MISSIONNAIRES ANGLAIS
du Kiifott, quelques huiles apparurent de l'autre côté de la rivière. Des salves de coups de feu s'échangèrent aussitôt, et je vis venir à ma rencontre MM. Swann el Rrooks, deux missionnaires de la Londun Mvtthnary Society que j'avais accompagnés à leur départ de la cùlc, un an auparavant. De part el d'autre, l'étonnement fui grand, car jamais ces messieurs
Arrivée à la Million «l'U-ndué.
ne m'avaient parlé de leur intention de fonder une station au sud du Tanganika. Quant à eux, ils m'avaient perdu de vue depuis longtemps; le sudouest élail la dernière direction par laquelle ils comptaient me voir venir, l ue fois déjà, j'avais eu à me féliciter de leur obligeance. Aussi ne me Ils—je aucun scrupule de leur confier mon dénuement eu leur demanda ni l'hospitalité. M. Swann, du reste, prit les devants.
« J'ai reçu voire lettre hier, me dit-il, et, à mon grand regret, je ne puis rien faire pour votre caravane. Vous savez, comme moi, la misère effrayante qui désole les environs à la suite du dépari de ce brigand de KaJjunda. Nous en sommes réduits à aller faire nos provisions dans le Fipa, de l'autre côté du lac, el, comme nous n'avons guère que quinze a seize
452 L'AFIlHjUE KQUATORIALE.
hommes avec nous, noire approvisionnement esl des plus pauvres. Oh! pour vous, ajoula-t-il gaiement, vous ne mourrez pas de faim; mais pour voire inonde il reste à peine une douzaine de courges et quelques livre* de haricots. »
Sans plus tarder il les distribua à mes huit hommes, et nous nous mimes à table. Quel déjeuner! Je croyais n'avoir de ma vie assisté à pareille fêle! Une oie rôtie au beurre, avec du sel et du poivre!... Un plumpudding!... du riz!... des confitures!...
« C'est plaisir de vous voir manger, me dit M. Swann. Nous, depuis longtemps, nous ne savons plus ce que c'est que l'appétit. Avec ce soleil, nous ne sortons guère, el la fièvre nous mine Ions les jours.
— 11 esl de fait, répondis-je, qu'on respire du feu dans ces parages : c'est la première fois que je sou lire autant de la chaleur; mais j'ai cru que je n'arriverais jamais au bout de la plaine d'iendué. Le Tanganika n'est-il pus mieux partagé au point de vue de la température?
— Non; mais le lac est toujours balayé par de grandes brises, qui rendent les rives très habitables. »
Ces messieurs étaient là depuis cinq ou six mois, occupés à réunir les sections d'un grand bateau qui leur arrivaient par la voie du Nyassa. La membrure était déjà en place, et je ne pus m'empècher de les complimenter sur un travail qu'on eût dit exécuté par des ouvriers de profession. En Angleterre, l'usage auquel ce bateau était destiné était la suppression de l'escbivage; mais, sur le Tanganika, son usage réel était d'installer une Communication suivie entre les différents points du lac. Son tirant d'eau, aussi bien que l'absence d'un poil sur dans cette région, avait obligé M. Hore, en ce moment à la tète de la mission, à choisir le Kafou |>our la mise à l'eau, malgré les mauvaises conditions hygiéniques de l'emplacement.
La station esl, comme je l'ai dit, placée à un coude du Kafou, sur le versant d'une colline rocheuse, à soixante mètres à peine de la montagne, < I il î lui renvoie le soir la chaleur qu'elle a absorbée pendant le jour. A gauche est une échappée superbe sur le vaste cirque; qui termine la plaine d'iendué; mais, à droite, la gorge par où passe la rivière se resserre, et les coudes brusques empêchent tout courant d'air de s'établir.
Les bâtiments se réduisent à deux ou trois hangars couverts de chaume; deux d'entre eux, flanqués de murailles en torchis, servent de logement aux Européens. Les Zanzibariles habitent de petites cases dispersées tout autour dans la montagne. Toute primitive qu'est celle installation, elle est confortable et très suffisante pour le court séjour que ces messieurs comptent y faire.