‹ Les langues dans l'Europe nouvelleChapitre 108 sur 122 · UTILITÉ DU LATIN · texte numérisé non relu

UTILITÉ DU LATIN

qu'ont entre eux les vocabulaires de l'Europe occidentale.

Pour alléger l'efFort des jeunes gens cultivés, on a souvent proposé d'abandonner les éludes latines: le jour où l'on s'y déciderait, on achèverait de ruiner ce qui reste d'unité linguistique dans le monde civilisé. C'est dans le latin que se rejoignent les langues romanes et les langues germaniques telles que l'anglais et l'allemand.

Seule, la connaissance du latin permet de relier aisément entre elles les langues romanes ; à qui sait du latin, l'italien, l'espagnol, le portugais, le français sont déjà familiers. En abandonnant la culture latine, les peuples de langue romane renonceraient à tout ce qui fait leur unité, et, vis-à-vis des autres langues, ils diminueraient la capacité de résistance des leurs. Le latin, dont ces langues ne sont que des développements nouveaux, a dominé, sous sa forme écrite, la constitution de toutes les langues littéraires romanes, et ce n'est qu'en se rattachant toujours à leurs origines latines que les langues romanes pourront faire bloc entre elles et exercer une influence On a du reste constaté cidessus, p. 210 et suiv., que, seule, la connaissance du latin permet de comprendre les rapports d'une grande partie des mots entre eux dans les langues néolatines, surtout en français.

Ce n'est aussi que par la connaissance du latin que peut se maintenir le contact entre le vocabulaire

anglais et ceux des langues romanes, car l'élément roman du vocabulaire anglais est en partie latin savant, en partie vieux français.

Quant aux Allemands, en ignorant le latin, ils se sépareraient de la culture latine dont la leur est une continuation, et ils rompraient le contact avec les peuples de langue romane, et même, en grande partie, avec l'anglais.

L'étude du latin, que menace l'esprit égnlitaire des démocraties et qui apparaît souvent comme un pur luxe, est donc de grande portée; si elle n'a plus la valeur pratique immédiate qu'elle avait au moyen âge et qu'elle a longtemps conservée, elle est indispensable pour maintenir entre les langues modernes un reste d'unité.

Il importe que tous les hommes qui reçoivent une culture supérieure et qui ont, par là même, la charge de conserver et d'adapter aux besoins actuels les grandes langues de civilisation de l'Europe y demeurent fidèles. Ce sont des langues faites par des élites ; elles ne peuvent sans déchoir s'isoler de la langue de la vieille élite intellectuelle européenne dont elles ont recueilli la succession. Si elles l'oubliaient définitivement, elles briseraient les alliances qu'elles ont contractées. Le jour où un esprit de nivellement démocratique ferait abandonner la culture latine, il en résulterait pour les grandes langues littéraires de l'Europe occidentale une crise qui à en nécessiterait tôt ou tard la transformation. '

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