LES FEMMES DE CAZEMBÉ
nous avons un mois do puri à faire, et vous venez me demander l'hospitalité! C'est à regrel que je refuse, mais je ne puis accepter une seule bouche de plus à nourrir.
— Nous mangerons des feuilles. De grâce, aeeepte-nous, car nous serons infailliblement massacrées si jamais Cazembé nous retrouve! »
Et les pauvres femmes sanglotaient pendant que mes gens me jetaient des regards suppliants.
Arrivée d'une bande de femmes de Cazembé. «
« J'ai dit non, c'est non, repris-je après un moment de réflexion. Je ne vous conseillerai pas de retourner chez Cazembé, mais vous pouvez aller vous livrer aux Vuakissinga, qui vous recevront à bras ouverts. L'éléphant vous assure des vivres : en six jours vous pouvez être à l'abri des Vualunda. »
Et je donnai tout de suite le signal du départ, malgré les protestations de tous. C'était bien l'heure de faire du sentiment! Puis, je ne savais plus m'apitoyer sur le sort de personne, dans ce pays déshérité où l'ingratitude la plus noire vous attend à chaque service.
La marche fut ce jour-la d'une A prêté sans égale; l'eau semblait nous
TiOÎ L'AFRIQUE ÊQUATORlALE.
fuir. A quatre heures nous marchions encore dans de petits bois maigres, sur un terrain uniforme, plaqué à lous les kilomètres il»' larges clairières tapissées «le fougères, où le sol desséché, et souvent crevassé, nous renvoyait des bouffées d'air brûlant. Enfin Hassa, toujours en eclaireur, nous revient l'air réjoui :
« Tout près, maître, je viens de trouver des traces humaines qui ne liaient pas d'un quart d'heure, il y a deux [>ersonnes, elles marchent dou-
cement, et nul doute que nous n'ayons dans les environs un caml (issali (un camp de miel). » C'est ainsi qu'on appelle des camps \ niants que les indigènes, pendant la lamine, installent dans la brousM' pour vivre de miel.
Effectivement, à 2 kilomètres plus loin, un bruit de voix frappait nos oreilles; puis à un brusque tournant apparaissaient les toits d'une vingtaine de huttes. Wadi-Combo et ses hommes fondirent sur elles comme une trombe; dix coups de feu partirent à la fois, i l, quand j'arrivai au village, il ne restait plus que des femmes et des enfants. Plus |<>in. dans un marais, cinq ou six blessés traînaient la jambe, serrés de près par mes hommes, qui s'acharnaient après eux; je m'efforçai en vain de les rappeler. A la lin je me mis à tirer aussi, mais sur les poursuivants, qui revinrent à toutes jambes,