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ALIMENTATION ET DÉCHARGE DES LACS

L’alimentation et la décharge des lacs jurassiens se font dans des conditions très diverses et sont accompagnées de particularités souvent fort remarquables ; les lacs les plus intéressants sont ceux placés dans des bassins clos de toutes parts et n’ayant aucun écoulement apparent, ou du moins pour le plus grand nombre, aucun émissaire faisant un parcours aérien de quelque étendue ; les autres lacs sont situés à l’origine ou sur le cours d’un ruisseau ou d’une rivière et remplissent le rôle de réservoirs ou de régulateurs de ces cours d’eau.

La plupart des lacs du Jura sont des lacs réservoirs, qu’ils soient placés en tête d’un cours d’eau, comme les lacs de Bonlieu, de Maclus, d’Ilay, de Chalin, de Glairvaux, de Nantua, de Viry, des Rouges-Truites, de Fort-du-Plâne, de Foncine, de Remoray, des Rousses, de Virieu, de Chavoley, d’Arboréiaz, de Gonzieu, de Saint-Jean-de-Chevelu, d’Aiguebelette, etc., ou qu’ils soient situés dans un bassin fermé, avec écoulement souterrain, comme les lacs des Tallières, de Malpas, des Mortes et de Bellefontaine, du Boulu, de Narlay, du Fioget, de Crenans, d’Antre, de l’Abbaye, des Brenets, des Perrets, d’Etival, d’Orioz, de Viremont, de Genin, de la Burbanche, d’Armaille, d’Ambléon et Grotel.

Quelques lacs seulement, mais des plus importants, sont situés sur le trajet d’une rivière et remplissent le rôle de régulateurs ; ce sont ceux de Joux et Brenet, sur le cours de l’Orbe ; de Saint- Point (et Remoray), de Chaillexon, sur le Doubs; de Val-Dessus et Val-Dessous, sur le Hérisson ; du Bourget, sur le cours de la Leisse, etc.

Affluents. — Les lacs dont on vient de donner l’énumération ont leur affluent, ou le principal de leurs affluents, constitué par la partie supérieure de la rivière qui les traverse ; mais un grand nombre de lacs réservoirs sont alimentés seulement par des sources extérieures abondantes ou par des ruisseaux d’importance plus ou moins considérable ; tels sont les lacs de Remo-

ray, des Rousses, du Boulu, de Foncine, de l’Abbaye, de la Censière, de Crenans, du Chanon, de Clairvaux, d’Armaille, de Conzieu, de Saint-Jean-de-Chevelu, d’Aiguebelette, etc. ; le lac d’Antre reçoit l’écoulement de plusieurs sources ou bornes (1) voisines (borne Sonnante, borne Gueuli, etc.); le lac de Ghalin, uue source vauclusienne dont les eaux proviennent des lacs du plateau de Frasnois, etc.

Un certain nombre de lacs placés dans des vallons de peu d’étendue ne s’alimentent que par les eaux de ruissellement ou par des sources et des ruisseaux de peu d’importance : Malpas, Fioget, Yernois, Narlay, Màclus, Bonlieu, Brenets, Perrets, La Fauge, Onoz, Yiremont, Genin, Mornieu, Chavoley, Bartherand, Arboréiaz, Grotel.

Quelques-uns possèdent aussi des sources de fond, notamment les lacs de Chaillexon, Malpas, Fort-du-Plâne, Crenans, Onoz, Genin, Sylans, Bar, Chailloux, etc. ; ces sources sont probablement plus fréquentes qu’on ne le croit (2) ; nous avons indiqué plus haut leur influence sur la température et la congélation des lacs (voyez note K).

Emissaires. — Le mode d’écoulement des lacs présente de très curieuses particularités : on distingue à cet égard les lacs des vallées ouvertes et les lacs des bassins fermés.

Les premiers sont ceux situés à l’origine ou sur le trajet d’un

(1) Borne n’est pas autre chose que la prononciation locale, patoise, du mot balme ou baume , employé dans d’autres régions (cf. la Farge , prononciation locale de la Fauge, etc.) ; borne' est cependant adoptée par la carte d’état-major ; cette forme parait spéciale aux environs de Moirans, où elle sert à désigner les sources vauclusiennes sortant d’une excavation; cf. outre les borne Sonnante et borne Gueuli des environs d’Antre, la borne du Chaperon , sur la commune de Moirans, la borne du Ravet , sur les bords du grand lac d’Etival, etc Baume est aussi le nom des sources vauclusiennes dans le val de Joux. (Cf. Gaijthieb, 1890, p. 8).

(2) Un exemple remarquable de ces sources de fond, pris en dehors de la région jurassienne, est le Trou du Boubioz, situé dans le lac d’Annecy, et atteignant 80 mètres de profondeur ; pressenti dès 1870, par M. Carnot, président de la République, alors ingénieur des Ponts-et-chaussées à Annecy, il a été étudié complètement par M. Delebecque en 1890 et 1891. (Voy. Comptes-rendus , 1890, t. CXI, p. 1000 , 1891 ; 20 avril, t. CXIII, p. 897 ; Arch. des sc. phys. et nat ,, 1891, p. 467).

ruisseau ou d’une rivière constamment aériens ; on en a donné plus haut l’énumération et il n’est pas nécessaire d’y revenir.

Mais les lacs situés dans les bassins fermés sont en nombre relativement considérable et constituent une des particularités géographiques les plus remarquables du Jura; on compte, en effet, 32 lacs dont l’écoulement ne se fait pas par des émissaires aériens dans toute leur étendue ; chez 23 d’entre eux, les entonnoirs , c’est-à-dire les orifices par lesquels les eaux disparaissent dans le sol, sont visibles ou faciles à constater ; pour quelquesuns seulement, on connaît le point d’émergence de ces conduits souterrains.

Ces bassins fermés , caractéristiques du Jura occidental , ont été l’objet d’études intéressantes de la part de Marcou, Parandier (1), Lamairesse (2) et M. M. Bertrand (3); ils ne provoquent pas toujours la formation d’un lac, et leurs dépressions sont souvent occupées par des marais ou des tourbières, qui sont, du reste, dans quelques cas, d’anciens lacs asséchés en partie ; ils manquent dans le Jura oriental, caractérisé par ses plissements réguliers et le parallélisme de ses chaînes, le Jura occidental se distinguant au contraire par la convergence des chaînes et les bassins d’affaissement signalés par M. Bertrand. L’étendue de ces bassins fermés est considérable; la voici d’après Lamairesse (4) :

Kil2 Hect.

Jura suisse . 174, 25 :

Département du Doubs. 917, 19 : = le 1/4 de la surface du département.

— du Jura. . . 1127, 39 : = le 1/4 — —

— de l’Ain. . . 326, 74 ; = le 1/19 — —

Ils existent sur les trois plateaux du Jura occidental, mais ils ne concourent à la formation des lacs que dans les 2e et 3e plateaux; je reviendrai sur ce point en étudiant les causes de formation des lacs jurassiens.

(1) Mém. de l’Acad. de Besançon. 1830 ; — Bull, de la Soc. géolog. de France , 3e sér., t. XI, p. 441 ; 1883.

(2) Etudes hydrologiques citées, 1874, notamment p. 4 et suiv., 34 et suiv., 85, 99, 119, etc.

(3) Bassins d’affaissement et failles courbes dans le Jura , dans Bull. Soc. géol. de Fr. , t. XII, p. 452; 1884.

(4) Op. cit. p. 4.

Je rapporte enfin aux bassins quasi fermés de Lamairesse (1) le bassin des lacs de Maclus, Ilay et Bonlieu, dont l’écoulement par le Saut-Girard est à peine aérien, et celui du lac Bartherand dont le seuil, sur Lézieu, est à peine entamé par le ruisseau de décharge.

Les entonnoirs sont quelquefois assez éloignés des bords du lac, qui s’écoule alors, en réalité, par un ruisseau, mais d’un court trajet, atteignant rarement un kilomètre ; il en est ainsi pour les lacs de Malpas, Bellefontaine et Mortes, Boulu, Brenets, Etival, Onoz et Viremont, Rotay.

Le plus souvent, les entonnoirs sont placés sur le bord même du lac ou à une très faible distance, comme on le voit dans les lacs de Joux et Brenet (nombreux entonnoirs sur leur bord occidental), de Fioget, Narlay, Abbaye, Grenans, Antre, Genin, Ambléon, Grotel. Ils peuvent être situés dans le fond du lac, comme à Chaillexon, Joux, Sylans, la Burbanche, Armaille (situation variable suivant la hauteur des eaux), et probablement dans ceux de la Fauge, du Yernois, des Perrets, de Ter, du Trouillot ; dans plusieurs lacs, ces entonnoirs de fond ne suffisent pas toujours à l’écoulement des eaux ; ils sont alors complétés par des émissaires aériens (lac d’Armaille) ou par des entonnoirs littoraux, comme au lac de Joux et au lac Brenet, entonnoirs dont on entretient avec soin la perméabilité pour éviter les inondations qui seraient la conséquence de leur engorgement.

Quelques lacs ont, en effet, deux sortes d’émissaires, un principal et un accessoire; Chaillexon , quoique possédant un entonnoir placé dans la partie la plus profonde, à 31 mètres, s’écoule normalement par le Doubs, émissaire aérien permanent, sauf dans le cas de longues sécheresses ; les eaux iï Armaille s’écoulent, en temps ordinaire, par un entonnoir, littoral ou profond, suivant la hauteur du lac, mais en temps de hautes eaux, par un émissaire aérien, un ruisseau affluent du Furans; de même le lac de Sylans, outre l’émissaire souterrain qui devient la source du principal affluent du lac de Nantua (bassin de l’Ain), s’écoule, au moment des grandes eaux, par une décharge qui franchit la ligne de partage des bassins de l’Ain

(1) Op. cit ., pp. 90, 100,101.

et du Rhône et se rend dans la Semine, affluent du Rhône ; Onoz a deux entonnoirs, dont le plus éloigné n’est que supplémentaire ; Fort-du-Plâne possède aussi, outre son écoulement normal, par un ruisseau, dans la Laime, deux émissaires souterrains supplémentaires, entonnoirs éloignés, ne fonctionnant qu’au moment des hautes eaux.

La situation de ces entonnoirs, leur degré de perméabilité, déterminent évidemment le niveau normal du lac ; si les entonnoirs profonds s’obstruent, les eaux s’élèveront jusqu’à ce qu’elles trouvent dans les fissures supérieures leur entier écoulement ; dans ce nouveau lac, le plafond conservera sa forme primitive; c’est ainsi qu’on explique l’état actuel du lac de Joux, la persistance de ses cuvettes et de ses barres (1), et le relief resté extraordinairement tourmenté du lac d’Hay (2).

Autre fait remarquable : ces entonnoirs peuvent jouer un double rôle; on les voit quelquefois, à la suite de pluies abondantes, refluer, vomir de véritables torrents, comme les entonnoirs aériens bien connus du Puits de la Rrême (Doubs), du Frais-Puits, près Vesoul (Haute Saône), etc. ; ce reflux a été constaté à l’entonnoir du lac de Narlay, à ceux du lac de Joux, notamment à l’entonnoir du Rocheray (3).

Aux lieux d’émergence des canaux souterrains dont les entonnoirs sont les orifices d’entrée, jaillissent des sources vauclusiennes, situées quelquefois à des distances fort éloignées de leur bassin d’alimentation ; on ne connaît pas encore d’une façon certaine les relations de toutes ces sources avec leurs bassins fermés respectifs ; des origines indiquées par les gens du pays ou dans les ouvrages cités plus haut, les unes sont hypothétiques ou données d’après des observations qui demandent à être vérifiées; d’autres, malheureusement trop rares, sont basées sur des expériences ; on a entrepris, du reste, récemment, et l’on

(1) Yoy. Forel, dans Arch. des sc. phys. et nat., 1892, n° 2, p. 251.

(2) Yoy. Delebecque, Comptes-rendus de l’Ac. des sciences, 20 juin

(3) Gomp. Yémissaire du lac du Bourget, le canal de Savière, qui remplit pendant 60 jours par an, le rôle d’un affluent, apportant ainsi au lac l’eau et les alluvions du Rhône ! (Delebecque, Rev. gén. des sc., 15 avril 1892, p. 237).

poursuit encore actuellement ces recherches dans plusieurs localités, notamment en Suisse, pour les entonnoirs du lac de Joux(l); mais, en attendant, on peut prendre en considération la direction des failles parallèles aux chaînes principales du Jura ; les conduits souterrains suivent, en général, la direction de ces failles, leur émergence ayant lieu à leur rencontre avec les vallées perpendiculaires (2).

Les entonnoirs dont l’orifice de sortie est connue d’une façon certaine sont ceux des lacs suivants :

L. de Crenans : Sortie dans la vallée de l’Ain, au moulin de Jeneyriat, à 2 kilom. 300 de distance; l’eau pénétrant dans l’entonnoir de l’usine Panisset, met dix heures pour réapparaître à la source du moulin de Jeneyriat; elle ne parcourt donc que 0m 06 par seconde ; elle rencontre probablement des cavités à remplir sur son trajet (3).

L. de Narlay : Sortie à 10 kilom. de là, à la source vauclusienne du moulin de Chalin ; à la suite de la fermeture du bief de décharge, les eaux s’arrêtent douze heures après, au moulin ; c’est donc une vitesse de 0m 23 par seconde (4).

L. de V Abbaye : Sortie à Marigna, au torrent de l’Enragé, à 20 kilom. du lac, dans la vallée transversale de la Bienne; l’eau étant arrêtée le samedi soif à l’usine Villet, la source commence à diminuer le lundi suivant à 4 heures du soir ; elle met donc 48 heures pour faire 20 kilom., soit 0m 12 par seconde (5).

Les entonnoirs des lacs de Joux et Brenet vont former les sources de l’Orbe (6).

(1) Gazette de Lausanne, sept.1893. Voy. plus loin.

(2) Lamairesse, op. cit., p. 84 ; cf. la loi émise par Belgrand « de l’écoulement des eaux souterraines parallèlement aux thalwegs d’ordre inférieur jusqu’à leur émergeance à la rencontre des vallées d'ordre supérieur».

(3) Renseignements locaux ; cf. Lamairesse, op. cit.. p. 97.

(4) Expériences de 1852, rapportées par Lamairesse, p. 98.

(5) Ogérien, loc. cit. ; Joanne, Guide ; Lamairesse, pp. 110, 117, 121, etc.

(6) Le 1er septembre 1893, M. J. Piccard, ayant mis dans l’entonnoir de Bonport (lac Brenet) une solution de fluorescéine, on observa la coloration de l’eau à la source de l’Orbe au bout de cinquante heures, et pendant une durée de dix-huit heures ; d’autres expériences, faites le 28 décembre 1893 et le 6 janvier 1894, par MM. Forel et Golliez, aux en-

Le lac d’ Antre se vide par un canal souterrain, réputé artificiel (1), débouchant à un peu plus d’un kilomètre, au Pont-des- Arches, pour former le ruisseau d’Héria.

Le canal souterrain qui amène les eaux du lac Crotel à 1,500 mètres de distance, près de Groslée, serait aussi l’œuvre des Romains (2).

Les eaux du lac des Tallières contribuent à former la source de la Reuse ; l’eau met 12 heures pour parcourir la distance qui sépare cette source de l’entonnoir du Moulin-du-Lac (3).

L’entonnoir du lac Genin débouche, à 5 kilom. de là, dans la grotte de Gharix (4).

Celui du lac d’Armaille aboutit à la source du Loup ou d’Errefontaine, située à 600 mètres environ et à 24 mètres de différence d’altitude; source utilisée par la ville de Belley pour son alimentation (5'.

Le lac de Sylans est, comme on sait, l’origine de la Doye, source jaillissant à 1 kil. du lac, au pied d’un barrage, et qui se jette dans le Merloz, affluent du lac de Nantua; les lacs des Hôpitaux , placés dans des conditions analogues à celles des deux lacs précédents, se comportent probablement de même pour donner naissance au Furans.

Les orifices de sortie des lacs suivants sont hypothétiques.

Le lac Malpas forme probablement la source très voisine, origine du ruisseau du Saut, affluent du Doubs ; celui d ’Ambléon, la source du Sétrin (affluent du Gland), située à 1 kilom. du lac,

tonnoirs de Bon Port et de Rocheray, ont donné des résultats tout-à-fait confirmatifs ; voy Soc. vaud., 24 janvier 1894; Arch. de Genève, 15 mars 1894, p, 311.

(1) Ogérien, op. cit.; Rousset, etc.

(2) Désiré Monnier ; de Moyriat ; H. R averat, les Vallées du Bugey. 1867, pp. 171, 172 et 180, et Géographie de l’Ain (Soc. de géographie,

(3) Recherches de Desor et expériences de M. Jaccard, du 20 novembre 1884. (Soc. des sc. nat. de Neuchâtel , t. XV, 1887).

(4) Benoit. Carte géologique au l/80.000e, feuille de Nantua; légende.

(5) On me permettra de rappeler à ce propos l’œuvre de mon père, M. Cl. Magnin, qui a doté la ville de Belley d'eaux alors abondantes et salubres, après de longues recherches et un travail excessif aux fatigues duquel il a succombé prématurément (mai 1866).

mais à 250 mètres plus bas ; les eaux des lacs du Vernois et du Fioget se rendent probablement, comme celles de Narlay, au lac de Chalin (1); les entonnoirs du lac du Boulu aboutiraient dans la vallée du Flumen, à 8 kilom., au lieu dit Sous-la-Patinerie (2); ceux des lacs de Bellefontaine et des Mortes, à 7 kilom. environ au sud, à laDoye-Gabet (3), — près Morez(4); ceux d’Etival, dans la vallée du Drouvenant (5) ; ceux du Fort-du-Plâne, dans la vallée de la Laime; des Brenets , dans la vallée de la Bienne ; enfin les entonnoirs du lac d ’Onoz vont former, dans la vallée de l’Ain, des sources situées à 1 kilom. 1/2 au-dessus de Brillât, et ceux du lac de Viremont , les sources de Legna ou d’Agea, distantes environ de 2 kilomètres.

On remarquera que la loi de Belgrand et la remarque de Lamairesse se vérifient nettement pour les lacs de l’Abbaye, de Joux, Brenet, des Tallières, Genin, du Boulu, des Mortes et Bellefontaine, d’Etival, des Brenets et pour les sources qui en proviennent.

Mais ces sources vauclusiennes ne reçoivent pas seulement les eaux provenant d'un entonnoir ou d’un lac; elles doivent, dans certains cas du moins, être alimentées aussi, comme l’a indiqué M. Jaccard (6), par l’eau accumulée dans des cavités souterraines, cavités si caractéristiques de nos grands massifs du calcaire jurassique supérieur, et servant véritablement de réservoirs régulateurs.

(1) Pour la décharge du lac du Vernois, Lamairesse dit (p. 96), qu’elle est inconnue, et deux pages plus loin, qu’elle se rend au lac de Chalin.

(2) Renseignements locaux.

(3) 11 est certainement inutile de rappeler que les termes Doye, Doie, Duye. Dhuys. etc., désignent une source, ordinairement vauclusienne.

(4) Lamairesse, p. 120, dit, par erreur, que le lac des Mortes s’écoule dans celui de Bellefontaine ; c’est le contraire qui a lieu.

(5) Lamairesse, p. 102; mais c’est à tort qu’il donne aux eaux du lac de la Censière la même destination.

(6) Soc. des Sc. nat. de Neuchâtel , 1887, t. XV.

I\ote O.

Situation et origine des lacs.

L 'assiette géologique des lacs du Jura est constituée le plus souvent par des marnes néocomiennes ou oxfordiennes, ou bien par des terrains de transport, alluvions glaciaires notamment, recouvrant les roches fissurées de l’infracrétacique, du jurassique supérieur ou plus rarement du jurassique inférieur.

La nature du sous-sol des lacs permet du reste de les réunir en groupes qui concordent assez exactement avec les divisions naturelles du Jura. Dans la partie septentrionale et orientale, sur le troisième plateau, les lacs des groupes i, 1 bis, 3, 5, 6, et 7, c’est-à-dire Joux Brenet, Ter, Boulu, Tallières, Saint- Point, Remoray, Malpas, Trouillot, et les lacs du Grandvaux, reposent tous dans des combes néocomiennes (valanginien, néocomien et urgonien) ; il n’y a d’exception que pour les lacs des Mortes et de Bellefontaine, situés dans une combe oxfordienne. Les lacs du deuxième plateau sont placés les uns, en général les plus orientaux (Narlay, Maclus, Ilay, Etival, Viry, Genin, Sylans), dans des combes de même nature que pour les précédents ; les autres, les plus occidentaux (Fioget, Vernois, Fauge, Gensière, Grenans, Antre, Martigna, Val-Dessus, Chalin, Glairvaux, Onoz, Viremont, Nantua), sur les marnes de 1 ’oxfordien ; il faut excepter les lacs de Bonlieu et Val-Dessous, placés sur le jurassique supérieur. Les terrains jurassiques supérieurs , plus ou moins recouverts par des alluvions glaciaires, caractérisent au contraire le sous-sol des lacs du Bugey méridional (bassin de Belley, lacs de Chavoley, Bartherand, Bar, Chailloux, Armaille, Conzieu, Pluvis), à l’exception cependant des lacs d’Ambléon (sur les marnes de l’hauterivien), des Hôpitaux, de Grotel, de Virieu, de Pugieu et de Morgnieu (sur l’oxfordien), d’Arboréiaz (sur le bathonien). Enfin les lacs savoisiens de Saint-Jean-de-Chevelu, d’Aiguebeletteet du Bourget paraissent être surtout en rapport avec la molasse helvétienne

(1) Falsan, op. cit., p. 167.

et les alluvions glaciaires tapissant des dépressions du crétacique inférieur.

Le fond du lac ne repose pas toujours directement sur la roche même formant la dépression naturelle dans laquelle il a pris naissance, mais fréquemment sur des terrains de transport, alluvions anciennes ou glaciaires, dont on examinera plus loin le rôle dans l’origine des lacs ; cette particularité s’observe principalement dans les lacs de la région de Grandvaux et du bassin de Belley, régions qui ont été particulièrement soumises à l’action des glaciers. La surface même du plafond du lac est du reste formée ordinairement par une couche plus ou moins épaisse de vase ou limon , résultant de la précipitation des matériaux apportés par les affluents ou provenant de l’érosion des bords, etc., limon pouvant ainsi différer notablement du sous-sol par sa nature et sa composition, ainsi qu’on l’a vu à propos des propriétés physiques et chimiques des eaux et des vases. (Yoy. NoteL).

Origine. — La nature géologique des cuvettes dans lesquelles les lacs se sont formés nous amène à examiner l’importante mais difficile question de leur origine et des causes de leur formation ; mon incompétence m’interdissant de donner des conclusions trop affirmatives, je me bornerai à résumer les explications qui m’ont été obligeamment fournies par les géologues dont j’ai cité plus haut les noms et qui ont ainsi heureusement complété les quelques observations que j’ai pu faire sur place et les renseignements que j’ai trouvés dans la littérature géologique du Jura.

Une des premières classifications proposées, celle de Desor, admettait, pour les lacs suisses du moins, une origine principalement orographique et distinguait les lacs de vallons et de combes , placés dans un synclinal ou une fracture longitudinaleet les lacs de cluses , situés dans une vallée transversale : les lacs du Jura se laissent facilement répartir dans ces diverses catégories. Mais l’origine des lacs est plus complexe et les causes de leur formation sont ordinairement très diverses : les érosions et les barrages notamment jouent un grand rôle dans la formation des cuvettes lacustres. La classification proposée

récemment par M. Forel (1) tient compte de tous ces facteurs; mais on doit la modifier, pour notre région, en réduisant ses nombreuses catégories aux causes seules qui ont pu intervenir dans la formation des lacs du Jura (2). De plus, comme les phénomènes d’érosion et de barrages sont toujours survenus, dans le Jura du moins, dans des dépressions orographiques, nous croyons devoir transporter de suite ces catégories dans la classe des lacs mixtes ; on obtient ainsi la classification suF vante :

A. Lacs simples.

I. — Lacs orographiques (ou tectoniques ), dus à la présence (seule) d’un plissement, d’une rupture longitudinale, d’un effondrement ou d’un affaissement, etc.

1» Lacs de combe, placés dans un vallon longitudinal d’origine variable

a. Synclinale : plissement concave des couches géologiques ;

Fig. 15.

Combe synclinale.

b. Anliclinale : rupture longitudinale d’une voûte ;

Fig. 16.

Combe anticlinale.

c. Isoclinale : rupture sur les flancs d’une voûte ou au sommet d’une voûte fortement déjetée.

Fig, 17.

Combe isoclinale.

2° Lacs d’effondrement , par ëboulement des voûtes d’une cavité souterraine.

(1) Forel, Le Léman, 1892, t,. I, p. 200.

(2) Il est évidemment inutile de rappeler, à propos d’une étude sur les lacs jurassiens, les causes de formation telles que l’érosion par le vent, les cratères volcaniques, les barrages par coulée de lave, corps d’un glacier, etc., et leurs diverses combinaisons.

3° Lacs d’affaissement ou de soulèvements [locaux ou généraux d’une région, failles, etc.

B. Lacs mixtes ou de barrages.

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