‹ Les lacs de l'Afrique équatoriale; voyage d'exploration exécuté de 1883 à 1885Chapitre 19 sur 119 · LIONS ET HYÈNES · texte numérisé non relu

LIONS ET HYÈNES

avaient ton! lieu de supposer qu'un malheur m'était arrivé. l>t's rorherelies dans la brousse firent découvrir quelques gouttes de sang; le rugissèment venait de se répéter à près d'un kilomètre et nous laissâmes le fauve déchirer sa proie en liberté. On n'a pas exagéré ce qu'a de saisissant le rugissement du lion, celle noie rauque et formidable qui semble retirer toute vie à la nature et la frappe d'un silence de mort.

Bien que les lions soient nombreux dans ces parages, ou les entend rarement de près. Il n'est pas de nuit où la voix du roi du désert ne vienne frapper nos oreilles, mais éloignée et indistincte. Les feux du camp ont traité* le gibier, et si par hasard le lion s'approche, c'est en rampant, a\ee toutes les précautions du félin ; jamais il n 'essaiera «le se glisser au travers du' huma. -Ma si, la nuit, ou n'a pas à le redouter, le jour il devient très dangereux, quand une fois il a goûté de la chair humaine.

Le cri dr l'hyène produit également sur nous une impression étrange pendant le silence de la nuit, d'autant plus qu'il nous éclate souvent entre les jambes, dans le camp même et à trois pas de ma lente ou des huttes de mes hommes, quand le bois a manqué pour construire une palissade. C'est un rugissement presque aussi effroyable que celui du lion, et qui lui cède à peine en puissance.

Le cri d'appel du lion se compose de deux notes longues : oA-oh, que la voix humaine ne pourrait imiter qu'avec les efforts gutturaux du mal de nier; son cri de fureur est semblable au râle court, âpre et strident de la locomotive qui va s'ébranler. Celui de l'hyène commence de même que le cri d'appel du lion, mais se termine en éclats de rire saccadés, que traduit à peu près l'onomatopée otl-hi-hi.

Bien que très peureuse, l'hvène poussée par la faim est souvent d'une audaccélounanlc. Je viens de dire qu'elle entre fréquemment dans le camp, où elle s'attaque à pleines dents à certaines charges couvertes de peau ; mais au moindre bruit elle pousse son cri guttural et déguerpit en trois bonds. Elle touche rarement à l'homme, même endormi, aussi la laisse-t-on bien tranquillement s'user les dents et les griffes sur ces charge- recouvertes de cuir frais auquel le soleil a donné la dureté de la pierre. Mes hommes ont baptisé ces charges du nom de MzUjU n /isi (charges des hyènes), parce qu'elles portent toutes «les liât es de dénis.

Toute l'Afrique tropicale est littéralement peuplée d'hyènes. De bout en bout les sentiers sont jonchés de leurs laissées blanches et calcaires, et de ces dégorgements de bourres et «le poils que dans leur gloutonnerie elles avalent en dévorant quelque quartier d'antilope. A en juger par ces laissées, elles mangent probablement [dus d'os que de chair.

110 L'AFRIQUE ÉQUATORIALK.

On les lue très facilement au piège, grâce à leur voracité; Ferrouji, un de mes bons chasseurs, leur a voué une haine toule particulière; il installe son fusil toutes les fois que la chasse peut lui fournir quelques os connue amorce.

La genl fauve est du reste fort bien représentée ici, comme dans tous les endroits où le gibier est abondant. Mes hommes trouvèrent dans les environs du camp deux petits léopards, gros comme des chats, que je fis envoyer sans scrupule au paradis des tigres.

Quel campement, le 10 février! Rien qu'une plaine aride, desséchée, à côté d'une grosse roche creuse qui heureusement a conservé un peu d'eau de pluie. Le sol est rouge d'ocre, crevassé, raviné, couvert de l'atroce Acacia hor rida \ à midi, un soleil de feu; le soir, l'orage quotidien. Mes hommes prétendent qu'on se croirait dans l'igogo. Si c'est vraiment là l'Ugogo, je me félicite de n'avoir pas fait avec lui plus ample connaissance.

Le H je campe à Mgovéro, village de quatre huttes qui n'a pas dix livres de farine à nous vendre; mes hommes sont obligés de courir au loin dans les environs pour trouver des vivres.

Je passe l'après-midi à tirer des franco) ins et des perdrix, qui sont partout très nombreux. Le francolin est presque toujours perché. Les Zanzibarites lui donnent le nom de Ai/arc, qui rend bien son chant criard.

Tous les volatiles d'ailleurs perchent en Afrique, surtout la nuit; les bandes de pintades se trouvent généralement à terre dans les endroits découverts; mais si on les fait lever, elles gagnent, à grand bruit, l'arbre le plus proche et se blottissent immobiles le long d'une grosse branche; aussi est-il souvent assez difficile de les découvrir, malgré leur volume.

Leur caquetage perpétuel les indique facilement au chasseur, pour qui elles sont une proie facile en raison de leur peu de sauvagerie; j'en ai souvent tué à balle dans des vols, qui se laissaient approcher jusqu'à 10 ou 15 mètres. La chair délicate des jeunes est une bien grande ressource pour le voyageur privé de graisse de cuisine et dégoûté de la viande . d'antilope et de poule. La pintade doit se tirer avec de fortes cartouches de k2 chargées à 4 gr. 1/2 de poudre; il faut avoir soin également de la tirer par derrière, parée que même de flanc le plomb glisse sur elle. Enfin, pour la chasse à la plume en général, il sera bon de se procurer un calibre 1*2 ou 14; un calibre plus petit se trouverait souvent insuffisant pour abattre la pintade et l'oie, les deux seuls gibiers qu'il me fut permis de tirer, vu le nombre restreint de mes cartouches.

Le 1*2 j'arrivais à Mdaïra, sur la rivière du même nom, au pied de la

Page 1