CHAPITRE XIII
Les marais «lu Chnmhézi. — Traversée de la rivière. — Chcx Kétimkuru. — Un borna de marchand d'esclaves. — Aley cl Kélimkuru. — Chasses. — Cultures de l'Ucmba. — Un chasseur tué par un éléphant. — Départ.
Kn quittant le camp, le 25, nous abordâmes un immense marais, que nous ne pûmes franchir qu'en neuf heures de marche avec de l'eau jusqu'aux genoux.
Au nord, comme dans l'est et dans l'ouest, le pays est si uniformément plat que partout cette profondeur d'eau, de 50 centimètres, reste la même, ('-ouvert déjoues courts et clairsemés, l'immense marais a l'asjiecl d'une prairie. On ne voit d'autres arbres que ceux qui poussent sur les fourmilières, mais ces dernières sont si nombreuses que les arbres ont de loin l'aspect d'une foret, dans laquelle nous croyons entrer et qui toujours fuit devant nous.
L'eau n'a pas d'autre courant que celui que lui imprinft ma caravane en pataugeant, .l'estime à 20 kilomètres la largeur de ce long éléphant mar$h, qui n'est autre que la rive du Chambézi, inondée même en cette saison. Le sentier, à peine indiqué par quelques joncs couchés, est d'un tracé recliligne qui ajoute à la monotonie de cette marche fatigante. Les plus heureux sont les porteurs du bateau, qui ont mis les sections à flot et s'en servent comme de brouettes pour se traînera lourde rôle. Pour la première fois, n'ayant plus rien à porter, ces pauvres gens s'amusent comme des enfants.
A trois heures, les guides nous apprennent que nous sommes sur le Chambézi. Entre Ja rivière et le marais que nous venons de traverser se trouve une langue de terre basse qui mesure 100 mètres de longueur.
Dans une malheureuse hutte, deux indigènes végètent avec leurs femmes et leurs enfants; ce sont les premiers individus que nous rencontrons
TRAVERSÉE DD CH&IBlZI. 2i7 d puis dt'iix jours. Tout autour, quelques pieds «le sorgho baignent dans l'eau. Au nord je n'aperçois qu'un océan de joues serrés, épais, el à il kilomètres un long rideau de broussailles (|ui ue sont eu réalité que des fourmilières. Etait-ce là le Chambézi? trois jours qu'il fallait pour le traverser s'expliquaient doue enfin.
•< Tire des coups de fusil, me disent les guides, el 1rs pirogues rallieront «•il foule des environs. »
Les sériions itu canot servant Je brouettes.
Il en vint six, si étroites, si frêles, que chacune d'elles ne pouvait porter à l.i lois plus d'un homme et sa charge; chaque Noyade allait prendre au moins trois quarts d'heure.
Je fus saisi ee soir-là d'un profond découragement, compliqué de coliques aimées, ijuc me \alaieul riittmidilé el mon peu de confort sous ma huile misérable. Kn trois jours réussirai-je vraiment à atteindre l'autre rive? Pendant ces trois jours, l'armée deMkéwé ne sera-l-elle pas sur mes talons? Kl mes hommes qui n'ont plus un gramme de farine! Kl les guides qui me rançonnent, sans parler des piroguiers qui demain vont eu faire autant !
Sur la première pirogue qui arriva le lendemain, j'expédiai un de mes cluds pour explorer cette rivière, dont je ne pouvais me faire une idée. Une heure après, Tuakalire venait, avee «les nouvelles assez rassurantes.
« Maille, j'ai atterri sur l'attire rive, ou plutôt sur «les fourmilières
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inondées. C'esl loul pu ri, comme ici, mais j'ai rencontre là quatre hommes, deux hommes de Kétimkuru et deux d'Aley (ufi négrier île Zanzibar). i|iti cherchent notre caravane depuis un mois sur les bords de la rivière. Ils viennent d'envoyer un des leurs demander une armée à Kéliinkuru, qui ne pensait pas que tu eusses jamais pu passer chez Mkévvé. »
Celle attention de Kétimkuru me loucha profondément. Son influence ne s'étendait malheureusement pas sur la rive gauche, et pour trois jours encore j'étais à la merci de Mkéwé.
« Quant à la rivière, ajouta Tuakali, je suis resté une demi-heure dans les joncs ; au milieu seulement, nous avons traversé cinq bras, larges de Ml mètres, pleins d'hippopotames et très profonds. Le bateau, chargé, ne pourra jamais franchir les bas-fonds en moins d'une journée : quant aux vaches, il n'y faut pas songer. »
Sur les quatre hèles qui me restaient, j'en lis abattre deux immédiatement, conservant les deux autres pour tâcher de corrompre l'armée de Mkéwé, car je ne doutais pas qu'elle nediYt me tomber sur le dos avant la lin de ma corvée. Knsuite je réussis à faire passer dix hommes qui devaient installer un camp solide sur l'autre rive. Pour plus de sûreté, je leur avais donné mon kropalchek, que je ne sentais pas solide entre mes mains laill que j'étais sur la rive gauche du Chamhézi.
Dans la journée du k27, à force de patience, le bateau et cinquante hommes furent portés sur l'autre rive. Chacune des sections, traînée à la remorque, avait pris un temps infini. Ordre élait donné de les mouler sur la rive droite pour venir à notre secours en cas de complication, quelle que fùl du reste la difficulté de traverser les joncs.
Les exigences des piroguiers augmentaient d'heure en heure. Je leur avais déjà donné dix fois la valeur de ce qu'ils me demandaient dans le principe. Toute menace était inutile, et si j'avais manifesté ma colère, hommes et pirogues se seraient éclipsés dans les joncs et j'aurais perdu une heure à les ramener.
Sur la rive gauche, le nombre des indigènes croissait à mesure que celui de mes hommes diminuait. Le 12S, à trois heures, je restais seul avec cinq hommes choisis, dont Farraji, Hassani cl Wadi-Combo.
Je prévoyais bien que les bandits attendaient ce moment pour me jouer quelque vilain tour : mais, comme il ne me restait ni étoffes ni perles, je ne pouvais deviner ce qu'ils allaient inventer. Ils étaient maintenant au nombre de vingt, dont six piroguiers. On avait ballu le rappel à dix lieues à la ronde, et toute la population amphibie des environs s'était ralliée.
Les six pirogues étaient alignées sur la vase; couchés à l'avant, nous