CHAPITRE I
LAITS PEPTONISÉS
Théoriquement, l’infériorité du lait de vache dans
l'allaitement artificiel ne tient pas seulement à son excès de caséine, elle tient aussi à ce que cette caséine de nature différente est moins facile à digérer. Nous avons déjà cité les expériences que démontrent les faits pour le lait cru, et, bien qu'il soit établi que la stérilisation modifie assez favorablement à cet égard, la caséine du lait cru et le rende plus digestible, nous avons vu que cependant les laits stérilisés euxmêmes donnent lieu souvent à des digestions longues et pénibles et que, dans certains cas même, ils ne peuvent être supportés. C’est ce qui arrive assez souvent pour les débiles, les prématurés ou même pour les jeunes nourrissons dans les trois premiers mois de la vie. Il était donc logique de remédier à cetinconvénient en donnant aux enfants un lait soumis antérieurement à des digestions artificielles par suite desquelles la caséine se trouverait transformée en produits solubles et facilement assimilables et de suppléer ainsi à l'insuflisance des sucs digestifs du nourrisson. C'est de ce principe que naquirent les laits. peptonisés. Les premières tentatives de fabrication des laits peptonisés furent effectuées en Angleterré et én Alle-
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magne, mais Voltmer et Lahmann, Süldner, Lôflund à qui sont dus ces premiers essais ne parvinrent pas à trouver un procédé pratique de peptonisation du lait. Ce procédé fut réalisé par Backhaus en 1896 et le lait de Backhaus eut, pendant un temps, une assez grande vogue en Allemagne, en Belgique et en Suisse où il est encore assez répandu. En France, où les laits peptonisés sont peu employés, on préfère
généralement au lait de Backhaus les laits peptonisés
d’après le procédé préconisé par Budin et Michel.
Lait humanisé de Backhaus. — Backhaus a recours pour la fabrication de son lait à des procédés mécaniques et chimiques. Il traite le lait de vache par la centrifugation, puis il fait agir sur la caséine le ferment lab et la trypsine. Son lait est donc à la fois un lait maternisé et un lait peptonisé.
Immédiatement après la traite, le lait est pasteurisé, puis refroidi ; on le met ensuite dans uñe écrémeuse où, par centrifugation, on sépare le lait gras du lait maigre. Ce lait maigre est recueilli dans une bassine et mélangé à une dose déterminée de trypsine pancréatique et de présure, dont il subit l’action pendant 25 minutes, à la température de 35°. Sous cette influence, la caséine se modifie ; une partie (50 °/) se coagule et précipite ; le reste est transformé en propeptone qui reste en suspension dans le petit-lait. Le lait maigre est ensuite passé à travers un fin tamis qui retient la caséine coagulée, de telle sorte qu'après cette opération il
On ajoute enfin à ce petit-lait décaséiné et peptonisé une quantité de crême telle que le lait définitif en
contienne 35 grammes par litre, puis on l'additionne de 15 à 20 gr. de lactose pour 1000. Le produit
obtenu est mis ensuite en bouteilles, puis stérilisé à
105° pendant 25 minutes.
Au point de vue chimique, le lait humanisé de Backhaus présente done sensiblement la même com- % position quantitative que le lait de femme, il a la même teneur en graisses, en matières protéiques et en lactose ; quant à la quantité des sels, elle ne doit pas avoir subi de modification sensible par rapport au lait de vache. La matière protéique s'y trouve sous forme de propeptone très facilement assimilable.
Il semble donc que, tant au point de vue nutritif qu'au point de vue digestif, ce lait présente sur les autres, une certaine supériorité. >
Cliniquement, les résultats obtenus ont été assez satisfaisants. Thiémich s’est bien trouvé de son emploi et n'hésite pas à le proclamer supérieur au lait de Gærtner, Les enfants qui en font usage ont des digestions normales et des selles assez semblables à celles des enfants au sein : cependant, il fait à ce sujet certaines réserves et déclare qu'assez souvent au bout d'un certain temps, les nourrissons vomissent et perdent de leur poids, et que si l'on donne ce lait à des enfants atteints de gastro-entérite ou de troubles digestifs, ces troubles ne s'améliorent pas.
Biringer, qui a consacré sa thèse à l'étude de ce
lait dans l'alimentation des nouveaux-nés, parait en avoir été plus satisfait, il rend compte des essais qui ont été faits dan$ la clinique du professeur Hungar, de Bonn, avec le lait de Backhaus, préparé de trois façons différentes, suivant l’âge des enfants auxquels on les destinait, l'espèce I pour les 6 premiers mois, l'espèce II pour la seconde partie de l’année de
naissance et l'espèce IT pour la 2° année. Les essais
qui ont duré de 1 mois à 4 mois, ont amené l'auteur
aux constatations suivantes :
1° Les enfants nés à terme vigoureux et sains le
supportent bien etléconsomment avec plaisir; leurs
selles sont semblables sous tous les rapports à celles
des enfants au sein, et l'augmentation de poids cons-
tatée est tout à fait satisfaisante.
2° Les enfants nés avant terme et de constitution
délicate ont tous bien supporté le lait Backhaus ; ils ont progressé aussi bien que possible ; leurs selles
sont de consistance égale et de coloration jaune. Les augmentations de poids sont parfois de 26 à 37 grammes par jour.
3° Les enfants souffrant de troubles dyspeptiques ont été améliorés rapidement par le lait Backhaus, si
bien qu’il a été inutile de recourir à aucune autre
médication.
4° Chez les enfants atteints de gastro-entérite chronique et chez les athrepsiques, le lait de Backhaus est également bien supporté ; il améliore rapidement l’état des fonctions digestives et au bout de quelque
\, s temps de son aplen on constate une augmentation de poids assez sensible.
Biringer conclut que d’après, ces observations, le
lait Backhaus doit être considéré comme un moyen
très favorable de remplacer le lait de femme. à t& 1
De son côté, le D' H, de Rothschild déclare dans
‘ son traité d'hygiène et de.pathologie du nourrisson : « bien que ce produit n’ait pas en France toute la :
. faveur qu’on lui a accordée en Belgique et en Alle-
magne, nous ne pouvons lui contester des succès que nous n'avons pu obtenir avec d’autres préparations.»
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De tous ces témoignages, il semble résulter que
le lait de Backhaus est un bon produit, mais doit-on
pousser les choses à l’extrême et dire que ce lait doit être préféré aux autres dans l’allaitement artificiel ?- Nous ne le croyons pas. Les mêmes résultats favorables sont sensiblement obtenus par l'usage des laits simplement stérilisés par la chaleur, si l'on a
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soin de les donner méthodiquement, et l'expérience a démontré que dans la majorité des cas, les débiles,
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les prématurés et les atrophiques eux-mêmes, que : des circonstances fâcheuses privent de leur lait fr maternel, peuvent être allaités avec ces laits stérilisés ei non modifiés, simplement coupés et additionnés de lactose au moment même de leur utilisation. Hess #0 résultats obtenus par M. Variot (1) au dispensaire de Belleville et publiés par lui à la Société médicale
des hôpitaux ne laissent pas de doute à cet égard.
SUR SI TD SSSR RS un:
RATS — Sur le traitement de PEROU infantile par Pénp te mét je du lait stérilisé, Soc, Méd, des ôp 11 nov. 1898.
Ce ne peut être que dans les cas tout à fait exceptionnels, où l'usage de ce lait ne donne pas des résultats satisfaisants, que le lait de Backhaus nous. semble devoir être utilisé. Il ne faut pas oublier, en
effet, que ce lait nécessite une préparation très com-
pliquée, que de ce fait il est très onéreux, et que par conséquent son usage ne saurait convenir à la grande majorité des enfants élevés artificiellement,
qui sont des enfants de la classe ouvrière. Il ne faut
pas oublier non plus que les nombreuses manipulations que l’on a fait subir à ce lait ne sont peut-être
pas sans inconvénients; ce lait a subi la centrifuga-
tion, et sa matière grasse a subi, par suite, une désé-
mulsion analogue à celle du lait de Gærtner. D'autre part, il est abandonné 25 minutes à la température de 35° et pendant ce temps, dans des conditions aussi favorables à l’activité microbienne, ïl se peut que les bactéries secrètent de nombreuses toxines qui peuvent rendre, ultérieurement, son usage . dangereux. Pour toutes ces raisons, nous conclurons que le lait humanisé de Backhaus doit être considéré comme un lait pharmaceutique dont l'emploi doit rester passager et n’est indiqué que dans certains
cas exceptionnels chez les prématurés, les débiles et
quelquefois chez des atrophiqués atteints de gastro-
entérite chronique.
Nous en dirons autant des produits connus en pharmacie sous le nom de laits peptonisés qui sont préparés suivant les procédés de MM. Büdin et
PE Trad PART ORS
Michel (1). Ces brépitations ont été employées avée %
succès dans le service des débiles à 14 Maternité et à Ar la clinique Tarnier; chez quelques nourrissons qui
ne supportaient pas le lait de femme, elles auraient
donné à M. Budin des résultats excellents. Mais étre
usage est très restreint; ce ne sont pas à propre-
ment parler des laits industriels et nous croyons
inutile d'y insister.
(1) La préparation du lait de MM. Budin et Michel est très délicate et ‘ ne peut être faite que sous la surveillance d’un chimiste éclairé : on pré-
pare une solution de pancréas, de veau frais haché et menu dans une solution d'eau chloroformée à saturation et on la laisse macérer 24 heures. Cette solution est ensuite filtrée et on en met 50 centimètres cubes dans un litre de lait stérilisé. On laisse digérer une heure et on ajoute 24 gr. de lactose, 50 gr. de sirop de suere et eau q. s. pour 500 ce. Le mélange,ensuite décanté dans des flacons est stérilisé au bain-marie. Le lait peptonisé de Budin et Michel est constitué de la façon suivante :
Sucre et lactose, * 67,40
Beurre, . 26.—
Matières protéiques, 23,60 5
Sels, 4,50