‹ Les lacs de l'Afrique équatoriale; voyage d'exploration exécuté de 1883 à 1885Chapitre 51 sur 119 · DANS LES ROSEAUX · texte numérisé non relu

DANS LES ROSEAUX

de petits étangs tapissés de nénuphars gigantesques, dont les (leurs varient de teintes à l'infini, depuis le jaune clair jusqu'au violet foncé. Ces recoins «l'eau libre, où nous «dissous sur ces magnifiques plantes, servent de rendez-vous aux poules d'eau qui d'un pied léger courent sur les feuilles aplaties, aux râles noirs, contournant d'une aile lourde la muraille de joncs, et à des canards verts ou marions, dont quelques vols s'élèvent bruyamment à notre approche, Le héron cendré, avec son cou replié, sort

Singa.

franchement d'un côté pour aller retomber un peu plus loin. LTffltttjMt, à moitié immergé, repliant son cou comme un serpent, nous regarde passer à dix pas, avec toute la confiance que lui donne sa chair maigre et coriace; à peine plonge-t-il quand nous sommes tout près de lui.

Au sortir de l'étang, nous rentrons dans les joncs. Là il faut laisser les avirons ou plutôt s'en servir comme de galles, en prenant pour point «l'appui non le Coud, qui est trop bas, mais les racines qui. à un pied sous l'eau, forment un matelas (lot tant.

(les joncs sont de trois sortes principales. La plus haute, qui mesure 4 mètres au-dessus de la surface, est surmontée d'un panache semblable à

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celui du Gynerium an/enteum ou h celui tic l'herbe de la pampa. Elle est toujours par masses denses et compactes.

La seconde est moins serrée, mais ses racines tuberculeuses, enlacées comme autant de serpents, rendent le passage des plus difficiles; sa tige est de la grosseur .du poignet, ol les indigènes la mâchent souvent |xmr apaiser les tiraillements de leur estomac.

On trouve aussi le jonc du Christ et le jonc ordinaire, droit et lisse, qui varie de dimensions avec la profondeur des marais. JYn omets vingt autres variétés, qui v pullulent en familles.

Toute la journée se passe h se dchalcr dans ces matelas, travail fastidieux et énervant. Quelquefois cependant nous rencontrons ce que mes hommes appellent une « rivière », sorte de courant violent, étroit et profond qui nous entraîne cinq minutes dans un couloir de joncs. Je m'y lance ardemment, dans l'espoir qu'il va me conduire à la Louapoula, puis brusquement nous nous Irouvons acculés à une nouvelle muraille de roseaux.

Si par basant, sur cette immensité, nous rencontrons une langue de sable, elle est occupée par un petit carnj>ement ou tout au moins par une hutte informe à demi effondrée et dont aurait honte un castor.

Le soir je rallie la lagune pour camper. Des bandes d'antilopes grises, aux allures méfiantes, nous regardent accoster, puis s'enfuient éperdues devant ces animaux inconnus qui viennent troubler leur solitude. Nous en abattons chaque jour une ou deux, et, après leur avoir couj>é la langue et le filet, nous les laissons aux corbeaux et aux vautours, car les hyènes elles-mêmes ne se risquent pas ici.

Le 29 juillet devait voir la fin de ce supplice. On ne salue pas la terri* après trois mois de traversée avec plus d'enthousiasme que Wadi-Munic lorsqu'il nous signala la côte de l'Ilala dans le sud ; presque en même temps celle de Kawendé apparut dans l'ouest. Nul doute que la Louapoula ne sortît par la vallée qui les séparait.

Les deux rives sont boisées, mais sèches, roupies par les feux d'herbes, et élevées de 25 à 50 mètres. Je campe au village de Rosako, tout heureui de trouver enfin des êtres humains et un fleuve pour me conduire.

Le chef, un assez brave homme de sauvage que je fais longuement causer, m'éclaire sur ma situation.

« La Louapoula, me dit-il, court encore loin dans le sud. Si lu vas vite, en trois jours tu arriveras aux cataractes de Mombottouta, où se brisera ton bateau. Là tu trouveras toute une armée de Méré-Méré qui t'attend, car depuis deux jours ton passage dans ce pays est connu; sur

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