‹ Les lacs de l'Afrique équatoriale; voyage d'exploration exécuté de 1883 à 1885Chapitre 67 sur 119 · PRÉPARATIFS HE DÉPART · texte numérisé non relu

PRÉPARATIFS HE DÉPART

armés d'arcs ou de lances; Nassib el Tuakali gardaient la responsabilité de ce matériel, situation infime comparée à celle que j'allais donner aux autres chefs, mais contre laquelle ils n'osèrent pas récriminer.

Les trente fusils devaient servir exclusivement d'escorte. Dix marchaient en tète sous les ordres de Wadi-Combo, dix en queue sous ceux de VVadi- Asmani; Ferrouji enfin, avec mes huit hommes du Bangouéolo, avait la garde des lianes et devait marcher en dehors du sentier pour éclairer la marche quand le terrain l'exigerait. Tous ces chefs ne relevaient que de moi. Ce fut un affront particulièrement sensible à Nassib, el ce devait être en partie, un au plus tard, la cause de la désertion de ma caravane: mais cet acte, pour le moment, m'assurait la sécurité.

I il ordre de marche, un poste assigné à chaque homme et qu'il ne peut quitter sous aucun prétexte, sont choses difficiles à faire entendre à un Noir. Mes hommes l'acceptèrent d'abord au départ par nécessité, par peur d'être attaqués par Cazembé; puis, plus loin, ils se rendirent vile compte que celle discipline était indispensable pour ne pas gêner la chasse de chaque jour; et, tinalemenl, ils arrivèrent au Tanganika sans que j'eusse jamais eu l'occasion de leur faire la moindre observation.

Jusqu'au jour, les cris de guerre, les tam-tams ne cessèrent pas une minute. Je ne puis m'expliquer comment ces gens-là résistent à une excitation pareille el aussi continue, car je ne suis, moi, qu'un incident dans la vie de Cazembé, et il n'est pas de semaine que quelqu'un de ses voisins ne vienne le soumettre à pareille épreuve.

II était strictement dans mon rôle de prêcher la confiance, de secouer mes hommes par tous les moyens possibles: mais au fond je ne conservais plus qu'un très vague espoir de sortir de celle situation. Comme partout, la chasse en Afrique est une ressource bien problématique; si ahondanl que soit le gibier, il se masse dans les endroits frais; la saison, certes, était favorable, avec ses premières pluies : mais qu'un hasard malencontreux me laiss;U trois jours sans viande, el c'en était fait, sinon de lous nies hommes, au moins des plus faibles d'entre eux.

Puis mon amour-propre souffrait cruellement à la pensée de quitter ce mécréant de Cazembé sans lui faire payer ses avanies. Je n'avais jamais apporté ce puéril scrupule aux concessions faites à un chef sauvage, c'està-dire inconscient, mais Cazembé était d'un niveau intellectuel relativement élevé, et j'enrageais d'autant plus en lace de fces murailles impénétrables à mes balles, devant ces hurlements sauvages qui nie déliaient. « En voyage, disent les Arabes, mets ta dignité dans ta poche. » Mais ce pro-

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verbe, d'ailleurs plein île sens, agissait moins sur nies nerf» que les mil vingt fusils de ee haiulil qui nie (mitaient dans la cervelle.

Kncore pouvais-je espérer qu'au dernier moment, me voyant battre en retraite, il prendrait enfin l'offensive et m'offrirait l'occasion d'un succès; il n'en fut rien. Quand, au lever du jour, le *25, une longue colonne de flammes et de fumée vint lui apprendre que je prenais congé de lui, un morne silence se lit soudain dans le borna, qui plus que jamais semblait s'être barricadé. Wadi-Combo et quatre ou cinq autres enragés s'avancèrent dans l'espace défriché, au risque d'essuyer une fusillade.

« Tu as voulu la guerre, Cazembé, criaient-ils, tu l'auras. Garde DOs fusils : un jour nous reviendrons les prendre avec d'autres armes. >•

C'était bien peu connaître Cazembé que de croire qu'il allait risquer quelques balles à celte distance pour répondre à un défi. Aussi sans plus larder donnai-je le signal du départ, et ma caravane se mit lentement en marche pendant que les plus braves lançaient une dernière instille à aborna maudit.

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