, aujourd'hui encore, traverse le lac de bout en bout tous les deux mois, approvisionnant les stations et ramassant l'ivoire.
Son commerce se réduit à l'achat d'ivoire, qui, abondant dans le principe, commence à se faire rare. Le stock amassé par les riverains, en de longues années, se trouvant épuisé, il a fallu, sur les rares points habités «lu lac, donner des fusils à quelques indigènes qui, en échange de poudre, livrent le fruit de leurs chasses. Mais son plus beau revenu, je crois', provient des chasses de M. Pulley, lieutenant de la marine anglaise, qui, installé dans le Coudé depuis quatre ans, y fait des ravages effrayants dans les éléphant marshes.
En ce moment la compagnie achète l'ivoire au prix de 6 à 7 shillings la livre, qui vaut 12 shillings à Quilimané et 20 en Angleterre. La corne de rhinocéros, l'ivoire d'hippopotame et de sanglier valent un peu moins. Je ne sache pas qu'un seul autre produit ait jamais été exporté du lac : aussi y a-t-il lieu de craindre que la mission en question ne soit bientôt privée du précieux concours de cette société.
L'ivoire du Nyassa est très beau; il n'est pas rare de rencontrer des défenses de 45 kilogrammes et l'on peut dire que les rives du lac et le
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Manyéma sont les (Unix points les plus favorisés d'Afrique. Cet avantage lui assure un écoulement facile, car l'Europe, qui, depuis une année ou deux, reçoit l'ivoire sur ses marchés, n'accepte que le gros, et toutes les menues défenses prennent la route de l'Inde. A Zanzibar cet ivoire est des plus cotés, et les Arabes ne craignent pas de descendre jusqu'ici : ceux de Quiloa y ont même constamment une caravane installée dans les environs de Bandawé. Le propriétaire expédie chaque année ses chaînes d'esclaves à la côte, mais s'absente rarement; il possède trois daous, les seules embarcations du lac. et les missionnaires ne voient pas sans inquiétude celle influence rivale.
Actuellement les Européens ne sont que huit sur le lac : trois missionnaires à Bandawé, au milieu de la côte ouest, établissement qui a remplacé LivingstOIlia ; deux employés de la compagnie, à bord de Yllala ; M. Nicoll; le H. V. Bain, qui va s'établir à Kasagura, et enfin le lieutenant Pnlley . dans le Condé. Les tombes, hélas! sont plus nombreuses. Le Nyassa est, de fait, bien plus malsain que le Tanganika malgré ses montagnes. Les éléphant marshes qui le bordent sont de précieux nids à gibier, mais aussi des foyers dangereux d'exhalaisons putrides el malsaines.
Kasagura lui-même est de peu de ressource pour la chasse; en ces temps de sécheresse l'éléphant el l'antilope se retirent dans la montagne ou dans les parties des marais restées inondées. Les buffles seuls restent dans les grandes herbes; encore n'ai-je jamais rencontré que de vieux solitaires trop prompts à prendre le vent. Chaque matin je me faisais un devoir d'aller les relancer : un jour je réussis à en cerner un dans un cari é de hautes herbes entouré de champs de patates el je pus admirer le courage des indigènes. Plus de cent d'entre eux m'avaient suivi, mais, la brute débusquée, tous s'empressèrent de monter sur des fourmilières, et leurs cris devinrent si perçants que le buffle affolé resta près de dix minutes sans prendre de direction ; les herbes étaient malheureusement trop hautes pour voir, et il m'échappa. Kitambala, quelques jours plus tard, en tua un monstrueux.
L'indolence, l'amour de la parade et de la danse semblent être les seules distractions des indigènes; l'idée de la guerre les effraye, el, les travaux des champs se trouvant assurés par les femmes et la garde des bestiaux par les enfants, les hommes paraissent n'avoir d'autre souci que de promener leur belle prestance.
Une des filles du village se maria pendant mon séjour; ce fut une cérémonie curieuse, la première de ce genre dont je fusse témoin, car le Condé est la seule tribu qui ne trafique pas d'esclaves et considère le mariage comme quelque chose de plus qu'un marché.
UN MARIAGE AU CONDÉ. 543 Vers deux heures de l'après-midi, In fiancée, escortée de ses amies el de quelques nobles matrones, se rendit à la plage, où l'on procéda, m'a-t-on assuré, à un lavage complet; puis toute la bande fit toilette, c'est-à-dire s'enduisit le corps d'une épaisse couche de teinture rouge. A quatre heures, le cortège revenait en file indienne : d'abord une trentaine de jeunes filles, portant toutes en équilibre sur leur tète une petite calebasse fermée; puis la mariée, une créature superbe, et enfin le marié, seul de son sexe, avec l'air penaud qu'ont toujours les indigènes sans leurs lances.
Presque aussitôt la dans»; commença sous un bouquet de bananiers. Les hommes adultes et les jeunes filles y prirent part; le reste faisait galerie, en accompagnant le tam-tam de claquements de mains. Les hommes se groupent quatre par quatre; devant eux, un nombre égal de jeunes filles s'enlacent en minaudant, et les avant-deux commencent, d'abord graves et mesurés, puis suivis bientôt de déhanchements burlesques et licencieux.
Ces mouvements sont le seul élément de la danse, mais c'est vraiment un curieux spectacle que tous ces grands corps rouges et nus, avançant ou reculant en cadence pendant que* les porteurs de tam-tam, leur instrument entre les jambes, frappent à coups redoublés et, le corps ruisselant de sueur, se glissent au milieu des groupes pour communiquer à tous leur émulation.
Cette féle patriarcale ne fut pas goûtée de Kapufi et de ses gens, qui entamèrent à quelques pas de là leur grand pas de guerre, avec ses marches et contremarches, ses simulacres de combat à la lance et surtout ce chant du Rouga-Rouga, d'une gravité farouche et d'une tristesse profonde. Kntrc ces deux races le contraste était frappant : l'une, grande el belle, la peau bien remplie; l'autre, maigre, chélive, usée parla misère; la première symbolisant dans sa danse le vice où mène l'opulence; l'autre, même dans ses ébats, n'ayant de pensée que pour la guerre.
Cette comparaison ne saurait du reste s'étendre aux riverains des deux lacs, car si les gens d'Iendué j)euvenl être considérés comme un spécimen des diverses tribus du Tanganika, les Vuacondé sont une exception sur le Nyassa, dont ils n'occupent que le nord, le reste des rives n'étant habité que par des bandes éparses et misérables.
Un autre fait digne de remarque, c'est l'indifférence des Vuamarungu pour le confort, qui frappe ici leurs regards sans rien dire à leur imagination. La coquetterie, la propreté des cases et des villages semble répugner aux idées qu'ils ont d'une habitation ; toute la supériorité du Condé réside pour eux dans la modicité du prix des patates, du manioc et des arachides.
5ii L'AFRIQUE ÈQUATOKIALE.
I n jour, pour les occuper, je m'amusai à leur faire construire des huiles grandes el gracieuses. Ils y passèrent une nuit, et le lendemain je voyais s'élever à côté quatre ou cinq de ces cases coniques, hautes de 2 mètres avec une circonférence de 1 m. 50 à la hase, où ils s'enfouissent trois ou quatre pour dormir autour d'un feu. Mes huttes, soigneusement balayées, restèrent vides jusqu'au dernier jour.
Bien que leurs services ne me fussent pas indispensables, j'avais g;irdé tous mes hommes ici par précaution et aussi parce que je n'avais que faire des étoffes qui me restaient. Pendant deux mois je les avais littéralement couverts de cadeaux de toutes sortes, cl cependant, quand vint l'heure du départ, ils n'eurent tous pour moi que cet adieu sec et indilférent qu'un Européen n'eùl pas donné à son maître d'un jour.
Le seul incident qui marqua la tin de mon séjour à Kasagura fut une petite secousse de tremblement de terre, si légère, si rapide, qu'il ne fut pas possible de lui assigner ni une direction ni une intensité quelconques. Ces seeousses sont fréquentes dans les montagnes du Nvassa et je crois en avoir déjà mentionné une plus forte dans le Livingstonc Range.
Ullala arriva le 5 octobre, apportant des nouvelles qui tempérèrent le plaisir que j'eus à le voir. Le capitaine Foot venait de succomber à Blantyre. et sa mort, ajoutée à tant d'autres, jetait un nouveau voile de deuil sur cette colonie naissante. Le capitaine de Vilain, M. Haskess, ajoutait que les dernières nouvelles qu'on avait du bas Chiré étaient des moins rassurantes ; les Portugais de Quilimané venaient de déclarer la guerre aux Messengeries, et tous les bords de la rivière étaient en feu. Mais au |M>inl où j'en étais, aucune considération ne pouvait me faire revenir en arrière, et je m'embarquai le \ octobre en envoyant mes meilleurs souhaits à M. Nicoll.
Ullala est un petit vapeur en acier en forme de cotre el maté en goélette. Ha 11 mètres de longueur, et sa coque, encore en bon étal, pourra résister une année peut-être au rude service qu'il fait sur le lac. A 1 m. 50 audessus du pont s'élève un rouf léger qui sert d'appartement aux Européens. La machine csl au milieu du bateau, et lavant n'est qu'un vaste compartiment destine à recevoir les colis et le bois de chauffage.
Il retournait à Matopé, en amont des cataractes du Chiré, sans autre but (pie de toucher à la mission de Bandawé; son ravitaillement de bois de chauffage l'obligeant à mouiller tous les jours, je ne pouvais trouver une plus belle occasion de voir de près la côte ouest du lac et d'y faire quelques jolies parties de chasse.
Les vents du sud sont rarement méchants sur le Nvassa, encore suflisenl-
SUR VI LA LA. 545 ils souvent pour contrarier la marche; nous étions partis à la tombée de la nuit, et, vers une heure du malin, après une bonne séance de roulis, force nous était de laisser tomber l'ancre un peu à l'aveuglette, notre provision de bois étant épuisée.
Toutes ces côtes ont l'immense avantage d'être saines, et si les abris ne sont pas plus nombreux que sur le Tanganika, au moins est-on sûr de trouver partout un bon fond de sable à 100 mètres de terre. Au matin la côte apparut, basse, rocheuse, s'élevant par degrés jusqu'à des collines
Wllata
boisées, premiers contreforts de la montagne. A midi le bois était embarqué, et quatre heures plus tard nous mouillions de nouveau dans une anse déserte assez pittoresque. Sur la plage gazonnee, de gros blocs arrondis s'éparpillaient en désordre, et, derrière, les coteaux, bas cl maigrement boisés, promenaient une chasse facile. J'y étendis un cobe à moins de 500 mètres du bateau.
La journée du 6 nous amenait à Deep-bay. La plaine, immense, avec des marais desséchés, encadrés de bois, d'un accès facile, esl admirablement disposée pour la chasse, et le gibier y est aussi nombreux que varié. Un rhinocéros débusqué me mena d'abord bon train pendant deux heures, au bout desquelles je tombai sur un troupeau de zèbres plus accommodants. Ils élaient huit à paître tranquillement à proximité d'une haute
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futaie traîtresse, d'où je les aurais approchés à moins de 50 mètres, sans un phacochère malencontreux qui leur donna l'éveil.
À 130 mètres, un vieux mâle, frappé à mort dans le poitrail, lit un bond, puis se tint debout en l'ace de moi. Au coup de fusil tout le troupeau avait lancé une ruade, iintîs reprenait bientôt son immobilité, le regard fixé sur mon buisson. Le temps de recharger, et un second animal, frappé au poitrail, tombait comme une masse, en battant l'air de ses jambes: rassasié de cette boucherie inutile, je restai coi dans ma cachette pour observer ce qui allait suivre.
Bien loin de fuir, les survivants s'étaient rapprochés de la dernière victime, et, la tète inclinée sur elle, ils lui prodiguaient de telles caresses qu'un véritable remords me prit. Je ne sais combien aurait duré cette scène attendrissante et silencieuse, si un incident n'y fût venu couper court. Le vieux maie, frappé le premier, avait conservé à vingt-cinq pas de là son immobilité de statue; mais, l'hémorragie intérieure faisant son œuvre, il venait de tomber raide. Celte chute n'eut pas seulement pour résultat de décider la fuite du troupeau; en voyant disparaître ses compagnons, le deuxième blessé avait fait un effort suprême, et, remis sur ses jarrets avec quelque difficulté, il partit d'un galop désordonné. Le temps pressait : je l'abandonnai aux hyènes et aux vautours.
Ma dernière balle fut pour un phacochère. Je regardais le dépeçage du zèbre, quand il sortit de la forêt comme un ouragan, piquant droit sur nous. Avec son trot rapide, sa tète haute, sa crinière hérissée, ses défenses menaçantes, le phacochère a toujours l'air de partir en guerre; absorbé dans son mouvement, il va droit devant lui. Celui-là ne m'aperçut qu'à vingt pas, pirouetta alors sur ses talons et fil panache, en roulant sur une balle qui l'avait pris d'enlilade.
C'était la troisième fois de mon voyage qu'il m'arrivail de tirer un phacochère de l'endroit même où je venais de faire feu. Je n'oserais pas prétendre que la détonation l'attire, mais il est fort à supposer qu'elle l'affole ; dans son trouble il charge en tous sens sans prendre de direction et vient ainsi tomber dans la gueule du loup. Quant à ses allures méchantes, elles sont pure fanfaronnade; une seule fois j'ai été chargé, et encore peu dangereusement. J'en avais blessé un à soixante pas et il me revint dessus à fond de train; mais à moitié chemin il avait réfléchi et faisait un crochet en emportant ma seconde balle.
La journée du 8 nous amena devant un village sans importance, nommé Benzaé, le premier depuis le Coudé. L'aspect en est sinon pittoresque, au moins d'une nouveauté étrange; la montagne pelée et ravinée prend brus-
ZÈBRES ET PHACOCHÈRES. 547
quement ces teintes rose bleu si communes dans la mer Rouge; elle tombe sur le lac en pente assez rapide, et les cases n'ont pour s'étaler en désordre qu'une étroite plage sablonneuse et inculte. Les malheureux habitants, continuellement en butte aux razzias des tribus de la montagne, se sont construit de plus, à 50 ou 40 mètres du bord, une plate-forme sur pilotis où s'élèvent deux ou trois huttes. En cas d'attaque, tous se précipitent sur ce refuge, où ils peuvent vivre quelques jours des provisions qu'ils ont ramassées à la hâte.
Benzaé n'est qu'à une quarantaine de milles de Bandawé, la grande sta-
Uéliticlicr d'un phacochère.
tion dont j'ai déjà parlé. A mi-distance nous doublâmes un petit ilol conique, le seul écueil qui existe sur le pourtour du lac. Le 9 octobre, l'ancre tombait devant la station.
Bandawé est construit sur un cap sablonneux, à 5o ou iO mètres audessus de l'eau et à 1 kilomètre à peu près des deux baies formées par le cap dans le nord et dans le sud. L'une et l'autre sont fermées par une barre qui ne réussit qu'à les abriter imparfaitement. En contre-bas de ce dos d'àne et jusqu'à la montagne, distante de huit à dix lieues, s'étend une large plaine riche d'alluvions, où de nombreux villages se cachent sous les arbres. Les bâtiments, grands, bien aérés, construits par des ouvriers de métier, en briques cuites, avec des portes et des fenêtres vitrées, s'étendent sur une seule ligne; devant sont des essais «le pelouse sur un sable récalcitrant; derrière, un petit jardin plein d'ananas, de caféiers et de goyaviers.
L'habitation des missionnaires fut pour moi l'objet d'un étonnement
profond par son confort de bon aloi et sa parfaite installation; je ne suis certes pas partisan de cet usage reçu en Angleterre, qui veut que les femmes de missionnaires suivent leurs maris, mais quand leur présence produit «le tels résultats, je ne puis (pie rendre hommage à l'esprit de dévouement qui les guide.
Mme Scott, à qui ces aménagements sont dus en grande partie, est la première et la seule Européenne qui ait vu le Nyassa; son énergie a résisté à toutes les épreuves, et je ne mets pas en doute que la mission ne lui doive une bonne part de sa prospérité. Elle insista pour que je passasse la nuit à terre, et la soirée fut employée à deviser avec le docteur Scott de l'histoire et de l'avenir du pays.
En ce moment la mission ne compte pas moins de cent cinquante élèves, qu'on dresse à divers travaux de menuiserie et de forge. M. Scott, docteur et missionnaire, se félicite hautement des dispositions de la petite tribu qui l'entoure : les indigènes consentent aisément, pour un léger salaire, à lui confier leurs enfants, dont le nombre s'accroît de jour en jour. Sa seule préoccupation provient d'une tribu voisine, dont l'humeur guerrière peut d'un jour à l'autre créer de graves complications.
Si les rives du Nyassa, en effet, sont à peu près désertes, il n'en est pas de même des montagnes qui, derrière les éléphant marshe*, limitent l'horizon dans l'ouest. Ces sommets sont en partie occupés par une tribu zoulou, les Angoni, dont la population semble assez dense, et qui possèdent de nombreux troupeaux, dont le laitage sert exclusivement à la nourriture des enfants, le pombé étant le seul aliment des adultes. Pillards et voleurs, ils ont dépeuplé les rives du lac et maintenant ne craignent pas de s'attaquer aux populations du Condé et du haut Chiré. Ils seraient enfin d'une cruauté sans exemple, et l'on rapporte qu'ils font cuire les tètes de leurs victimes en obligeant les prisonniers à s'en nourrir.
Les missionnaires tentent en ce moment de s'en rapprocher et ont même jeté dans leur direction les bases d'un établissement, confié au I*. Coé, un catéchumène du Zoulouland, d'une nature intrépide et dévouée. Sa connaissance parfaite de l'idiome lui a déjà permis de prendre langue, et par son entremise on espère que des relations amicales ne tarderont pas à s'établir.
Le voisinage de ces bandits, sans compromettre la station elle-même, paralyse un peu ses efforts; les indigènes, par crainte d'une surprise, n'osent encore cultiver autre chose que du manioc, et il est triste de voir cette vaste et plantureuse plaine si mal exploitée : mais ce n'est là qu'un dommage temporaire!
BANDA WÉ. .V49 Somme toute, et pris dans son ensemble, Bandawé est un établissement superbe, dont ses créateurs peuvent être fiers à juste litre. Je me fais un devoir et un plaisir de lui envoyer mes meilleurs vœux de prospérité, en lui souhaitant surtout de garder le plus longtemps possible sa providence, Mme Scott.
Le 10 octobre, Vliaiû, bien muni de bois, se mettait en route pour
Ik-nzaé. (Voir p, 5V7.)
Livingstonia et mouillait à moitié chemin le long d'un éléphant marsh. Malgré la pluie fine et continue je profitai de la dernière heure du jour pour faire un tour de chasse. Le terrain n'est d'abord qu'une série de lagunes sablonneuses séparées par de longues bandes de roseaux; plus loin commencent des étangs d'eau stagnante et bourbeuse entourés d'un épais mur de joncs, ravagés par les énormes poussées des éléphants, rhinocéros et hippopotames; des canaux d'eau dormante font communiquer ces mares
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entre elles, au travers de marais desséchés couverts de mottes de tourbe et de fondrières. Dans toutes les directions, le grognement de l'hippopotame répond aux cris de l'ihis et du héron; les crocodiles, en plongeant lourdement, font envoler des nuées de canards, d'anhingas, d'aigrettes: sur toute celle immense surface, vériiahle paradis de chasse, on ne trouverait pas vingt pieds carrés sans une empreinte fraîche. Ma seule victime fut cependant une antilope des roseaux d'une espèce que j'ai déjà souvent rencontrée au lîangouéolo; avec ses longues oreilles, sa robe d'un gris terne, son corps efflanqué et haut sur jambes, je ne puis mieux la comparer qu'à un loup. Comme signe dislinctif elle porte à la hase de l'oreille une tache noire qui scmhle une ouverture, enfin la femelle a sous le bas-ventre et de chaque côté une poche assez profonde.
Je revenais avec Karimamhi, courbé en deux sous le poids de sa charge, quand le mâle qui rôdait aux environs nous conlre-passa à moins de deux pas, lançant à toute volée un cri aigu, semblable à un coup de sifflet; si vibrant, si déchirant fut cet appel, que Karimamhi se débarrassa à l'instant de son fardeau pour fuir. Quand elle joue par bande, cette antilope pousse souvent ce même cri, mais moins accentué; il la trahit cependant jusqu'à ;>00 et 001) mètres. La chair de celle-ci, absolument coriace, fut délaissée pour celle des canards, aussi succulents que sur le Tanganika.
Sur le Nyassa les Anglais se servent beaucoup, pour leur cuisine, de graisse d'éléphant; à la condition d'être bouillie peu après la mort de l'animal, elle est très suffisante. C'est là une grosse ressource, étant donné qu'un éléphant adulte en fournit plusieurs centaines de kilogrammes. Les indigènes, moins délicats, sont très friands d'une bouillie de moucherons. Ces derniers, plus petits qu'une tète d'épingle, se répandent à certaines époques sur le lac en nuages immenses et assez compacts pour permettre aux habitants d'y trouver leur provende : apprêté, ce mets barbare a un goût de résine assez accentué et un peu la consistance de ce produit.
Livingslonia nous apparut le 1 1 au soir, sous la forme d'une sombre masse de roches volcaniques jetées comme une île entre les deux bras du lac; les sommets, coniques et dentelés, se détachent sur le ciel comme enlevés à l'em porte-pièce; deux ou trois îles à l'entrée d'une baie forment un abri sur, où nous laissons tomber l'ancre.
Malgré l'aridité des lieux, cetle situation à la tète du cap Marient* était unique sur le lac; les rives est et ouest se trouvent à peu près à éj-ale dislance; les deux bras du lac, entourés de terres basses et peuplées, font de Livingstonia un centre merveilleux, et l'on doit regretter profondément . que l'insalubrité ait causé son abandon.
UYINGSTONIA. 553 Les habitations, vides et désertes, nous apparurent, au jour, alignées à la base du rocher, sur une terrasse sablonneuse qui domine la plage; le temps ne les a pas encore détruites. Quelques beaux arbres, dont des baobabs séculaires, jettent un peu d'ombre sur le devant; enfin une dizaine d'indigènes, attirés par l'arrivée de Yllala, répandent sur cette solitude un peu de son animation d'autrefois. Malgré tout, on ne peut se défendre d'une impression de tristesse profonde en face de ce travail colossal effectué en pure perte, et surtout au souvenir récent des nombreuses victimes qui y ont succombé.
Dans son abandon, Livingstonia me réservait cependant une douce surprise dans la |>ersonne de M. Montagu Kerr, qui venait d'y arriver, dans un dénuement complet, après un long voyage dans le sud.
Parti de Cape-Town dans le seul dessein de chasser la grosse bêle, M. Montagu Kerr s'était avancé jusqu'aux Diamond Fields, qu'il visita. Là, un beau jour, l'inspiration lui était venue de se lancer vers le nord, sans autre escorte qu'une vingtaine d'indigènes ramassés à la hâte. Abandonné de ses hommes, mourant de faim, il eut toutes les peines du monde à rejoindre Tété, où l'obligeance du gouverneur lui permit de se ravitailler. Après quelques jours de repos il atteignit enfin le pays des Angoni, dont l'hostilité l'obligea à gagner le sud du lac avec deux charges de bagages seulement et trois mulâtres portugais, qui l'abandonnèrent aussitôt son arrivée.
M. Kerr regagnait comme moi Quilimane. La similitude de nos situations était faite pour nous réunir, cl nous décidâmes de descendre ensemble le Chiré et le Zambèze. J'aurai souvent l'occasion de rappeler par la suite tout le plaisir que sa société m'a procuré et l'excellent souvenir du mois que nous avons passé ensemble.
Le 15 Vilain nous amenait à la sortie du Chiré, après avoir doublé une ou deux îles, dont l'une, taillée en pain de sucre, est tristement célèbre par la mort d'un gentleman anglais qui était venu chasser sur le lac. 11 avait blessé de son premier coup un singe hurleur, qui aussitôt se jeta sur lui; l'attaque fut si brusque, que, dans l'impossibilité d'épauler à nouveau, il dut prendre le fusil par le canon pour s'en servir comme de massue. Dans la lutte, le coup partit et lui traversa la poitrine.
Comme M. Haskess, le 14, terminait le récit de cet accident, le Nyassa finissait sur une immense plaine de joncs, où nous eûmes quelque peine à trouver la sortie du Chiré.
Si loin que l'œil fouille dans le sud et dans l'ouest, ce ne sont que marais sans horizon. Dans l'est seulement, à 4 ou 5 milles, le Living-
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stone Range dessine encore son profil élevé, en attendant qu'il disparaisse à son tour pour laisser la place à cette plaine infinie, à cet océan de joncs et de roseaux au travers duquel le Chiré coule vers le Zambèze.
Le Chiré, qui met le Nyassa en communication avec le Zambèze, et par suite avec l'océan, a déjà été maintes fois décrit depuis Livingstone ; je ne m'attarderai donc pas sur ses rives; ce fut le plus fastidieux trajet de tout mon voyage. Telle la rivière nous apparut dans la première étape qui devait nous amener en amont des chutes, telle nous la retrouvAmes en aval, resserrée entre deux murailles de joncs, et se livrant, dans le marais sans fin, à une multitude de méandres, qui sont un supplice pour le voyageur. Le seul endroit du fleuve où nous aurions pu voir cesser un instant celle monotonie élait précisément celui où nous dûmes laisser le bateau pour franchir par terre les 40 milles de rapides interdits à la navigation. Que de fois n'ai-jc pas regretté les bords riants de la Louapoula, et même les marais du Bangouéolo, où l'œil pouvait au moins se reposer sur un large horizon marin!
Pour être juste, je dois ajouter que les moustiques sont pour une large part dans les malédictions que j'ai vouées à cet affreux pays. Pendant ces huit jours de navigation je n'ai pu dormir dix heures d'un sommeil paisible.
Une journée suffit pour nous amener à Matopé, où nous devions laisser Vllala pour prendre pendant quelques jours la roule de terre. Dès dis heures nous traversions le lac Pamalombé, large pièce d'eau sans fond, sorte de réduction des lacs Amers, bordée de terres basses d'où émergent quelques touffes de palmiers. A 5 ou 4 milles dans l'est s'étend une chaîne de collines rocailleuses aux lianes abrupts et hérissées de cônes d'une structure étrange. Dans toutes les autres directions, c'est le marécage infini, véritable triomphe de Y éléphant manh, avec ses effluves malsains, son atmosphère lourde et humide et sa buée transparente, qui flotte à la surface des eaux dès les premiers rayons «lu soleil.
Le lac traversé, nous étions de nouveau dans les joncs, faisant mille circuils pour trouver notre route. La rivière n'a ici qu'une centaine de mètres de largeur, avec une profondeur de 2 mètres, tout juste suffisante pour Vllala,
Aux tournants la berge s'élève généralement. C'est là que les habitants construisent de préférence, et les cases dispersées sont si nombreuses que du Nyassa à Ma topé on croit traverser un seul village, d'une étendue extraordinaire. Les huttes sont carrées, basses, perdues le plus souvent dans un feuillage épais ou dans les grandes herbes; quelques-unes semblent ton-
LR CHIRÊ. 555 struites avec un certain art ; mais le plus grand nombre, par leur légèreté, attestent la certitude qu'ont les riverains de les voir balayées par la prochaine inondation.
Les habitants, prévenus par nos coups de fusil, se sont massés pour nous voir défiler; ce n'est pas sans appréhension que nous voyons au milieu d'eux un grand nombre do Zanzibar îles et d'Arabes. Mes trois Vuanguana ne se gênent pas pour me dire que Saïd Dargaeh a l'intention d'agir sur le Njassa comme sur le TanganiKa, et que les caravanes que nous voyons ont certainement été expédiées de Quiloa dans ce dessein. Bien que
Honls du Cliiié.
cette question ne m'intéresse plus guère, je ne perds pas de vue mes hommes, tant est propice l'occasion de déserter. Tous trois sont maintenant dans un état de santé satisfaisant, et j'aurai encore souvent besoin de leurs services.
Si dense que soit la population, la faune est encore plus nombreuse; à 20 mètres des cases, des bandes d'hippopotames s'ébattent sans souci ; souvent même Vllala se heurte à l'un de ces monstres, qui bondit hors de l'eau et s'écarte à grandes brasses en soulevant dos colonnes d'écume, Les crocodiles aussi sont innombrables, et chaque détour de la rivière en découvre quelques-uns étendus sur la berge. Nous en comptâmes, à la tombée de la nuit, jusqu'à quarante alignés sur un banc de sable.
L'obscurité était complète quand nous parvînmes à Malopé. Ullala, arrivé au bout de sa course, s'amarra contre la berge, en face d'un hangar servant de magasin et de campement aux voyageurs. Le village indigène se trouvant à 700 ou 800 mètres de là, l'endroit était parfaitement désert, et nous nous étendîmes de notre mieux, au milieu deszi-zi «les moustiques et du grognement sonore des hippopotames. La voix du lion elle-même était de la fêle, et à partir de minuit elle nous arrivait, fait assez rare en Afrique, de quatre directions opposées.
Le village de Malopé compte à peine une vingtaine de huttes et lire toute son importance du transport des marchandises qu'amène Vllala. Les indigènes, de nature peu conciliante, avaient tenté dernièrement de s'opposer au transbordement, et leurs prétentions étaient devenues telles, que le lieutenant l'ulley jugea prudent de les désarmer provisoirement. Ils semblaient aujourd'hui s'être soumis; pendant notre séjour, du moins, nous n'eùmc5 pas à nous plaindre de leur voisinage.
Nous nous trouvions ici à 10 milles du premier rapide du Chiré et à 50 de la station anglaise de Mandata, où nous nous rendions par voie de terre, pour aller reprendre' de lu le cours de la rivière à Katunga, en aval des cataractes. Le transport des bagages se fait avec des pagazis, et, comme les environs ne peuvent en fournir un nombre suffisant, il nous fallait attendre ceux qu'on devait nous envoyer de Mandata. M. Kerr et moi étions enchantés de ce relard, qui allait nous permettre de faire quelques jolies chasses dans les environs.
IV'ndanl la sécheresse, la chasse dans les marais de Malopé est un rêve; partout des herbes courtes et de longues lisières de bois facilitent l'approche du gibier. Duflles, zèbres, cobes à croissant et springbocks se succédaient, et en deux matinées nous avions au crochet, M. Kerr un zèbre et deux sangliers à verrues, moi deux cobes et trois springbocks. Las de celle boucherie inutile, M. Ken* alla le soir se mettre à l'affût du lion, manœuvre bien chanceuse dans cette partie de l'Afrique où le gibier, ayant de l'eau ii volonté, ne se rassemble pas le soir autour des maies.
Le 17 octobre, en même temps que nos porteurs, nous arrivèrent de mauvaises nouvelles. M. Moir, directeur de YÂfrican Lakes Company, en réponse à nos lettres, nous faisait savoir que tout le bas Chiré élait en guerre, et par suite que les relations étaient interrompues avec Quilimane. Il nous laissait, il est vrai, l'espoir d'un arrangement prochain; mais il nous était fort désagréable de rester bloqués un mois ou deux dans celte petite colonie, sur la (in d'un si long voyage, alors que nous ne pensions qu'à gagner l'océan par la voie la plus rapide.
BLAKTYRE. 557 L'étape de Matopé à Mandata se fa i t généralement en un jour; nous campâmes néanmoins, pour arriver plus dispos, le 19. Du reste, la roule nous ménageait d'agréables surprises. Le marais traversé, nous atteignîmes effectivement des coteaux boisés et frais, qui nous amenèrent à 200 mètres d'altitude. Là l'air empesté de Matopé faisait place à une atmosphère de montagnes qui dilatait les poumons. A peine pourtant un nu deux ruisseaux pour nous désaltérer, et pas d'autres habitants que les hyènes, qui remplaçaient les moustiques et nous empêchaient de reposer en paix.
La petite colonie de Mandata ou de Blantyre date de quatre ou cinq ans à peine, et pourtant nous y trouvons un aménagement complet, un confortable très bien compris, cette propreté coquette que les Anglais apportent à leurs installations. Le village est situé en contre-bas de la montagne, au milieu de coteaux [ieu cultivés, mais d'une salubrité parfaite. A l'abri des vents frais, la température reste moyenne toute l'année, et les cheminées des habitations semblent un luxe inutile.
Le village de Blantyre est construit des deux côtés d'une large rue, coudée à angle droit. La mission occupe les points culminants; le consulat cl une douzaine d'autres habitations complètent cette agglomération, qui est du plus gracieux effet. Les jardins, d'une tenue irréprochable, semblent vieux de vingt ans; enfin les chalels écossais, en briques rouges, avec leurs
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perrons, ne se trouveraient pas déplacés sur quelqu'une de nos places mondaines, n'étaient leurs toits de chaume, le seul détail africain qui nuise à l'ensemble.
Actuellement Blanlyre compte douze Furo|»éeiis, dont Mme Foot, femme du consul, qui vient d'être éprouvée durement par la mort de son mari, et qui n'en poursuit pas moins l'éducation de trois enfants en bas âge, en attendant courageusement que de meilleures nouvelles arrivent du bas Chiré et lui permettent de regagner l'océan. Depuis la mort de M. Foot, M. Goodrich a pris les fonctions de consul. Deux missionnaires et leurs femmes, un médecin et quelques ouvriers de profession complètent ce personnel.
Une belle allée de ITjOO mètres de longueur, plantée d'eucalyptus, bordée d'ananas et de champs de caféiers, relie Blanlyre à Mandata, où nous arrivons vers onze heures. Nous sommes ici sur le territoire de YAfrican Lahn Company, qui, pour se développer et n'avoir pas à se diviser, s'est mise un peu à l'écart. Au haut d'un grand verger apparaît un manoir à élages; divers magasins, dont une scierie parfaitement installée, sont en contre-bas. C'est chez M. et Mme Moir, qui résident ici, que nous venons nous installer et attendre, nous aussi, à l'abri de leur hospitalité, de meilleures nouvelles du bas Chiré. Afin que l'on comprenne mieux ce qui va suivre, faisons maintenant un peu d'histoire et de géographie.
Les Portugais sont, on le sait, installés depuis longtemps à l'embouchure du Zambèzo. Il y a près d'un siècle que les caravanes de leurs métis ont accaparé ce fleuve; à deux ou trois reprises même, il est arrivé à ces forbans de pénétrer assez avant dans l'intérieur pour communiquer avec leurs confrères de la côte ouest, dont Saint-Pau] de Loanda est le centre de ravitaillement. Kn tout temps ces caravanes se sont servies du Zambèze pour leur commerce, négligeant le Chiré, qui n'offrait que de médiocres ressources; mais il a suffi de l'arrivée? des Anglais dans ces parages pour attirer aussitôt leur attention sur celle rivière.
L'influence des caravanes portugaises n'est que passagère. Quant à Quilimane, l'autorité de son gouverneur cesse aux portes delà ville, et, il n'v a pas un mois encore, les factoreries ont été pillées à Mazaro, et deux ou trois Européens n'ont dû la vie qu'au concours généreux de leurs confrères de Quilimane, concours que le gouvernement se refusa catégoriquement ;i appuyer. Dans de semblables conditions on ne peut trouver étonnant que les Anglais soient venus s'installer sur le Nyassa et le haut Chiré; à peine les Portugais étaient-ils en droit de se plaindre de l'arrivée de M. Foot, agent officiel, mais non reconnu, car on ne pouvait supposer qu'il fût