‹ Les Laits IndustrielsChapitre 29 sur 40 · SE - 3 F AA 4 TE A · texte numérisé non relu

SE - 3 F AA 4 TE A

EbnR AU Procédés de maternisation du lait. — Pour rendre la

composition chimique du lait de vache à peu près = semblable à celle du lait de femme, deux méthodes se présentent naturellement à lPesprit : 1° prendre le lait de vache qu'on additionnera d’une certaine

quantité d'eau chargée de lactose et de crème en LE quantités voulues ; 96 prendre du lait de vache et lui soustraire la moitié de sa caséine, ” | La premiere méthode qui est apparemment la plus 21.2 facile’ a pas, en réalité, donné de bons résultats dans

ses applications industrielles. S'il est facile, en effet,

par addition d’eau, de sucre et de crême d'obtenir

un mélange qui ait les proportions organiques du lait de-femme, par contre le mélange obtenu manque d'homogénéité ou ne s'obtient qu'au prix d’une fixation du lait. À cette méthode cependant se rattachent les procédés de Rieth, de Lahmann et enfin ceux de Winter et de Monti (1). : ER Rieth dilue le lait de vache avec de l'eau jusqu'à ce que sa teneur en caséine soit égale à celle du lait de femme, puis il rétablit la teneur du lait en ses. autres principes par l'addition de certaines quantités d’albumose (albumine d'œuf chauffée à 130%, de crême et de lactose. Le lait ainsi obtenu (lait albumosé) est d’un prix très élevé; il aurait donné de

bons résultats à Hauser (2).

Lahmann (3) coupe le lait avec de l'eau sucrée et. ÿ ajoute une émulsion d'amandes et de noix pour l'enrichir en matières grasses.

Winter et Vigier (4) ajoutent à un volume de lait la crême et le sérum d'un même lait débarrassé préalablement de la caséine par action de la présure.

Le lait ainsi fabriqué est mis en bouteille, puis” stérilisé sous pression de vapeur. Il se conserve

(1) Nous ne parlons pas du procédé de Biedert, procédé non industriel, qui consiste à effectuer un mélange de: une partie de lait pur, trois parties d'eau et 15 grammes de sucre de lait pour 100 gr. du mélange.

Hesse (Berl. Klin. Woch. 1896) recommande un produit analogue obtenu par le mélange de 1 litre de crême, 1 litre et demi d'eau, 105 gr. de sucre de lait et T blane d'œuf. :

(2) Hauser, Berl, Klin, Woch, 1893. tu

(3) Hôck, Wiener méd, Wochenschrift, 1896. mnt

(4) Vigier. Lait humanisé et stérilisé, — Société de thérapeutique 25 janv. 1803. | E

parfaitement et la graisse est répartie régulièrement dans toute la masse. — M. Marfan a remarqué que la teneur de ce laif en graisse et en lactose est souvent trop faible et il croit que sa valeur nutritive est souvent insuilisante ; par contre, il a observé que les |

enfants prennent bien ce lait humanisé et le digerent sans difficulté.

Le procédé de Monti, de Vienne, est à peu près analogue à celui de Vigier.

Nous n ’insistons pas davantage sur tous ces pro- # cédés de fabrication qui ne sont pas utilisés en France

pour la maternisation du lait. Les nombreuses et

minulieuses manipulations qu'ils nécessitent sont

peu en rapport avec les avantages qu’on en retire et les ont fait abandonner des industriels. Par contre, la seconde méthode qui consiste à soustraire du lait

de vache une partie de sa caséine a été utilisée, avec”

profit, et c'est à elle que l’on doit les laits maternisés industriels, actuellement employés, qui tous sont fabriqués suivant le procédé de Gærtner (1).

EU

C'est à dessein que nous ne Signalons pas le procédé d'humanisation du D’ Dufour, de Fécamp ; procédé pratique d'hu-

- manisation utilisable à domicile lorsqu'on est sur le lieu de

production du lait, mais inutilisable indusuiellement. Pour la

DAS de ce lait, on prend un vase d'une capacité d’en-

viron 2 litres, fermé par un capuchon de caoutchouc et muni,

à sa partie inférieure, d'une tubulure que ferme un autre bou-

chon en caoutchouc : on verse dans ce récipient la quantité de lait nécessaire à l'enfant pour une journée, puis on le laisse

(1) Gærtner : Ueber die Herstellung der Fettmilch (66: Congrès des Naturalistes allemands, Vienne 1894.

“Le procédé de rectification du lait de Rte proposé par Gærtner repose sur le principe suivant : Lorsqu'on soumet à un appareil centrifugeur un liquide

: renfermant des éléments de densité différente, sous l'influence de la rotation, les particules les plus lourdes sont projetéesà la périphérie, tandis que les plus

‘on retire par la partie inférieure

reposer pendant 4 heures ; du ‘Yase un tiers du contenu ; On à ainsi diminué d'un tiers la quantité de matières albuminoides et de sels ; quant aux re g' matières grasses, leur proportion est restée la mème puisqu'elles se trouvaient à la partie supérieure. Pour rétablir là quantité primitive du sucre on ajoute un volume d'une solution de lactose à 35 pour 1000, équivalent au volume retiré précédemment, puis 1 gramme dé chlorure de sodium. Avec. les laits moyens on soutire environ 40/100 du volume total qu'on remplace par un volume égal d'une solution de lactose. Ce lait, après agitation destinée à rendre le mélange uniforme, est placé ensuite dans des appareils Soxhlet pour la stérilisation. À

Le lait maternisé, ainsi préparé, contient de 18 à 20 grammes de caséine par litre et 33 à 35 grammes de beurre. Utilisé dans diverses gouttes de lait, il donne de bons résultats, mais 1172 l'obligation de laisser reposer le lait pendant 4 heures, temps pendant lequel Les pullulations microbiennes et les productions des toxines est possible à fait préférer à ce procédé sou de Gærtner qui donne les mêmes résultats.

Nous ne parlons pas davantage du procédé grâce auquel Morgan Roteh modifie la composition du lait de vache et la fait varier à volonté suivant l'ordonnance du médecin, procédé que M, Variot à fait connaitre en France et dont il à donné la description dans le Journal de clinique et de thérapeutique infantiles A13 février 1896). Le lait préparé suivant cette méthode dans des Milk’s Laboratories a été et est encore ‘très

légères forment une colonne voisine du centre. Or, les matières grasses d’une densité inférieure aux autres

- . 4 Æ . à ” éléments du lait s’amassent vers l’axe-de l'appareil et

y forment une colonne de crème cylindrique.

no . Le lait destiné à la maternisation suivant le pro-

cédé de Gærtner est donc refroidi aussitôt après la

traite, puis coupé d'un volume égal d’eau bouillie,

opération qui a pour but de réduire de moitié le taux

de la caséine. Il est introduit ensuite dans une écré-

meuse centrifuge munie d’un mécanisme à deux robi-

nets permettant de faire des prises différentes, l'une

au centre et donnant par conséquent du lait gras,

l'autre à la périphérie, donnant du lait maigre.

L'écrèmage est ensuite pratiqué de telle façon que le ; petit- “lait possède toute l'eau qui à été ajoutée au lait es. pur, plus une petite quantité de Peau primitivement contenue dans ce lait pur. Le liquide qui s'écoule

par le déversoir de la crême est sensiblement plus riche en beurre que le lait primitif (de là, le nom de lait gras ou lait concentré, qui lui à été donné par plusieurs auteurs). Mais, par contre, il renferme moitié moins de caséine, puisque le petit-lait en a entrainé la moitié. Le lait obtenu a donc une composition chimique à peu près semblable à celle du lait

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en honneur en Amérique; mais cette préparation est vraiment

trop compliquée pour entrer dans la pratique. D'autre part,

il ne semble pas que les résultats obtenus avec ces laits soient

bien satisfaisants, et la fréquence des cas de scorbut infantile

observés à la suite de leur emploi est telle que tous les auteurs français s'accordent à les repousser.

de femme. Il lui manque seulement quelques grammes de sucre, et l'on obtient la correction en ajoutant 20 à 25 gr. de lactose par litre. D Le lait obtenu est ensuite mis en bouteille, puis 2 stérilisé à 105° pendant 25 minutes. Après stérilisa-

tion, il présente une coloration blanc jaunâtre un peu

plus accentuée que celle du lait ordinaire ; il est

d'une saveur agréable et se conserve aussi bien que

les laits stérilisés simples ; cependant la désémulsion

des graisses est dans ce lait un peu plus accentuée,

et ilest probable que la centrifugation qu'on lui a

fait subir doit être incriminée à ce sujet.

vof

Valeur alibile des laits maternisés. —— Nous nous con-

tenterons de discuter la valeur alibile des laits traités

mp suivant le procédé de Gærtner, les seuls laits indus-

triels corrigés usités en France. A notre avis, la

discussion doit se borner à une seule question :

Est-il réellement avantageux de traiter le lait par des

procédés si compliqués, avant de Putiliser dans l'al-

laitement? La question est d'importance, car il est

bien évident que l'on ne saurait être autorisé à faire

subir au lait de semblables manipulations que si elles

améliorent sensiblement sa valeur alibile. Dans le

cas contraire, ces manipulations ne seraient pas

seulement inutiles, elles pourraient être nuisibles, car pendant la préparation du lait de Gærtner qui est longue et délicate, le lait est susceptible'de subir, à la faveur d'une négligence, des fermentations qui. .

déversent dans sa masse des produits LS et

phore organique, principe qui, d’ailleurs, est déjà

peuventultérieurement rendre son emploi dangereux. La maternisation du lait n'a done de raison d’être que si réellement, du fait de cette opération, le lait se trouve sensiblement amélioré. ;

Le lait de Gærtner comparé au lait de Sn nalu-

rel et au lait de femme, renferme les éléments sui-

vants :

‘ Ge Densité : Caséine Lactose Graisses Sels Lait de vache SORA RS Ron 37 6 Lait de Gærtner : 1017 z 29 60 35 3 Lait de femme PE ANB UE CR 16 227 2565 == 43b 2,5

La composition quantitative de ce lait se rapproche donc sensiblement du lait de femine, il a la même teneur en graisse, et à peu près la même teneur en

lactose et en sels. Enfin, il ne renferme plus qu'un

excédent de caséine de 9 grammes au lieu des

15 grammes du lait de vache naturel. Ces ‘analyses

ant donc démontrer l'efficacité de la materni-

sation et c'est sur elles que lon s’est appuyé pour affirmer l utilité de ce traitement industriel. |

Mais, à y regarder de plus près, la question est beaucoup plus complexe et il n'est pas prouvé du

tout que la diminution de la caséine et des sels, pré-

sente de bien sérieux avantages. Sans doute, théori-

quement, la diminution de la caséine doit augmenter

Ja digestibilité de ce lait, mais on peut se demander

si, par contre, elle ne diminue pas trop sensiblement sa

valeur nutriti-e. Grelley fait remarquer qu'en sous-

trayant une notable partie de la caséine on diminue, du même coup, la teneur du lait de vache en phos-

sensiblement réduit du fait de l’action du surchauffage. On diminue aussi les sels car, en retranchant 50°}, de petit lait, on soustrait les phosphates miné- __raux qu'il contient ; de telle sorte que, si l’on admet que la valeur nutritive des laits surchauffés se trouve très sensiblement diminuée du fait de linsolubilité des

phosphates, il faut admettre que celle du lait mater-

nisé l’est encore bien davantage.

De la méme manière on soustrait au lait une partie des traces de fer qu’il contient (Binger) et la perte de ces traces de fer ne serait pas négligeable, car Dastre et Floresco ont mis en évidence l'importance de ce métal pour le fonctionnement du foie. -

Si toutes ces objections faites à la maternisation du lait par le procédé de Gærtner ne sont pas scientifiquement démontrées, du moins, elles font déjà suspecter l'efficacité de ce traitement industriel du lait et douter de sa valeur alibile. D'autre part, il semble démontré que la centrifugation qui désémulsionne les globules butyreux modifie les matières grasses d'une manière nettement défavorable à la digestion, de telle sorte que la maternisation n'a même pas l’avantage de rendre le lait plus digestible, comme la diminution de la caséine permettait de l’espérer.

Les résultats cliniques obtenus par l'usage du lait

maternisé sont conformes à cet exposé théorique. Au

début de son emploi, cependant, ce lait avait laissé

concevoir de grandes espérances. Escherich qui le

premier l’avait utilisé, avait constaté que les enfants

= LE

ten : + Ag a VE Nr

“2 “qui le prenaient, augmentaient de poids Se ; ment, que leurs gardes:robes étaient fe molles et g- de coloration jaune d'or, analogues à celles des 56 ;: à enfants au sein. RS es 3e 56 En France, Boissard, en 1895, fit des constata- Gas k D tions à peu près identiques. Les enfants qu'il y sou- 4 4 mit augmentèrent régulièrement de poids et le > 5 j ‘2 fonctionnement de leur tube digestif fut supérieur à a Re * celui des enfants élevés au lait stérilisé, leurs selles <E0 % étaient moins fétides, ne contenaient pasde grumeaux. 250084 de caséine non digérée; ces enfants ne présentaient # pas de constipation; cependant, en 1897, M. Bois- LEE De - sard revint un peu de son enthousiasme et sembla Der Be.” déjà reconnaître que ce lait maternisé n'était pas ee Éc: . supérieur au lait stérilisé ; il cita même des cas où En ss 722 -le lait stérilisé avait réussi, alors que le lait de PE M... Gætiner avait échoué. < M, a pe Depuis cette époque, de nombreuses objections ont été faites au lait maternisé. M. Pinard n’en a obtenu . 4. e que de médiocres résultats et le déclare inférieur au 1 Jlaitstérilisé. M. Marfan en a abandonné l'usage parce | ë qu'il a remarqué que les nourrissons alimentés avec ce 2) “SR produit présentaient, au bout de quelque temps, de de n° . la diarrhée et que sa digestion se faisait mal, parce 5e n qu'aussi il était très mal toléré des enfants atteints de TS gastro-entérite. Enfin, parmi les cas peu nombreux ce > de scorbut infantile publiés en France jusqu'à ce Le TES

jour, un très grand nombre ont été impuiés au lait - de Gærtner, et ont achevé de faire douter de sa

valeur alibile.

De tous ces faits, il résulte donc que le lait maternisé

a plus d’inconvénients qu’il n’a d'avantages et que, par conséquent, ce lait ne devrait plus servir à Palimentation des nourrissons. Pour notre part, nous croyons que, lorsque le lait stérilisé pur n’est pas supporté dans les 3 premiers mois de la vie chez les débiles É ou les atrophiques, un léger coupage et l'addition

de canne constituent en somme une maternisation suffisante et qu’il estle plus souventinutile de recourir au lait de Gærtner” dont le prix est assez élevé. = Cependant, il ne faudrait pas être trop exclusif et, parfois, ce lait peut être appelé à rendre des services ; c'estainsi que, chez les nourrissons soumis à l’allaitement mixte,son usage ne paraît pas avoir d'inconvénients ;que d'autre partchezles enfants élevés artifieiellement au lait stérilisé, il peut être bon de le donner de temps à autre lorsque ces enfants présentent une constipationopiniâtre. Enfin, il ne faut pas oublier que M. Boissard s’est bien trouvé de son usage chez les prématurés et les débiles. qu

Le principe de la maternisation du lait n’a donc pas donné en pratique Les résultats qu'on se croyait en droit d'espérer, mais cet échec des laits maternisés ne doit pas surprendre outre mesure. C’est à tort que l’on s'était imaginé que linfériorité du lait de vache sur le lait de femme dans l'allaitement artificiel était due à leur teneur différente en hydrates de ‘arbone, en caséine, en lactose et en sels.

La preuve en est que les laits de fenime présentent

LE

au lait d’une petite quantité de lactose où de sucre

Le Ta

à ce point de vue de grandes divergences : Johanessen

a nettement établi ces variations dans la composition

du lait de femme, et les analyses du lait de 25 femmes

primipares oumultipares, de 20à46 ans et dul®au13% #34

mois de l'allaitement lui ont montré que la teneur de Rs

ces laits en substances albuminoïdes varient de 0,06 -

à 2 pour 100, leur teneur en azote total de 13 à 23

centigrammes par 100 centim. cubes, leur teneuren

graisse de 0,63 à 6,65 pour 100, et leur teneur en

sucre de 2,55 à 9,77 pour 100. Et cependant tous ces Ze.

laits sont bien tolérés et sous leur influence les

enfants progressent bien. Ce qui fait la supériorité

du lait de femme sur le lait de vache, c'est que le lait

est un aliment organisé, un aliment vivant qui ne

l convient qu'à une espèce : c'est en raison de ce fait

que l’on ne parviendra jamais à créer un lait qui puisse remplacer le lait de femme et que, quoi qu'on fasse, 5 l'allaitement matérnel sera toujours mille fois supérieur à l'allaitement artificiel.

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