REVENUS DU SULTAN
laisse ce soin à l'initiative privée, [mis, le travail achevé, il fait appeler le propriétaire. L'immeuble vaut-il «jOIIOO piastres : « Ta maison méfait envie, lui dit Saîd, je t'en donne l.'iOOO piastres. » L'Arabe se jette à genoux en remerciant, et pour le consoler le maître lui loue bien souvent la maison, pour Tanné*1, au prix qu'il l'a achetée.
Avec de pareils procédés, il est aisé de comprendre que Sa Haulesse a dans la main toute la fortune des Arabes, (liions un autre exemple entre mille. Quelques jours avant mon retour à Zanzibar, mourut un riche Arabe dont la fortune était estimée à 250000 piastres. Le testament était en règle, les héritiers s'apprêtaient à se partager ces belles dépouilles, quand Saïd Bargaeh leur lit savoir qu'il les déchargeait de ce soin et s'instituait exécuteur testamentaire. D'exécuteur testamentaire à légataire universel il n'y a qu'un pas, et le soir tout l'avoir du défunt prenait je chemin du palais.
Je n'essayerai pas de prolester contre ces usages exotiques. Je suis aujourd'hui blasé sur les souffrances du Noir, et l'Arabe, son maître, m'est encore moins sympathique, mais que les Anglais me permettent de sourire de leur prétendue philanthropie, de celte immense comédie qu'on appelle traité de sir Barlle Frère, de toutes ces distinctions honoriliques accordées au premier négrier du monde, pour le chaleureux concours qu'il a apporté à la suppression de la traite!
Je ne saurais trop insister sur ce qu'il y a d'odieux dans la conduite de ce potentat qui, se sentant tomber, s'en prend à la fortune de ses propres sujets pour se donner quelques dernières années de jouissances. Aussi estil cordialement détesté de son peuple, qui l'aurait même supprimé depuis longtemps s'il ne le voyait soutenu, c'est triste à dire, par les premières puissances de l'Europe.
L'Arabe, autrefois, vivait tranquille du revenu de ses terres, entouré et respecté de ses esclaves, qui, quoi qu'on en dise, n'avaient pas un bien malheureux sort. Le traité de sir Bai lle Frère survient et lui porte un coup mortel, en supprimant les bras qui le faisaient vivre : encore pourrait-il s'en relever, ou au moins se faire à sa nouvelle situation, si l'Indien ne le réduisait à la dernière misère en lui prêtant de l'argent. Criblé de dettes, il se charge alors du stock d'étoffes que lui prête le même Indien, et part pour l'intérieur ; pendant cinq ou six ans il mène la rude vie des caravanes, courant de Bagatnoyo à Tabora, de l'Uemba à l'Uganda, rentre enfin à Zanzibar, chargé d'un ivoire qui ne lui appartient pas, puis repart de nouveau pour faire face à de nouvelles (relies. Pendant ce temps, le traité s'est relâché de sa rigueur première; l'Indien, engraissé, propriétaire de
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terrains considérables, rachète les esclaves de l'Arabe et devienj le véritable maître de l'île.
Je rie vois dans tonte cette histoire que Pieuvre d'une politique adroite, mais de philanthropie, point. L'exemple de (iordon Pacha autorisant la Irailc par une proclamation oflicielle dans sa dernière campagne du Soudan prouve le tas que l'on doit faire «les sentiments humanitaires invoqués par nos voisins !
Quant aux autres résultats du traité, je ne vois pas quels ils peuvent être, L'arrivage des esclaves a diminué, mais le commerce en continue eomme par le passé. Les autorités anglaises connaissent comme moi l'exislence à Zanzibar de deux marchés ouverts dont je pourrais leur donner l'adresse; elles n'ignorent pas, enfui, l'existence de ces courtiers qui courent de porte en porte pour mettre aux enchères leur noire marchandise.
A côté de celte tolérance dans la ville même, on s'étonne à bon droit de la ehasse effrénée qui se fait sur la cote, à l'aide des bateaux de guerre. Stimulées par le prize mmtey, les canonnières anglaises sont toujours à la poursuite des boulres arabes. Je n'ai pas à flétrir ici un pareil système d'encouragement, qui ne trouverait pas dans notre marine un sous-oflicier pour s'y prêter, mais il nie semble cependant qu'après les faits regret labiés auxquels le prize money a donné lieu, le gouvernement de la reine aurait honneur et avantage à le supprimer.
Je pourrais citer l'exemple de plusieurs Kuroj>éens qui, traversant en bon Ire le canal, ont, la nuit, entendu siffler des balles à leurs oreilles sans qu'aucune sommation préalable leur eut été faite pour reconnaître leur identité. Ces messieurs se sont contentés d'excuses; j'aurais, pour ma part, élé plus exigeant. Mais je veux raconter l'assassinat du com inodore H... pour montrer jusqu'à quel point d'exaspération la brusquerie des procédés employés a poussé les Ara lies.
Kn iKNl, le 5 décembre, le com inodore H..., prévenu du départ pour Pemba d'un boutre chargé d'esclaves, se lançait à sa poursuite, avec son secrétaire, dans une petite chaloupe à vapeur moulée par douze hommes de l'équipage du LomUm. Les renseignements se trouvaient exacts, et le boutre fut rejoint à peu de dislance de la côte de IVmba ; il battait pavillon français, bien qu'il n'en eut pas le droit, et n'était monté que par le capitaine arabe et cinq hommes d'équipage. Il avait de plus un chargement d'esclaves.
Peu habitué à des ménagements avec les négriers, le commodore B... salua le boutre de quelques balles en guise de sommation, puis mit le cap sur lui pendant qu'il carguait sa voile. La chaloupe accostait sans aucun