‹ Les lacs de l'Afrique équatoriale; voyage d'exploration exécuté de 1883 à 1885Chapitre 38 sur 119 · UN INCENDIE · texte numérisé non relu

UN INCENDIE

les indigènes les ont entourées «l'amas de ronces qui couvrent une partie de la toiture elle-même. .

Vers une heure du matin je; commence à m assoupir, sous les zi-zi des moustiques, quand un crépitement significatif vient me réveiller en sursaut. A 100 mètres de là, une hutte nous apparaît tout en flammes. Des cris de détresse en sortaient: « Le feu'... le lion!... apportez vos fusils! »

Nous accourons. Les (lamines, dévorant les ronces, montent à 7 ou 8 mètres de hauteur. La hutte n'est qu'un immense brasier, et la toiture commence à hrùler.

A nos appels désespérés, deux malheureux enfermés là, étouffés, ne répondent que par «les gémissements.

« Allez-vous donc crever là? s'écriait Ferrouji ; sautez dans le feu! »

Kufiii, au moment où la toiture va s'effondrer, nous les voyons sortir de la fournaise comme deux démons, leurs fusils à la main, et rouler à nos pieds.

La peur les avait tellement paralysés qu'il leur fallut dix minutes pour se remettre et raconter leur histoire. Le lion, disaient-ils, était venu secouer la porte avec une telle force qu'il l'avait ébranlée, et cela en bondissant à trois reprises différentes. Dans l'obscurité ils ne pouvaient se servir de leurs fusils; alors l'idée leur était venue, les maladroits, «le mettre le feu aux ronces qui entouraient la hutte, en jetant «lehors des bûches enflammées.

« Vous ne pouviez pas crier? leur dis-je.

— Ah! maître, nous n'avions pas même la force de parler. »

Quant au lion, les empreintes toutes fraîches qu'on distinguait devant la porte de la hutte à la lueur «le l'incendie ne nous laissèrent aucun doute sur son existence. L«*s indigentes nous assurent que ce n'est pas la première fois qu'il lui arrive ainsi d'assiéger les huttes, et les lianes de ronces dont ils s'entourent en sont une preuve concluante.

Bien que le lion soit partout tirs répandu, en règle générale il n'est pas un danger sérieux pour une caravane qui sait se garder. Il «'st parfois assez peureux, n'attaque jamais qu'une personne seule dans la brousse et toujours par derrière; mais quand il a goûté de la chair humaine, son audace tient de la folie, il entre alors la nuit dans les villages l«'s plus peuplés, attaque hardiment tout ce qu'il rencontre, et finit le plus souvent par se faire massacrer bêlemeiil î\ bout portant par les imligèih's désarmés, fous de terreur. Quand il a pris un village à partie, il s'y acharne pendant des mois; aussi, bien souvent, les malheureux habitants sont-ils obligés de transporter ailleurs leurs pénales pour s'abriter contre ses assauts aussi brusques que terribles. La peur «pie l'animal a de l'eau contribue égale-

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meut à limiter ses migrai ions. On voil souvent, sur la rive «l'un petit ruisseau de Irois mètres, les habilauls, terrorisés, se claquemurer dans leurs huiles dès les premières ombres de la nuit, tandis qu'en face, d'autres indigènes, leur insouciance aidant, dorment tranquillement en plein air.

Le '20, une heure et demie de marche nous suffit pour arriver au village deZougué, sur la rivière du même nom. Le bateau, à moitié démonté, avait élé l'objet d'un rude travail; mais en moins d'une demi-heure il se trouva prêt pour la nouvelle traversée.

La crue et la baisse subites de ces rivières sont un fait remarquable; la berge où nous nous trouvons a près d'un mètre de hauteur au-dessus du niveau actuel, et elle est cependant couverte d'un limon humide; nul doute qu'hier encore elle n'ait élé complètement inondée. Les deux rives offrent l'aspect d une désolation effrayante; tous les bananiers, renversés, gisent pêle-mêle au milieu de gros trônes couverts de boue et déracinés dans la montagne, peut-être à "2 kilomètres d'ici. On dirait qu'une avalanche immense a passé sur le pays. Dans les flaques d'eau on n'a qu'à se baisser pour ramasser de gros poissons, qui mesurent jusqu'à 75 centimètres de longueur.

Bien que rentrée dans son lit, la rivière n'a pas moins de 70 mètres de largeur. Le courant est heureusement modéré, et, comme sur mon bateau je puis transporter dix hommes et dix charges à chaque voyage, en trois heures tout est terminé.

Sur la rive gauche il n'y a plus trace de villages. Une vingtaine d'hululants, nus, mais couverts de boue, viennent se jeter à mes genoux.

« Oh! Msungu, gémissent-ils en pleurant, jamais, jamais nos pères euxmêmes n'avaient vu une massika pareille. »

Je leur donne abri pour la nuit dans mon borna, car ici encore le lion fait des siennes.

Le 20, nous traversons Irois belles rivières, à gué heureusement. Les rives, par suit*' des inondations, sont partout d'une tristesse navrante. Le* crocodiles et les hippopotames eux-mêmes semblent avoir fui le cataclysme; on n'en rencontre que de loin en loin, tandis que pendant la saison sèche il y en a partout dans les environs.

Les rares villages que nous traversons sont misérables : plus de bétail, plus même une chèvre. Les habitants redeviennent peureux, méfiants, et s'enfuient à l'approche de ma caravane : j'ai heureusement, pour les ramener, le petit garçon que m'a donné Makula et qui, bien que parlant à peine leur langue, est assez au courant de leurs usages. Il m'a servi de

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