‹ Les lacs de l'Afrique équatoriale; voyage d'exploration exécuté de 1883 à 1885Chapitre 89 sur 119 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Départ pour Kilandon. — Traversée du Tanganika. — A Kapampa. — Ik-ux anthropoïdes. — Le long des cotes occidentales du lac. — la haie île Manda. — Marché d'esclaves. — La variole en Afrique. — Arrivée à Mpala. — l'répralifs de départ. — ■ Graves nouvelles de Stanley. — Elle

amènent une nouvelle révolte de mes 1 unes. — Vaines transactions. — Je suis fmvé de \a\er

ma caravane révoltée. — Retour de mes hommes à Zanzihar.

Le lendemain, ma caravane allait campera Karéma,en roule pourKilandoti, le seul point dans le sud du lac où l'on trouve «les pi rogues assez grandes pour le traverser. J'allai, pour ma part, m'inslallcr sur la rive du Tanganika, prêt à profiler du premier beau temps pour gagner en pirogue la même destination. La luise du sud malheureusement faisait rage, et ce n'est que le 27 que je pus appareiller avec six hommes et tout mon matériel.

Outre qu'on ne trouve de pirogues qu'à Kilandou, le lac, en cet endroit, se rétrécit considérablement, et pour ces deux raisons je me trouvais dans l'obligation de faire un attssi long détour.

Que n'eussé-je pas donné à cette époque pour avoir à ma disposition quelqu'un de ces grands daous arabes qui eussent pu contenir et mon matériel et mon personnel! Avec une pareille embarcation, la traversée du lac jusqu'à Mpala n'était qu'un jeu d'enfant, et. quarante-huit heures aptes mon départ de Karéma, mes gens, reposés, prenaient le chemin de la Louapoula. Avec les pirogues dont je disposais, je «levais mettre un mois pour arriver au même résultat!

Si au moins le succès couronnait un semblable labeur! Mais depuis quelques jours un vent de mauvais augure soufflait sur mes projets, ma bonne étoile semblait lasse du bonheur qui m'avait suivi jusqu'ici.

Ce fut donc le 27 avril seulement, vers deux heures du matin, que je juk commencer cette longue et fastidieuse navigation qui ne devait, hélas! ressembler en rien à celle entreprise cinq mois avant dans les mêmes con-

IIKTART l'Ol'R KILANhOf. 491 ditions, mais dans une saison plus favorable. Il faisait câline; toutefois à la houle du sud, longue et profonde, on pouvait juger que ce répit ne serait que de courte durée.

Les deux premières heures passées à Ilot ne furent qu'un long exercice d'équilibre, mi je crus mainte fois voir mon matériel disparaître à jamais. Ma pirogue, courte, large il est vrai, mais ayant conserve la forme cylindrique du troue dans lequel ou l'avait creusée, menaçait île montrer sa quille à chaque mouvement de l'un de nous. Juchés sur un amas de ballots,

(H'-part itrs pirogues.

mes «eus ne pouvaient manœuvrer les rames qu'avec peine: enfin l'aviron de queue ne suffisait pas pour maintenir en route ce hloc informe el sans équilibre. De plus, une difficulté' avec laquelle je n'avais pas eu à lutter dans ma première traversée, el dont j'allais faire une rude expérience, se présenta bientôt sous la forme de barres semblables à celles qui battent les côtes d'Afrique, d'Océanie ou d'Anna m. Kn celle saison, grâce à la houle, ces barres existent même par calme plat, et l'on peut compter chavirer toutes les fois qu'un grain vous oblige à atterrir.

Cinq fois dans le cours de celle navigation j'ai vu ainsi mon matériel englouti et roulé pcle-mèle à la côte par ces volutes malencontreuses; cinq fois aussi, dois-je ajouter, il a suffi d'un de ces brûlants après-midi d'avril pour me sécher le tout. Mes gens s'hahiluèrent bientôt à ce «.'«'lire d'exer-

m L'AFRIQUE ÉQUATORIALK.

cice, et à mon arrivée à Mpala il ne me manquait qu'une seule charge d étoiles.

Celte première journée, j'en fus quitte pour embarquer deux lames consécutives en atterrissant, vers onze heures, à ;> milles à peine de notre point de départ, sur un petit banc de sable où je rampai.

Le soleil était Initiant, la fatigue causée par le peu de confort dont je jouissais m'avait si bien engourdi tous les membres, que je dus me faire débarquer comme un ballot. La journée du ne nous avança encore que fort peu dans la direction de Kilandou ; ]tcndant six heures nous pûmes voir défiler celte longue falaise à pic sans apercevoir âme qui vive.

Le tîW fut une journée de chasse ; le malin la pirogue fut heurtée durement par le dos d'un. hippopotame ; quelques secondes plus tard, son mulle effleurait l'eau à 3 mètres en face de nous : ma balle, un peu trop prompte, lui laboura seulement le museau. Un peu plus loin, je manquai deux buffles en train de se baigner. Le tir en pirogue offre au moins autant de difficulté que le tir de nuit, bien que quelques chasseurs se flattent de pouvoir viser par clair de lune. Pour l'un et l'autre cas je pense que le hasard seul dirige les coups.

Dans la soirée je tuai trois grosses oies. J'avais campé dans la baie «le Kaléaria, sur une lagune entourée de marais où une centaine d'oiseaux aquatiques prenaient leurs ébats; une bande de flamants roses passa près d'une heure à moins de 50 mètres de moi, en train de pécher. Rangés en ligne, ils s'avançaient doucement en piétinant, leur long cou tendu verticalement, le bec ouvert du côté des pattes, qui y chassent les vers et les insectes. Pour la première fois je me rendais compte de l'usage de ee bec disgracieusemenl recourbé, mais qui leur permet de se nourrir sans se démancher leçon. Près d'eux je tirai une oie; pas un seul ne bougea : oiseaux de l'Age d'or qui ignorent encore le fusil et la poudre.

Effectivement, bien que ce coin du Tauganika soit assez peuplé, on n'aperçoit que de rares traces de pas humains sur le sable humide. A «lix mètres de ces villages silencieux cl mornes on se croirait à cent lieues «l'un centre habité. Celle absence de vie humaine dans la nature, cette solitude lourde et mystérieuse, caractère général de toute l'Afrique tropicale, ne m'ont jamais plus frappé que sur le Tauganika, qui leur prête un \éritable cachet de grandeur, par le volume majestueux tics eaux et l'horizon lointain des montagnes. Sur celle immense terre d'Afrique, l'homme compte à peine plus que les perdreaux dans nos sillons d'Europe.

Toute la journée du lendemain se passa en pourparlers avec le proprié-

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