TROIS LANGUES NECESSAIRES
Mais, en l'état actuel du monde, un civilisé doit être maître au moins du français, de l'allemand et de l'anglais. Suivant le caractère de son activité, il peut avoir besoin plus de l'une ou de l'autre de ces langues. Il est obligé de les lire toutes les trois, et il lui est incommode de n'avoir pas l'usage courant des trois.
Cependant cette connaissance n'est qu'un palliatif au mal qu'est la diversité des langues dans le monde civilisé.
Un résumé en français, en allemand ou en anglais d'un ouvrage publié en danois ou en tchèque supplée à peine à l'ouvrage même.
Un congrès international où se parlent le français, l'anglais et l'allemand est un peu une tour de Babel. Car si les gens qui lisent ces langues sont nombreux, ceux qui les parlent et les entendent bien toutes les trois sont rares. Et les savants, les techniciens ont rarement le loisir d'apprendre à bien parler, à bien entendre les langues étrangères.
L'allemand, l'anglais et le français ont l'avantage d'introduire dans tout l'ensemble des langues germaniques et romanes qui dominent la civilisation moderne.
La connaissance de l'allemand et de l'anglais rend relativement aisé l'accès des autres langues germaniques, le flamand-hollandais, et même ks langues Scandinaves, bien que celles-ci soient plus éloignées de l'allemand et de l'anglais.
Pour qui connaît le français et l'anglais, il n'est pas difficile d'aborder l'italien, l'espagnol et le portugais. La place de l'italien dans la civilisation européenne lui donne un prix particulier, et son caractère archaïque parmi les langues romanes en fait comme le centre naturel de cqs langues. Quant à l'hispano-portugais, dont le rôle dans la culture moderne n'est pas encore proportionné au nombre des gens qui le parlent et à l'immensité des territoires qu'il occupe, il est appelé à être de plus en plus important, il pourra de moins en moins être négligé.
Par bonheur, les grandes langues romanes ont conservé un parallélisme évident; elles ont des structures pareilles ; soumises aux mêmes influences, elles se servent d'un même fonds de vocabulaire, et le latin écrit a fourni à toutes les mêmes termes savants. Il suffira de savoir profiter de ces circonstances favorables pour faciliter l'étude des langues romanes à qui connaît l'une d'entre elles, et pour constituer par suite un grand bloc roman ayant une puissance. En créant des termes nouveaux, il importerait de songer à les faire parallèlement dans toutes les principales langues du groupe. Il serait utile aussi de rapprocher l'orthographe française des orthographes italiennes et espagnoles, qui- sont bonnes. Il faudrait en un mot s'efforcer de maintenir et d'augmenter les ressemblances des langues romanes entre elles.
L'apprentissage des langues, même limité aux