CHAPITRE IV
Zambuc. — Supplice d'une sorcière. — Partie de chasse sous la conduite des Maquois. — Abondance de serpents venimeux et de mouches tsétsés. — Les Iwrds du Kingini. — Je tue un gnou. — Dans le Kutu. — Villages et cultures. — Rencontre d'un rhinocéros. — Un phacochère. — Nuit d'orage. — Photographie. — Village de llongo. — Les mets africains, le pombé, le miel, l'ugali.
Zamhué, où je passai mon premier jour de l'an 1S85, est situé sur la frontière de ITzaramo et du Kutu, et a déjà quelques-uns des caractères de ce dernier pays; les cases sont groupées, entourées d'une haie vive, épaisse, impénétrable.
Pour mes étrennes, le chef de Zamhué nie réservait une surprise, une vraie surprise de sauvage et de sauvage d'Afrique. Au moment où j'installais mon camp à 200 mètres du village, des cris de guerre, semblables à des hurlements de bêles fauves, vinrent frapper mes oreilles, et presque au même instant une bande de sauvages affolés arrivaient, traînant après eux une malheureuse vieille femme, nue, à moitié morte des mauvais traitements dont tous l'accablaient. Un forcené la tenait en laisse avec une liane, lui serrant le cou par un nœud coulant. Quand la victime, à bout de forces, venait à butter, ils s'attelaient trois ou quatre à la corde pour la traîner au milieu des ronces et des pierres.
D'après les renseignements que je recueillis à grand'peine, cette femme était une prétendue sorcière qui, la veille, avait fait mourir deux hommes par ses sortilèges; on allait la brûler sur un bûcher. Dans l'Uzaramo, la mort est toujours attribuée à un poison quelconque et suivie en conséquence du meurtre de la personne soupçonnée par le Mganda de l'avoir donnée.
Le cœur soulevé par un tel spectacle, je m'avançai avec mes hommes à la rencontre de ce groupe pour arrêter cette atroce exécution; mais, au moment où nous étions près d'arriver, je vis les bourreaux lever leurs haches sur la victime d'un air si menaçant que je renonçai à aller plus
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loin; s'il fallait que la malheureuse fût sacrifiée, que ce ne fût pas du moins sous mes yeux !
Toutefois, dans la pensée que je pourrais gagner quelque chose à temporiser, je lis appeler le chef du village, qui arriva bientôt en titubant, à moitié ivre de [xunbé. Comment trouver dans celle tète idiote une corde à faire vibrer, un sentiment à remuer? C'était une tentative inutile; à ma juste indignation il répondit par un ricanement de bête fauve et conclut, comme autrefois le roi de Dahomey : *< Ton sultan fait ce qu'il veut chez lui, moi je fais ce que je veux chez moi
Les bourreaux disparurent dans le fourré, toujours hurlant et battant leur lam-tain infernal. Le chef m'avait seulement accordé comme une laveur insigne qu'on couperait la gorge à la malheureuse avant de la faire mouler sur le bûcher; mais mes hommes, qui assistèrent à l'exécution, me dirent qu'on n'en avait rien fait.
A la tombée de la nuit, cet abominable crétin vint me trouver, chargé de deux poules, qu'il m'offrit pour recouvrer mes bonnes grâces. Malgré ses instances, je ne voulus rien accepter, ce qui en Afrique est toujours une insulte grave; furieux, il me quitta, grommelant entre ses dents : « Qu'a donc ce Msungu (blanc) à tant se fâcher pour une affaire pareille? L'an dernier, il y avait ici un Inylesa qui a assislé à deux exécutions sans faire tant de bruit. »
Le nombre croissant de mes malades m'obligea de ne point partir immédiatement de Zamhué. Autant pour tuer le temps que pour écarter les tristes souvenirs de la veille, je passai le deuxième jour à chasser dans les environs. J'avais fait la connaissante d'une bande de Maquois, qui s'offrirent pour me conduire; aux bons endroits.
La tribu des Maquois, originaire des bords de la Rovouma, est maintenant à moitié disparue; mais la réputation de chasseurs de ses membres est si bien établie qu'un grand nombre d'indigènes des tribus environnantes aiment à se faire passer pour eux en se couvrant les bras de cicatrices, cl en s'affublant d'un nom auquel ils n'ont aucun droit. Dans l'ancienne tribu, ces cicatrices indiquaient le nombre d'animaux abattus par chaque homme; un croissant tatoué sur le front servait aussi à les distinguer de leurs voisins.
Aujourd'hui on donne le nom de Maquois à tous les bandits qu'on rencontre près de la côte, dans la brousse, un long fusil sur l'épaule. Beaucoup de ces gens-là vivent réellement de leur chasse, et c'est le cas de ceux que j'avais rencontrés; bien que chasseurs émérites. ils n'en sont pas moins de pauvres tireurs.