ZANZIBAR
Au reste, on débarquant dans l'île, le Fiançais fera bien de se défaire des usages qui composent, en Europe, le code «le la politesse. Ici un petit signe de la main remplace très avantageusement le coup de chapeau, trop fatigant sous les tropiques. Bien heureux encore si vous êtes aperçu du commerçant d'arachides et de coprah, amoureusement plongé dans ses combinaisons de mercanti.
Lors de mon départ, il y avait en tout dans l'île ôo ou 40 Européens; à mon retour leur nombre était doublé. Les Anglais y ont un consul général, qui était alors le colonel S. B. Niles, remplaçant momentanément sir John Kirk, en Europe pour cause de santé. La population indienne, qui va toujours croissant, nécessite de plus un consul ordinaire, un juge et enfui un avocat. Les Banians tiennent, avec les maisons européennes, le haut du commerce et font un grand tort à ces dernières; e'esl aux Banians que la douane est affermée, ce sont eux qui tiennent les magasins d'étoffes où le voyageur va s'approvisionner. On trouve également dans leurs boutiques quantité d'articles d'ameublement, souvent de grande valeur, venant de Bombay; plus d'un est millionnaire, mais ne connaît pas pour cela le confort que j>ermet la fortune. Il vil misérablement d'ouifs et de laitage, mettant tout son luxe à rouler le soir en voiture sur la route de Nazi Modia, la seule carrossable de l'endroit.
Les Parsis sont peu nombreux; ils ont la direction de la Poste et occupent quelques places de secrétaires aux consulats.
Les Indiens, appartenant à des sectes différentes, dont bon nombre sont musulmanes, vivent dans des bouges immondes, qui composent les plus sales quartiers de la ville. Sous une véranda en chaume à moitié effondrée, de vieilles mégères, couvertes d'anneaux de cuivre, trônent accroupies au milieu de corbeilles de riz, de sésame, d'arachides, de llacons d'huile de pétrole. Leurs enfants, débraillés, sales, roulent, se bousculent à plaisir au milieu de marchandises, de denrées de toutes espèces, dans une atmosphère à soulever le cœur. Toute. l'Inde semble s'être donné le mot pour envoyer là les plus repoussants de ses représentants: fins commerçants du reste, voleurs adroits, sans aucun scrupule, et qui n'ont pas leurs pareils pour exploiter la crédulité publique.
Avant l'arrivée du major Serpa Pinlo, consul général de Portugal, accrédité dernièrement auprès de Sa Hautosse, les Portugais se trouvaient également sous le protectorat anglais. Ni blanc ni noir, ni bon ni mauvais, le métis portugais est bien l'être le moins sympathique que je connaisse. Ses magasins sont un véritable capharnaum d'articles à bon marché venus
d'Europe; depuis les vêtements, chemises, chapeaux, jusqu'aux cartouches
!K L'AFRIQUE ÊQUAT0B1ALE.
de fusil, tout s'y trouve; il sait enfin couper et coudre un vêlement, ce qui le rend particulièrement précieux |>our l'Européen.
Les Allemands , les Italiens et les Américains n'avaient pas de consuls de carrière. La France enfin a un consul de première classe. C'était alors M. Lodoulx, qui, après un séjour de trois ans dans l'ile, se trouvait en congé dans son pays et sur le jwinl de venir reprendre son poste pour trois nouvelles années, avec son aimable et tirs sympathique famille.
Missionnaires et commerçants complètent en proportion égale la société européenne. Ix;s Missionnaires du Saint-Esprit, depuis longtemps installés à Zanzibar et à fiagamoyo, viennent de s'augmenter «les Pères Algériens, qui, sous l'égide de Mgr de Lavigerie, occupent, à l'heure présente, deux ou trois stations dans la région du Tanganika. Ces deux sociétés m'ont rendu à plusieurs reprises des services dont je conserve un profond souvenir; j'aurais voulu les suivre un peu dans leur grande œuvre civilisatrice, mais mon programme m'a toujours éloigné de leurs stations. Je sais néanmoins tous les dévouements que cachent leur modestie, leur désintéressement, et, quelque incertains que soient les résultats, au point de vue de la civilisation, je ne puis que rendre hommage à ces pionniers obscurs, qui ont tant contribué à augmenter dans ces parages le prestige de notre pavillon.
Les missionnaires anglicans habitent de préférence la campagne, sur les bords de la mer, où l'on respire un air plus pur qu'en ville. Comme les catholiques, ils peuplent leurs écoles des esclaves capturés par les bateaux de guerre en ehasse de négriers.
Les commerçants, cloués dans la ville par leurs aflaires, vont également passer le dimanche dans de jolies petites villas bâties sur les coteaux qui dominent la mer et le port On compte une douzaine de maisons de commerce, quatre allemandes, deux anglaises, une suisse, une française, une italienne; c'est plus qu'il n'en faut pour le trafic de Zanzibar, fortement compromis par la ténacité et la rapacité des Indiens; aussi, dès qu'un nouvel arrivant vient s'y implanter, se ligue-t-on contre lui. Malheureusement ou heureusement, presque toujours ce dernier sait ce qui l'attend, apporte avec lui les fonds suffisants pour résister, et fait payer à ses rivaux leur mauvais accueil.
Quoi qu'on ait dit du climat de Zanzibar, il n'est pas malsain, mais énervant et débilitant au possible, surtout en décembre et janvier, au commencement de la saison pluvieuse. L'Européen peut y vivre, mais ne pourra jamais s'y livrer à un travail actif. La lièvre ordinaire n'y est pas plus com-
ZANZIBAR. 19 mime qu'A la Kéuition; par contre, on iloil se inclwi* des accès pernicieux cl surtout de certain médecin de la ville qui les traite par le whisky.
Ancienne mission des l'niversiU» à Zanzibar.
Pnr le soleil il ne faut pas songer à quitter sa maison. Vers quatre heures chacun sort, qui à pied, qui à cheval, pour aller respirer un peu d'air pur à l'ombre des manguiers* Notons, en terminant, l'heureuse innovation d'un laun-tcnnix installé sur une vaste pelouse, à une demi-heure de la ville, où le toul-Zan/ihar aime à se réunir quotidiennement ; en même temps qu'un salutaire exercice, c'est un heureux dérivatif au spleen «pie cette claustration journalière ne tarderait pas à engendrer.