‹ Les lacs de l'Afrique équatoriale; voyage d'exploration exécuté de 1883 à 1885Chapitre 76 sur 119 · I/AFRIUUE F.OIÎATOIUALE · texte numérisé non relu

I/AFRIUUE F.OIÎATOIUALE

En route, chose singulière, mes gens ne se croient le droit de ramasser que les fruits tombés «le maturité autour du pied de l'arbre. Un jour, nous rencontrâmes un «le ces derniers dont les branches pliaient littéralement sous le poids de peliles prunes acides. L'idée me vint aussitôt de l'abattre, mais elle fut aceueillie sans enthousiasme.

« Maître, me répondit Ferrouji, c'est l'arbre de Dieu. Qui sait si, tin jour, une earavane passant dans ces mêmes parages ne sera pas. comme nous, enchantée de le rencontrer? »

Je laisse ici celle longue digression sur le puri pour revenir à Kafimbi (l'ancien Nsama de Livingslone), où nous venons d'arriver. Je ne peui pas. au surplus, donner de longs détails sur le village, qui comprenait cependant deux à trois cents âmes lors de noire passage. Il me fut interdit, sous peine de déclaration de guerre, de camper à moins d'un kilomètre, et j'eus la douleur de constater l'absence complète de vivres, ce que le nombre des cadavres étalés sur le sentier aurait du m'apprendre plus tôt.

La capitale de l'Ilahoua, en dehors de celte question primordiale, m'offrait un grand intérêt, car j'avais entendu dire qu'une caravane arabe y était campée depuis cinq ou six mois, et l'on conçoit ma légitime impatience «le revoir des figures de connaissance. La caravane s'y trouvait effectivement, mais, bien loin d'être commandée par un Arabe, elle était la propriété d'un de ces affreux négriers de la côte, gens de sac et de corde, dont la rencontre est souvent plus dangereuse pour l'Européen que celle du chef le plus retors. Pendant vingt-quatre heures j'attendis sa visite. A tous mes messagers il répondait que kafimhi était fort effrayé de ma présence et qu'il avait peur, en se rapprochant de moi, de compromettre des négociations commerciales qui étaient sur le point d'aboutir.

Enfin Kinkumba (c'est le nom de ce bandit) m'arriva, flanqué d'une escorte à mines si engageantes que mes hommes, en l'apercevant, crièrent aux Hougas-Hougas, et sautèrent sur leurs armes. Tant que dura sa visite, il ne cessa de mendier de la poudre, des bougies, du savon, de la viande : aussi le priai-je un peu rudement de vider la place sur-le-champ.

Ses esclaves mouraient de faim, et il en perdait chaque jour des quantités. Nombre d'entre eux n'avaient d'autre ressource pour se soutenir que de cultiver les terres des indigènes; d'autres allaient alternativement de chez Mpoucïo dans l'Ile m ba. Dans le premier endroit ils achetaient du sel, qu'ils allaient revendre à quinze jours de marche de là, dans les environs de Kélimkuru. Et encore le fruit du marché devenait-il souvent la propriété du maître. Le reste de l'escorte, une douzaine de bandits de l'inianembé, ne valait guère mieux. Ils avaient été embauchés à Tabora, sur la

A KAFIMM. 421 promesse d'une solde qu'ils n'avaient |>u loucher, et dans ce coin perdu de puri ils ne pouvaient même plus déserter. En masse ils me demandèrent à me suivre, mais j'étais peu soucieux de m'adjoindre «le pareilles recrues, et je n'en acceptai qu'un seul, qui prétendait connaître la route d'Iendué au sud du Tanganika.

De toutes les nouvelles recueillies, la seule intéressante pour moi était la présence à lendué de deux Euro|>éens. Quels étaient-ils? peu importail. Dans le dénuement complet où je me trouvais, le meilleur parti à prendre élail d aller m'en assurer moi-même, et je me décidai à rallier le sud du Tanganika, au lieu d'essayer de traverser le lac à la hauteur d'Oujiji, ce qui était mon plan primitif.

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