HISTORIQUE ET BIBLIOGRAPHIE DE LA LIMNOLOGIE
La limnologie et la limnogr ciphie, — c’est-à-dire l’étude et la description des lacs, — constituent une branche de l’histoire naturelle longtemps négligée, malgré son importance, dans la plupart des régions ; les lacs étaient, en effet, jusqu’à ces dernières années, les moins connues des particularités topographiques, qui caractérisent cependant certaines parties de la France ; on ne possédait sur beaucoup d’entre eux que des notions insuffisantes, tenant plus de la légende que de l’exactitude scientifique; les profondeurs, par exemple, celles données par les gens du pays aussi bien que les chiffres reproduits dans certains ouvrages, étaient absolument fantaisistes (2); le profil ou relief sous-lacustre, souvent même les altitudes, le mode d’écoulement, surtout dans le cas d’émissaire souterrain, étaient inconnus ou inexactement indiqués ; bien plus, la forme générale de certains lacs est encore mal représentée sur les cartes les plus récentes ! Pour le Jura, en particulier, cette région naturelle si riche en lacs, on était réduit, au point de vue cartographique, aux plans du cadastre et à la carte de l’état-
(1) Ces notes sont extraites : 1° des articles que j’ai publiés dans les Annales de géographie , nos des 15 octobre 1893 et 15 janvier 1894, sur la limnologie jurassienne ; 2° du mémoire sur la Végétation des lacs du Jura que j’ai donné à la Revue générale de botanique, nos des 15 juin et 15 juillet 1893 ; 3° d’autres recherches personnelles encore inédites.
(2) Beaucoup de lacs un peu profonds sont réputés insondables !
major (qui ne donne que le contour du lac et assez souvent l’altitude), et pour les autres renseignements limnologiques, aux ouvrages de Résal, du frère Ogérien et de Lamairesse ; mais les courtes indications de Résal (1) sont absolument insuffisantes ; celles plus étendues, contenues dans YHistoire naturelle du F. Ogérien (2), sont souvent erronnées ; seul, l’ouvrage de Lamairesse (3) renferme des données en général sérieuses et dignes d’être utilisées ; mais il laisse de côté les lacs du Jura méridional, ne s’occupe pas de la topographie souslacustre et renferme malheureusement quelques inexactitudes.
Si la limnologie a été longtemps négligée en France, on doit reconnaître qu’elle est devenue, depuis ces [dernières années, sous l’influence des travaux des limnographes suisses (4), et principalement sous l’impulsion de M. Thoulet (5), l’objet de nombreuses recherches (6). Dans le Jura, les explorations hydrographiques de M. Delebecque (7) sont venues combler heu-
(1) Statistique géologique du Doubs et du Jura , 1864, p. 256.
(2) Histoire naturelle du Jura, 1865, t. I. pp. 64-69. Cf. Rousset, Dictionnaire des communes du Jura , t. 1-VI, 1853-1858, où Ogérien parait avoir puisé une partie de ses renseignements.
(3) Etudes hydrologiques sur les Monts-Jura, 1874, in-4°, avec atlas ; notamment pp. 94-98 et pp. 119-121.
(4) MM. F.-A. Forel, de Morges, auteur de nombreux travaux sur les lacs suisses, notamment le Léman ; l’ingénieur Hœrnlimann, les physiciens et naturalistes, J.-L. Soret, Sarasin, Plantamour, Fatio, Lunel, H. Fol, Marignac, Schardt, Asper, Henscher, Imhof, G. du Plessis, H. Blanc, Brun, Schnetzler, C. Schrœter, etc.
(5) Yoy. Revue scientifique, 16 août 1890 ; Rapport sur l’Etude des lacs en Suisse, 1890; Océanographie, t. I (statique), 1890; Cours libre à la faculté des lettres de Paris, été 1891 ; Revue générale des sciences, 30 mai 1891 ; etc.
(6) MM. Thoulet, pour les lacs des Vosges ; Belloc, pour ceux des Pyrénées ; J. Richard, Berthoule, P. Girod, Bruyant, Delebecque et Ritter pour le Plateau central ; Delebecque, Duparc, Ritter, J. de Guerne, Ant. Magnin pour les lacs du Jura, etc.
(7) Voy. Comptes rendus de V Académie des sciences, 4 janvier 1892 (topographie et thermométrie des lacs du Bourget, d’Aiguebelette, de Paladru, de Nantua, de Sylans, Genin, Saint-Point, Remoray, Brenets) ; 25 avril 1892 (eaux et vases des lacs Paladru, Aiguebelette, Nantua, Sylans) ; 20 juin 1892 (topographie de quelques lacs du Jura, du Bugey) ; 20 novembre 1893 ; 12 mars 1894 ; Annales des Ponts-et-chaussées , dé-
reusement les nombreuses lacunes que je signalais plus haut, en donnant pour les plus intéressants des lacs jurassiens, des renseignements certains et précis : les dimensions, les profondeurs, la forme et les particularités du relief sous-lacustre, es caractères physiques et chimiques des eaux et des vases ont été étudiés avec soin, pour 30 lacs, par M. Delebecque et ses collaborateurs ; cet ingénieur distingué vient aussi de publier les plans au 1/10.000°, avec courbes isobathes, des 16 lacs les plus importants du massif jurassien (1). Enfin, pour terminer les indications concernant la cartographie, signalons les cartes au 1/25000°, avec courbes isohypses, des lacs de Joux, Brenet et Ter publiées par Hœrnlimann dans la feuille Le Lieu de l’Atlas Siegfried.
Mes explorations m’ont permis d’étudier sur place et en bateau, pendant ces quatre dernières années (1890-1893), 66 lacs ou étangs de la région jurassienne : 13 en 1890, 15 en 1891 (et révision de deux explorés déjà en 1890), 35 en 1892 (et révision de 8 vus auparavant), 3 en 1893 (et révision de 7) (2); j’avais principalement en vue l’étude de la végétation lacustre et de ses conditions biologiques , mais j’ai recueilli , par la même occasion, un grand nombre de renseignements sur l’histoire de chaque lac , leur bassin d’alimentation , leur mode d’écoulement, la marche de la température de leurs eaux (avec le thermomètre à renversement Negretti et Zambra), leur coloration (avec la gamme Forel), leur transparence (avec le disque
cembre 1892 ; — Archives des sciences physiques et naturelles de Genève , 15 avril et 15 mai 1892, pp. 569 et 577 ; 15 novembre 1892, p. 502; — Revue générale des sciences , 15 avril 1892, p. 233-240, avec cartes, etc. — L'Etude des lacs en France, conférence à la Société de géographie de Lille, 19 novembre 1893 ; (Bull. fév. 1894). — Nouvelles géographiques, mars 1894, p. 33-37.
(1) Atlas des lacs français, 1892-1893, 10 pl. : II, Bourget ; IY, Aiguebelette ; VI, Brenets, Saint-Point, R.emoray, Malpas ; VII, Nantua, Sylans ; VIII, autres petits lacs du Jura. Cet ouvrage renferme de plus les plans des lacs Léman, d’Annecy et de quelques lacs de l'Isère et du Plateau central.
(2) Enfin un seul nouveau, le lac du Ratay, dans l’année 1894, qui a été consacrée à revoir 6 autres lacs et à continuer l’exploration détaillée du lac de Saint-Point, commencée en' 1891.
de Secehi), leur composition (par le procédé de Weith), etc. ; ces recherches m’ont permis de relever un certain nombre d’erreurs des géographes et des naturalistes, de préciser la distribution géographique de la plupart des plantes lacustres, en général mal connue et inexactement indiquée dans les flores, de signaler la présence de plusieurs plantes nouvelles soit pour la flore du Jura, soit pour la flore de France ; j’ai enfin publié une partie de ces recherches dans :
Comptes-rendus de l'Académie des sciences, séances des 10 octobre 1892 et 24 avril 1893 ;
Association française pour l’avancement des sciences : Session de Marseille, 1891, t. I., p. 228 et 347 ; session de Pau 1892, t. I., p. 215-216 ;
Revue générale de botanique n° 54, 15 juin 1893, p. 241-257 ; n° 55, 15 juillet 1893, p. 303-316 ; n" 60, 15 décembre 1893, p. 515 ;
Annales de géographie, n° 9, 15 octobre 1893, p. 20-41 ; nu 10, 15 janv. 1894 p. 213-226 ;
Et dans plusieurs communications faites aux Société botanique de Lyon (1), Société botanique de France (2), Société d’Emulation du Doubs (3), etc.
J’ai été aidé dans mes recherches par un grand nombre de personnes, que je suis heureux de pouvoir remercier ici de leur obligeant et bienveillant concours.
Je cite particulièrement MM. Delebecque, ingénieur des Ponts-et-chaussées à Thonon ; Thoulet, professeur à la Faculté des sciences de Nancy ; J.-M. Forel, professeur à l’Université de Lausanne, qui m’ont fait profiter, avec la plus grande obligeance, de leur expérience en explorations lacustres ;
Je dois aussi à MM. Kilian, professeur à la Faculté des sciences de Grenoble ; Chudeau, professeur à la Faculté des sciences et Dr Girardot, géologue à Besançon ; L.-A- Girardot, professeur au lycée de Lons-le-Saunier ; Bourgeat, professeur à l’université libre de Lille ; Tournier, curé de Contrevoz ; At. Riche, docteur ès-sciences, chef des travaux de géologie à la Faculté des sciences de Lyon ; Jaccard, professeur à l’Académie-de Neuchâtel , d’utiles renseignements sur la géologie des bassins lacustres ; — à M. Clerc, directeur des Ecoles de Pontarlier, un grand nombre de commu-
(1) Société botanique de Lyon : 17 mars 1891, 28 mars 1898, p. 17 : 9 janvier 1894, p. 3 (sur les Nuphars ;) — 14 novembre 1893, 23 janv. 1894 p. 13 (sur les Characées ) ; — 1er août 1893, p. 43 ; 31 octobre 1893, p. 46 (sur les Potamogitonées) ; — Voy. aussi Echange ou Revue linnéenne, 15 octobre 1892 ; Ie1' janvier 1893 ; 1er août 1893.
(2) Société botanique de France , séances des 9 décembre 1892, p. 413 ; 22 juin 1894, p. 451.
(3) Société d’ Emulation du Doubs, 1892, 1893, 1894, passim.
nications et de recherches qu’il m’a faites avec le plus grand empressement, notamment l’exploration du lac du Trouillot ; — à M. Cordier, des Ecoles de Mouthe, des renseignements sur la météorologie et les lacs de la région ; — à M. G. Schroter, professeur au Polytechnicum de Zurich, des documents sur la flore des marais, étangs, tourbières et lacs de la Suisse.
Mon excellent ami et collègue de la Faculté des sciences de Besançon, M. Charbonnel-Salee, a bien voulu autoriser M. Dutartre, chef des travaux pratiques de zoologie à m’accompagner et à faire des draguages dans plusieurs lacs , en 1893.
M. Arth. Bennett, botaniste à Croydon, près Londres, M. Hy, professeur à Angers m’ont prêté leur concours le plus empressé pour la détermination des plantes appartenant aux Potamogitons et aux Characées dont ils font une étude spéciale.
MM. Grosgogeat, maire et Rouillard, instituteur à Lamoura, m’ont aidé dans l’exploration du lac du Boulu ; MM. Potard, instituteur à Doucier, Brenod, instituteur à Maisod, Javouret, instituteur aux Crozets, Thiébaud, instituteur à Bellefontaine, Gaudard, manufacturier à Morbiez, Vermot, pharmacien à Morteau, Bouglé, médecin à Chaillexon, Vaucher, pasteur à la Brévine, Weyd et M. Sauge, gardes généraux des forêts à Saint-Laurent, Ulric Clerc, étudiant à Besançon, J. Morel, horloger aux Rousses, Dutartre curé et Bouvard, instituteur, à Conzieu, Montfalcon, industriel et Milloud, agent-voyer, à Virieu-le-Grand, Bartet, conseiller général à Yenne, Pupier, propriétaire au château de Grammont, Marjollet, instituteur en retraite, à La Burbanche, F. Pézant, d’Ambléon, Déquatre, de Magnieu, Roy, pêcheur à Ilay, Genod, directeur des écoles de Moirans, Faivre, instituteur à la Rivière, etc., m’ont aidé dans l’exploration des lacs de Chalin, Duval, Crenans, Etival , Mortes et Bellefontaine , Chaillexon , Taillières, l’Abbaye, Rousses, Conzieu, Armaille, Arboréiaz et Ambléon, Mornieu, Virieu et Pugieu, Saint-Jean-de-Chevelu, les Hôpitaux, Chavoley, Bar, Martigna, Antre, etc. : Zéphirin Barthelet, de Malbuisson, m’a rendu de grands services et m’a conduit avec beaucoup de dévouement dans mes explorations répétées des lacs de Saint-Point, Remoray, Malpas, Joux et Brenet.
Enfin, je ne dois pas oublier de remercier V Association française pour V avancement des sciences des subventions qu’elle a bien voulu m’accorder et qui m’ont permis de poursuivre , au moins pendant quelque temps, ces explorations faites, sauf ce secours, entièrement à mes frais, et pendant le peu de loisirs que me laissait mon double enseignement à la Faculté des sciences et à l’Ecole de médecine de Besançon.
Note B.