‹ Les Laits IndustrielsChapitre 31 sur 40 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

. LA MALADIE DE BARLOW DANS SES RAPPORTS ù Es Z AVEC LES LAITS INDUSTRIELS Des Vers 1895, le principe de la stérilisation du lait “23 RE était à peu près admis sans conteste en France et tous

les médecins s’accordaient à vanter les bienfaits dont

on lui était redevable dans Pallaitement artificiel.

Vers 1897, cet accord cessa brusquement et, depuis lors, le lait stérilisé, et en particulier les laits TE stérilisés industriellement, ont subi de vives critiques To

qui ont fait remettre en discussion leur valeur dans

l'allaitement. Il avait sufli que les laits stérilisés fussent soupconnés de pouvoir provoquer, chez les enfants, une maladie inconnue jusqu'alors et récemment décrite sous le nom de maladie de Barlow ou de scorbut infantile, pour que, du même coup, on oubliit les avantages de la stérilisation et pour que Varnier pût poser à la Société d'obstétrique, de ee < gynécologie et de pédiatrie de Paris, la question … & suivante : — «Doit-on continuer à recommander # l'emploi du lait stérilisé dans l'allaitement mixte et : __ lors du sevrage des nourrissons parisiens ? » -— Sans re AS k doute, la discussion de cette question a remis les ea choses au point et les laits industriels ont continué à e être utilisés avec succès dans l'allaitement artificiel, ee

Sr M -.:

mais l’accusation portée n'a cessé depuis lors de

peser sur eux et ce n'est pas maintenant, sans arrière-

pensée, que beaucoup de médecins en font usage. Qu'est-ce donc que cette maladie de Barlow ? Notre intention n’est pas d’en faire ici l'étude clinique, car cette étude a été faite très complètement depuis un certain nombre d'années et, tout dernièrement encore, M. Ausset, au Congrès de Rouen (avril 1904), ï : en a fait un tableau remarquable auquel nous n'au-

rions rien à ajouter. Nous rappellerons seulement

que cette maladie est rarement observée, puisque,

depuis qu'elle a été décrite, 59 observations seule-

ment en ont été publiées en France.

Elle frappe les enfants de 6 à 18 mois et alle s’ob- Ds serve surtout chez des enfants de la classe aisée, : nourris de préférence avec des mixtures alimentaires à base de lait ou avec des laits stérilisés de luxe.

Quelquefois précédée de troubles digestifs, elle débute, le plus souvent, par des douleurs prédominant aux membres inférieurs et donnant lieu à des phénomènes pseudo-paralytiques. Dès le début, la dénutrition est très marquée, l'enfant maigrit el palit. Peu après, surviennent les hémorragies, mais ces hémorragies ne se manifestent que par des signes qui peuvent passer inaperçus si lon n’a soin de les rechercher; elles donnent lieu, en effet, presque exclusivement à des hématomes périostés, siégeant È au voisinage des épiphyses des os longs et se traduisant par une tuméfaction douloureuse, et à des -ecchymoses gingivales accusées seulement quand

l'enfant a percé ses premières dents. Le purpura, les hémorragies des muqueuses et des viscères ne s’observent que tout à fait exceptionnellement. à

Non traitée, la maladie peut se terminer par la mort, mais le plus souvent, et toujours quand elle est soi-

gnée à temps, elle aboutit rapidement à la guérison.

La rapidité avec laquelle la maladie cède au traite-

ment est même tout à fait particulière : il suflit de supprimer radicalement l’alimentation antérieure, de la remplacer par une nourriture fraiche et de faire prendre quelques préparations antiscorbutiques pour qu'en quelques jours la guérison soit complète.

En règle générale, le diagnostie de cette affection est facile, et il suflit de songer à sa possibilité pour éviter toutes les erreurs ; un examen attentif et la notion étiologique permettent d'éliminer les maladies avec lesquelles on l’asouvent confondue quand on ne la connaissait pas : le rhumatisme, la paralysie infantile, la paraplégie pottique, la pseudo-paralysie syphilitique de Parrot, la coxalgie et l'ostéomyélite.

Ce court exposé de l'aspect clinique de la maladie de Barlow nous suflira pour aborder le point qui nous préoccupe, celui des rapports de cette maladie avec les laits industriels. Il importe, en effet, que

nous nous demandions si les laits industriels sont susceptibles de provoquer le scorbut infantile et, dans l’aflirmative, s’il y a lieu d’incriminer telle ou telle des manipulations spéciales qu'on leur fait subir. Nous verrons ensuite si l'étude de ces questions nous permet d'établir la cause provocatrice du

Er

scorbut et si elle nous amène à quelques conclusions

pratiques. . 1 Que les laits industriels puissent provoquer le scorbut, le fait paraît indéniable et il suffit de jeter un coup d'œil sur le tableau des cas de scorbut infantile publiés en France, pour en être convaincu; sur cinquante-neuf cas publiés, vingt-huit ont été mis sur le compte des laits industriels, et dix-huit ont été attribués à l'usage soit de farines de conserve, soit de laits stérilisés de facon indéterminée,

. soit enfin de laits simplement stérilisés à domicile,

À ordinairement au Soxhlet. Cette statistique est donc suffisamment démonstrative, et elle permet tout au moins de dire que, dans la très grande majorité des cas, le scorbut infantile survient chez des enfants alimentés avec des laits de conserve. ;

Cette constatation concorde bien d’ailleurs avec ce fait que le scorbut infantile était inconnu en France avant l'usage des laits de conserve, puisque la pre: mière observation francaise, dûment établie, date seulement de 1892. Y |

D'autre part, c’est en Angleterre et en Amérique que le scorbut infantile est le plus répandu et on n'ignore pas que, dans ces pays, où l'allaitement maternel est rare et où les nourrices mercenaires ee sont inconnues, on fait usage dans l'allaitement arbliciel de laits stérilisés, de laits condensés et de préparations plus complexes à base de lait con: : servé, telles que Allenburys Milk food, Mellins © É food, etc., ou de laits travaillés, préparés dans les E

Mis fou er Anes tous les As français

et étrangers s'accordent à reconnaitre le rapport

étroit, qui existe entre l’appariion du scorbut et

Fu l'alimentation des enfants et tous admettent, qu'assez

souvent, le scorbut survient après l’ausage de ces laits

industriels. 5 ; “+

. . | L o Z 7e h£ Mais tous les laits industriels ne sont pas égale- D.

ment susceptibles de produirela maladie de Barlow.

Si l’on s’en rapporte-aux observations françaises, on

verra que sur 59 cas dont nous avons pu retrouver la

notion étiologique, on a incriminé 12 fois les laits

maternisés, 6 fois les laits fixés, 4 fois les laits oxy-

génés, 6 fois les laits stérilisés industriellement, 8 fois

‘7 les laits stérilisés de facon indéterminée auxquels on | | adjoignait des farines de conserve, 6 fois les laits __ soxhlétisés, 2 fois les laits bouillis, 2 fois les mixtures "2 : alimentaires industrielles. Dans les 8 autres cas,

l'alimentation était complexe, sauf un cas où l'enfant

KV de

. re me ni

était au sein. i

Si l'on songe que les laits simplement stérilisés Re SOIT beaucoup plus communément employés que les autres laits de luxe {maternisés, oxygénés ou fixés) on est frappé de la fréquence relative des cas de scorbut au cours de l'allaitement à l’aide de ces laits 5 dits modifiés etl on est tout naturellement amené à en c | conclure que, plus. un. lait a subi de manipulations 8 industrielles, plus il devient scorbutigène. C'est à la

T- même conclusion que conduit également l'étude des cas de scorbut publiés à l'étranger qui ontété obser-

Don - vés quelquefois A pes l'usage de laits simplement ÿ 5

LECORNU ut

‘stérilisés, mais beaucoup plus souvent après celui des préparations plus compliquées. | Mais la question devient confase lorsqu'on se demande quelles sont les manipulations industrielles 7h qui sont susceptibles de rendre le lait scorbutigène ; ; les différents auteurs qui ont étudié la question, ont émis à ce sujet les opinions les plus diverses et, il faut bien le dire, aucune de ces opinions n'a, jusqu'ici été Jugée satisfaisante. À la vérité, on ignore encore la vritable nature du scorbut infantile et par

suiteilestimpossible de déterminer sa véritable cause. Examinons cependant les principales hypothèses qui ont été émises. PES AU On a dit que le scorbut infantile. survenail à la suite d'une alimentatien composée exclusivement d'aliments de conserve, et qu'il était dû à la privation d'aliments frais : les aliments frais contiendraient des principes vivants, des ferments qui seraient indispensables à la nutrition et dont l'absence détermine- ÿ rait le scorbut. Cette hypothèse, qui met en cause les principes mèmes de la stérilisation, se fonde, en 7e. | réalité et surtout, sur leflicacité du traitement et sur S 1. ce fait que la maladie cesse rapidement d'évoluer dès qu'on donne aux enfants des aliments frais. | Mais, comme nous l'avons vu, elle n’explique pas tous les faits et, si l’on s'en rapporte aux observations de scorbut, on verra que, dans un cas, 14 maladieia Fe évolué alors que l'enfant était au sein et que, dans ï PE

« 1 n n . ; tire , À :

plusieurs autres cas, les enlams n'étaient pas prives 1 ï d'aliments frais. or

ce bite que certaines RNA LE dat En sont

plus scorbutigèries que d'autres et, si la privation d'aliments frais est l'unique cause du scorbut infantile, on ne voit pas pourquoi cette maladie est plus facilement provoquée par les laits maternisés, fixés ou oxÿgénés, plutôt que par les laits simplement

stérilisés par la chaleur; presque tous ces laits sont

Nes de ferments.

D’après une seconde thés qui tente d'expliquer

ces faits, les manipulations que l’on fait subir au lait

seraient capables d’altérer sa constitution chimique,

de modifier sa valeur nutritive et de le priver de cer-

taines substances qu'il contient et qui seraient anti- 1. scorbutiques.

C'est dans ce sens qu ont été dirigées la ER MEL des: recherches sur la pathogénie du scorbut ; mais les auteurs sont loin de s'entendre sur les diver ses manipulations à incriminer et sur les modifications que ces manipulations déterminent dans la Fans tution du lait.

M. Netter, se. basant sur ce que l'administration du jus de citron détermine rapidement une atténuation et souvent la disparition complète des ace idents du scorbut, a pensé que les citrates constituaient l'élément antiscorbutique du laitet il a voulu voir, dans les modifications que ces citrates subissent du fait de la chaleur, la cause de la maladie de Barlow.

D'après Corbette, le lait de vache contiendrait,

avons-nous dit, 1 gr. 08 d’acide citrique par fitre, - ï t (l

UT BANG % Ce

4! . nou

sous forme dé cilrate tribasique de chaux, meer à blé à froid qu'à chaud, et, sous l'influence de la

chaleur, ce citrate serait transformé en citrate cris-

tallin, beaucoup moins soluble, même à froid; de

DR telle sorte qu'un lait stérilisé, après refroidissement,

ne contiendrait plus que 0,38 d’acidefcitrique dissous par litre. Sous l'influence de la chaleur, le lait perdrait “donc 0,70 centigr. d'acide citrique soluble et M. Netter.

soutient que cette perte est capable de rendre

laliment scorbutigène.

PE Il semble, à la vérité, que c’est vouloir attribuer à 5 de si petites doses d'acide citrique une bien grande us. importance et la théorie de M. Netter est passible de ci : bien des objections : le rôle antiscorbutique de lacide ‘44 citriquen "est pas démontré puisque le moindre ali- Po: ment frais peut produire les mêmes effets dans le LS:

traitement de la maladie de Barlow; ce rôle, fut-il

Ji

établi, les 0,38 centigr. qui restent à l'état soluble PR dans le lait après le traitement PARLE chaleur seraient

sans aucun doute suffisants puisque il est admis que le lait de femme n'en contient que 0,50 centigr. Enfin rien ne prouve que les citrates insolubles ne puissent être élaborés par le tube digestif et assimilés. PE si l’on pousse Jusqu'au bout largumentation d: M, Netter, comme la transformation des cilrates pat en citrates insolubles est d'autant plus accusée que le laita subi davantage l’action de la chaleur, il faut admettre que ce sont les laits surchauffés qui sont le plus scorbutigènes. Or, les faits démontrent au contraire, que les cas de scorbut sont

nec te ie rares à la suite de Riot des laits

1#! simplement stérilisés. L’ hypothèse de M. Netter ne

rend pas compte de la fréquence relative des cas de

scorbut après l'emploi des laits dits modifiés. Sans #24

doute M. Netter peut soutenir que le lait maternisé

…{ estrtrès scorbutigène puisqu'il à perdu. deux fois

__ plus d’acide citrique que les laits surchauffés, en rai-

son de ce fait qu'en enlevant la moitié du petit lait on soustrait du même coup. la moitié des sels qu'il Rate 4 roro mais son explication ne peut s ‘appliquer ne aux qe fixés ni aux laits oxygénés qui n'ayant subi ns: Rae action de faibles températures devraient, d’après #4 son hypothèse, être particulièrement recommanda-= | bles.

Grelley qui a repris, dans sa thèse, l’argumenta- . tion de M. Netter sur le rôle des citrates, a essayé en outre de démontrer que la diminution des phosphates | D. ré Elhblés dans les laits traités par la chaleur pourrait fl __, avoir un rôle important clans le développement du

scorbut. Nous répondrons que si cette diminution des -__ phosphates est réelle, elle est en tout cas très faible 40 puisque M. Duclaux la nie et que si la diminution 4 des phosphates était la cause de la maladie, leur sa “AA absorption devrait la faire disparaître; or lexpérience ne l’a pas démontré puisque, dans un cas de

LU; "Mi Moizard;le traitement di Re ae n'a donné aucune

MS amélioration. 54 &

| Pas plus que la précédente, cette hypothèse ve n'explique le rôle scorbutigène des laits fixés ou des

ES. laits oxygénés.

! s'FAe We te 7.4 ?

M: Variot, qui nie le rôle scorbutigène des laits surchauités, tente de son côté d'expliquer pourquoi ces laits modifiés peuvent provoquer la maladie de Barlow et il a timidement émis l'hypothèse que

l'incorporation de l'oxygène dans le lait pouvait

bien altérer sa valeur alibile. Il s'appuie sur Fopinion de M. Pouchet qui croit qu’en effet cette incor-

poration n’est pas indifférente et sur celle de M. Pru-

nier qui pense que l'oxygène peut oxyder dans le lait

les substances protéiques et en particulier l’oléine.

Mais ces hypothèses n'ont pas été vérifiées, croyons-

nous, scientifiquement, et nous pensons que rien ne

nous autorise à affirmer que les traitements indus-

triels ont fait perdre au lait ses principes antiscor-

butiques.

Enfin, d'après une troisième hypothèse, le scorbut

ne serait pas dù à l'absence dans les aliments de

substances antiscorbutiques, il résulterait, au contraire, de la présence dans ces aliments de substances scorbutigènes. Gette théorie, déjà soutenue par Babès en 1893, par Kaeppen en 1897 et par Lewine,

a été soutenue en France par Ausset, tant à la Société de Pédiatrie que dernièrement au Congrès de Rouen.

À vrai dire, ses défenseurs ne peuvent préciser la nature de la substance scorbutigène dont la présence dans les aliments donne lieu aux symptômes de la maladie de Barlow ; est-ce une substance minérale, : est-ce une toxine microbienne, est-ce un poison d'une autre nature, est-ce Pun ou l’autre à l’occasion? On.

ne sait et les recherches bactériologiques de Babès

et ds Lewine n an pas jeté la re surla qusstiont

Mais, néanmoins, cette hypothèse est loin d'être invraisemblable : ‘elle permet d'expliquer bien des particularités dinie du scorbut infantile et peut rendre compte de tous les cas.

Ainsi que l'ont établi les travaux de Vaillard, une conserve de viande peut être dangereuse parce qu’elle AMCLC A fabriquée avec des viandes malsaines, parce

que la viande a été manipulée malproprement ou

qu'un temps trop long s’est écoulé entre l’emboitage

et la stérilisation, parce que la viande s’est altérée dans l'intervalle des diverses manipulations qu'on lui a fait subir, ou enfin parce qu'elle a été stérilisée d'une

manière insulilisante ; dans ce dernier cas seulement, on trouve dans ces viandes des microbes vivants ; dans les trois autres, on ne constate que la présence

de cadavres de microbes et le danger vient des poisons solubles que contiennent ces conseryes.

Ce qui est possible pour les viandes de conserve n’est pas invraisemblable pour les laits industriels. Ces laits peuvent être toxiques avant de subir la stérilisation, soit à la suite d’une maladie de Ja vache laitière, soit, comme le prétendent MM. Ausset et Oui, à la suite d’une alimentation défectueuse de cette vache, composée de drèches et de tourteaux.

Ces laits peuvent devenir toxiques au cours de mani-

pulations qu’on leur fait subir, parce que pendant ce temps les microbes peuvent y pulluller et secréter des poisons qu'une stérilisation ultérieure ne fera

pas disparaitre, En tous cas, il est bien plus plausi-

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