‹ Les lacs de l'Afrique équatoriale; voyage d'exploration exécuté de 1883 à 1885Chapitre 34 sur 119 · LE VILLAGE DE MAKULA · texte numérisé non relu

LE VILLAGE DE MAKULA

niera, devant des files de cases dont les bravants habitants viennent se joindre à la foule des curieux.

Ces villages s'allongent sur les bords «le la rivière, car l'humidité est nécessaire aux bananiers. Le dernier village mesure certainement 3 kilomètres, sans une interruption dans la ligne des huttes; la population cependant ne me semble pas proportionnée au nombre des cases; je l'ai tout enlièreà mes trousses, et cela fait environ I 500 âmes.

Mes malades, portés à dos d'hommes, marchent en tète, sous la pluie et

Makula me prend la main cl me la notre à la briser

dans la boue; le reste de ma caravane, abattu et débraillé, chemine piteusement, comme une, bande de vaincus escortés par des triomphateurs.

Enfin nous débouchons sur une large place, où Makula m'attend au milieu d'un groupe nombreux : c'est là que nous devons camper. Du plus loin qu'il m'a vu, Makula s'est avancé d'un pas mesuré et digne qui me le l'ail reconnaître tout de suite pour le chef, H me prend la main, nie la serre à la briser, et me la secoue pendant au moins une minute de façon à me désartieulier l'épaule. « C'est un Ingresa, me dit-il en riant , qui m'a appris cette façon de saluer. »

Makula est un grand escogriffe de 1 m. 90 de hauteur, tout un, tout

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rouge; sur ses épaules, largement taillées, au-dessus d'un COU de taureau, apparaît une face large, souriante et même sympathique. Je crois que nous pourrons nous entendre. Le plus pressé pour moi, c'est de prendre un peu de repos sous ma tente, dressée à l'abri d'un forge sycomore qui orne la place. ' •

Mes deux premières journées chez Makula se passèrent sur mon lit, dans l'épuisement causé par la fatigue, là diarrhée et les purgatifs que j'avais enfin le loisir de m'appliquera Un médecin eût certainement reconnu les symptômes de la lièvre dans ces étourdissements périodiques et dans ces faiblesses journalières; rnoi, je n'y voyais que la dissolution complète de mon individu; j'avais littéralement fondu sous l'étreinte de la massika.

Toute affection africaine, si elle est périodique, doit être attribuée à la lièvre : maux de tète, hémorragies, douleurs rhumatismales!... A l'usage du vulgaire, on a inventé la « fièvre des bois », la « lièvre des marais », la « fièvre des montagnes », et, pour toutes, la quinine, ce remède infaillible. La quinine! celle panacée qui guérissait nos pères à la dose de 30 centigrammes et les rendait fous à celle de 1 gramme! qui aujourd'hui obtient encore sur nous des résultais merveilleux à la dose de \ grammes, et qui, bien probablement, à la dose de 10 grammes ne produira plus aucun effet sur nos petits-neveux!

Un homme qui s'est mis en tète de visiter l'Afrique centrale n'est pas tenu d'avoir les idées de tout le monde, et j'estime que celles qu'il en rapporte ont au moins la valeur d'un témoignage de visu. Or mon opinion sur la lièvre africaine est qu'elle vA une, qu'elle a toujours et partout le même caractère, et n'existe qu'à la côte et dans certaines localités marécageuses du centre, comme il s'en trouve partout en Europe. On la prend à respirer les miasmes empestés des marais, quand un soleil ardent décompose leur végétation. Klle se prend également près des côtes, sous les forêts vierges que tapisse toujours une épaisse couche d'humus, et enfin dans les plaines nues, par insolation.

Mais toujours elle se traduit, suivant les tempéraments, par des accès intermittents ou par des accès continus, accompagnés, chez les natures bilieuses, de vomissements, «le maux de tèle, de maux de reins, et toujours d'une prostration complète.

Quant à la quinine, j'en administrais généralement de fortes doses à tous mes malades, puisque le code actuel de médecine le veut ainsi, me réservant de n'en prendre moi-même qu'à la dernière extrémité. Bien meilleurs sont, à mon avis, les purgatifs de toutes espèces, sels anglais, sulfate de

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