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TROIS LANGUES NECESSAIRES

langue qu'un étranger adulte arrive plus malaisément à prononcer d'une manière correcte. C'est la prononciation qui est, pour le rôle mondial de l'anglais, le plus gros obstacle.

Une autre difficulté de l'anglais consiste en ceci que, si la grammaire est simple, le tour des phrases, le groupement des mots, la manière de s'exprimer y sont souvent déterminés par des usages spéciaux à des cas particuliers, et dont l'apprentissage est long et minutieux. Comme le français, l'anglais doit à sa vieille tradition des complications et des délicatesses infinies.

La graphie de l'anglais, pire encore que celle du français, tout aussi historique, tout aussi pédante, n'a qu'un mérite, celui de mettre en évidence le caractère latin et roman d'une part, germanique de l'autre, d'une partie du vocabulaire, que la prononciation dissimule le plus souvent.

La littérature anglaise est l'une des plus belles, l'une des plus riches et, des plus variées du monde moderne. La prose française est plus savante, plus précise, plus ferme. Mais la prose anglaise est aisée, et se prête à énoncer toutes les idées, toutes les théories.

■Guère plus que des ouvrages allemands, on ne peut se passer des ouvrages techniques publiés en anglais.

L'anglais est, comme le français, rigoureusement fixé. En Amérique, où le mélange de populations d'origines très diverses risquerait de corrompre la A. Meillet. 19

langue, les collèges exercent une forte activité puriste. Il y a là une réaction utile-, et qui avec la correction maintient l'unité de langue.

Les langues de petits groupes n'ont qu'une importance relativement restreinte pour la civilisation universelle. Dans les réunions internationales, il est admis qu'on emploie seulement un certain nombre de langues telles que le français, l'anglais, l'allemand. Les grands périodiques scientifiques acceptent souvent des articles en plusieurs langues, mais seulement dans des langues telles que l'anglais, rallemand, lefrançais. La revue internationale en français, anglais et italien (et, antérieurement à la guerre, en allemand) Scientia, qui paraît en Italie, donne la traduction française des articles anglais et italiens. Les savants appartenant à des petites nations publient très souvent en des langues autres que la leur ceux de leurs travaux qu'ils destinent au public savant. Celles de leurs publications qu'ils font dans leur propre langue restent ignorées de beaucoup de leurs confrères; on les suit par des résumés, ou, si elles sont lues, elles le sont imparfaitement, et l'on manque souvent à en voir précisément le sens. On ne peut demander à un savant de lire couramment et sûrement vingt langues. La littérature des petites nations agit par la traduction plus que par le texte : l'influence d'un Ibsen s'est exercée bien plus par les traductions qu'on a faites de ses œuvres que par ses œuvres mêmes.

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