L ALLEMAND
En effaçant des pédantismes aussi dénués de sens, on allégerait la tâche de l'enseignement aux instituteurs en France et aux maîtres de français à l'étranger, sans changer dans la langue même le moindre détail. Les tentatives de réforme se sont heurtées jusqu'ici à l'opposition des écrivains, dont l'esprit est étroitement traditionaliste, et des éditeurs, qui craignent de voir leurs fonds prendre un aspect archaïque.
Si souhaitable qu'elle soit, une simplification extérieure ne faciHterait du reste qu'assez peu l'apprentissage du français.
Malgré ses mérites de précision et de clarté, "malgré son élégance — et à cause de son élégance même — , le français, qui garde une part de son ancien prestige, rencontre beaucoup de résistances, et son rôle de langue commune de civilisation ne grandit plus. Il a reculé même sur plusieurs points.
Si, au cours du xix* siècle, l'allemand a aussi perdu du terrain, ce n'est pas par suite d'un manque d'activité des Allemands ou d'un repli de l'Allemagne sur elle-même : jamais peuple n'a fait plus grand effort d'expansion. Mais le réveil des nationahtés de l'Europe centrale, nationalités slaves, magyare, roumaine, enlève peu à peu à l'allemand des domaines où, sans être la langue courante du pays, il était la langue de civilisation. L'allemand n'est plus, ce qu'il a été, la langue commune de civilisation des Slaves. Dans ses tentatives d'expansion au dehors, il se
heurte partout à des langues nationales qui se développent et qui le repoussent. Cet arrêt, survenant au moment où se faisait le plus grand effort pour grandir la situation de la langue, a été pénible aux Allemands.
Beaucoup d'Allemands ont émigré pour faire des affaires au dehors. Mais partout, sauf en Afrique, ils ont trouvé des langues de civilisation déjà instituées qu'ils ont dû accepter. Il y a eu notamment beaucoup de colons allemands aux Etats-Unis ; mais ils ont appris à parler anglais. X'émigration des Allemands a été une perte pour la langue, tandis que, presque partout, l'anglais bénéficiait d'une immigration étrangère.
L'allemand n'est pas une langue séduisante. La prononciation en est rude, martelée par un accent violent sur le commencement de chaque mot. La grammaire en est encombrée d'archaïsmes inutiles : les noms par exemple ont des formes casuelles multiples, différentes les unes des autres, qui n'ont même pas le mérite de se trouver dans tous les mots, et qui ne servent à rien puisque l'ordre des mots est fixe et suffit à indiquer le sens. L'adjectif a des formes inutilement compliquées. Les phrases sont construites d'une manière raide, monotone. Le vocabulaire est tout particulier, tel que ni un Slave, ni un Roman, ni même un Anglais ou un Scandinave ne peut l'apprendre aisément. L'aspect d'ensemble manque de finesse, de légèreté, de souplesse, d'élégance. •