I, — SUIVANT LA RÉGION DE PRÉLÈVEMENT
Le choix de la région sera guidé par les qualités demandées au lambeau, ainsi que par la cicatrice consécutive au prélèvement dont il ne faut pas d’ailleurs exagérer l'importance, parce qu’elle peut être corrigée.
En principe, on peut prélever un greffon partout où la peau est souple, facilement décollable des plans sous-jacents. Ainsi la plaie créée, comblée
F1G. 19, — Lambeaux cervicaux, thotaciques, thoracoabdominaux, abdominaux.
par le rapprochement de ses lèvres, ne laisse qu'une cicatrice peu visible surtout si les vêtements la recouvrent.
D'une façon générale, on peut distinguer deux variétés de région
les zones de flexion et d'extension comme l'abdomen le cou et le dos.
les zones «statiques » comme les segments de membres la face, le crane.
Dans celles-ci dont la forme ne se modifie guère, le tégument est fixé en profondeur, manque d’assise cellulo-graisseuse suffisante pour lui permettre de glisser facilement sur les plans sous-jacents ; aussi ne peut-on pas le mobiliser sans exercer une forte traction et un striction cause d'ischémie dangereuse s'il s'agit d’un membre.
Dans les premières, au contraire, où l’élasticité du tégument est importante, un prélèvement est facilement comblé par le jeu du tissu environnant. ‘
Dans tous les cas il faut rejeter les endroits sous-tendus par un chevalet osseux parce que les décollements laissent des dépressions où se collectent des hématomes.
On peut à ce point de vue classer ainsi les régions de prélèvement
1° Région cervicale antérieure et latérale
Elle donne une peau douce et très fine, pileuse en certains points chez
FrG. 20. — Lambeaux dotsaux.
l'homme. Ces qualités ajoutées à la proximité de la face en font un lieu de choix pour les plasties faciales.
Dans cette région on dispose
a) D'une surface correspondant au sterno-cléido-mastoidien, sur laquelle on peut tailler un lambeau oblique dont les dimensions atteignent jusqu'à 10 à 12 cm. de long sur 4 à 5 cm. de large, ce qui donne un cylindre de la grosseur d’un petit cigare. Ce lambeau très souvent employé pour les reconstitutions faciales fut le premier utilisé par Filatow.
b) La région sous-hyoidienne dans laquelle on peut obtenir des cylindres horizontaux parallèles à la base du cou. ve
L'inconvénient majeur de ces prélèvements est de laisser une cicatrice
visible, parfois chéloïdienne et très disgracieuse, mais qui peut être retouchée et très améliorée.
Quoi qu’il en soit, ces lambeaux ne peuvent être que de petite dimension, et de ce fait certains auteurs les réservent pour des resconstructions. réduites (nez, oreilles).
Lorsqu'on a le choix de la région de prélèvement, il est préférable de: laisser intacte la région cervicale, et de ne l'utiliser que pour certaines. plasties faciales qui motivent un transport rapide.
2° Région cranienne
Elle n'est pas à conseiller à cause des séquelles cicatricielles encore: très visibles, et surtout parce que la peau manque absolument de souplesse.
a) La région occipitale donne de petits lambeaux pileux, difficiles à construire et à exploiter en raison de la fermeté des téguments et de l'adhérence en profondeur.
b) Régions temporale et frontale. On profite de la continuité de ces: deux régions pour tracer un lambeau à double pédicule temporal, que l'on peut utiliser par simple bascule dans les restaurations labiales ou mentonnière. On obtient un cylindre étroit mais très vivace, parce qu'il est richement vascularisé par les artères temporales superficielles. Dans ce cas l'enroulement n'est pas obligatoire, car les lambeaux type Dufourmentel résistent très bien « à plat ».
Il peut être intéressant de prolonger ces lambeaux par une palette: taillée dans le cuir chevelu pour restaurer le sourcil ou la lèvre supérieure chez l’homme.
3° Les membres
Le membre supérieur. — Le prélèvement d'un lambeau sur ce mem bre peut créer des troubles ischémiques par striction au moment du rapprochement des berges de la plaie. C’est pourquoi ses dimensions ne doivent-elles pas dépasser 4 à 5 cm. X 12 à 15 cm.
Au bras seul on peut disposer sle téguments que l’avant-bras ne donne qu ’en quantité négligeable. Au pli du coude la menace d’une cicatrice: vicieuse qui limiterait l'extension de l'avant- bras, comme nous l'avons vu, est une contre-indication du prélèvement.
La face antérieure du bras peut donner un petit cylindre vertical dont le tissu est fin et souple, d’où son emploi habituel pour la face.
Le membre inférieur. — La face antéro-interne des cuisses fournit un tégument épais sur lequel on peut obtenir des lambeaux verticaux ou légèrement obliques, mesurant jusqu'à 7 cm. X 20 cm. La fermeture par rapprochement des bords de la plaie de prélèvement est assez difficile, à cause de l’adhérence en profondeur du tissu cutané; aussi faut-il parfois. recouvrir cette plaie d'une greffe libre dermo-épidermique si la traction de ses berges doit entrainer la striction du membre.
Certains auteurs essaient de relacher cette traction par de petites incisions libératrices, parallèles au lambeau, mais ce procédé ne nous paraît pas recommandable.