‹ Les lacs de l'Afrique équatoriale; voyage d'exploration exécuté de 1883 à 1885Chapitre 88 sur 119 · DÉSARMEMENT DES MUTINS · texte numérisé non relu

DÉSARMEMENT DES MUTINS

— Je n'ai |>as encore vu, me dit-il avec sa grossière franchise, que lu fusses un mauvais homme : je ne le jetterai en route que quand le fait sera bien prouvé.

— Tant que lu n'auras pas vendu ta dernière chemise pour nous acheter des vivres, me disait Salimu, tu rue verras à tes cotés. » Noble franchise!

Mais, ajoutait Ferrouji : « Tant que tu auras un cheveu sur la tète, je serai ton enfant. »

Pendant trois jours je restai le témoin complaisant de tous ces débals, confiant en la parole de Kaehid, qui ne cessait de me répéter : « Attends patiemment, fume ta pi|>e sans colère; ce sont des enfants de Zanzibar, des cerveaux légers, tous reviendront. » La patience humaine, cependant, a des limites, el le k25 avril je me décidai à agir.

Vers neuf heures je réunis ceux qui consentaient à me suivre; je leur annonçai mon intention formelle de partir le lendemain, el je leur donnai l'ordre «l'aller saisir les fusils des déserteurs el de mettre le feu à leur camp.

Le mouvement s'exécuta avec un tel entrain, je puis dire avec un tel enthousiasme, que je dus sortir pour modérer cette ardeur au moins étrange de la part de gens qui, deux jours avant, fraternisaient avec les mutins. Ces derniers, au nombre d'une vingtaine seulement, se tenaient tout penauds au milieu de leur camp incendié.

« Je vous donne, leur dis-je, jusqu'à ce soir pour faire votre soumission, et à partir de demain je tire sur tous ceux que je rencontre. »

Le soir, tous s'étaient amendés, moins un, Ulaya, un pauvre diable qui, trois jours avant, m'avait apporté lui-même son fusil. Il renonçait, disait-il, h ses gages, à Zanzibar, et reprenait la vie sauvage de ses premières années.

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