‹ Les lacs de l'Afrique équatoriale; voyage d'exploration exécuté de 1883 à 1885Chapitre 40 sur 119 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Campement flans les montagnes. — lue dernière vue du Nyassa. — Le chef Missukii. — Descente dans la plaine. — Le village de Kiwanda. — Singulier accueil dans une station anglaise. — Beau temps persistant. — Chez Moine Muita. — Industries indigènes. — Courroux et terreurs du chef. — Arrivée dans ITcmba. — Arrogance des Yua.mha. — Visite au chef Muirua.

Le 27 avril nous rentrions en plein ri h us la montagne par une série de collines et par un sentier bien tracé. Sur ces premiers épaulements tle la chaîne ouest du Nyassa, le sol rocailleux est couvert rie grands bois rie haute futaie d'un aspect gracieux cl tranquille, où l'on ne rencontre que quelques traces d'éléphants, mais pas un oiseau, pas un écureuil, rien qui rappelle nue faune quelconque : c'est un « pays mort », pour me servir de l'expression des Noirs.

Campés à 91(î mètres d'altitude, au bord d'un lorrent limpide et par un temps superbe, mes malades et mes blessés se rétablissent promptement. Warii-Saliman seul, perclus de rhumatismes, continue à troubler le camp de ses cris déchirants. Nuit magnifique! pas un nuage, au ciel, pas une goutte de rosée dans l'air. La lune est bien faible, bien petite, maison n'est pas difficile après en avoir élé privé si longtemps. Ouel charmant compagnon de voyage que le beau temps! Sous les rayons bienfaisants du soleil la santé revient à Ilot , le calme se fait dans l'esprit, tous les bons souvenirs du passé affluent à la mémoire, et l'avenir enfin se colore rie teintes rosées, pleines rie gracieuses promesses.

Le 2S, la montée s'accentue. Vers dix heures nous campons dans un pelit village situé à 1400 mètres d'altitude. Des êtres humains vivent là, dans cinq ou six huttes empilées sur un emplacement de 50 mètres. A l'est, devant nous, la pente descend à 00 degrés au moins; derrière nous, la montagne tapissée d'herbes courtes s'élève à pic sur nos tètes. A droite et à gauche sont des ravins où murmurent de petits ruisseaux. Sur leurs

rives encaissées, quelques plants de cannes à sucre apparaissent au milieu d'herbes géantes; sur les flancs du coteau qui les sépare on voit enfin un petit champ de patates et de maïs.

Comment mes vaches et mon bateau sont-ils arrivés là? Je n'en sais rien, il me suffit qu'ils y soient.

Le Nyassa, auquel je croyais avoir dit adieu pour toujours, apparaît dans le lointain. Sa surface unie scintille comme un miroir. L'éclat de la réverbération est tel que, derrière ses rayons d'argent, le Livingstonc Hange n'apparaît plus que comme une silhouette bleuâtre: confuse et diaphane.

Grâce à la limpidité de l'atmosphère, je puis remarquer pour la première fois la large bande de phige, tantôt herbue et tantôt sablonneuse, qui, sur tout le pourtour du lac, l'isole des montagnes. Sur la côte Ksi elle m'échappe dans le miroitement du lac, mais je la distingue très bien audessous de moi, où elle mesure de 6 à 7 milles de largeur. Ce sont là les Eléphants Marshes, dont je parlerai plus longuement en racontant mon second passage. Tout le Coudé, avec ses grands marais, n'est qu'un Elephant Marsh; mais je croyais alors que ce pays se bornait aux villages que j'avais traversés, quand, au contraire, la plaine qui le forme descend vers h; sud pour se confondre avec cette large bande de marais.

A juger de la profondeur du lac par ces hautes montagnes, on pourrait la croire considérable, mais cette plage basse m'enlève celte illusion. Comme celui du Tanganika, le bassin du Nyassa peut être comparé, par sa configuration géologique, à un cratère démesuré; seulement le premier de ces cratères serait à demi rempli d'eau, tandis que le second n'en aurait que quelques pieds à peine.

Je passe brièvement sur les journées des 29 et 50 avril et sur celle du 1" mai, toutes uniquement employées à des ascensions et descentes successives dont le récit fatiguerait le lecteur. Le matin à 1400 mètres d'altitude, à 2000 mètres vers dix heures, de nouveau à 1Ô00 mètres vers midi, tel est le bilan de chaque journée.

Il serait su|»erflu d'ajouter que mes hommes se plaignent el, malgré le soleil, recommencent à craindre de laisser leurs os dans ces montagnes sans lin. Je passe mon temps à les houspiller el à les encourager. Dans le principe j'arrivais à leur faire croire (pie la montagne que nous gravissions était évidemment la dernière, mais le procédé s'est usé rapidement.

Les deux ou trois premières chaînes de ce massif courent nord el sud, parallèlement l'une à l'autre, mais plus loin cette disposition s'efface pour faire place à un chaos de sommets et de rampes auxquels il est impossible d'assigner une direction. 11 est remarquable cependant que toutes les

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