DÉPART DR CHEZ IAKDLA
sues: en qoatre jours on n'a pus te temps d'étudier une population. Le Condé n'entrail pas d'ailleurs dans mon programme, je ne faisais qu'y passer, el l'étal |m?u satisfaisant « 1 « ' ma santé ne m'a pas permis «le tout roir. .l'ai déjà dil du reste que je devais y revenir l'an prochain dans une saison plus favorable.
Donc, le 21 au matin, je levai le camp. Makula m'accompagna quelques
« Tuez-If! » criaient les femmes de Miikula.
pas ci en me quittant me demanda un nouveau cadeau pour bien resserrer notre amitié. Il ne roulait qu'un petit chiffon, un dernier souvenir de mon passage, qui devait avoir d'au tant plus de prix à ses yeux qu'il fallait arrêter toute la caravane pour le couper.
Noua courons à l'ouest-nord-ouesl, droit sur les montagnes, qui s<>mblenl s'abaisser à mesure que nous avançons, et dont les premiers plans siuii légèrement inclinés.
Nous marchons dans un immense marais herbu, inonde par l'averse formidable de cette nuit. Je patauge dans l'eau jusqu'aux genoux; enfin, repris de faiblesse, je me vois obligé de camper. I.e temps est indécis. La massika a perdu pourtant de son intensité, et le moment approche où elle doit cesser complètement.
Le 22, le sentier s'améliore un peu : d'argileux qu'il était, le sol est devenu sablonneux. Nous sommes encore dans l'eau, mais sous des bois de haute futaie, que sillonnent les sentes fraîches des buffles et des éléphants; pois les grandes herbes recommencent, et vers dix heures nous voyons surgir de terre un bouquet de bananiers. Nous sommes arrivés au village d'Unkanga, sur les bords d'une grande rivière dont Maku la m'avait parlé eu lui donnant le nom de Ruisi, la première dénomination que j'entends appliquer à un cours «l'eau dans le Coudé.
Quelle succession de contrastes imprévus! Pendant huit jours le Coudé m'a donné l'illusion d'un centre peuplé; je savais bien que le puri commençait aux portes mêmes de Makula, mais je pouvais du moins compter sur quelques villages dans les environs. Rien ! rien que la brousse! Il a fallu faire 25 kilomètres pour trouver un village, et quel village! vingtcinq pieds de bananiers, trois mauvaises huttes à moitié effondrées; j'allais oublier trois habitants mâles, que nous mimes plus «l'une heure à trouver, dans un carré de maïs d'où ils chassaient les oiseaux.
Le guide que nous a donné Makula se trouve ici dépaysé. Déjà! Sommesnous dans le Coudé ou dans une tribu nouvelle? 11 n'en sait rien! A peine comprend-il l'idiome des trois abrutis qui végètent dans ce coin de terre perdu.
La rivière cependant est bien telle qu'on me l'avait dépeinte, avec 05 mètres de largeur et un courant démonté, mais sans rapides à l'endroit où nous sommes. Les beiges, hautes de deux pieds, étaient hier encore inondées complètement ; on y patauge «laits un limon argileux, et dans des flaques d'eau où sautent d'assez jolis poissons, «lont m«'s hommes font une ample provision. Sur les herbes, couchées comme après un ouragan, gisent <1<> gros troncs déracinés, entraînés par le courant.
Devant ce courant violent, l'idée s'imposait de monter mon bateau, mais c'est un si gros travail! Puis Makula m'avait dit qu'on passait la rivière en pirogue; j'étais «loue arrivé avec l'idée de la franchir ainsi, et, la paresse aidant, je demandai au chef de me prêter la sienne. Il me promit qu'elle serait devant !«• village au milieu du jour.
La nuit est une nuit du «lélug«\ Pas «l'orage, mais une averse de huit heures tombant raide comme grêle. Sous ma lente, mon lit est placé en travers d'un ruisseau qui ne désemplit pas, et l'eau ruisselle d'en haut dans lt?s plis de ma couverture en caoutchouc, car cell«ï pauvre lente, maltraitée par «les raccommodages successifs, est passée à l'état «le crible.
Au matin la rivière a monté d'un pied, et le courant est devenu encore plus furi«-ux. La pirogue promise est pourtant arrivée, et les trois habitants
PASSAGE DIFFICILE D'UNE RIVIÈRE. 201 de céans, les seuls, se prétendent de force à passer sur l'autre rive. Je lève donc le camp pour le transporter à 500 mètres on amont, le plus loin possible des rapides, que j'entends bouillonner sur la gauche.
On sait ce qu'est une pirogue : un mauvais tronc, mal taillé, mal équilibré, tout tordu et, de plus, percé à jour. 11 est des moments où l'homme est aveugle : c'est folie réellement que de se risquer sur un pareil esquif*
Kamna cependant vient de s'y installer avec deux charges «l'étoffés, deux fusils et sa natte, sur laquelle est amarré le pied de mon théodolite. Etendu tout de son long, il a pour unique occupation de puiser l'eau, qui entre à Ilots. Les trois naturels du village prennent place à leur tour, armés des perches qui leur servent de pagaies, car il y a plus de 10 mètres de profondeur dans le milieu. Le chef prononce quelques paroles sacramentelles pour conjurer le mauvais esprit des eaux, et se remplit la bouche d'eau qu'il crache dans la rivière en un long jet. Ces conjurations accomplies, la pirogue glisse sur la vase et entre dans le courant, qui l'entraîne en la faisant sauter comme un bouchon.
Mes sauvages cependant mano'uvrenl avec une habileté rare. Tous trois debout, penchés sur leurs pagaies, ils impriment à ce vieux tronc un élan dont je ne l'aurais jamais cru capable. Ils sont bientôt au milieu de la rivière, à 500 mètres de nous; plus loin, à S00 mètres en aval, ils s'approchent rondement de la rive Mais voici que tout chavire et disparaît à
mes regards !
« Kamna ne sait pas nager! s'écrient mes hommes : il est perdu ! »
Quelques-uns montent sur les arbres, mais, à la distance où nous sommes, il est impossible de rien distinguer.
Le regret dans le cœur, je regagne mon camp de la veille et donne l'ordre de monter immédiatement le bateau; pas une corbeille de farine tlans ce trou maudit : il fallait traverser promptement.
La disparition de ce pauvre Kamna me plongeait dans la tristesse. Mais, comme le soleil se couchait, sa voix nous arriva distinctement d l'autre rive ; « Salam ! salam! (sauvé!) », criait-il.
Un coup d'œil sur la rivière est nécessaire pour expliquer la journée du 24 avril.
En amont se trouve «l'abord une série de rapides terminés par une petite chute d'un mètre de haut; en cet endroit le courant mesure à peine 50 mètres de largeur, encaissé qu'il se trouve entre deux berges élevées, couvertes de grands arbres.
Au pied de celle première chute, la rivière, en s'éloignant, court au sud
202 L'AFRIQUE ÉQl'ATORI ALE.
entre deux berges basses, celles tle gauche couverles de quelques bananiers. Kllf se dirige ainsi pendant 800 mètres, puis, arrivée à une petite colline qui lui barre la route, elle tourne brusquement à gauche et. divisée en deux bras par un petit îlot, se précipite dans une seconde chute, suflisante pour briser tout ce qui s'y laisserait entraîner.
Au lever du jour, mon bateau, moulé complètement, fut transporté le plus en amont possible, au pied de la première chute. L'expérience était délicate : je pris donc la barre, mettant aux avirons six de mes meilleurs matelots. Mais dès le premier moment je perdis l'espoir de gagner l'autre rive, tant nous étions drossés par ce courant rnfernal. Force me fut de gagner l'îlot pour reprendre quelques forces. Les deux chutes bouillonnaient avec furie quelques mètres plus bas; après de rudes efforts je réussis cependant à atteindre l'autre rive, à un kilomètre environ de mon point de départ.
Comme nous nous cramponnions aux roseaux, Kamna nous apparut souriant et vêtu... d'une simple lance empruntée à un indigène. Pendant que nous nous déhalions le long des roseaux, il nous expliqua que, hier, en chavirant, ne sachant pas nager, il s'était cramponné à l'un des pagayeurs et qu'il avait pu ainsi gagner le bord. Il avait couché dans un petit village abandonné, tout près d'ici. La pirogue et son chargement étaient d'ailleurs complètement perdus.
Ce premier essai m'avait pris trois heures. Les autres furent inoins longs, heureusement; néanmoins jusqu'à deux heures de l'après-midi je n'osai pas quitter la barre de l'embarcation; la journée était belle, la baisse delà rivière s'accentuait visiblement, en même temps quediminuait le courant, et dans l'après-midi je pus confier à mes chefs le soin d'achever la traversée : le passage de mes vaches prit deux bonnes heures, mais tout se termina heureusement. Bien (pie la journée m'eût coûté cher, j'étais encore bien aise de m'en tirer à ce prix. Sur les' renseignements des indigènes, mon bateau ne fut démonté qu'en deux parties, car il nous restait encore une grande rivière à franchir le lendemain.
Le village où nous campons est pour le moin S aussi misérable que celui d'hier. Depuis cinq jours un lion a fait d'affreux ravages dans celle petite population. Cette nuit encore une malheureuse femme a été saisie dans sa hutte même et dévorée à quelques pas de là dans les herbes. Son cadavre mutilé fait horreur; il en reste à peine la tète et une jambe.
Construire un borna après une journée pareille était chose impraticable: avec le gros de mon inonde je m'installe donc où je peux, pendant que le l i ste va coucher dans les huttes abandonnées. Pour protéger ces dernières.