LIMITES DU JURA
J’ai discuté cette question devant la Société d’Emulation du Doubs (séance du 14 mai 1887, p. xiv, etc.) et l’ai reprise dans
les Annales de géographie (1) et dans mon étude sur la Végétation des Monts- Jura (2) ; j’en extrais ce qui suit :
Au nord, on s’accorde à limiter le Jura proprement dit au confluent de l’Aar et du Rhin, ou mieux à le prolonger au-delà de l’Aar en y rattachant les Lægern (cf. Thurmann) ; on laisse en dehors, malgré les analogies du sol et de la végétation (cf. Martens, Andreæ, Christ), les prolongements du Jura dans la Souabe et la Franconie.
Mais au sud, le passage insensible des derniers chaînons du Jura aux chaînes subalpines de la Savoie et du Dauphiné, ou plutôt leur enchevêtrement, rendent les limites de la région difficiles à préciser ; on ne peut admettre l’opinion de Grenier
(1) N° 9. 15 oct. 1893, p. 22.
qui arrête le Jura à la limite Ambérieu-Culoz sous le prétexte insuffisant que la partie du Bugey située au sud de cette ligne renferme un nombre trop considérable de plantes méridionales ; la limite formée par le cours même du Rhône, acceptée par beaucoup de géographes et de naturalistes, me paraît séparer trop artificiellement des chaînes de montagne ayant les plus grandes analogies par leur allure générale, leur orientation, leur composition géologique et leur flore; je réunis donc au Jura, ses prolongements savoisiens du Vuache (cf. Briquet), du Gros-Foug et du Gorsuet, du Mont-du-Chat (cf. Michalet), du Mont-Lépine et du Petit-Bugey (cf. Thurmann) et 'je l’arrête à la faille de Yoreppe, à la ligne passant par Voreppe, la Roise, l’Hérétang, Saint-Christophe, Couz, l’Hière, Chambéry, le Tillet, la Deisse, laBalme de Sillingy, etc. (1). Les chaînes subalpines de la Chartreuse et des Bauges, situées à l’Est de cette ligne ont des caractères bien différents : orientation N.N.E., présence des couches supérieures J 6-7 ; flore spéciale ; quant au prolongement de la chaîne du Raz, au-delà de l’Isère, par le Bec de l’Echaillon, il se soude intimement au massif du Villars-de- Lans, du Vercors et des Quatre-Montagnes, caractérisé aussi par la présence des couches J 6-7 et le développement du crétacé C8, etc. Je considère donc comme appartenant au Jura, les lacs du bassin de Belley, ceux du Mont-du-Chat, d’Aiguebelette et du Bourget ; je laisse en dehors, les lacs des Bauges, celui d’Annecy, les lacs sous-jurassiques de Genève, de Neuchâtel et de Bienne, le lac de Paladru ainsi que les nombreuses mares, étangs ou lacs, qu’on rencontre dans l’île calcaire de Crémieu, seuil ou région d’attente, précédant le Jura, entre la Bourbre et le Rhône.
Note C.