‹ Les lacs de l'Afrique équatoriale; voyage d'exploration exécuté de 1883 à 1885Chapitre 68 sur 119 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Départ Je Caiembc. — Je (uc un éléphant. — Les femmes de Cazembé. — Attaque d'un village. Marches pénibles. — En reconnaissance. — Le Moéro. ■ — Campemenl dans un village incendié.

Il faisait un temps superbe, une de ces fraîches matinées de printemps si bonnes pour la marche. Le sentier, courant au nord-est, serpentait gracieusement sous les hautes futaies des bords de la Louapoula. L'air, embaumé des senteurs d'acacias, exhalait cette fraîcheur, cette vie, ces effluves bienfaisants qui suivent les premières pluies; tout autour de nous, les indicateurs du miel voletaient éperdument. M'élais-je jamais senti plus alerte et plus gai ? Comme par enchantement, toutes mes préoccupations tombaient une à une devant ce grand calme de la nature. Pour l;i première fois depuis deux mois et demi, je pouvais me servir de mes jumbes sans raviver les atroces douleurs d'autrefois.

Un peu plus d'une heure après le départ, nous tombions sur un petit village dont je connaissais l'existence; tous les habitants avaient fui; les cases furent soumises à un pillage consciencieux, que je ne pus arrêter; nuis nous reprimes notre marche silencieuse. Deux heures encore, et j'installais un borna solide dans un bas-fond bien ombragé, juste à temps j»our nous garer d'un orage terrible, qui augmentait notre sécurité pour tonte la nuit, les indigènes ne se ballant jamais quand il pleut.

L'ennemi cependant nous ménageait une surprise. Comme la nuit tombait, les sentinelles crièrent aux armes, et peu après on m'amenait trois femmes.

« Que cherchez-vous? leur demanda i-je.

— Nous voulons aller à la côte, où les femmes portent de belles étoffes! »

Trois bouches de plus à nourrir n'étaient pas, somme toute, une bien grosse charge, et je leur permis de rester dans la caravane. Le grand Son-

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goro en connaissait une, qui voulut bien l'accepter comme mari : je donnai les deux autres à Wadi-Asmani et à Wadi-Combo, et les trois nouvelles recrues s'enfermèrent incontinent dans leurs huttes nuptiales. Caiembé, disaient-elles, avait en grand'peur le matin en nous voyant partir; toute la journée on avait puisé de l'eau, et elles affirmaient que jamais il n'oserait se lancer sur nos traces.

La journée du 2."» devait être fertile en incidents. Dès le malin le sentier avait disparu, et il fallait marcher à la boussole, lâche qui nous fut au reste facilitée par le nombre incalculable des sentes d'éléphants. Comme elles se croisaient dans toutes les directions, et que le sol rocailleux n'était pas défoncé par ces empreintes gigantesques, nous pûmes facilement tenir la direction donnée en sautant «le l'une à l'autre.

Vers neuf heures, comme j'allais commander une petite halte, brusquement, à un détour, je me trouvai nez à trompe avec un énorme éléphant, qui, sans me laisser le temps d'épauler, prit le trot et disparut dans la brousse en broyant tout sur son passage. Dans la disposition d'esprit où j'étais, c'était une aubaine, et je me mis en chasse avec d'autant plus d'entrain que la piste courait au nord. Hassani et Ferrouji seuls me suivaient, la caravane ayant ordre de ralentir pour ne pas gêner mes mouvements. Avec l'éléphant on perd souvent deux ou trois heures, même sur une piste aussi fraîche; mais le vieux solitaire était de bonne composition, et en moins d'une demi-heure nous étions sur lui. Un petit bois, clairon dessous, mais dont les touffes supérieures cachaient sa tète, dissimulait notre marche, dont le bruit se perdait dans le craquement des branches, que le monstre élaguait de sa trompe en avançant majestueusement.

Sur un signe de moi, Hassani se porta sur la gauche. Il avait ordre de ne faire feu que dans le cas où l'animal, blessé, fondrait sur moi. Fermuji, très crâne, s'était placé à mes côtés, et j'étais sûr que ni l'un ni l'autre ne lèverait le pied en cas de «langer.

A .*)0 mètres l'éléphant prit l'éveil; sa large tète venait de se détourner avec une lenteur calculée. Le temps de chercher l'œil avec ma ligne de mire, et je lâchai ma balle. Frappé à mort, le monstre plia sur ses quatre jambes et s'affaissa sur le sol comme une masse inerte. Mes deux hommes le saluèrent ensuite d'une fusillade à boni portant, désormais inutile, et je pus tout à mon aise contempler ma victime, qui était un de< plus beaux échantillons de son espèce.

Peu après, la caravane arrivait, attirée par la fusillade, et poussait un hourra de triomphe, triomphe, hélas! platonique, car l'eau manquait dan* les environs, et il était prudent de reprendre la marche. J'allais même

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