ANGLAIS ET PORTUGAIS. M
accrédité auprès des noirs potentats qui gouvernent ces parages. Ajoutons qu'à l'époque dont je parle, ces questions locales, traitées à des milliers de lieues de l'Europe, avaient laissé parfaitement indifférents les deux gouvernements.
Quoi qu'il en soit, cette prise de possession du haut Cliiré donne lieu aujourd'hui à une quantité de controverses, soulève des jalousies, et les Portugais ne manquent aucune occasion de taquiner et de rançonner leurs nouveaux voisins, ce qui leur est d'autant plus facile qu'ils ont la ciel' du
fleuve, toutes les marchandises étant obligées de passer chez eux avant de prendre la grande roule de l'océan.
Celle opposition sourde des Portugais n'est pas la seule difficulté contre laquelle les Anglais aient à lutter : les indigènes du lias Chiré viennent de leur faire passer un vilain quart d'heure.
Deux trihus se partagent le cours inférieur de la rivière, mais ce n'est qu'à l'une d'elles, la plus voisine, que la colonie eut affaire, et, par une ironie sanglante, la tribu en question, celle des Manvanja, a choisi pour chefs ces mêmes Makololos que Livingstonc avait autrefois entraînés à sa suite jusqu'à l'einhouchure du Zaïnhèze. Ces quelques malheureux, une vingtaine au plus, au moment de rentrer dans leur pays, avant appris sa ruine et la dispersion de leurs concitoyens, s'établirent en aval des cata-
racles, où leur influence ne tarda pas à s'affirmer. Ivrognes et bêtement cruels, ils commandent encore aujourd'hui deux ou trois villages riverains, et l'on ne peut expliquer que par une terreur profonde l'attache ment des indigènes pour ces chefs étrangers auxquels ils avaient donné l'hospitalité.
Jusqu'à cette année, ces Makololos avaient vécu en lionnes relations avec les habitants de la colonie européenne, et semblaient même conserver un souvenir reconnaissant de tout ce que Livingstone avait l'ait pour eux; mais, il y a six mois, un accident vint tout gâter. A la suite d'une brutale provocation, M. Fenwick, ancien employé de YAfrican I/ikct Company. se vit contraint, à sou corps défendant, de tirer sur Chépélula, un de ces principaux chefs makololos, cl l'étcndil mort à ses pieds. M. Fenwick, quelques heures plus lard, était massacré; mais cette victime ne suffisait pas à assouvir la vengeance des Manyanja, el la guerre fut déclarée.
Les indigènes occupant les bords de la rivière, il devenait difficile aux Anglais de descendre au Zambèze; malgré toutes leurs précautions, deux chaloupes furent pillées. Un jour, un employé de la compagnie fut saisi, menacé de mort, et ne dut la vie qu'au seul désir des indigènes de s'en servir comme intermédiaire auprès de M. Fool. qui venait d'arriver. Il revint donc à Blanlyre, complètement nu, muni de deux patates douces pour sa nourriture, et chargé de faire connaître les conditions exorbitantes (jue les Manyanja mettaient désormais à un rapprochement. M. Foot dut céder et se rendit en personne au village de Chépélula, porteur d'une indemnité qui eût défrayé largement les quelques milliers de tètes de tous les environs.
Depuis deux mois, la paix peut donc être considérée comme signée avec les Manyanja; mais une nouvelle difficulté vient de surgir qui compromet à nouveau la sécurité de la navigation sur le bas Chiré, entre le territoire anglais et l'embouchure de celle rivière dans le Zambèze. Les Messengeries, tribu nombreuse, occupent à cet endroit les deux rives, el les Portugais viennent de leur déclarer uni' guerre sans merci. Du véritable prétexte de celte prise d'armes je ne dirai rien, pour ne pas avouer que tous les torts ne sont pas du côté des indigènes; qu'il suffise de savoir qu'une armée de mulâtres portugais remonte la rivière, brûlant tous les villages les uns après les autres, menaçant même ceux des villages manyanja qui touchent aux Messengeries.
Dans de semblables conditions, la descente de la rivière devenait une entreprise hasardeuse. Les Messengeries s'étaient toujours montrés conciliants vis-à-vis des habitants de la nouvelle colonie; mais cette attaque